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\'azarin. — Son origine. — Ses commencements. — Opinion de Riclielicu à son sujet. — Son coup d'essai. — Prédiction d'un ambassadeur. — Factions qui partagent la cour. — Trois partis. — Le plus lionnOte homme du royaume. — Conduite de la reine. — Déclaration du Parlement. — Les rivalités éclatent. — Mazarin et le valet de chambre de la reine. — Les tablettes.
ODS entrons dans une nouvelle période , qu'un homme va remplir, comme Richelieu a fait de la précédente. Disons, avant toutes choses, ce que c'était que cet homme.
Giulio Mazarini, dont nous avons francisé le nom en celui de Jules Mazarin , était fils de Pietro Mazarini, natif de ^Palerme, et d'Ortensia Bufalini, issue d'une assez bonne maison de Ciltà-di- Castello. Lui-même naquit à Piscina, dans l'Abruzze, le 1 4 juillet 1602, et fut baptisé dans l'église Saint-Silvestre, de Rome.
11 avait donc quarante-un ans à l'époque où nous sommes arrivés. Les commencements de Jules Mazarin furent obscurs : il avait étudié à Rome, disait-on , puis il avait passé en Espagne avec l'abbé Jérôme Colonna. Pendant trois ans il avait suivi les cours des universités d'Alcala et de Salamanque. Enfin , il était de retour à Rome en 1022 , lorsque les Jésuites, à l'occasion de la canonisation de leur fondateur, voulurent faire représenter une tragédie ,
comme c'était leur habitude dans les grandes circonstances. La vie du nouveau saint fournit le sujet de la pièce , et Jules Mazarin joua, aux applaudissements de tous, le rôle d'Ignace de Loyola.
C'était d'un bon augure pour un homme qui se destinait à la diplomatie. Mazarin avait alors vingt ans. Ce fut vers cette époque qu'il entra au service du cardinal Bentivoglio. En quelle qualité? on n'est pas fixé sur ce point. Ses ennemis disaient que c'était en qualité de domestique. Quoi qu'il en soit, son maître reconnut bientôt en lui de grandes capacités; car, un jour, ayant conduit le jeune homme chez le cardinal neveu (c'est ainsi qu'on appelait le cardinal Barberino) :
— Monseigneur, lui dit-il , j'ai de grandes obligations à votre illustre famille, mais je crois m'acquitter envers elle en vous donnant ce jeune homme que je vous amène.
Barberino regarda avec étonnement celui qui lui était présenté d'une façon si honorable ; mais il ne le connaissait pas même de vue :
— Je vous remercie du présent, dit-il; maintenant puis-je savoir comment se nomme celui que vous me donnez avec une si belle recommandation?
— Giulio Mazarini, monseigneur.
— Mais s'il est tel que vous le dites, demanda le défiant prélat, pourquoi me le donnez-vous ?
— Je vous le donne , parce que je ne suis pas digne de le garder.
— Eh bien! soit, répondit le cardinal neveu, je l'accepte de votre main. Mais à quoi le jugez-vous bon?
— A tout, monseigneur.
— Si cela est comme vous le pensez, répondit Barberino, nous ne ferions pas mal de l'envoyer en Lombardie , avec le cardinal Ginetti.
Cette présentation lui ouvrit la route des honneurs. Recommandé comme il l'était, Mazarin fut chargé de quelques petites négociations qu'il accomplit assez heureusement et qui lui facilitèrent la voie à de plus grandes. Enfin, en 16'29, lorsque Louis XIII, en forçant le pas de Suze, contraignit le duc de Savoie à se séparer des Espagnols, le cardinal Sacchetti, qui représentait le pape à Turin , revint à Rome , et laissa Mazarin , avec le titre d'internonce et ses pleins pouvoirs, pour conclure la paix.
Les nouvelles fonctions dont le jeune diplomate était chargé, l'amenèrent à faire plusieurs voyages, dont l'un fut la source de sa fortune. Il vint à Lyon en 1630, fut présenté à Louis XIII, qui s'y trouvait alors, et, après la présentation, causa deux heures avec le cardinal de Richelieu , lequel fut si charmé de cette conversation , où l'adroit Italien avait déployé les ressources de son esprit et la finesse de ses vues, qu'il sortit en disant : — Je viens de parler au plus grand homme d'état que j'aie jamais rencontré.
