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rapports qui avaient existé entre la personne qui les avait écrites et celle à qui elles étaient adressées ; seulement , comme nous l'avons dit , elles n'étaient pas signées. M"" de Monlbazon trouva de bonne guerre de les attribuer à M"" de Longueville, avec qui elle était en grande inimitié, et assura qu'elles étaient tombées de la poche de Coligny qui lui faisait la cour.
M"" de Longueville , dont nous avons déjà parié mais que nous mettons pour la première fois en scène, était cette Anne-Geneviève de Bourbon, qui, ainsi que le duc d'Enghien son frère, était née au donjon de Vincennes pendant l'emprisonnement du prince deCondé et qui, succédant à sa mère Charlotte de Montmorency, passait pour une des plus belles et des plus spirituelles femmes de l'épocjne. Sa maison était le rendez -vous des beaux esprits. Ce fait est consacré par les lettres de Voiture. Mais , cependant , avec toutes les chances de bonheur, richesses, grandeur, •beauté, esprit, flatteries, la duchesse de Longueville était malheureuse, forcée qu'elle avait été, par M. le Prince, son père, d'épouser un vieux mari , lequel , par uit étrange jeu du hasard , qui augmentait encore l'inimitié des deux rivales, était amoureux fou de M '■ de Montbazon.
Malgré les hommages dont elle était entourée , et qu'elle devait surtout, disent les mémoires du temps, à ses yeux de turquoise, M"" de Longueville passait pour être sage. L'accusation portée par M"" de Montbazon fit donc grand bruit, et comme sa sagesse contestée et son incontestable beauté avaient fait beaucoup d'ennemis et d'envieux à la princesse, ce furent ceux mêmes qui étaient le moins |)prsuadés qui crièrent la chose le plus haut et la répandirent le plus loin.
Enfin, après toutes les autres, comme cela arrive ordinairement, la personne intéressée à ce propos apprit ce qu'on disait d'elle : M"" de Longueville , forte de son innocence et convaincue que le scandale tomberait de lui-même, ne voulait pas le relever. Mais M"'" la Princesse, fière et altièrc, fit de cet événement une affaire d'état , courut tout éplorée chez la reine, accusa M"" de Montbazon de calomnier sa fille et demanda contre elle juslice en princesse du sang offensée.
La reine avait mille raisons, pour être du parti de M"" la Princesse : elle haïssait M'"" de Montbazon et commençait à s'impa-
ticiitcr des exigences du duc de Beaufort, son amant; en outre le cardinal la prévenait tous les jours de plus en plus contre le partides importants dont M. de Beaufort était le chef. D'un autre côté M""= de Longueville était la sœur du vainqueur de Rocroy : on avait besoin de la parole de M. le Prince et de l'épée de son fils. La reine promit à M"" la Princesse une réparation exemplaire.
Ce ne fut pas tout. Comme M'"" de Longueville , alors au commencement d'une grossesse, s'était retirée, pour laisser passer tout ce bruit, à l'une de ses campagnes nommée La Barre, laquelle était située à quelques lieues de Paris, la reine résolut, pour lui donner une marque publique de sa sympathie , de lui faire une visite, et dans cette visite lui renouvela la promesse qu'elle avait déjà faite à M"'" la Princesse, d'une éclatante réparation.
Toute la cour, qui n'attendait qu'une occasion pour prendre parti pour ou contre le cardinal Mazarin, avait profité de celle-là, quelque futile qu'elle fût, et s'était divisée en deux camps. Les femmes étaient pour M"'" la Princesse et sa fdle ; les hommes étaient pour M"'° de Montbazon ; et le jour même de la visite de la reine à M°'" de Longueville, M"" de Montbazon, par opposition, reçut celle de quatorze princes.
Cependant la reine tenait parole : elle avait ordonné que M "" de
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Moulbazon ferait des excuses à M'"" de Longueville ; mais la rédaction de ces excuses n'était pas cliose facile. M'"" de Molteville raconte dans le ])lus grand détail toutes les agitations de la soirée oii elles se rédigèrent. Ce fut le cardinal qui les écrivit de sa main, et il dit plus d'une fois que le fameux traité de paix de Chérasco lui avait donné moins de mal à conclure. Chaque parole en était discutée par la reine elle-même en faveur de M "" de Longueville , et par M"'" de Clievreuse en faveur de M"'° de Monlbazon. Enfin la rédaction en fut arrêtée.
