‹ Louis XIV et son siècle (volume 2)Chapitre 28 sur 37 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

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1648.— IG-iO.

I,a cour se retire à Rueil. — Victoires et blessure du prince de Condé. — Il est rappelé. — Le prince et le possédé. — Motion énergique faite an parlement. — Déclaration de la reine. — Prétendu mariage de la reine-mère avec Mazarin. — Influence de Condé. — La cour revient îi Paris. — Nouvelles hostilités du parlement contre Mazarin. — Conseil odieux du prince de Condé. — La cour se propose de retourner à Saint- Germain. — La reine hoil. — Départ de Paris. — Dénûment de la cour à Saint-Germain. — Terreur des Parisiens. — Lettre du roi. — Arrêt du parlement. — La guerre civile est déclarée.

OL'scesévéncmentsavaient rendu Paris insupportable à la reine ; elle saisit donc la première occasion venue de le quitter. On prétexta la nécessité de faire nettoyer le Palais-Royal, et le roi, la reine, M. le duc d'Anjou, qui venait d'avoir la petite vérole, et le cardinal Mazarin , qui n'était pas bien remis encore de sa frayeur, se retirèrent à Rueil , Saint-Germain étant occupé par la reine d'Angleterre.

En toute autre circonstance, la chose n'aurait point été.extraordinaire. On était au mois de septembre, et un roi, une reine et un prince du sang (pii vient d'être malade, peuvent éprouver, comme de simples particuliers, le désir d'aller passer quelques jours à la campagne. Cependant ce départ eut l'air d'une fuite. Le roi monta en carosse à six heures du matin et partit avec le cardinal ; quant à la reine, elle resta coiume la plus vaillante, dit

M"" de Motteville, puis alla se confesser aux Cordeliers, dire adieu à ses bonnes religieuses du Val-de-Grâce, el se relira à son tour.

M. le duc d'Orléans resta pour s'entendre avec le parlement , s'il s'élevait de nouvelles diflicultés. Ce prince, complètement ellacé depuis longtemps, commençait à reparaître, timide, mais tracassier et ambitieux comme toujours. 11 était lieutenant-général du royaume , et par conséquent disposait de quelque autorité. 1 1 donna des inquiétudes à la reine qui songea à l'aire venir le prince de Condé pour le lui opposer.

Le prince de Condé poursuivait le cours de ses victoires. Après avoir battu l'enitemi à Lens, il venait de prendre Fumes, et avait été blessé à la hanche ; c'était une occasion pour le rappeler à Paris.

Eu l'attendant, sans doute pour prendre une revanche de la journée des barricades et de la contrainte où elle avait été de rendre Blancmesnil et Broussel , la reine exila de nouveau le vieux marquis de Châteauneuf et fit arrêter Chavigny, le premier, sous le prétexte qu'il avait pris part aux troubles, le second sous celui que, lié avec plusieurs membres du parlement, il les avait fomentés; mais en réalité, à cause de la vieille haine qui était née entre Mazarin et lui, du jour oîi Beringhen était venu traiter avec Mazarin au nom de la reine.

Ces deux événements étaient la nouvelle du jour, lorsque M. le prince de Condé arriva à Paris.

Le parlement ne le voyait pas venir sans crainte. A vingt-sept ans, M. le Prince avait la réputation du premier général de l'Europe. En outre, il avait un grand parti à la cour : il était à la tète de la faction des i)etits-maitres, c'est-à-dire des élégants, qui remplaçaient, sous Louis XIV, les dix-sept gentilsliomuies de Louis Xlll ; de plus, il avait conlribué à l'arreslaliou du duc de Beaufori, auquel le peuple s'était fort attaché, comme cela arrive dans les époques de mécontentement, par la seule raison qu'il était persécuté; enfin, c'était un homme de cour, de résolution et d'esprit, sachant l'iiistoii-e, la philosophie et les mathématiques, et de plus brave, non pas à telle ou telle heure, mais toujours.

Il eut, en revenant à Paris, une aventure dont le bruit l'avait précédé et avait fort diverti la cour. En traversant la Bourgogne, il entendit parler d'un possédé qui faisait grand bruit et il avait désiré le voir. Ellectivement on le conduisit près de cet homme, eu

lOOlS XIV ET SON SUiCI.K.

ravertissanl que sil voulait le voir enlror dans une de ses crises, il l'allait le toucher avec un chapelet. M. le Prince promit de suivre cette reconiniandation en' disant qu"il axait justement sur lui un reliquaire béni par le pape et qui ne le quittait jamais. Quant au possédé, comme cette nouvelle eût pu l'inlimider. on lui laissa is?norer quelle noble visite il recevait.

!\I. le Prince l'ut introduit et trouva le possédé assez calme. Mais on souffla aussitôt à l'oreille du visiteur que s'il voulait voir se changer ce calme en orage, il n'avait qu'à toucher le malade avec sou chapelet. Condé fit signe de l'œil (pi'il allait suivre l'instruction donnée, et tirant de sa poche sa main l'erniée , il-la posa sur la tète du possédé, lequel fit aussitôt des grimaces épouvantables, des contorsions exagérées et des soubresauts l'antasliques. M. le Prince le laissa faire jusqu'au bout, et alors ouvrant la main, il montra ([u'il l'avait touché, non pas avec un reliquaire, mais purement et simplemeiil avec sa montre. (Jelle vue augmenta tellement la

fureur du possédé (pi'il voulut se jeter sur M. le Prince cl l'étrangler.

Jlais celui-ci fit deux pas en arrière el levant sa canne : — Monsieur le diable, dit-il. j'ai toujours désiré vous voir: je vous pré-

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