On comprend que du moment où Richelieu avait conçu d'un homme une pareille opinion , il fallait que cet homme fût à lui. Mazarin rentra en Italie entièrement dévoué aux intérêts de la France.
Cependant tous ses efforts n'avaient pu amener la paix : les Espagnols assiégeaient Cazale, et les Français voulaient secourir la place. Mazarin, en passant d'un camp à l'autre, obtint d'abord une trêve de six semaines ; puis , ce temps expiré , comme toutes ses tentatives de pacification avaient été inutiles, et que les Français marchaient au combat , il s'élance au galop dans l'étroit intervalle qui les séparait des Espagnols, afin de tenter un dernier effort sur le maréchal de Schomberg. Mais celui-ci, dans l'espoir de la victoire, propose des conditions presque inacceptables. Mazarin ne se rebute pas : il court aux Espagnols dt\jà sous les armes , s'adresse à leur général , exagère les forces des Français, lui montre sa position et celle de son armée comme désespérée, obtient de lui les conditions demandées parle maréchal de Schomberg, pousse aussitôt son clicval à toutes brides vers notre armée, en criant : la paix! la paix! Mais nos soldats , comme leur général, voulaient une bataille. On répond aux cris de Mazarin par les cris de point de paix! point de paix! accompagnés d'une vive fusillade. Le négociateur ne se laisse point intimider par le danger, il passe au milieu des balles qui se croisent, son chapeau à la main, et criant toujours : la paix! la paix! arrive ainsi près de Schomberg qui, étonné qu'on lui accorde avant la bataille plus qu'il n'aurait osé demander après une victoire, accepte le traité et fait poser les armes à ses troupes. Deux heures après, les préliminaires de la paix , confirmée l'année suivante par le traité de Cherasco, étaient signés sur le champ de bataille.
Veut-on savoir ce que pensait de Mazarin, à cette époque, l'am-
bassadeiir de Venise Sagredo? Voici l'extrait d'une de ses dépêclies au gouvernement vénitien :
« Giulio Mazarini , sérénissime seigneur, est agréable et bien fait de sa personne; il est civil, adroit, impassible, infatigable, avisé, prévoyant, secret, dissimulé, éloquent,persuasif et fécond en expédients. En un mot, il possède toutes les qualités qui font les habiles négociateurs; son coup d'essai est vraiment un coup de maître : celui qui paraît avec tant d'éclat sur le théâtre du monde, y doit faire apparemment une grande et belle figure. Comme il est fort, jeune et d'une complexion robuste, il jouira longtemps, si je ne me trompe , des honneurs qu'on lui prépare, et il ne lui manque que du bien pour aller loin. »
Les Vénitiens étaient grands prophètes en pareille matière. C'était , avec les Florentins , le peuple qui passait pour le plus habile en politique. Louis XI avait fait venir deux Vénitiens pour prendre d'eux des leçons de tyrannie.
La prédiction de l'ambassadeur s'accomplit en 1634. Richelieu, qui voulait avoir Mazarin près de lui , le fit nommer vice-légat d'Avignon. En 1639, il était envoyé en Savoie avec le titre d'ambassadeur extraordinaire ; enfin , le 16 décembre 1641 , il fut nommé cardinal , et le 23 février de l'année suivante il reçut la barette des mains mêmes de Louis XII L
On se rappelle que le cardinal de Richelieu mourant avait recommandé au roi Louis XIII trois hommes. Ces trois hommes étaient : Chavigny, Des Noyers et Mazarin.
Mais, nous l'avons vu, le l'ègne de Louis XIII fut court. Le cardinal mourut le 4 décembre 1642, et le 19 avril 1643 le roi se couchait sur le lit d'agonie qu'il ne devait plus quitter. Le jour suivant, soumis aux volontés de Richelieu mort, comme il l'avait été à celles de Richelieu vivant, il nommait à la reine régente un conseil dont le chef était le prince de Condé , et dont les membres étaient le cardinal Mazarin , le chancelier Séguier, le surintendant Boutillier et le secrétaire d'état Chavigny. ^Quant au duc d'Orléans, à qui Louis XIII avait pardonné ses rébellions, mais sans les oublier, il était nommé lieutçnant-général du roi mineur, sous l'autorité de la régente et du conseil.
