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mauvaise (ju'il alla tout courant se plaindre à la reine. Aussilùl celle-ci fil venir Laporle, et lui demanda pourquoi il s'asseyait el se couvrait en présence du roi.
— Madame, dit Laporle, puisque Sa Majesté lait mon métier, il est juste que je fasse le sien.
Cette leçon frappa très fort Louis XIV qui , à partir de ce joui', renonça entièrement à l'emploi des valets.
Nous avons dit que lorsque Mazariu passa dans la chambre du roi , le roi fit semblant de dormir. Cela tenait à l'étrange aversion qu'il avait conçue, tout enfant, pour le cardinal. Cette aversion ne s'arrêtait pas à son Éminence seulement , mais s'étendait à su famille. Tous les soirs le roi en donnait une preuve, car lorsqu'il se couchait, le premier valet de chambre présentait, par ordre de Sa Majesté, nn bougeoir avec deux bougies allumées à celui des enfants-d'honneur qu'il lui plaisait de faire rester à son coucher, et chaque soir le roi défendait à Laporle de donner le bougeoir a M. de Mancini, neveu du cardinal, brave et excellent jeune homme cependant, qui fut tué depuis au combat de la porte Saint-Antoine.
Lnjour, à Compiègne , le roi voyant passer sou Kniinence avec beaucoup de suite sur la terrasse du chûleaii, se détourna en disant assez haut, pour que Deplessis, gentilhonmie de la Manche, l'entendit. « Voilà le grand Turc qui passe. » Deplessis rapporta ce propos à la reine, (pii fit venir l'enfant, le gronda fort cl voulut le forcer à dire quel était celui de ses serviteurs qui donnait ce nom au cardinal. i)ensant bien ipic ce n'était pas de lui-même (|u'il l'appelait ainsi ; mais le roi tint bon , et (|uel(|ues menaces que lui fit sa mère, il soutint qu'il ne devait celte suggeslion a personne, et que l'imaginalion lui en était venue à lui-même, lu autre jour (|ue le roi était à .Sainl-Germaiu , dans un petit cabinet du vieux château, assis sur sa chaise tfo //'aires, comme dit Laporle. M. de Chamarantc, second valet de chambre du roi, que le cardinal avait mis en cette charge, entra dans le cabinet et dit à Sa Majesté que son Éminence, en sortant de chez la reine, s'était arrêtée dans sa chambre pour assister à son coucher; ce qui était chose extraordinaire , le cardinal n'ayant pas pour habitude de rendre de pareils hommages au roi. Le roi ne répondit n)ot. Chamaranle, fort étonné de ce silence , regarda successivement, pour en chercher l'explication , M. Dumont le sous-gouverneur, Laportc et
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un gaiToii de cluuiibre, qui étaicMiL là. J.aporle, qui considérait Chaniaranlc comme un espion et qui craignait qu'il ne crût que c'élaillui qui moulait ainsi le jeune roi contre le cardinal, répéta ce qu'avait dit Cliamaraute en entrant, et fit observer à Sa Majesté que si elle n'avait plus adaire oii elle était, elle devait s'en aller se coucher, pour ne pas faire attendre plus longtemps son Éminence. Mais le roi fit la sourde oreille, demeurant muet cl immobile à l'observation de Lajjorle comme à l'annonce de Cliamaraute, si bien que le cardinal, après avoir attendu près d'une demi-heure, s'ennuya et descendit par le petit degré qui conduit au corridor. Comme il s'en allait, les éperons et les épées des gens de sa suite firent tant de bruit que le roi se décida enfin à parlei',
— M. le cardinal, dit-il, fait grande rumeur par où il passe, il faut qu'il ait bien cinq cenis personnes à sa suite.
Quelques jours après, au même lieu et à la myme heure , le roi revenant de ce cabinet pour aller se coucher, et ayant vu un gentilhomme de M. le cardinal, nommé Bois-fermé , dans ce passage: — Allons,' dit-il à M. de Nyert et à Laporte, M. le cardinal est encore chez maman , car j'ai vu Bois-Fermé dans le passage; l'atlend-il donc toujours ainsi?
— Oui, Sire, répondit Nyert, mais outre Bois-fermé, il y a encore un genlilliomme dans le degré et deu.v dans le corridor.
— Il eu a donc d'enjambée eu enjambée, dit le jeune roi.
Il est vrai que, quand même cette aversion n'eût pas été instinctive, connue celle qu'ont d'habitude les enfants pour les amants de leur mère, ou n'eût pas été , ce qui est plus probable encore, inspirée au roi par ceux qui l'entouraient, elle lui serait venue naturellement par le peu de soin que prenait Mazarin de contenter l'enfant royal qu'il laissait, non seulement manquer des choses qui regardaient ses divertissements, mais encore des objets nécessaires aux premiers besoins de la vie.
