‹ Louis XIV et son siècle (volume 2)Chapitre 29 sur 37 · I.OLIS MV KT SON siiici.i · texte numérisé non relu

I.OLIS MV KT SON siiici.i

viens donc que , si vous nie louciiez , je rosserai si bien votre étui, {|ue je vous forcerai d'en sortir.

Le diable se le tint pour dit et ne bougea plus.

De son côté, le duc d'Orléans voyait ai'river M. le Prince avec (|uelque contrariété. Non content d'élrc son rival en politique. M. de Condé était encore le rival de Gaston en amour. 11 aimait M"" du Végen à laquelle Monsieur taisait la cour et dont il était aimé.

.\ous dirons plus tard comment cet amour se passa.

Le 20 septembre M. le Prince arriva à Paris. C'était deuv jours après l'exil de Chàtcauneuf et l'arrestation de Chavigny : il trouva donc Paris ému tout de nouveau, et le |)arloment assemblé pour tirer Chavigny de pris!)ii. cnininf il on avait lire Broussel et P>laucmesnil.

Deux jours après celte arrivée , et comme le prince allait saluer la reine à Rueil, une séance des plus orageuses se tenait. Le président Viole, qui était des amis particuliers de Chavigny, faisait un rapport sur l'exil du marquis de Chateauneuf, sur la détention de Chavigny, sur l'éloignement du roi, sur le retour du prince de Condé et sur l'approche des gens de guerre.

Alors le président IMancmesnil s'écria (|ue toiil cela venait d'un seul liunune étranger à la France, et que tous les malheurs finiraient si l'on appli(piait à cet homme l'arrêt qui avait été rendu en 1017 après la mort du maréchal d'Ancre, et qui portait qu'il était défendu à tout étranger de tenir ollices, bénélices, honneurs, dignités ni gouvernement. C'était, contre Mazariu, une alla(inc plus directe qu'aucune de celles qui avaient été portées. Aussi eut-elle son retentissement, à Rueil.

Le lendemain deux lettres arrivèrent au parieineni . lune du duc d'Orléans, l'autre du i)rince de Condé. (pii demandaient une conférence à Saint-Germain.

Au lieu d'une il y en eut deux : vingt-un membres du parlement se rendirent de leur côté à .Saint-Germain, oii le duc d'Orléans et le princede Condé se transportèrent également. Le résultai de ces deuv conférences fui que la reine donna, le 4 octobre, une déclaration signée d'elle, du cardinal, des princes et du chancelier, conçue en ces termes :

« Aucun ollicier ne pourra être destitué nuime de l'exercice de

sa charge par simple lettre de cachet; tout officier arrêté sera rendu dans les vingt-quatre heures à ses juges naturels, et il eu sera de même pour tous les sujets du roi, à moins qu'il ne faille des preuves, auquel cas la détention ne pourra excéder six mois. »

Cette déclaration avait surtout cela de singulier qu'elle était signée par deux princes dont l'un avait été exilé deux ou trois fois sans que jamais le parlement, s'en émût, et dont l'autre avait vu son père trois ans à Vincennes , sans que ce même corps , qui s'était soulevé une première fois pour l'emprisonnement de Blancmesnil et de Broussel, et qui se soulevait une seconde fois pour l'exil de Chàteauneuf et pour l'arrestation de Chavigny , eût fait la moindre réclamation.

Quant à l'atteinte portée aux droits de la cour, M"" de Motteville appelle cette déclaration un assassinat contre l'autorité royale. Ajoutons que Chavigny, qui avait déjà été transféré au Havre, fut mis en liberté, mais avec ordre de se retirer dans ses terres.

Cette victoire donnait au parlement la mesure de sa force et lai sait comprendre à Mazarin toute sa faiblesse, et combien peu, malgré ses efforts, il avait pris racine en France, puisqu'il s'en était fallu de si peu qu'on ne lui appliquât l'édit rendu contre les étrangers à l'époque de l'assassinat du maréchal d'Ancre. Aussi serait-ce à ce moment qu'il faudrait faire, selon toute probabilité, remonter la date fort incertaine d'un fait déclaré controuvé par quelques historiens, mais alïïrmé parla princesse Palatine, seconde femme de Monsieur, frère de Louis XIV, et mère du régeut, c'està-dire du mariage secret de la reine avec le cardinal.

Répétons purement et simplement ce qu'elle dit.

« La reine-mère, veuve de Louis XI II , non contente d'aimer le cardinal de Mazarin , avait fini par l'épouser : il n'était point prêtre et n'avait pas les ordres qui pussent l'empêcher de contracter mariage. 11 se lassa terriblement de la bonne reine, et la traita durement, mais c'était l'usage du temps de contracter des mariages clandestins. »

Quant à celui de la relue-mère on en connaît maintenant toutes les circonstances; le chemin secret par lequel le cardinal se rendait chaque nuit chez elle , se voit encore au Palais-Royal, et lorsqu'elle venait le voir, il disait toujours, à ce qu'on prétend: — Que me veut encore celte femme 1

i^j^/''rx^ ^?s

Xi Clca^uitiui .

La vieille Beauvais, première femme de chambre de la reinemère, avait le secret de son mariage avec le cardinal Mazarin. Cela obligeait la reine de passer par tout ce que voulait cette confidente. Aussi celte grande influence de la Beauvais était-elle un vil sujet d'étonnement pour les courtisans. Voyez plutôt ce qu'en dit Dangeau, riiomme ofliciel, le moniteur vivant de cette époque. « C'était une femme avec laquelle les plus grands ont longtemps compté, et qui, toute vieille, hideuse et borgnesse qu'elle était devenue, a de temps en temps continué de paraître à la cour en grand habit comme une dame , et d'y être traitée avec distinction Jusqu'à sa mort. » Ajoutons que non seulement la Beauvais avait été la confidente de la reine-mère, mais encore qu'elle fut la première maîtresse du roi Louis XIV.

Cependant, malgré cet appui royal dont les causes commençaient à être connues à la ville aussi bien qu'à la cour, ainsi que le prouvent les pamphlets du temps et entre autres ceux qui ont pour titre , la Pure vérité cachée, QiCas-tu vu à fa cour et lu ïlcille amoureuse , Mazarin voulut se créer encore d'autres "soutiens.

Les deux princes, comme nous l'avons dit, étaient eu présence : le duc d Orléans, sinon vieux du moins usé par toutes ses conspirations sans fruit ; le prince de Condé jeune , et fort de trois ou ([uatre victoires et d'un traité de paix qui était en train de se signer. Il fallait choisir. Comme on le pense bien, Mazarin n'hésita pas et s'appuya sur Condé. Sa préférence se manifesta à l'occasion du chapeau de cardinal que le duc d'Orléans avait sollicité pour l'abbé (le La Rivière, son favori, et que Mazarin demanda pour M. le prince de Conti, frère de M. le prince de Condé. Le duc d'Orléans lit grand brnit , cria , bouda, menaça même ; mais heureusement on savait que Gaston était plus dangereux pour ses amis que pour ses ennemis.