Il est vrai que le roi n'était pas trépassé en plus grande confiance de sa femme que de son frère. Sur son lit de mort , Chavigny lui
était venu parler de ses anciens soupçons contre Anne d'Autriche, à propos de la conspiration de Chalais, lui affirmant, à cette heure suprême, qu'elle n'avait jamais trempé en rien dans cette affaire, et le roi avait répondu : — En l'état oii je suis , je dois lui pardonner, mais je ne dois pas la croire.
En effet, quelques jours avant la mort du roi, un événement scandaleux s'était passé près de lui , qui avait dû rendre son agonie encore plus pénible en lui montrant l'avenir, du fond de sa tombe, comme à la lueur d'un éclair.
Le 25 avril , le roi avait reçu l'extrême-onction , et , comme le vieux Tibère , on l'avait cru mort. Alors , au milieu de la confusion générale , tous les intérêts particuliers s'étaient fait jour. La cour était, à cette époque, divisée en deux factions principales : le parti Vendôme et le parti la Meilleraye,
Nous dirons deux mots de cette querelle dont les suites devront rejaillir sur les événements que nous allons raconter.
M, de Vendôme avait eu autrefois, on se le rappelle, le gouvernement de Bretagne. C'était en Bretagne qu'avait été le chercher le grand-prieur son frère. Nous avons raconté comment tous deux furent arrêtés et conduits à Vincennes. Le cardinal prit alors le gouvernement de Bretagne pour lui et le légua en mourant au maréchal de la Meilleraye. Or, la famille de Vendôme ne voulait pas reconnaître cette transmission, et le duc de Beaufort , jeune , beau , hardi, présomptueux, populaire, fort de l'appui de la reine, avait annoncé tout haut qu'à la mort du roi , il reprendrait de gré ou de force, le gouvernement arraché à son père.
Aussi, dès qu'on crut le roi mort, les deux factions qui partageaient la cour se rangèrent-elles à l'instant même aux côtés de leurs chefs. Le maréchal de la Meilleraye fit venir de Paris tous ses amis. M. de Beaufort appela à son secours tous les siens , et Monsieur s'entoura de ses serviteurs.
Ces trois partis, car Monsieur représentait toujours un parti, avaient une attitude si menaçante, que la reine, mandée par le roi ctcraignant quelque collision, appela près d'elle le duc de Beaufort et le saluant du nom du plus honnéle liommc du royaume , lui remit la garde du Chàteau-Neuf où étaient le roi et le duc d'Anjou.
Pendant toute cette journée M. de Beaufort, se trouva donc, à la tète d'une garde nombreuse, le protecteur des enfants de France.
Cette faveur, comme on le pense bien, blessa hautement deux personnes : la première était le duc d'Orléans, qui devait être, au reste, habitué à ces défiances''', et la seconde M. le prince de Condé, qui les méritait peut-être tout autant que lui.
Une scène à peu près pareille se représenta quand le roi mourut.
A peine Louis XIII eut-il fermé les yeux , que chacun s'était éloigné de lui ; trois personnes seulement que le cérémonial de la cour enchaînait dans la chambre mortuaire demeurèrent autour du cadavre dont on devait faire l'autopsie. Il fallait un prince , un ollicier de la couronne et un gentilhomme de la chambre pour qu'on pût procéder à cette opération. Charles-Amédée de Savoie, duc de Nemours , le maréchal de Vitry et le marquis de Souvré donnèrent aux restes de leur souverain cette dernière marque de leur dévoùment.
Pendant ce temps Anne d'Autriche avait quitté le Château-Neuf, où gisait le corps de son mari, et était allée rejoindre le dauphin au Château-Vieux , les deux châteaux n'étant séparés que par un intervalle de trois cents pas.
A peine arrivée, la reine, qui avait tout un avenir de régence à régler avec Monsieur, lui fit dire par M. de Beaufort de la venir joindre pour la consoler. Monsieur s'empressa de se rendre à son ordre, et comme le prince de Condé voulait accompagner son Altesse Royale, le duc de Beaufort lui fit observer qu'il avait défense de laisser pénétrer auprès de la reine personne autre que M. le duc d'Orléans.
