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l.c jour mémo oii il la reçut, Chalais eut une entrevue avec la reine et avec Monsieur, et l'on dit qu'il resta fort avant dans la nuit chez M"" de Chevreuse.
Le lendemain malin il fut arrêté. La conspiration était mûre.
Le secret avait été gardé , non seulement avec cette discrétion , mais encore avec cette dissimulation qui caractérisaient la politique du roi et du cardinal , de sorte que la nouvelle de l'arrestation de Chalais tomba comme un coup de foudre au milieu de toute la cour.
La reine, que ses ennemis les plus acharnés, excepté le cardinal, n'ont jamais sérieusement accusée d'avoir voulu tuer le roi, avait eu au moins, la chose est incontestable, ainsi que M. le duc d'Anjou et ^1"" de Chevreuse, communication de la lollre que Chalais avait reçue la veille. Ils se trouvaient donc compromis, sinon dans un complot d'assassinat contre le roi, car ils ignoraient encore que l'accusation du cardinal s'étendrait jusque là, mais dans une conspiration contre ILlat, puisque cette lettre avait pour but d'attirer l'Espagnol en France.
Au reste, Chalais, il faut le dire, avait donné, par ses inconséquences, beau jeu au cardinal dans les accusations qu'il allait plaire à son Éminèncc de porter contre lui. Chalais, d'un naturel excessivement railleur, s'était fait à la cour grand nombre d'ennemis, et le roi lui-même n'était pas exempt de ses mociueries. En habillant Sa Majesté, il contrefaisait ses grimaces cl ses tics habituels; ce que le timide et vindicatif Louis XIII avait plus d'une fois renian|ué dans la glace devant laquelle il se tenait. Chalais, d'ailleurs, ne s'arrêtait pas là; il raillait tout haut le roi sur ses mœurs froides et sur sa faiblesse physi([ue. Toutes ces i)laisanleries, qui avaient déjà mis quelque gêne entre Louis XIII et son maître de garde-robe, devinrent des crimes lorsque celui-ci fut accusé de trahison.
Dès le lendemain de l'arrestation, on apprit que, contrairement aux anciennes lois du royaume, le roi avait nommé des commissaires choisis dans le parlement de Bretagne pour travailler au procès du prisonnier. Ce tribunal devait être présidé par Marillac. On espéra un instant que le garde-des-sceaux déclinerait l'indigne honneur qu'on lui faisait de le mettre ainsi à la tête d'une commission exceptionnelle. Mais Marillac s'était donné corps et âme au
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cardinal. 11 ignorait que, si\ ans plus lard, son frère serait jugé à son loiir par un tribunal pareil à celui qu'il présidait.
Cependant, le procès s'entama avec cette activité et ce silence que le cardinal savait mettre à ces sortes d'alTaires. La cour, qui était venue à Nantes pour s'amuser, était tombée dans une tristesse morne et profonde. 11 planait sur la ville quelque chose de pareil à cette torpeur qui engourdit la terre quand le ciel l'écrase de tout le poids d'un orage d'été.
La reine, attérée, sentait instinctivement que, cette fois, elle était bien véritablement aux mains de ses ennemis. Gaston cherchait à fuir ; mais se voyant trahi par ses plus proches , il n'osait se confier à personne et s'abandonnait à des colères inutiles et h des blasphèmes sans résultat. M'"" de Chevreuse seule gardait son audace et son activité, sollicitant tout le monde en faveur du prisonnier, mais ne trouvant aucun homme qui voulût faire cause commune avec elle pour le pauvre Chalais. Richelieu commençait à se révéler à l'orient de cette sanglante mission qu'il semblait avoir reçue des mains de Louis XI : l'arrestation de M. de Vendôme et du grand-prieur avait terrassé les plus fiers courages. M""' de Chevreuse comprit qu'il n'y avait rien à espérer ni de la reine ni du duc d'Anjou, effrayés pour eux-mêmes. Elle écrivit à M"" de Chalais d'accourir à Nantes, sûre au moins de trouver dans le cœur d'une mère ce dévoùnient et cet héroïsme qu'elle cherchait vainement dans le cœur de ses amis.
Cependant le procès se poursuivait; mais Chalais, tout en reconnaissant la lettre du roi d'Espagne comme vraie, niait la sienne comme altérée. Selon lui, ses dépèches au marquis de Laisques n'avaient jamais contenu cet odieux complot d'un assassinat contre le roi, ni ce projet insensé de marier la reine avec M. le duc d'Anjou qui avait huit ans de moins qu'elle. 11 ajoutait que, cette lettre, produite par le caixlinal , était restée près de six semaines entre ses mains, puisque M. de Laisques ne l'avait jamais reçue, et il disait qu'il n'en fallait pas tant à un homme qui avait de si habiles secrétaires pour l'cndre mortelle l'épître la plus innocente.