Deux événements vinrent encore augmenter l'innuence du prince de Condé à la cour : le retour du roi qu'il avait conseillé, et qui fut bien reçu, et la nouvelle de la paix conclue avec 1" Empire, et à la suite de laquelle la Gazelle de France annonça : — Que les Français pourraient dorénavant abreuver paisiblement leurs chevaux dans le Rhin.

Comme on le voit , dès cette époque, le Rhin , cette frontière na-

T. I. 'il

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liirclle delà l-Yance, était lagraiide question entre l'Empireetiioiis.

Cependant le roi grandissait et déjà indiquait ce qu'il devait être un jour. Quand on avait annoncé devant lui la nouvelle de la \ ictoire de Lens : — Ah ! ali ! avait-il dit , voilà qui ne fera pas rire messieurs du parlement.

Tout enfant qu'il était , il avait fort souffert des atteintes portées à son autorité. Aussi un jour que les courtisans s'entretenaient ■ devant lui du pouvoir absolu des empereurs turcs et en rapporlaieul quelques exemples : — A la bonne heure, dit le jeune roi, voilà ce qui s'appelle régner.

— Oui, Sire, dit alors le maréchal d'Estrées, qui se trouvait à portée d'entendre ces paroles et qui les avait entendues, mais deux ou trois de ces empereurs ont été étranglés de mon temps.

Aussitôt le maréchal de Villeroy, qui avait, de son côt.é, aussi entendu l'exclamation du roi, et la réponse du maréchal, fendit la foule et s'adressant à d'Kstrées : — Merci, monsieur, dit-il: vous venez de parler comme il faut parler aux rois , et non comme lui parlent ses courtisans.

Cependant, soit politesse naturelle, soit qu'il connût déjà la va-' lem* du prince de Condé, un jour que ce dernier entrait chez lui et qu'il travaillait, Louis se leva et commença à causer avec M. le Prince la tète découverte. Cet excès de politesse, qui choquait les règles de l'étiquette , blessa Laporte qui pria successivement le précepteur et le sous-précepteur de dire au roi de se couvrir. Mais ni l'un ni l'autre n'en voulut rien faire. Alors Laporte prit le chapeau du roi qui était sur une chaise et le lui présenta.

— Sire, dit le prince de Condé, Laporte a raison; il faut que Votre Majesté se couvre quand elle nous parle ; elle nous fait assez d'honneur quand elle nous salue.

A cette époque M. de Condé paraissait, en effet, fort attaché au roi. Sa première question, à son retour, avait été pour denian- % der à Laporte si le roi serait honnête homme et aurait de l'espril,

et sur la réponse affu-mative il s'était écrié : — Ah! tant mieux ! vous me ravissez, car U n'y a pas d'honneur à obéir à un méchant prince , ni de plaisir à obéir à un sot.

C'était aussi l'avis du cardinal Mazarin. Un jour que le maréchal de Grammont flattait le ministre d'une puissance éternelle :

— Ah ! monsou, lui dit-il, vous ne connaissez pas Sa Majesté;

il y a en elle de rétoffe pour quatre rois et un honnête Iionuno.

C'était ce mènre maréchal de Granmiont qui, ayant pris parti pour les Frondeurs, disait plus tard à Louis XIV : — Du temps que nous servions Votre Majesté contre le cardinal Mazarin.

Manière de parler qui faisait beaucoup rire le roi.

Cependant la Saint-Martin était venue, et le parlement avait repris ses délibérations, plus acerbe que jamais contre la cour: les pamphlets se succédaient avec acharnement contre le cardinal : chaque jour il paraissait quelque nouvelle mazarinade. Le ministre en avait ri d'abord, et avait dit ce fameux mot si souvent répété depuis : — • « lis chantent, ils paieront. » Mais enfin les chansons avaient fait place à un écrit qui faisait grand bruit et qui se produisait so'is le tilre de : Requête des trois étals du f/oiirerueitient de l'Ile de France an parlement de Paris.

C'était une diatribe terrible contre le ministre.

« Il était . disait la requête, sicilien, sujet du roi d'Espagne et de basse naissance ; il avait été valet à Rome, avait servi dans les plus abominables débauches: il avait été poussé par les fourberies, les boufibnneries et les intrigues ; il avait été reçu en France comme espion, avait, par son inlluence sur la reine, gouverné toutes choses depuis six ans au grand scandale de la maison royale et à la grande dérision des nations étrangères. Il avait disgracié, banni, emprisonné les princes, les ofTiciers de la couronne, les gens du parlement, les grands seigneurs, enfin les plus fidèles serviteurs du roi. Il s'était environné de traîtres, de concussionnaires, d'impies et d'athées; il s'était attribué la charge de gouverneur du roi pour l'élever à sa mode; il avait corrompu le peu qui restait de candeur et de bonne foi à la cour en y mettant à la mode les brelans et les jeux de hasard; il avait violé et renversé la justice, pillé et ravi toutes les finances, consommé par avance trois années du revenu de l'État. H avait encombré les prisons de vingttrois mille personnes dont cinq mille étaient mortes dans une seule année. Ouoiqii'il eût dévoré par an près de 120 millions, il n'avait payé ni les gens de guerre, ni les pensions, ni l'entretien des places fortes ; il avait enfin partagé ces grandes sommes avec ses amis, en ayant transporté hors du royaume la plus grande partie tant en lettres de change, en espèces qu'en pierreries. »

Dans tout autre temps ce libelle, quoique vrai dans beaucoup

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(lo parties, n'aurait i)as eu grande importance; mais à cette lieure il correspondait si bien à l'esprit du peuple et aux griefs du parlement qu'il devenait une cnose grave. On fit donc de grandes recherches. L'auteur resta inconnu , mais l'imprimeur fut décou- Acrt et condamné au bannissement perpétuel par sentence du Châlelet.

Néanmoins il était impossible de demeurer dans celle silualion, il importait de savoir enfin qui régnait du parlement ou du roi, et si, comme le disait Anne d'Autriche, son fils n'était qu'un roi de cartes.

On décida de se raccommoder d'abord avec M. le duc d'Orléans : c'était chose facile. On fit l'abbé ]>a Rivière secrétaire d'état ; on lui donna l'entrée au conseil , et on lui promit le second chapeau. L'abbé La Rivière, qui connaissait son maître et qui savait qu'il n'y avait rien à attendre de lui du moment qu'il fallait déployer un peu d'énergie, se fit lui-même négociateur de la réconciliation qui eut lieu vers les fêtes de Noël.

Aussitôt on s'assembla en conseil et l'on résolut de prendre un parti sur ce qu'il y aurait à faire.

Le prince de Coudé avait toute influence; aussi ce fut son avis qui prévalut : c'était l'avis d'un homme de guerre, plutôt que celui d'un homme d'état. 11 s'agissait de transporter le roi à Saint- Germain , d'empêcher le pain de Gonesse d'arriver à Paris et d'alfanier la Capitale. Les Parisiens alors s'en prendraient au parlement, cause de tous ces désordres, et le parlement serait trop heureux de recevoir le pardon et les conditions de la cour.