— C'est bien , monsieur, répondit le prince, mais dites à la reine que si elle avait un pareil ordre à me transmettre, elle pouvait me le faire tenir par son capitaine des gardes et non par vous qui n'avez aucune mission pour cela.
— Monsieur, répondit le duc de Beaufort, j'ai fait ce que la reine m'a dit, et il n'y a personne en France qui puisse m'empècher de faire ce que la reine me commandera.
]M. le Prince qui , eu sa double qualité de premier prince du sang et de grand-maître , croyait avoir quelque titre à une exception , parut fort blessé de cette réponse du duc de Beaufort , et dès ce moment commença entre les deux princes une haine qui no fit que s'envenimer par la suite et dont nous ne tarderons pas à voir les effets.
Peudant celte entrevue tout fut arrêté entre la reine et Monsieur. Anne d'Autriclie, au reste, n'avait fait que passer au Château- Vieux pour y voir son beau-frère et y prendre son fils. Le même jour elle revint à Paris et fit sa rentrée au Louvre oii toute la cour descendit avec elle.
Trois jours après, la reine avait si bien travaillé, que toutes les précautions prises par le feu roi pour assurer l'exécution de ses volontés, étaient mises à néant. Le parlement l'avait déclarée régente dans le royaume , « pour avoir le soin et l'éducation de la personne de Sa Majesté et l'administration entière des affaires pendant que le duc d'Orléans, son oncle, serait son lieutenantgénéral dans toutes les provinces du royaume , sous l'autorité de la reine , et chef des conseils sous son autorité.
« Lui absent, cette présidence était déférée au prince de Condé, mais toujours sous l'autorité de la reine.
« Demeurant au pouvoir de la reine , au reste , de faire choix de telles personnes que bon lui semblerait pour délibérer auxdits conseils sur les affaires qui lui seraient proposées , sans être obligée de suivre la pluralité des voix. »
Ce dernier article , comme on le voit , renversait tout l'échafaudage de tutelle oii le roi avait voulu placer Anne d'Autriche, et, au lieu de soumettre le pouvoir de la reine à celui du conseil , il mettait au contraire le conseil sous son entière dépendance.
Aussi, ni Mazarin ni Chavigny n'assistèrent-ils à cette déclaralion : leur absence fut remarquée , et on les regardait tous deux comme en disgrâce. Déjà , sur les trois personnes recommandées à Louis XIll par Richelieu mourant. Des Noyers avait quitté les affaires, et cela du vivant même du roi; les deux autres allaient disparaître à leur tour; et, avec eux, cette influence du cardinal , qui avait continué de peser sur Louis XIII, son esclave, allait achever de s'éteindre sous Anne d'Autriche, son ennemie.
Les haines éclatèrent aussitôt contre Mazarin et Chavigny, dont chacun ambitionnait les dépouilles; mais on se pressait trop. Anne d'Autriche avait hérité de son mari la dissimulation, cette vilaine mais nécessaire vertu des rois, dit M"" de Motteville, et il se préparait une seconde journée des Dupes.
Au reste , au moment même oii l'on croyait Mazarin occupé , comme on le disait, à préparer ses bagages pour retourner en Ila- T. t 24
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lie , lui , la ligure calme et parlaiteuient tranquille en appareuce , avait accepté avec Chavigny, sou ami et son compagnon d'infortune, comme on l'appelait alors, un dîner chez le commandeur de Souvré , le même dont le nom a déjà été prononcé dans cette histoire à propos du complot de Chalais et du duc d'Orléans contre la vie de Richelieu.
Cette amitié du cardinal Mazarin et de Chavigny datait de loin. Dès son arrivée en France , Mazarin avait fait une cour très assidue à l.e Boutillier, qui-était dans la plus grande faveur de Richelieu, et à Chavigny, qui passait pour son fils; tous deux l'avaient soutenu de tout leur pouvoir, et l'on assurait même que c'était aux instances réitérées de Chavigny près du cardinal que Mazarin avait dû le cliapeau rouge.