Cette puissante dénégalion embarrassait assez Richelieu. S'il ne se fût agi que de. faire condamner Chalais, son Éminence savait le tribunal (ju'elle avait créé assez à sa dévotion ])our passer outre ; mais il s'agissait de compromettre à tout jamais, aux yeux du roi ,
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la reiiR- et le duc d'Anjou. Si crédule que lût Louis \11I , il fallait ce|)endaiU des preuves pour asseoir solidement à ses yeux une pareille accusation.
Kn effet, le roi comuieuçail à douter: et puis, trois personnes, soit qu'elles lussent gagnées par la reine, par le duc d'Anjou ou par M"'" de Chcvreuse, continuaient de se prononcer contre le nuu'iage d» duc d'Anjou avec W' de Monlpensier. Ces trois personnes étaient Barradas, favori du roi, d'autant plus inllucnt qu'il succédait dans la faveur de Louis Mil à Clialais, et que, sur tous les autres points, il se prononçait contre son prédécesseur; Tronson, secrétaire du cabinet, et Sauvelerre. premier valet de chambre de Sa Majesté. Ils faisaient observer au roi que c'était une mauvaise politique que d'allier un frère déjà presque rebelle à cette rebelle famille des Guise, qui sans cesse avait couve des yeux le trône de France : ((ue Gaston , en réunissant à son apanage les biens immenses de M"" de Montpensier, se trouverait plus riche, et, partant, jxîut-être plus puissant que le roi.
Ces remontrances inquiétaient Louis d'une étrange manière. Ses nuits solitaires et troublées réagissaient contre ses jours. Tant que le cardinal était là , les victorieux arguments de sa puissante politique battaient en brèche toute espèce de i-aisonnemenl ; mais derrière le cardinal entraient Barradas le favori , Tronson le secrétaire, Sauveterrele valet de chambre, et , lorsque ces trois honuncs abandonnaient le roi à leur lour, ils le laissaient en proie à la haine ((u'il portait inslinclivement au cardinal, à toutes les suggestions de la solitude, à toutes les ap|)aritions de l'obscurité.
In matin, le jésuite Suffren, confesseur de Marie de Médicis, entra sans être annoncé, suivant un des privilèges de sa charge, dans le cabinet du roi. Louis Mil crut (|ue c'était un de ses familiers et ne releva point la tète.
11 avait la tête appuyée entre ses deux mains et pleurait. Le jésuite conq)rit que le moment était mal choisi et voulut se retirer sans bruit, afui d'éviter une evplicalion. Mais, au moment oii il rouvrait la porte pour sortir, le roi releva le front et le vit. Le confesseur n'en fit pas moins un mouvement pour se retirer ; Louis XIII l'arrêta d'un geste, et se levant :
— Ah! mon père, mon père! s'écria-t-il en se jetant tout eu larmes dans les bras du jésuite : je suis bien malheureux I La reine.
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ma mère, n'a point oublié l'afTaire du maréclial d'Ancre et de su favorite Galigaï ; elle a toujours aimé et elle aime mon frère plus que moi. De là vient ce grand emi)rcssement de le marier à ma cousine de Montpensier.
— Sire, répondit le jésuite, je puis aflirmer à Votre Majesté qu'elle est dans l'erreur à l'égard de son auguste mère. Vous êtes le premier né de son cœur comme le premier né de ses entrailles.
Ce n'était point une réponse semblable que chercliait Louis XIII ; il retomba donc sur son fauteuil en murmurant:
— Je suis bien malheureux !
Le jésuite sortit et courut du même pas chez la reine-mère et chez le cardinal auxquels il raconta l'étrange scène qui venait de se passer. Richelieu comprit qu'il fallait frapper un grand coup pour reconquérir cet esprit vacillant , toujours prêt à lui échapper par l'excès de sa faiblesse. Le même soir il revêtit un habit de cavalier, et descendit dans le cachot de Chalais.
Chalais était au secret le plus absolu ; il fut donc fort étonné
quand il vit aj)paraître un étranger dans son cachot , et son éton-
nement redoubla lorsque dans cet étranger il reconnut Richelieu.
Le geôlier referma la porte sur le ministre et sur Chalais,
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Une demi-heure après, le cardinal sortit de la prison , et , quoique la soirée fût avancée, il se rendit à l'instant même au logis du roi. Louis XIII, qui se croyait débarrassé de lui jusqu'au lendemain , fit quelques difïicultés pour le recevoir ; mais Richelieu insista , disant quil venait pour affaires d'état.