Mais ce n'était pas le tout que d'avoir trouvé la formule des evcuses : lorsqu'on les lut à M'"" de Montbazon, elle refusa tout net de les prononcer; alors la reine ordonna, et il fallut se soumettre. Mazarin , pendant ce temps, riait sous cape et voyait ses ennemis se perdre dans une lutte particulière; le prétendu médiateur ne manquait pas une occasion de les déprécier de plus en plus dans l'esprit de la reine.
Malgré l'ordre positif d'Anne d'Autriche, les négociations durèrent encore plusieurs jours ; enfin il fut arrêté que M"" la Princesse donnerait une grande soirée à huiueile se trouverait toute la cour; que M"° de Montbazon y viendrait avec tous ses amis et amies, et que là la réparation aurait lieu.
En elTet, à l'heure convenue, M""^ de Montbazon , fort parée et avec une démarche de reine, entra chez M"" la Princesse, qui resta debout à l'attendre, mais sans faire un |)as au-devant d'elle, pour qu'on vit bien que M'"= de Montbazon était forcée à celte démarche, et que les excuses qu'elle allait faire, étaient des excuses imposées. Arrivée près de la princesse elle déploya un petit papier attaché à son éventail et lut ce qui suit :
« Madame, je viens ici pour vous protester que je suis très innocente de la nii'chaiicci»? dont on a voulu m'acrtiser. Tl n'y a aucune personne d'honneur qui puisse dire une calomnie pareille. Si j'avais fait une faute de cette nature, j'aurais sulii les peines que la reine m'aurait imposées; je ne me serais jamais montrée dans le monde et vous en aurais demandé pardon. Je vous supplie de croire que je ne manquerai jamais au respect que je vous dois et à l'opinion que j'ai de la vciluet du n;ériie de madame de Longueville. »
M"" la Princesse répondit :
« Madame , je crois volontiers à l'assurance que vous me donne/, de n'avoir pris aucune part il la méchanceté qu'on a publiée. Je défère trop au commandement que la reine m'en a fait pour conserver le moindre doute à ce sujet ». »
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La salisfticljoii avait été faite, mais, comme on l'a vu, d'une façon peu satisfaisante. Aussi M"'" la princesse denianda-t-elle le même soir à la reine la permission de ne plus se trouver aux mêmes lieux oii se trouverait M'"" de Monlbazon; ce que la reine lui accorda sans peine. Toutefois ce n'était pas chose facile à exécuter que ce projet, les deux personnes qui ne devaient plus se rencontrer ensemble appartenant à deux des plus grandes maisons de l'rance et devant naturellement se trouver en rapport presque chaque jour. Aussi une nouvelle collision ne tarda point à avoir lieu; voici à quelle occasion.
M"'" de Chevreuse avait engagé la reine à une collation qu'elle donnait en son honneur dans le jardin de Reynard situé au bout des Tuileries. La reine y voulut mener M"" la Princesse , convaincue qu'elle était qu'après ce qui venait de se passer et la remontrance qu'elle avait faite à M"" de Montbazon , M"" de Chevreuse n'aurait pas la hardiesse de faire asseoir sa belle-mère à la même table où elle faisait asseoir sa souveraine. M"" la Princesse s'en défendit , ' se doutant de ce qui allait arriver; mais, sur les instances de la reine, elle céda et accompagna Sa Majesté. La première personne (lu'aperçut Anne d'Autriche en arrivant fut M"" de Montbazon , en grande toilette et se disposant à faire les honneurs de la collation. Alors M"'" la Princesse demanda à la reine la permission de se retirer sans bruit pour ne point troubler la fête; mais la reine n'y voulut point consentir, et lui dit que c'était sur son invitation qu'elle était venue , que c'était donc à elle de remédier à la chose. .En effet, Anne d'Autriche crut avoir trouvé un accommodement convenable en faisant dire à M"" de Montbazon que, ne voulant pas lui faire injure en lui ordonnant tout haut de se retirer, elle l'invitait à feindre de se trouver mal et à quitter la partie sous prétexte de celte indisposition ; mais la patience de M"" de Montbazon avait sans doute été mise à bout par sa première soumission, et elle refusa d'obéir à l'invitation de la reine. Alors M"" la Princesse fit de nouvelles instances pour se retirer ; mais la reine , offensée de cette résistance, ne voulut point permettre que M"'" la Princesse s'éloignât seule, et, refusant la collation qui lui était offerte, revint au Louvre avec elle. Le lendemain M"" de Montbazon reçut l'ordre de quitter la cour et de se retirer dans une de ses maisons de campagne; et , cette fois, elle ne fit aucune difficulté d'obéir.