Or, les deux amis, qui, disait-on, s'étaient juré l'un à l'autre de faire cause commune dans leur bonne ou mauvaise fortune à venir, avaient donc dîné chez le commandeur de Souvré , et , aorès le dîner, s'étaient mis au jeu, lorsque Beringhen entra.
En voyant paraître le premier valet de chambre de la reine .
Mazarin se douta qu'il venait à son intention. Aussi donna-t-il sur le champ ses cartes à tenir à Bautru , et il passa avec le nou-
veau venu dans une chambre voisine , sans s'inquiéter du regard dont le poursuivait Cliavigny, qui jouait à la même table.
— Monseigneur, dit Beringhen , je viens vous donner une bonne nouvelle.
— Laqnelle? demanda Mazarin, avec son sourire froid et sa voix soyeuse.
— C'est que la reine est, à l'égard de votre Éminence, dans de meilleures dispositions qu'on ne le croit.
— Et qui peut vous l'aire penser une chose si heureuse pour moi , Monsieur de Beringhen ?
— Une conversation que je viens d'entendre entre elle et M. de Brienne, dans laquelle , sur l'avis de M. de Briennc, elle s'est dite disposée à vous faire premier ministre.
Contre l'attente du messager, le sourire commencé sur les lèvres du cardinal s'effaça ; sa figure redevint froide , et un regard impassible, mais profond, sembla plonger jusqu'au fond du cxeiw du messager.
— Ah! ah ! fit-il ; vous avez entendu cette conversation?
— Oui , Monseigneur.
— Et que disait Brienne?
— 11 disait à la reine que, puisqu'il lui fallait un premier ministre, votre Éminence était, dans ce cas, le meilleur choix qu'elle pût faire, non seulement comme homme rompu aux affaires, mais comme serviteur dévoué.
— Ainsi, Brienne a répondu de mon dévoùmenl? dit Mazarin.
— Il a dit qu'il était certain qu'une si grande faveur toucherait votre Éminence, et que, comme rien ne liait tant les âmes bien nées que la reconnaissance, il était certain que Sa Majesté pouvait compter sur vous.
— Et qu'a répondu à ceci Sa Majesté?
— Sa Majesté craint que votre Éminence n'ait des engagements antérieurs.
Mazarin sourit. — Merci, Monsieur de Beringhen, dit-il; et croyez que dans l'occasion je me souviendrai de la |)eine cpie vous avez prise pour m'annoncer cette bonne nouvelle.
Et il fit un pas pour rentrer dans la salle de jeu.
— Est-ce tout ce que son Éminence daigne me dire? demanda Beringhen.
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— Que voulez- VOUS que je vous dise ?... Vous m annoncez que VOUS avez sxirpris une conversation dans laquelle la reine a manifesté de bonnes intentions à mon égard. Je n'ai à remercier que vous , et je vous remercie.
Beringhen vit que Mazarin , craignant sans doute un piège, était résolu de jouer serré ; il comprit la faveur dont allait jouir le rusé Italien, et pressentit que le lendemain il y aurait une foule de gens désireux de s'attacher à sa fortune ; il résolut donc de prendre «wsilion le jour même.
— Écoutez, Monseigneur, dit-il; je serai franc avec votre Éniinence : je ne viens pas de mon propre mouvement.
— Ah! ah! lit Mazarin ; et au nom de qui venez-vous?
— Je viens au nom de la reine.
Les yeux du futur ministre rayonnèrent de joie.
— Alors, c'est autre chose , dit-il ; parlez , mon cher Monsieur de Beringhen , parlez,
Beringhen lui raconta qu'il n'avait rien entendu de la conversation de la reine et de M. de Brienne, conversation qui cependant avait eu lieu , mais qui lui avait été entièrement rapportée par Sa Majesté.
— En ce cas, dit Mazarin, c'est donc Sa Majesté qui vous a chargé de venii- me trouver?
— Elle-mfime, répondit Beringhen.
— Sur voire honneur?
— Foi de gentilhomme ! Elle désiré savoir si elle peut faire fond sur vous, et si, dans le cas oîi elle vous soutiendrait, vous la soutiendriez?