Ainsi la coutume était que l'on donnât au roi , tous les ans , douze paires de draps, et deux robes de chambre, une d'été et une d'hiver; mais Mazarin ne se soumettant pas à cette coutume, qu'il regardait sans doute comme trop coûteuse, ne donna que six paires de draps au roi pour trois ans entiers; aussi ces draps élaient-ils si usés que ses jambes passaient au travers et posaient à ci'u sur le matelas. (,)uant' aux robes de chambre, le cardinal les
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avait réglées avec la même économie : au lieu d'eu donner deu.v par an, il se contenta d'en donner une pour deux ans, que le jeune roi portait hiver et été ; c'était une robe de chambre de velours vert, doublée de petit-gris, qui, la dernière année, ne lui (Cnait plus qu'à la moitié des jambes.
Un jour le roi voulut s'aller baigner à Conllans. Laporte donna aussitôt les ordres nécessaires et l'on fit venir un carosse pour conduire Sa Majesté avec les bardes de sa chambre et de la garderobe. Mais comme Laporte se disposait à y monter le premier, il s'aperçut que tout le cuir des portières qui couvraient les jambes était emporté, et que tout le reste du carosse était d'ailleurs en si mauvais état qu'il ne ferait pas , sans se briser, le trajet , si court (ju'il fût; alors Laporte rendit compte au roi de l'état de sa sellerie, lui disant qu'il était impossible d'aller à Conllans comme il le désirait , attendu que , si on les voyait dans une pareille voiture, les plus petits bourgeois se moqueraient d'eux. Le roi crut le récit exagéré et voulut juger lui-même de l'état du carosse; mais en voyant le peu de resi)ect qu'on avait pour lui, puisqu'on supposai! qu'il pouvait monter dans une pareille voiture, il rougit de colère, f't le soir même s'en plaignit amèrement à la reine, à son Éminence et à M. de Maison, alors surintendant des finances. Grâce à cette plainte , le roi eut cinq caresses neufs.
\u reste, celte avarice de Mazarin , dont nous aurons , dans le cours de cette histoire, si souvent occasion de donner de nouvelles preuves, ne s'arj-êtait pas aux choses du roi, mais s'étendait à tous les détails d'administration de la cour. Tout se faisait avec un désordre et une parcimonie étrange. Par exemple, tandis que le roi, qui fit bâtir Versailles, manquait de draps, de robes de chambre et de carosses, les dames attachées à la personne d'Anne d'Autriche, sa mère, n'avaient point de table au palais, et fort souvent, restaient sur leur faim. Après le souper de la reine , elles en mangeaient les débris sans ordre ni mesure, se servant, pour tout appareil, de sa serviette à laver et des restes de son pain (1).
Les festins publics et de représentation n'étaient pas mieux réglés, tant l'avarice sordide du cardinal étendait sans cesse et partout sa griffe de harpie. En lO/iS, le jour de la signature du con-
1" M ""(le Mollevillp.
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Hrat de la princesse Marie de Gonzague, la même dont nous avons parlé à propos des amours et des folies du duc de Guise , lorsque la reine reçut à Fontainebleau les ambassadeurs de Pologne, elle leur donna un grand souper, ou, du moins, son intention fut de le leur donner; mais le soir, dit M°" de Motteville , on raconta à la reine qu'il y avait eu une dispute entre les olFiciers de la bouche, de sorte que le premier service avait manqué. En outre, l'ordre avait été si mal observé, que, lorsque ces somptueux étrangers, qui s'étaient signalés par leur luxe oriental, voulurent sortir, ils furent forcés de marcher sans lumière jusqu'au grand escalier de l'appartement du roi. La reine gronda fort en apprenant ce désordre. En effet , de pareils oublis d'étiquette et une semblable pénurie devaient paraître étranges à une princesse élevée au milieu du cérémonial espagnol, et dans une cour alimentée parles ruisseaux d'or et de pierreries, qui roulaient vers elle des deux Indes.
Nous nous sommes étendus sur ces détails, parce qu'ils montrent l'état financier du royaume et les mœurs de la cour, et qu'ils font ressortir une haine pour l'obéissance, innée chez Louis XIV, qui, des son enfance, réagit contre cette tyrannie ministérielle sous laquelle s'était toute sa vie incliné le roi, son père.
OuantàMazarin, que nous allons voir jouer le principal rôle dans la période qui nous reste à parcourir jusqu'à la majorité du roi . nous citerons le portrait qu'en trace le couïte de la Rochefoucauld, et nous laisserons les événements en faire apprécier la justesse.
« Son esprit était grand, laborieux, insinuant et plein d'artilices ; son humeur était souple, et l'on peut même dire qu'il n'en avait point , et que, selon l'utilité, il feignait toutes sortes de personnages. 11 savait éluder les prétentions de ceux qui lui demandaient des grâces, en leur en faisant espérer de plus grandes. 11 avait de petites vues, même dans les grands projets, et, au contraire du cardinal de Richelieu, qui avait l'esprit hardi et le cœur timide, le cardinal de Mazarin avait plus de hardiesse dans le cœur que dans l'esprit; il cachait son ambition et son avarice sous une modération affectée; il déclarait qu'il ne voulait rien pour lui, et que, toute sa famille étant en Italie, il voulait adopter pour ses parents tous les serviteurs de la reine, et chercher sa grandeur cl sa sûreté en les comblant de bien. »
On a vu de quelle façon il pratiquait ces principes.
LOLIS XIV ET SON SIUCI.fi.
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