Peut-être le cardinal ne trouvait-il pas, au fond de l'âme, ce parti le meilleur, mais il venait de rhom.me tout puissant à cette époque; il plaisait au caractère aventureux de la reine, il fut adopté. Seulement on convint que le silence le plus profond serait gardé, à ce point que le duc d'Orléans promit de n'en point parler à Madame ni à sa fille, et que le prince de Condé s'engagea à n'en pas dire un seul mot ni à sa mère ni à M. le prince de Conti. son frère, ni à M"" de Longueville, sa sœur.

Le moment du départ fut arrêté pour la nuit du 5 au 6 janvier.

On employa les quelques jours qui séparaient encore l'instant fixé à concentrer vers Paris les troupes dont on pouvait disposer : sept ou huit mille hommes à peu près. Ces mouvements

inquiétèrent les Parisiens, et sans que l'on sût de quoi il était question , on éprouva cette espèce de crainte et de malaise qu'on respire avec l'air à la veille des grands événements. Les bourgeois semblaient ne pas pouvoir tenir dans leurs maisons, et lorsque les gens de connaissance se rencontraient dans les rues, ils se demandaient avec inquiétude des nouvelles, comme si à chaque instant quelque chose d'inattendu devait arriver. La cour elle-même était en alarmes : il y avait eu des ordres donnés , puis des contreordres. Mais, comme nous l'avons dit, personne n'avait positivement connaissance du parti pris, que la reine, M. le duc d'Orléans, M. le prince de Condé, M. le cardinal et M. le maréchal de Grammont.

La journée du 5 janvier s'écoula dans des inquiétudes croissantes, mais sans amener aucun événement. Le soir, comme de coutume , les princes et les ministres firent leur cour à la reine : mais ils la quittèrent de bonne heure. Le maréchal de Grammont ayant l'habitude, tous les ans, la veille des rois, de donner un grand souper, chacun se rendit donc chez lui, et la reine, restée seule, passa dans son petit cabinet où étaient le roi et M. le duc d'Anjou , gardés par M"" de la Trémouille. Les deux enfants jouaient ensemble; la reine prenant une chaise, s'assit devant une table où elle s'appuya pour les regarder. Un instant après M"" de Motleville entra et alla se placer debout derrière la reine qui lui adressa la parole avec sa tranquillité habituelle et se remit à regarder les enfants. Lu ce moment. M"" de la Trémouille, qui était assise dans un coin et dans l'ombre, fit signe de l'œil à M"" de Motleville de venir lui parler, celle-ci se rendit à l'invitation , et M"" de la Trémouille lui dit si bas que la reine ne put l'entendre: — Savez-vous le bruit qui court? c'est que la reine part cette nuit.

C'était le premier mot que M'"' de Motleville entendait dire de ce projet, et il lui parut si improbable, qu'elle se contenta de montrer à M"" de la Trémouille, et en haussant les épaules, la tranquillité avec laquelle la reine regardait jouer les deux enfants. Mais si bas qu'eût parlé M"" de la Trémouille, la reine avait entendu qu'elle avait parlé; elle se retourna, et lui demanda ce qu'elle avait dit: M"" de la Trémouille, qui ne croyait pas plus que M"" de Molteville à ce prochain départ, lui répéta alors

tont liant ce qu'elle venait de dire tout bas. Mais la reine se mit à rire : — On est vraiment l'on dans ce pays , dit-elle , et l'on ne sait quelle chose s'imaginer ; demain je vais passer la journée auVal-de-Grâce.

M. le duc d'Anjou qu'on emportait en ce moment pour le coucher, entendit ce que disait la reine et ne voulut pas sortir que sa mère ne lui eût fait la promesse de l'y conduire avec elle ; la reine le lui promit et l'enl'ant se relira tout joyeux.

— Maintenant que d'Anjou est sorti , mesdames, dit la reine, nous allons, si vous voulez bien, pour amuser le roi, tirer la fève entre nous; appelez Bregy et faites apporter le gâteau.

On obéit à la reine. Le gâteau fut apporté et M"" de Bregy étant venue, on en fit six parts: une pour le roi, une pour la reine, une pour M'"" de la Trémouille, une pour M"" de Motteville, une pour M'"" de Bregy et une pour la vierge.

Chacun mangea sa part sans trouver la fève ; elle était dans la part de la vierge. Alors le roi prit la fève et la donna à sa mère la faisant ainsi reine, et elle, de son côlé , comme si elle n'eût autre chose dans l'esprit que de se divertir, fit apporter une bou-

teille d'hippocras, dont les dames burent d'abord; puis, elles la forcèrent à en goûter afin d'avoir occasion de crier: la reine boit.

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On parla ensuite d'un repas que devait donner deux jours après Villequier, capitaine des gardes. La reine désigna celles de ses lemnies à qui elle permettrait d'y aller, et dit qu'il faudrait y faire venir la petite bande de violons de M. le Prince pour s'y mieux divertir. Enfin ayant fait appeler Laporte, elle lui remit le ' roi pour qu'on le couchât à son tour. M"" de la Trémouille alors fut la première à rire de l'idée qu'elle avait eue que la reine pouvait partir.

Vers les onze heures du soir, connue la reine était prête à se déshabiller, elle envoya chercher Béringheu , le premier écuyer., qui entra un instant après avoir été mandé. Elle le prit à par! et le conduisit dans un coin où elle lui parla tout bas quelque temps. C'était pour lui conunander les carosses du roi ; mais comme la reine avait peur qu'on ne se doutât de la con-versation , elle dit tout haut , en revenant vers ses femmes , qu'elle venait de donner quelques ordres relatifs à des œuvres de charité. Les (lames, à qui la dissimulation parfaite de la reine avait ôté tonte défiance, ne se doutèrent de rien. La reine alors se déshabilla el passa dans sa chambre. Les dames sortirent et, à la porte, trouvèrent Couuuingeset Ville(|iiier : ils étaient aussi ignorants qu'elles, et ne purent rien leur dire.

Aussitôt les dames parties, les portes du Palais-Royal furent fermées derrière elles; puis la reine api)ela M"° Beauvais, sa première femme de chambre et se rhabilla. On introduisit alors Comminges et Villequier qu'on avait retenus dans le salon, et la reine leur donna les ordres nécessaires. Derrière eux entra le maréchal de Villeroy qui n'était pas prévenu non plus, et à qui seulement alors la reine apprit le projet de départ. Celui-ci s'occupa aussitôt des préparatifs qui lui étaient personnels ainsi quau roi, continuant de laisser dormir le jeune prince jusciua trois heures du malin.

V irois heures on éveilla le roi et sou frère; puis on les fil monter dans un carosse qui les attendait à la porte du jardin royal. La reine les rejoignit un instant après; elle descendait avec M"" Beauvais, et était suivie de Guitaut, de Comminges et de Villequier ; tous avaient passé par le petit escalier dérobé qui conduisait des appartements de la reine au jardin. Les carosses parlirenl alors sans obstacle et ne s'arrêtèrent qu'an Coin-s qui était

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le lieu du rendez-vous général. Là on attendit M. le duc d'Orléans, M. leTrince et toute la maison royale.