Aussitôt, passant de l'extrême défiance à la confiance extrême:
— Monsieur de Beringhen , dit Mazarin , retournez vers la reine, et dites-lui que je remets, sans condition aucune, ma fortune entre ses mains. Tous les avantages que le roi m'avait faits par sa déclaration, j'y renonce. J'ai peine à le faire, il est vrai, sans avertir M. de Chavigny , nos intérêts étant communs ; mais j'ose espérer que Sa Majesté me gardera le secret , comme, de mon côté, je le garderai religieusement.
— Monseigneur, dit Beringhen , j'ai bien mauvaise mémoire, et je crains vniiinent d'affaiblir les termes dont vous vous servez en les reportant à la reine. Je vais faire demander du papier, une
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plume et de l'encre, et vous me les donnerez, s'il vous plaît, par écrit.
— Non pas , dit Mazarin ; car, si nous demandions toutes ces choses , Chavigny se douterait que nous sommes en conférence et non en causerie.
— Eh bien! dit Beringhen eu tirant des tablettes de sa poche et en les présentant avec un crayon au cardinal , écrivez avec ceci.
Il n'y avait pas à reculer; Mazarin prit les tablettes, le crayon et écrivit :
« Je n'aurai jamais de volonté que celle de la reine. Je me désiste maintenant , de tout mon cœur, des avantages que me promet la déclaration , et je l'abandonne sans réserve avec tous mes autres intérêts à la bonté sans égale de Sa Majesté. Écrit et signé de ma main.
» De Sa Majesté, >i le très humble, très obéissant et très fidèle sujet , et la très reconnaissante créature ,
» Jli.es, cardinal de Mazarix. »
Et il rendit les tablettes tout ouvertes à Beringhen qui lut la promesse et qui, après l'avoir lue, secoua la tète.
— Eh quoi ! dit le cardinal , trouvez-vous , mon cher M. de Beringhen, que ce billet ne dise pas tout ce qu'il doit dire?
— Au contraire , dit Beringhen, je le trouve si bien tourné que je donnerais beaucoup de choses et la reine aussi, j'en suis sûr, pour qu'il ftit écrit à la plume au lieu de l'être au crayon. Le crayon s'efface vite , monseigneur, vous le savez.
— Dites à la reine, reprit le cardinal, que plus tard je l'écrirai à l'encre, sur le papier, sur le parchemin, sur l'acier, où elle voudra, et que je le signerai de mon sang, s'il le faut.
— Ajoutez cela en post-scriptum , monseigneur, dit Beringhen , qui tenait à faire les affaires en conscience ; il y a encore de la place.
Le cardinal écrivit le post-scriptum demandé, et Beringhen, tout joyeux du succès de sa négociation, rapporta la promesse au Louvre.
La reine étajt encore avec le comte de Brienne , lorsque rentra Beringhen. Le comte de Brienne, par discrétion , voulut se retirer; mais la reine le retint. Après avoir lu avec une grande joie ce que
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le cardinal avait écrit, elle donna les tablettes à garder à Brlenne qui, remarquant qu'outre la promesse de Mazarin il y avait sur ces tablettes plusieurs autres choses écrites encore, voulut les rendre à Beringhen pour qu'il les effaçât, mais Beringhem refusa de les reprendre. Alors, en présence de la reine, le comte les cacheta et , rentré chez lui, les enferma dans une cassette d'oîi elles ne sortirent que lorsque la reine les lui demanda , c'est-à-dire lorsqu'eut paru la déclaration du parlement à laquelle Mazarin poussa de toute sa force , sûr de regagner plus qu'il n'avait perdu.
Ce même jour, les tablettes furent apportées au cardinal par M. le Prince que la reine voulait mettre bien avec lui et qui était chargé de lui donner en même temps le brevet par lequel Anne d'Autriche, non seulement rendait au cardinal la place qu'il avait perdue , mais encore le nommait chef de son conseil.
Alors, à la vue de celte faveur aussi grande qu'inattendue, les anciens bruits , à peu près oubliés, se renouvelèrent. On disait que, depuis 1635, le cardinal était l'amant de la reine.
Ainsi se trouvait expliquée , par ces bruits auxquels la conduite ultérieure d'Anne d'Autriche donna malheureusement une grande consistance, la naissance miraculeuse de Louis XIV, après vingtdeux ans de stérilité.
Ainsi se trouvera peut-être encore expliqué plus tard le mystère de y homme an masque de fer.