A ce mot, devant lequel toutes les portes s'ouvraient, les portes de la chambre à coucher du roi s'ouvrirent devant le cardinal. Son Éminence s'approcha de Louis XIII sans rien dire, se contentant de lui tendre, en s'inclinant respectueusement devant lui, un papier plié en quatre. Le roi le prit et le déplia lentement ; il connaissait les manières du cardinal , et avait deviné , rien qu'en le voyant entrer, que ce papier contenait une nouvelle de grande importance.
En effet, c'était un aveu entier de Chalais : il reconnaissait pour vraie la lettre écrite par lui au marquis de Laisques ; il accusait la reine , il accusait Monsieur.
Louis XIII pâlit en face de cette preuve. Pareil a un enlant <|ui se révolte contre son gouverneur, et qui, s'apercevant que cette révolte le conduit tout droit à sa perle, se jette dans les bras de celui qu'il voulait fuir, le roi appela le cardinal son seul ami , son unique sauveur, et lui avoua ses doutes du matin , <pie le prélat connaissait déjà.
Richelieu pressa le roi de lui dire quels étaient ceux qui avaient mis ces méchantes idées dans sa tète royale, rappelant la parole engagée par Sa Majesté, lorsqu'après l'affaire de l'ieury, il avait voulu se retirer, et que Louis XIII lui avait promis, s'il voulait rester, de lui tout ré\éler.
Le roi dénonça Tronson et Sauveterre; mais i)ens;»nt que c'était bien assez de remplir fidèlement les deux tiers d'une proniesse, il ne prononça pas mémo le non) de Barradas.
Le cardinal ninsista pas davantage : il se doutait bien que Barradas était pour (pickpie chose dans les répugnances royales ; mais Barradas était un homme sans aucun avenir, brutal et emporté , qui, un jour ou l'autre, devait, par ses familiarilés, se mettre mal dans l'esprit du roi. Lu efil'l , peu de temps auparavant , le roi , par plaisanterie, avait jeté quelques gouttes deau de fleurs d'orange à la figure de Barradas, et celui-ci s'était mis dans une telle colère qu'il avait arraché le flacon des mains du roi et l'avait brisé à ses
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pieds, l n tel lionune, cominc on le voit, ne pouvait inquiéter le cardinal.
Son Kniinence , qui connaissait à merveille la versatilité du roi , ne se trompait pas à l'égard de Barradas. Celui-ci eut bientôt son tour. Amoureuv de la belle Cressias, iillc d'iiouneur de la reine, et voulant l'épouser à toute force, il éveilla la jalousie de son maître qui, après l'avoir relégué à Avignon, lui donna Saint-Simon pour successeur, par la raison , dit le roi à ceux qui riiilerrogeaienl sur les causes de celle nouvelle fortune qui surgissait à la cour, que Saint-Simon lui apportait toujours des nouvelles sûres de la chasse, ménageait ses chevauv , et ne bavait pas dans ses cors (1).
On conçoit, en ctlel, que des amitiés qui reposaient sur des bases si solides, ne devaient pas durer longtemps.
Le cardinal, comme nous l'avons dit, satisfait de sa double dénonciation, s'en tint donc là, et après avoir fait jurer au roi le secret sur cette lettre , il se retira.
Le roi et le cardinal passèrent, selon toute probabilité , une nuit fort différente.
Le lendemain le bruit se répandit sourdement <pic Chalais avait fait des aveux terribles.
Ou connaît la faiblesse de Gaston. Sa première idée fut de fuir ; mais où fuirait-il? M. de La Valette refusait de le recevoir à Metz; il avait défiance du comte de Soissons; restait la Rochelle.
Le maliu le jjrince se rendit chez le roi pour lui demander la permission d'aller visiter la mer. Le roi devint très pâle en voyant entrer son frère ([u'il n'avait pas encore rencontré depuis la révélalioH du cardinal. Mais il ne l'en embrassa pas moins fort tendrement, et quant à la permission qu'il lui demandait, il le renvoya pour l'obtenir à son Éuiinence, disant que, pour sa part, il ne voyait aucun inconvénient à ce petit voyage.
(laslon fut pris à l'air de bonhomie du roi. 11 crut que ce bruit d'une révélation faite par Chalais était nu faux bruit, et s'en alla droit à Beaiu'egard, maison de canq)agne de Richelieu. Le cardinal, (pii était à une de ses fenêtres donnant sur la route, dut le regarder venir du même reil que son chat favori , charmant petit tigre de salon , devait voir venir une souris.