Un instant après Monsieur arriva avec Madame , puis, dans son carosse particulier, Mademoiselle qu'on avait envoyé chercher par Comminges, puis M. de Condé avec M. de Conti et M"" la Princesse ; quant à M"" de Longueville, elle n'avait pas voulu venir, prétextant sa grossesse avancée. Enfin M"" de Mancini, qu'on avait envoyé chercher chez M""= de Senecey où elles étaient, arrivèrent à leur tour. M. le Cardinal vint le dernier, il était à jouer, et comme le jeu était une de ses passions et qu'il gagnait ce soir là, on avait eu grand'peine à lui faire quitter h partie.

Rn un instant, au reste, il y eut sur le Cours, une vingtaine decarosses contenant cent cinquante personnes au moins: car les amis de ceux qui partaient, avertis an moment même, n'avciient pas voulu rester à Paris où l'on présumait qu'il allait se passer de grands désordres. En attendant, tous ces fuyards, à part ceux qui avaient le secret de la chose, étaient saisis d'une terreur profonde , et l'on eût dit qu'ils quittaient une ville prête à être prise d'assaut.

La reine manifesta quelque surprise de ne pas voir M'"' de Longueville avec M"'" la Princesse; mais, comme elle était loin de deviner le motif qui retenait M"" de Longueville à Paris, elle se contenta de l'excuse que celle-ci lui envoyait par la bouche de sa mère et de ses deux frères. Puis , voyant toute la maison assemblée , elle donna l'ordre du départ.

Mais en arrivant à Saint-Germain le désordre augmenta. A celte époque oii le véritable luxe n'était pas encore introduit , on trans- ^ portait les meubles d'un château dans l'autre; et Saint-Germain, qu'on n'habitait jamais l'hiver, était tout dénieublé. Or, de peur de donner des soupçons, le Cardinal n'avait point osé faire remeubler cette résidence: il avait seulement envoyé deux petits lits dont la reine prit l'un et le roi l'autre ; on trouva en outre deux autres lits de camp, dont l'un fut pour M. le duc d'Anjou, l'autre pour M. le duc d'Orléans. M""' la duchesse d'Orléans et Mademoiselle couchèrent sur la paille. Mais il restait encore cent quarante ou cent cinquante autres personnes à pourvoir, et en un instant, dit M'"" de Molteville, la paille devint si rare qu'on n'en put plus avoir pour de l'argent.

LOUIS XIV KT SON SIKCI.Ii. 329

Vers cinq heures du matin la nouvelle de la fuite du roi commença à se répandre dans Paris, et y porta une terreur profonde. Chacun se leva précipitamment, et dès Six heures du matin les rues étaient pleines de cris et de tumulte. Alors tout ce qui appartenait à la cour essaya de fuir pour la rejoindre , tandis qu'à l'instant même le peuple ferma les portes et tendit les chaînes, poiuarrêter tous ces fuyards. Le chancelierse sauva déguisé en père de la mission de Saint-Lazare, M"" de Brienneeu sœur grise, Brienne et son frère en écoliers avec leurs livres sous le bras ; et M. de Brienne père, qui voulut tout simplement forcer le passage avec son parent l'abbé de l'Escaladieu , fut contraint de faire le coup de pistolet pour passer. L'abbé de l'Escaladieu reçut un coup de hallebarde dans les reins.

Tout était donc confusion et ignorance, dans la ville. On parlait de siège, de blocus et de famine, et comme lorsqu'on ignore tout on craint tout, Paris était dans une grande terreur, quand le bruit se répandit que les prévôts des marchands et les éclievins de Paris avaient reçu une lettre du roi. Bientôt des copies de celte lettre circulèrent. Nous la reproduisons textuellement.

■■ Très clicrsct bien aimés , étant obligé avec un très sensible déplaisir h partir de nou-e bonne ville de Paris , celte nuit mémo , pour ne pas demeurer exposé aux pernicieux desseins d'aucun ollicier de notre cour du parlement, lesquels ayant intelligence avec les ennemis de PEtat, après avoir attenté contre noire autorité en plusieurs rencontres et abusé longuement de notre bonté, se sont portés jusques à conspirer de se saisir de notre personne; nous avons bien voulu, de l'avis de notre très lioiiorée dame et mère, vous donner part de notre résolution, et vous ordonner, comme nous le faisons très expressément, de vous employer en tout ce qui dépendra de vous pour empêcher qu'il n'arrive rien ii notre dite ville qui puisse eu altérer le repos, ni préjudicicr ii notre service, vous assurant, comme nous l'espérons, que tous les bons bourgeois et habitants d'icelle continueront avec vou'i dans les devoirs de bons et lidèles sujets, ainsi qu'ils ont fait jusqu'à présont. Nous réservant de vous faire savoir dans peu de jours la suite de notre résolution, et cependant nous couliant en votre fidélité et alfection à notre service , nous ne vous ferons la présente plus longue et plus expriîsse.

Donné h Paris , le 5 Janvier 16W , signé Loi'is. ■>

Le 1, de Lisle, capitaine des gardes du corps, apporta de la part du roi une interdiction aux cours souveraines de continuer leurs séances et un ordre au parlement de se retirer à Montargis.

l>e parlemctil refusa de prendre connaissance de cet ordre, dir. I. /i2

330 LOiJis xiv KT so^ sikci.e.

sant qu'il ne venait pas du roi, mais de ceux qui l'entouraient et lui donnaient de mauvais conseils. Sur cette réponse la reine fit faire défense aux villages environnant Paris, d'y porter ni pain, ni vin, ni bétail; des lors l'intention de la cour devint visible : on voulait alfamer Paris. Le parlement décida qu'une députation irait porter des remontrances à la reine. La députation se mit en route, vint à Saint-Germain , mais ne fut pas reçue. A son retour la députalion fit son rapporta la compagnie, laquelle, à son tour et en réponse à la letti'e du roi , rendit l'arrêt suivant :

i< Ce jour, etc.

» Ailendii que le cardinal Mazarin est notoirement l'auteur de tous les désordres de l'Etat et du mal présent , l'a déclaré et déclare perturbateur du repos public , ennemi du roi et de l'Etat , et lui enjoint de se retirer de la cour dans ce jour, et dans huitaine hors du royaume , et ledit temps passé enjoint à tous les sujets du roi de lui courre sus. Fait défense à toute personne de le recevoir. Ordonne en outre qu'il sera fait levée de gens de guerre en cette ville en nombre sulTisant, à cette (in, commissions délivrées pour la sûreté de la ville tant au dedans qu'au dehors , et escorter ceux qui amèneront les vivres et faire en sorte qu'ils soient amenés et a|)poi-tés en toute sûreté et liberté , et sera le présent arrêt lu, publié et alliché partout où il appartiendra, et, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance, enjoint aux prévôts des marchands et échevins de tenir la main à son exécution.

Signé Gui ET. «

Celait un nom bien humble et bien inconnu pour répondre au nom de Louis, dont était signée la première lettre que nous avons mise sous les yeux de nos lecteurs. Aussi cette déclaration mit-elle les courtisans en grande gaîté ; mais cette gaîté fut bientôt tempérée par une triple nouvelle qu'on apprit à la cour. Le duc d'Elbœuf et le prince de Conti venaient de quitter Saint-Germain pour retourner à Paris. M. le duc de Bouillon s'était déclaré pour le parlement. Enfin M""= de Longueville s'était fait transporter à l'Hôtel-de- Ville, promettant à la cause populaire l'appui du duc de Longueville, son mari, et du prince de Marcillac, son amant.