Le duc de Beaufort fut fort sensible îj cet exil. Or, coiunie il savait bien que le coup venait encore plus de Mazarin que des Coudés, ce fut à Mazarin qu'il résolut de s'en prendre , et il fut décidé entre lui et ses amis qu'on se déferait du cardinal. Mais, brusque et franc comme l'était le duc de Beaufort , il faisait un mauvais conspirateur. 11 bouda publiquement la reine, lui répondant à peine ou lui répondant d'une manière dédaigneuse lorsqu'elle lui adressait la parole , de sorte qu'il démolit pierre à pierre le peu d'amitié qu'elle avait conservé pour lui.
Cependant la conspiration allait son train ; le jour de son exécution était même fixé. M. le Cardinal allait dîner à Maisons et devait sortir peu accompagné ; des soldats avaient été disposés sur la route et devaient faire le coup. Tout était prêt, assure M"" de Motteviile, lorsqu'une circonstance imprévue fit manquer l'affaire. M. le duc d'Orléans était arrivé au Louvre au moment oii le cardinal montait en voiture, ej le prélat avait invité le prince à dîner avec lui; Gaston ayant accepté avait passé de sa voilure dans celle de son Kminence, en sorte que sa présence empêcha l'exécution du complot.
In autre jour, les mesures avaient été prises, dit-on, de manière à tuer le cardinal en tirant sur lui d'une fenêtre devant la- (juelle il devait passer pour se rendre au Louvre; mais, la veille au soir, il fut averti de n'y pas aller, et, cette fois encore, le coup manqua. •
Le lendemain , on fit grand bruit au Louvre de cette entreprise vraie ou supposée. La reine, surtout, prenait fort au sérieux le danger qu'avait couru le cardinal, et. s'approcbant de M"'° de Motteviile, les yeux ardents de colère, elle lui dit d'une voix altérée : — Avant deux fois vingt-quatre heures, Motteviile, vous verrez comment je me vengerai des tours que ces méchants amis me font.
Le même soir, qui était le lendemain du jour où , disait-on, le cardinal avait dû être assassiné, M. de Beaufort, en revenant de la chasse, se rendit au Louvre. .Sur l'escalier, il rencontra M"" de Ciui.se, mère du jeune duc Henri de Lorraine, et M"" de Vendôme, sa mère à lui. Toutes deux descendaienf, après avoir passé avec la reine celte journée d'agitation pendant laquelle on n'avait fait que parler de l'assassinat manqué. Ces deux princesses, qui avaient T. I. 28
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remarqué rintérètque la reine avait pris à toute cette affaire, et qui peut-être même avaient entendu les paroles dites à M""= de Motteville, voulurent empêcher le duc de Beaufortde monter, l'avertissant qu'il avait été fort question de lui pendant toute la journée au i>ouvre ; qu'on l'avait hautement et publiquement désigné comme le chef du complot, et que l'avis de ses amis était qu'il se retirât pendant quelques jours à Anet. Mais lui ne voulut rien entendre, et comme ces deu\ dames insistaient pour qu'il n'avançât pas plus loin , et lui disaient qu'il y allait de ses jours.
— Us n'oseraient ! dit-il.
— Hélas! mon cher fils, répondit sa mère, ce fut en pareille circonstance la réponse de M. de Guise, et, le même soir, il était assassiné.
Mais le duc de Beauforl ne fit que rire de leur terreur et continua son chemin. Trois jours auparavant, la reine avait été se' promener au bois de Yincennes oii Cliavigny lui avait donné une magnifique collation , et là le duc de Beaufort était venu la rejoindre et l'avait trouvée fort gaie et fort gracieuse. Lan-eille en- ' core il lui avait parlé, et rien dans ses manières n'avait indiqué un changement de dispositions à son égard. H'entra donc chez la reine avec sécurité, et la trouva dans son grand cabinet du Louvre oii elle l'accueillit de son plus gracieux sourire, et lui fit, sur sa chasse de la journée, des questions qui annonçaient l'esprit le plus libre» et le plus détaché. Sur ces entrefaites Mazarin entra. La reine lui soui'itet lui tendit la main. Puis, comme si elle se rappelait tout à coup qu'elle avait quelque chose d'important à lui dire :
— Ah ! venez donc , dit-elle.
Et elle emmena le cardinal dans sa chambre.
La reine sortie, le duc de Beaufort voulut sortir à son tour par la porte du petit cabinet; mais, sur le seuil, il trouva Guitaut, capitaine des gardes de la reine, (|ui lui barra le chemin.
— Qu'ya-t-il, M. de Guitaut? demanda le duc de Beaufort étonné.
— Monseigneur, répondit celui-ci , je vous en demande pardon , mais, au nom du roi et de la reine, j'ai commandement de vous arrêter. Voulez-vous bien me suivre?
— Oui, monsieur, répondit le duc, mais voilà qui est étrange. ]*uis, se retournant vers M"'" de Chevreuse et d'IIautefort , qui
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causaiont dans le petit cabinet : — Vous le voyez, mesdames, dit-il, la reine me fait demander mon cpée.
Et, en même temps un sourire, moitié ironique, moitié menaçant, passa sur ses lèvres, car il se rappelait que, div-sept ans auparavant, M. de Vendôme, son père, avait été arrêté de la même façon que lui par ordre du roi , et après que le roi lui avait parlé do plaisirs et de chasses comme venait de le faire la reine.
Mais, pour le moment, il n'y avait aucune résistance à tenter. Aussi le duc de Beaufort suivit-il Ouitaut dans sa chambre qui. poiu- cette nuit, devait lui servir de prison. Arrivé là il demanda à souper et mangea de grand appétit; puis il se coucha, et, fatigué de là chasse de la journée, il s'endormit sur-le-champ.
Le même soir, le bruit de son arrestation se répandit , et aussitôt M'"" de Vendôme, sa mère, et M"" de Nemours, sa sœur, accoururent au Louvre pour se jeter aux pieds de la reine et lui demander la grâce du duc de Beaufort. Mais la reine s'était enfermée avec le cardinal et refusa de les recevoir.
Le duc de Beaufort fut conduit au donjon de Vincennes, oii on lui accorda un valet de chambre et un cuisinier de la bouche pour le servir. Ces deuv honuues n'étant pas de sa maison , mais de la maison du roi , M. de Beaufort demanda d'être servi par des domestiques à lui, et M"" de Mottcville se lit l'interprète. de cette prière. Il lui fut répondu par la reine elle-même que la chose ne pouvait être accordée, attendu qu'elle n'était point d'usage.
On envoya en même temps à \L et à M"'" de Vendôme, père et mère du duc de Beaufort , et à M. le duc de Mcrcœur, son frère , homme d'une vie tranquille et qui n'avait jamais voulu entrer dans aucune cabale, l'ordre de sortir incessamment de Paris. M. de Vendôme, pour gagner un peu de temps, fit dire à Anne d'Autriche qu'il était fort malade; mais, pour toute réponse. Sa Majesté lui envoya sa propre litière. M. de Vendôme comprit qu'après une attention pareille de la part d'une souveraine, il ne pouvait rester davantage à Paris, et partit le jour même.
M"" de Chevreuse , on le comprend bien, ne vit pas sans se plaindre tous ses amis emprisonnés et exilés. Elle alla trouver la reine et lui fit observer que tous ceux qu'elle éloignait ainsi étaient justement les personnes (|ui, ayant soulTert pour elle, avaient droit à sa reconnaissance. Mais la reine, de ce ton froid et
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dédaigneux qu'elle savait si bien prendre, la pria de ne se mêler de rien et de lui laisser gouverner l'État et disposer des affaires de la France à son gré , lui conseillant en amie de vivre agréablement à Paris sans entrer dans aucune intrigue et de jouir, sous la régence , du repos qu'elle n'avait pu trouver sous le feu roi. Or, ce repos surtout était antipathique à M"" de Cbevreuse qui jusque là avait vécu d'intrigue et d'agitation; aussi ne reçut-elle pas ces conseils avec une grande soumission d'esprit, et sur quelques reproches qu'elle fit à la reine , celle-ci lui ordonna de retourner à Tours. On se rappelle que c'est là qu'elle avait été exilée d'abord du temps de Louis XIII. M"" de Chevreuse obéit ; mais, quelque temps a])rès , on apprit qu'elle avait quitté Tours avec sa fille, et que, déguisées toutes deux, elles avaient gagné l'Angleterre.
Restaient de toutes les anciennes amies de la reine , M"" de Senecey et M"'" d'Haulefort à qui elle avait écrit au Mans où cette dernière était exilée : — Venez, ma chère amie, je meurs d'envie de vous embrasser.
La disgrâce de ces deux dames ne se fit point attendre.