Ainsi la guerre civile était déclarée non seulement entre le roi et son peuple , mais encore entre les princes du sang.

CIIAPITIiE .\1\.

L'ri mot sur le duc d'Elhœuf, le duc de Bouillon . le prince de Conii, M"" de l.oiigucville, le coaiijuleur. — Pourquoi ils étaient mécontents. — Intelligences de Coiidy avec M"' de Longueville. — Ovation du coadjulour au Marché-Neuf. — Visite do Brissac à M. de Gondy. — Projets de M. d'Elbœuf. — Il joue au fin avec le coadjuteur. — Arrivée du prince de Conli. — Défiance du peuple contre la famille do Condé. — Les princes au parlement. — Lutte entre le prince de Conli et AI. d'Elhœuf. — Intrigues du coadjuteur. — M°" de Longueville et de Bouillon à l'Hôtcl- <le-Ville. — Conti est déclaré généralissime du parlement.

isoNS d'aboid quelques mois de ces chefs que s'était donnés le peuple ou plutôt qui s'étaient donnc'S au l)eiiple.

Chaiies de Lorraine, duc d'KIl)œuf, avait épousé Cathcfine-Henfietlc, fille légitimée d'Henri \\ et de Gabticlle d'Kstrées. Celait un assez pauvre homme , plus connu par son frère cadet le duc d'IIarcourt, que |)ar liii-iuènie. Il était mécontent, parce que c'était l'élat de la maison de Lorraine d'être mécontente ; d'ailleurs les princes de cette maison tenaient à la cour mauvaise position , et les princes de Condé , qu'on appelait nies.sciffucnrs , n'appelaient pas mî'me messieur.s les princes de la maison de Lorraine. Le duc d'Enghien ne disait jamais, en parlant d'eux, que ceux de Guise.

M. de Bouillon avait meilleure réputation que M. le comie d'Elbœuf en guerre et en politique. Du temps du l'eu roi, il avail,

33*2 I.OUIS XIV Kï SON SlîiCLK.

011 se le rappelle, été compromis dans l'aflairc de Cinq-Mars. Comme il était prince souverain de Sedan , il s'était tiré d'afliiirc en livrant sa ville. Le cardinal et le roi morts, il avait cm pouvoir la reprendre ; mais elle ne lui avait pas été rendue. On lui avait parlé d'une indemnité pécuniaire ; mais cette indemnité avait tant tardé à venir qu'il commençait bien à voir qu'on se raillait de ses prétentions. M. de Bouillon avait donc aussi des raisons d'être mécontent.

M. le prince de Conti était mécontent, parce que d'abord les cadets, à cette époque, étaient toujours mécontents; puis parce qu'il était bossu et que son frère était bien lait; puis enfin parce qu'on voulait le mettre d'église, et que, le coiflàt-on de ce chapeau de cardinal, qui avait amené une si grande discussion entre le prince de Condé et le duc d'Orléans, il aimait encore mieux le l'entre gris à plume blanche, et le pourpoint de velours noir doublé de menu vair , que l'on portait à celte époque , que la calotte rouge et la barette.

M"" de Longueville était mécontente.... Ceci est plus dilTicile à raconter. 11 y a parfois aux mécontentements des femmes de si singulières causes, que l'histoire, cette grande prude qui, comme la vérité, devrait marcher toujours nue, et qui au contraire , la plupart du temps, s'avance voilée comme une matrone romaine, n'en dit rien; il faut alors, pour peu qu'on soit curieux de connaître la cause des choses , recourir aux mémoires du temps et aux bruits des ruelles. Répétons donc seulement ce qu'on disait des causes du mécontentement de M"" de Longueville.

M'"" de Longueville était mécontente, disait-on, parce qu'elle portait un si grand et si singulier amour à M. le prince de Condé, son frère, que, lorsque celui-ci avait fait la cour à M"" du Végean, M"" de Longueville avait considéré cet amour de son frère comme une infidélité et lui avait voué une haine d'autant plus profonde que , n'osant se plaindre à personne, ses larmes s'étaient amassées en elle-même et avaient tourné en fiel. Elle avait déversé alors tout son amour fraternel sur le prince de Conti. Mais comme une femme ne peut pas s'en tenir à l'amour fraternel , elle avait pris pour amant M. le prince de Marcillac, François de Larochefoncauld, sixième du nom et auteur des Maximes.

M. de Longueville, l'homme du monde, dit le cardinal de Retz.

qui aimait le mieux les commencements de toutes choses, était mécontent, parce que sa femme était mécontente.

Mais il y avait un homme, dont nous n'avons point parlé depuis quelque temps, qui était plus mécontent encore que tous ceux que nous venons de nommer : c'était le coadjuteur.

Eu effet , après cette fameuse journée des barricades qu'il avait faite, son importance s'était en quelque sorte perdue dans le résultai. Broussel et Blancmesnil avaient été mis en liberté; c'était tout ce que voulait le peuple. Le coadjuteur avait bien été mandé à la cour, la reine lui avait bien fait toutes sortes de tendresses, le cardinal-ministre l'avait bien embrassé sur les deux joues; mais derrière ces masques il avait vu les visages, et ces visages, le cas échéant d'une revanche, ne lui avaient rien promis de bon. Aussi il était demeuré tranquille, entretenant son influence sur le peuple, ses amitiés avec le parlement, et ses relations avec les chefs de quartiers, et attendant les événements, sûr qu'il était que les événements ne pouvaient manquer de le venir trouver.

En effet, le jour même que le roi sortit de Paris, ainsi que nous l'avons dit , le coadjuteur fut réveillé à cinq heures du matin par l'argentier de la reine, son messager ordinaire : il apportait une lettre écrite de la main d'Anne d'Autriche elle-même par laquelle elle priait le coadjuteur de se transportera Saint-Germain. I>e coadjuteur répondit qu'il ne manquerait pas de se rendre aux ordres de Sa Majesté. Un instant après, le président Blancmesnil entra chez le cdadjutcur pidc comme un mort. Il venait lui annoncer le bruit courant, qui était que le roi marchait sur le palais avec huit mille chevaux : car, dans le premier moment, les nouvelles les plus étranges et les plus exagérées s'étaient répandues par la ville. Le coadjuteur lui répondit (pie loin démarcher sur le palais avec huit mille chevaux, le roi venait de s'enfuir de Paris avec ses gardes. Blancmesnil sortit aussitôt pour faire part de cette nouvelle à ses collègues; et le coadjuteur courut à l'hôtel de Condé où était restée M'"" de Longueville.