On commençait à mal parler du cardinal et de la reine, et tout ce qui restait de vrais amis à Anne d'Autriche, entendait avec peine les. propos qui se tenaient hautement, surtout depuis la disgrâce des ennemis du nouveau ministre. Plusieurs personnes se réunirent pour prier M"'" d'Hautefort, dont oi^ croyait l'influence plus grande qu'elle n'était , de faire quelque remontrance à la reine. Comme cette prière s'accordait avec les sentiments secrets de M"" d'Haulefort, elle n'y fit pas grande dilficultéet profita de la première occasion qu'elle trouva pour lui tout dire. La régente l'écouta avec attention et parut même un instant lui savoir gré de sa franchise ; mais , dès le lendemain , M d'Hautefort s'aperçut au ton et aux manières de la reine (ju'elle avait eu torl de se hasarder dans une telle démarche.
Or, peu de temps après, il arriva qu'un genlilhomme servant de la reine, nalif de Bretagne et nommé M. du \edo, ayani prié M'"" d'Hautefort de demander quelque faveur pour lui, celle-ci, toujours confiante dans l'amitié de Sa Majesté, n'hésita pas à se charger de son placet , et le remit eCTectivement à la régente qui le prit et promit de le lire et de s'en occuper.
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Quelques jours se passèreut saus qu'Aune d'Autriche reudil aucune réponse à ^1"" d'IIaulel'orl et sans que celle-ci osât en demander. Cependant un soir, vers minuit, que toutes les autres dames s'étaient retirées, M"" d'Hautefort, en déchaussant la reine, lui ra])pela cette demande quelle lui avait reuïise , en laveur du vieux gentilliomnic servant dont elle avait embrassé les intérêts. Mais la reine parut avoir complètement oublié et le gentilhomme et sa demande et la recommandation dont elle était accompagnée. Cette indiiréreucc blessa loi't M"'" dllaulelbrl , qui se releva les larmes aux yeux.
— Eh bien! qu'y a-t-il encore? demanda la reine impatientée.
— Il y a. reprit M" d'Hautefort, que je voudrais bien donner un conseil à Votre Majesté, mais (pie je n'ose.
— Il me semblait cependant que ni vous ni les autres ne vous faisiez faute de m'en donner, des conseils. Aussi je vous avoue que je commence à en être lasse.
— Eh bien! permettez-moi de vous en donner encore un, dit M"" d'Ilauleforl, et je proinels à Votre Majesté que ce sera le dernier.
— Dites alors : lequel?
— (.fsl (le vous ressouvenir. Madame, des choses arrivées a la
feue reine Marie de Médicis, qui, ayant fait mal parler d'elle à propos de cet Italien, canse de tous ses malheurs, revint à Paris après un long exil, et abandonna dans la prospérité ceux qui l'avaient servie dans sa première disgrâce; ce qui fut cause qu'à la seconde elle fut abandonnée de tous, ou assistée si faiblement (pi'elle mourut de faim.
L'avis était dur; aussi la reine prit-elle feu là-dessus, et, répétant qu'elle était lasse des réprimandes, elle se jeta dans son lit sans consentir à recevoir d'elle d'autres soins, et en lui ordonnant seulement de fermer ses rideaux et de ne plus lui adresser la. parole.
A cet ordre. M"" de Hautefort tomba à genoux en joignant les mains et attestant Dieu que ce qu'elle avait dit et fait était pour la plus grande gloire de la reine; mais la reine ne lui répondit point, et M"" d'Hautefort, qui devait avoir l'habitude de la disgrâce, sortit en comprenant que la sienne était complète. En effet, le lendemain la régente lui fit dire de se retirer et d'emmener M"' d'Escars , sa sœur, avec elle.
Quant à la marquise de Senecey, dès le premier abord elle sut à quoi s'en tenir ; elle avait demandé qu'on la fît duchesse, ce que le cardinal éluda par des promesses qu'il ne tint jamais; puis, enfin, qu'on donnât à ses petits-enfants le titre de princes, à cause du nom de Foix , qu'ils portaient ; ce qui lui fut refusé. Elle resta cependant à la cour, sans qu'on pût dire qu'elle y fût bien ni ([u'elle y fût mal ; mais ce qu'on pouvait dire à coup sûr et sans crainte de se tromper, c'est qu'elle y était sans crédit.
Ce fut ainsi que s'évanouit cette fameuse cabale des Importants, qui vit, en quelques jours, toutes ses espérances détruites par l'emprisonnement de son chef et par la dispersion de ses alliliés.
Alazarin resta seul et tout puissant sur le roi , sur la reine et sur la France.
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