Comme il était grand ami de M. de Longueville et que M. de Longueville, dit le coadjuteur lui-même, n'était pas l'homme de la cour qui fût le mieux avec sa femme , il avait pté quelque temps sans la voir. Mais cependant dans la prévoyance des événements qui allaient arriver et du besoin qu'il pouvait avoir d'elle, il y

était retourné depuis quelques jours, et l'avait trouvée fort enragée contre la cour et surtout contre M. de Gondé, son frère. Il lui avait alors demandé si elle avait quelque pouvoir sur M. le prince de Conli, et M'"" de Longueville lui avait répondu que, quant à celui-ci, il était entièrement entre ses mains, et qu'elle en ferait tout ce qu'elle voudrait. C'était tout ce que voulait le coadjutcur qui , de ce moment , avait quelqu'un à opposer à M. le Prince. 11 est vrai que ce quelqu'un n'était que l'ombre d'un chef de parti; mais c'était tant mieux pour le coadjuteur qui voulait faire agir ce chef de parti à sa volonté. Il avait donc prévenu M"" de Longueville de se tenir prête à tout événement, de rappeler son mari à Paris, et de ne point quitter la Capitale, sous quelque prétexte que ce fût.

Il trouva M"'" de Longueville prête à l'envoyer chercher luimême. Elle était restée, comme elle l'avait promis; mais M. de Coudé lui avait enlevé le prince de Conti presque de force. Elle se trouvait donc seule à Paris, M. de la Larochefoucauld venant de partir pour essayer de ramener le prince de Conti , et M. de Longueville étant dans son gouvernement de Normandie. Il est vrai qu'on avait reçu la veille une lettre de lui, annonçant que le 6, au soir, il serait à Paris.

M"" de Longueville était fort inquiète. Elle demanda au coadjuteur ce qui se passait dans les rues où elle n'osait s'aventurer. Les rues étaient pleines de tumulte et de confusion : les bourgeois , d'eux-mêmes , s'étaient emparés de la porte Saint-Honoré : le coadjuteur avait fait garder celle de la conférence par un homme à lui. enfin le parlement s'assemblait.

Il fut convenu alors entre M'"" de Longueville et le coadjuteur. qu'outre M. de Larochefoucauld, on enverrait encore Saint-lbal. ami particulier de M. de Gondy, à Saint-Germain , pour qu'il tâchât de voir M. de Conti et de presser son retour.

Saint-lbal parlit déguisé.

Le coadjutcur aurait pu eii faire autant et parvenir ainsi près delà reine qui l'avait fait demander; mais ce n'était pas son affaire : il voulait partir ostensiblement afin d'être empêché de continuer son voyage. 11 fit mettre les chevaux à soncarosse, prit congé de ses gens à la porte, et cria tout haut a son cocher : a Saint-Germain! C'était le moyen de ne pas sortir de la ville.

LOUIS XIV ET S0.\ SlliCLlî.

En effet, au bout de la rue Neuve-Notre-Dame, un marchand de bois nommé Du Buisson , qui avait beaucoup de crédit sur les ports, commença à ameuter le peuple, rossa le postillon, battit le cocher et déclara que le coadjuteur n'irait pas plus loin. En un instant le carosse fut renversé. On démonta les roues, les femmes

du Marché-Neuf firent une espèce de litière sur laquelle on (it monter le coadjuteur , que l'on l'amena à sa grande joie en triomphe chez lui.

11 écrivit aussitôt à la reine et au cardinal pour leur exprimer tous ses regrets et leur dire l'impossibilité dans laquelle il avait été de continuer sa route. Mais ni l'un ni l'autre ne furent dupes de cette ruse, et leur aigreur contre le turbulent prélat s'en augmenta encore.

Trois jours se passèrent dans les allées et venues que nous avons racontées au précédent chapitre. M. de Larochefoucauld ni Saint-Ibal ne revenaient point et l'on avait appris que M. de Longucville, apprenant que la cour était à Saint-Germain , avait tourné bride et s'était rendu près de la reine. Quel était son dessein ? Tout le monde l'ignorait.

Le coadjuteur était fort embarrassé. Il avait répondu à VI. de

336 LOUIS XIV KT SON SlisCLE.

Bouillon de la coopération de M. le prince de Conti et de M, de l>ongucville; et l'on n'avait pas de nouvelles de M. de Conli, et celles qu'on avait de M. de Longueville étaient fort mauvaises, lorsqu'une circonstance imprévue vint encore redoubler ses embarras. Dans l'après-midi du 9 janvier, M. de Brissac entra chez le coadjulcur. 11 avait épousé une de ses cousines, et cependant M. de (londy et lui se voyaient rarement. Aussi lecoadjuleur luidemandal-il à quel heureux, hasard il devait sa visite.

— Ma foi , dit M. de Brissac, je me suis aperçu ce matin que j'étais du même parti que vous, et comme vous êtes mon cousin, je viens vous demander du service dans l'armée du parlement.

— Venez-vous de la part de M. de Longueville ? demanda le coadjuteur.

— Pourquoi cotte question ?

— Parce que par votre femme vous êtes le cousin de M. de Longueville aussi bien que le mien.

— Non , je viens de ma part à moi. J'ai à me plaindre du maréchal de la Meilleraie et je viens chercher aventure dans le parti opposé au sien. S'il eût été pour vous , j'aurais été pour la cour.

— Eh bien ! en ce cas , venez avec moi , dit le coadjuteur.

— Vous sortez? demanda Brissac.

— Oui.

— Et oii allez-vous?

— Au parlement. Voyez par la fenêtre si les chevaux sont à la voiture.

Brissac regarda par la fenêtre , et poussa une exclamation de surprise.

— Qu'y a-t-il ? demanda le coadjuteur.

— M. d'Elbœuf et ses trois fils, dit Brissac.

— Comment! M. d'Elbœuf? Je le croyais à Saint-Germain avec la reine.

— Il y était, répondit en riant Brissac, mais que voulez-vous, il n'aura pas trouvé à diner à Saint-Germain et il vient voir s'il ne trouvera pas à souper à Paris.

— Vous l'avez donc vu?

— Nous avons fait route ensemble depuis le pont de Neuilly, où je l'ai rencontré , jusqu'à la Groi\-du-Tralioir, où je l'ai laissé, et pendant tout le chemin il m'a juré qu'il ferait mieux dans la

ft

LOUIS XIV El SON SliiCl.li. 3o7

l" ronde que M. de Mayenne, sou cousin , n'avait l'ait daus la Ligue,

— Et il vient ici?

— Il est à cette heure dans l'escalier.

Aucune visite ne pouvait compliquer davantage les embarras du coadjuteur. 11 n'osait s'ouvrir à personne des engagements qu'il avait pris avec le prince de Conti et M. de Longueville, de peur de faire arrêter ceux-ci à Saint-Germain si toulelois ils ne l'étaient pas déjà; d'un autre côté, M. de Bouillon avait déclaré qu'il ne ferait rien, tant qu'il ne verrait pas M. de Conli, et le maréchal de La Motte Houdancourt, tant qu'il ne verrait pas M. de Longueville. En attendant, M. d'Elbœuf, qui jouissait près du peuple de Paris de la vieille popularité acquise aux princes de Lorraine, pouvait, on ifti faisant élire général, renverser tous ses projets. l,e coadjuteur résolut donc de gagner du temps en faisant croire à M. d'Elbœnf qu'il était dans ses intérêts.

En ce moment M. d'Elbœuf entra suivi de ses trois fds.

11 raconta alors au coadjuteur qu'il quittait la cour , lui et ses enfants, pour prendre la cause du parlement, et que sachant l'influence qu'il avait sur les Parisiens, il lui venait faire sa première visite. Cette confidence fut suivie d'une foule de cajoleries cl de compliments, entre lesquels les fils prenaient de teuips en temps la parole pour placer les leurs.

Le coadjuteur répondit avec beaucoup de respect à toutes ces iionnêtetés et demanda à M. d'Elbœuf c.e qu'il comptait faire.

— Mais, dit le prince, je compte de ce pas aller à l'IIôtel-de- Ville offrir mes services à MM. les échevins de Paris. N'est-ce pas votre avis que je fasse ainsi, monsieur le coadjuteur?

— Cependant, répondit celui-ci, il me semble, mon Priiu^c, qu'il serait mieux que vous attendissiez à demain , et que vous offrissiez vos services aux Chambres assemblées.

— Eh bien! dit M. d'fllbœuf, je ferai ce que vous me dites, décidé à me diriger en tout selon votre avis.

Et il se relira suivi de ses trois fils.

A peine furent-ils sortis que le coadjuteur, qui avait cru remarquer certain sourire échangé entre le père et les enfants, ordonna à l'un de ses gens de suivre M. d'Elbœuf, et de venir l'informer du lieu où il allait.

5o8 LOUIS XIV Kl SON SIKcdi.'

Comme l'avait prévu le coadjiiteur, M. d'Elbœuf allait droit à i'Hôtel-de- Ville. Le coadjiiteur et lui avaient joué au fui et n'avaient pu se tromper ni l'un ni l'autre. Aussitôt le coadjuteur se mit à la besogne : il s'agissait d'intrigues, il était dans son élément.

Il écrivit à l'instant inèine au premier écheviii Fournier, qui était de ses amis, qu'il prît garde que l'Hôtel-de- Ville ne renvoyai M. d'Elbœul' au parlement , ce qui aurait lait à celui-ci une recommandation contre laquelle il eût été dillicile de lutter; puis il manda à ceux des curés de Paris, qui lui étaient le plus sûrement dévoués , de jeter parmi leurs paroissiens des soupçons contre M. d'Elbœuf, en leur rappelant qu'il était capable de Taire toutes choses pour de l'argent, etenleur remetlanten mémoire qu'il était un des intimes amis de l'abbé de La Rivière, favori dfi duc d'Orléans. Enfin lui-même sortit vers sept heures du soir et couru I toute la nuit à pied et déguisé, visitant tous les membres du parlement qu'il connaissait , non point pour leur parler du prince de Conti ni de M. de Longueville, ce qui eût rendu sa tâche plus facile, car il craignait toujours de les compromettre, mais pour leur rappeler combien M. d'Elbœuf était un homme peu sûr cl comment le parlement devait être blessé que le prince se IVil offert à l'Hôtel-de-Ville avant de s'olfrir à lui comme le coadjiiteur lui en avait donné le conseil.

.lusqu'à deux heures du malin le coadjuteur courut ainsi, bien convaincu que, de son cOté, M. d'Elbœuf ne perdait pas son temps. 11 venait de rentrer, brisé de fatigue, et s'était couché presque décidé à se déclarer ouvertement le matin contre M. d'Elbœuf, lorsqu'il entendit que l'on heurtait à sa porte. Il appela aussitôt son valet de chambre en lui ordonnant d'aller voir qui était là. Un instant après il entendit des pas qui se rapprochaient vivement, et le chevalier de La Chaise, qui était à M. de Longueville, entra dans sa chambre, sans attendre qu'on l'annonçât, en criant : — Sus, sus, monsieur, levez-vous; M. le prince de Conti et M. de Longueville sont à la porte Saint-IIonoré, mais le peuple crie qu'ils viennent trahir la ville et ne veut pas les laisser entrer.

Le coadjuteur poussa un cri de joie et sauta à bas de son lit. C'était la nouvelle que depuis trois jours il attendait avec tant d'impatience. En un instant il fut habillé, et comme toutens'ha-

billant il avait donné l'ordre de mettre les chevaux , son carosse se trouva prêt en même temps que lui. 11 sauta aussitôt dedans avec le chevalier de La Chaise , se fit conduire chez le conseiller Broussel qu'il prit avec lui afin de doubler sa popularité, et, précédé de coureurs portant des flambeaux , il se rendit à la porte Sainl-Honoré, oii attendaient effectivement M. de Longuevilie et M. le prince de Conti, qui s'étaient sauvés à cheval de Saint-Germain.

Ce fut alors que le coadjuteur vit qu'en prenant Broussel il n'y avait pas eu surcroit de précaution. Le peuple avait une si grande crainte du prince de Condé que tout ce qui lui tenait en quelque chose excitait au plus haut degré sa défiance. Enfin comme le coadjuteur et Broussel , non seulement répondaient d'eux, mais encore aflirmaient au peuple qu'ils venaient à Paris pour le défendre, les chaînes furent levées. MM. de Conti et de Longuevilie montèrent dans le carosse du coadjuteur, et tous ensemble , escortés par les cris de joie du peuple, revinrent à l'hôtel de Longuevilie, où ils rentrèrent au grand jour. Le coadjuteur recommanda à la duchesse de les maintenir dans de bonnes résolutions et courut chez M. d'Elbœuf. J.a défiance qu'inspirait le prince de Conti semblait lui imposer cette démarche. Il voulait proposer au prince de s'unir à M. de Conti et à M. de Longuevilie, mais M. dElbonuf était déjà parti pour le palais.

Il n'y avait pas de temps à perdre ou plutôt il y avait déjà trop de tempsde perdu. Le coadjuteurrevintau grand galop de ses chevaux à l'hôtel de Longuevilie pour forcer MM. de Conti et de Longuevilie de se présenter à l'instant même au parlement. Mais M. de Conti se trouvait si fatigué qu'il s'était mis au lit. Quant à M. de Longuevilie, comme il ne se pressait jamais, il répondit qu'il avait le temps. Le coadjuteur pénétra alors jusqu'à la chambre du prince pour le faire lever; mais ce fut bien pis encore : le sommeil l'accablait, et l'on n'en pouvait rien tirer, sinon qu'il se sentait bien mal. Le coadjuteur était prêt à devenir fou en voyant que les gens pour lesquels il s'était donné tant de peine, lui manquaient au moment oii, après une si longue attente, il croyait les tenir enfin. Mais ^1"" de Longuevilie monta à son tour chez son frère. Elle venait annoncer que la séance du parlement était levée et que M. le duc d'Elbœuf marchait à l'IIôtel-de-Ville toujours suivi de ses trois fils pour y prêter serment.

?,llO LOL'is XIV i-;r son sikci-k.

11 élall trop tard, l'occasion était perdue : il fut convenu que M. le prince de Conli se présenterait au parlement dans la séance de raprès-niidi. Le coadjuleur promit de venir le prendre, et voulant mettre à profit les quelques heures qui lui restaient, il s'occupa d'envoyer d'avance des gens à lui aux alentours du parlement pour y crier : Vive Conti! Quant à lui, il n'avait pas besoin de cette précaution ; il s'était aperçu qu'il était plus populaire que jamais.

Puis il écrivit à tous les capitaines de quartier pour leur annoncer que M. de Conti venait d'arriver et pour leur dire de bien assurer le peuple que celui-là seul était dans ses intérêts. Enfin il chargea son secrétaire, qui à l'occasion était poète, de faire des couplels contre M. d'Elbœuf et ses enfiuits. Le coadjuteur connaissait ses ouailles et savait combien le ridicule avait de prise sur les Parisiens. Ces diiïérentes occupations le conduisirent jusqu'à une iieure de l'après-midi. C'était le moment indiqué pour qu'il vînt ])rendre le prince.

Cette fois le prince était prêt. 11 monta dans le carossedu coadjuteur sans autre suite que celle du prélat, qui était au reste fort grande et se faisait reconnaître de loin. Ils arrivèrent les premiers et avant M. d'Elbœuf sur les marches du palais et descendirent de voiture. Les cris de : Five lecoadjutew! retentirent alors de tous côtés; mais ceux de vive le prince de Conti furent si rares, que M. de Conli vil bien que les gens seuls apposlés par lui avaient crié. Au bout d'un instant d'ailleurs tous ces cris furent couverts par une clameur immense : c'était le duc d'Elbœuf qui arrivait au milieu des hurlements de joie de la populace. 11 était en outre suivi de toutes les gardes de la ville qui l'entouraient depuis le matin comme général.

En entrant, M. d'Elbœuf donna l'ordre aux gardes de se tenir à la porte de la grand' chambre. Le coadjuteur, qui craignait quelque entreprise contre le prince qu'il protégeait, se tint aussi à cetle porte avec ses gens à lui. M. de Conli s'avança alors vers le pai-lement qui venait de s'asseoir, et d'une voix assez ferme :

— Messieurs, dit-il, ayant connu à Saint-Germain les pernicieux conseils que l'on donnait à la reine, j'ai cru que j'étais obligé, en ma qualité de prince du sang, de m'y opposer, et je suis venu vous offrir mes services.

r.oijis xiv Kl SON siw'.i.K. 341

Mais alors M. d'Elbœuf s'avança.

— Messieurs, dit-il à son tour, et avec le ton avantageux d'un joueur qui a la première manche, je sais tout le respect que je dois à M. le prince de Conti, mais il me semble qu'il arrive un peu tard. C'est moi qui ai rompu la glace, c'est moi qui me suis oflert le premier à votre compagnie; vous m'avez remis le bâton de général et je le garde.

Aussitôt le parlement qui, comme le peuple, était en défiance de M. de Conli, éclata en applaudissements. M. de Conti voulut parler de nouveau , mais un grand tumulte l'en empêcha. Le coadjuleur vit que ce n'était pas le moment d'insister et que l'alTaire pouvait devenir mauvaise pour le prince. 11 le tira en arrière lui faisant signe de laisser le champ de bataille à M. d'Elbœuf. Celui-ci profila de la victoire, parla, pérora, promit monts et merveilles, et le parlement rendit un arrêt par lequel il défendait aux troupes royales d'approcher de Paris à la dislance de vingt lieues.

M. dElbœuf se relira en grand triomphe. Quant à M. de Conti il eut peine à sortir, et il fallut que le coadjuteur passât devant lui pour faire ouvrir la foule, qui lui était plutôt hostile que bienveillante.

La partie semblait mal engagée, mais le coadjuteur ne se laissait point battre facilement. — « La popularité , cultivée et nourrie de longue main, ne manque jamais, dit-il lui-même, pour peu (Hrdlo ait eu le temps de germer, à étouffer ces fleurs minces et naissantes de la bienveillance publique que le pur hasard fait quelquefois pousser. » Il attendit donc avec assez de tranquillité le résultat des mesures qu'il avait prises. D'ailleurs le hasard le servit.

En rentrant chez M"" de Longucville, le coadjuteur trouva un capitaine du régiment de Navarre, nommé Quiucerot, qui l'attendait. 11 venait de la part de M"" de Lesdignières et apportait la copie d'un billet écrit par M. d'Elbœuf à l'abbé de La Rivière, une heure après l'arrivée de M. le prince de Conti et de M. le duc (le Longucville à Paris. Dans les circonstances présentes ce billet était un trésor. Le voici :

« Dites à la reine et à Monsieur que ce diable de coadjuteur perd tout ici et que dans deux jours je n'y aurai aucun pouvoir; mais que s'ils veulent nie faire un bon parti, je leur témoignerai (pie

;Vl2 F.OIIIS XIV ET SON SlKCI.i;.

je ne suis pas venu à Paris avec une si mauvaise intention qu'ils se le persuadent. '

l.e coadjuteur ne prit que le temps de faire lire ce billet à M"" de Longueville et au prince de Conti ; puis il courut mystérieusement le montrer à tous ceux qu'il rencontrait , en leur demandant le secret, et cependant il laissait chacun en prendre copie ; puis recommandait à celui à qui il venait d'accorder cette marque de confiance de n'en pas dire un mot. Ce qui lui donnai! l'assurance que le soir même tout Paris le connaîtrait.

11 rentra chez lui vers div heures et trouva plus de cent cinquante lettres des curés et des oUiciers des quartiers. Les uns avaient opéré sur leurs paroissiens, les autres sur leurs troupes. Les dispositions étaient excellentes pour le prince de Conti. 11 ne s'agissait plus que de rendre M. d'Elbœuf ridicule, et il était perdu. C'était l'affaire de Marigny qu'on avait chargé de composer le triolet. Voici comment il s'en était lire :

M. (l'F.lbœuf et ses enfanis

Ont Tuit tous quatre des iiierveilles ;

Ils sont pompeux et triomphants

M. d'Elbœuf et ses enfants.

On dira jusqu'à deux mille ans,

Conune une chose sans pareilles ,

M. d'Elbœuf et ses enfants

Ont fait tous quatre des merveilles.

C'était tout ce qu'il fallait. En lâchant le couplet par la ville le coadjuteur était bien sûr que chacun ferait le sien à la suite. 11 ne se trompait pas, comme nous le verrons bientôt.

Il fut fait une centaine de copies de ce triolet que l'on éparpilla dans les rues et qu'on colla dans les carrefours.

Dans ce moment, on apprit qtie les troupes du roi s'étaient emparées de Charenton. M. d'Elbœuf avait été si occupé de se défendre lui-même qu'il n'avait pas songé à défendre Paris. Cette faute tombait mal au moment où circulaient les copies du billet que le duc avait écrit à La Rivière. Comme on le pense bien , le coadjuteur ne fut pas des derniers à tirer parti de cet événement, et à dire tout bas que si l'on cherchait une preuve que M. d'Elbœuf était d'accord avec la cour, cette preuve était toute trouvée.

A minuit, M. de Longueville et le maréchal de La Motte Houdanrourf vinrent prendre le coadjuteur. et tous trois se rend!-

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