(1) C'est le lils de ce même Saint Simon qui lions a laissé sur son temps les fameux mémoires (|ui portcnl sou nom.
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Les grands niiiiislres onl toujours quelque animal préféré, qu'ils aiment et estiment de la haine et du mépris qu'ils portent aux hommes : Richelieu adorait les chats, et Mazarin jouait toute la journée avec son singe ou avec sa fauvette.
Richelieu alla au-devant du prince jusqu'au haut de l'escalier et le fit entrer dans son cabinet avec toutes les marques de considération qu'il avait l'habitude de donner à ceu\ de ses ennemis qui étaient i)lus haut placés que lui ; puis il fit asseoir le prince et se tint debout devant lui, quelque instance que put faire Gaston , pour (ju'il s'assit à son tour.
C'était une chose étrange que ce prince assis venant solliciter un ministre debout.
(laston exposa son désir de visiter la mer.
— De quelle façon , demanda le cardinal. Votre Altesse désiret-elle voyager?
— Mais très simplement et comme un particulier, répondit Gaston.
— Ne vaudrait-il pas mieux . reprit Richelieu , attendre que vous fussiez le mari de M"' de Montpensier, et voyager en prince?
— Si j'attends que je sois le mari de M"° de Montpensier, répliqua le duc d'Anjou , je ne verrai pas encore la mer de ce voyage-ci, car je ne compte pas épouser M"' de Montpensier do sitôt.
— Et pouniuoi cela , s'il vous plaît , monseigneur ? dit le cardinal.
— Parce que, répondit confidentiellement le jeune prince, je suis atteint d'une maladie qui rend ce mariage impossible.
— Bah ! dit le cardinal , j'ai une ordonnance avec laquelle je me fais fort de guérir votre Altesse.
— Oui ! et dans combien de temps? demanda Gaston.
— D'ici à dix miiuites, dit le cardinal.
Gaston regarda llichelieu. Le ministre souriait. Le jeune prince trouva le sourire venimeux et frissonna.
— Et vous avez cette ordonnance? reprit-il.
— La voici, dit le cardinal tirant de sa poche la déclaration de Ghalais.
Le duc d'Anjou connaissait l'écriture du prisonnier. L'accusation tout entière de la main du prisonnier élait terrible. Il devint pille comme la mort, car quoiqu'il ne filt point coupable, il comprit qu'il était perdu.
— Je suis prêt à obéir, nionsieiir, dil-ii an cardinal; mais encore, si je consens à épouser M"" de Montpcnsier, faut-il que je sache ce qu'on fera pour moi.
— Peut-être, répondit le cardinal, monseigneur, dans la position où il est, devrait-il se contenter de l'assurance qu'il aura la liberté et la vie sauve.
— Comment ! s'écria le duc d'Anjou, on me mettrait en prison et l'on me ferait mon procès à moi, duc d'Anjou?
— C'était du moins l'avis de votre auguste frère, dit le cardinal; je l'ai fait revenir de cette résolulion, juste peut-être, mais trop sévère. 11 y a plus, j'ai obtenu pour vous, monseigneur, si vous voulez ne plus apporter aucun retard au mariage que nous désirons tous vous voir accomplir, j'ai obtenu , dis-je, qu'on vous donnerait le duché d'Orléans, le duché de Chartres, le comté de Blois, et peut-être même la seigneurie de Montargis, c'est-à-dire un million à peu près de revenu; ce qui , avec les principautés de Bombes et de La Roche-sur- Yon , les duchés de Montpensicr, de Chatellerault et de Saint-l^'argeau que vous apportera la princesse votre femme, vous fera quelque chose comme quinze cent mille livres de revenu.
— Et Chalais, demanda le duc d'Anjou, qu'en sera-t-il fait? Prenez-y garde, monsieur le cardinal, je ne veux pas que mon mariage soit sanglant.
— Chalais sera condamné, dit le cardinal , car il est coupable ; mais. . .
— Mais quoi? reprit le duc d'Anjou.
— Mais le roi a droit de grâce, et il ne laissera pas mourir un gentilhomme pour lequel il a eu une si grande amitié.
— Si vous me promettez sa vie, monsieur le cardinal, dit Gaston qui éprouvait un peu moins de répugnance pour M"' de Montpensicr, depuis qu'il voyait de combien d'avantages cette union était entourée , je consens à tout.
— Je m'y emploierai de tout mon pouvoir, ajouta le cardinal ; d'ailleurs je ne voudrais pas laisser périr quelqu'un qui m'a rendu d'aussi grands services que l'a fait M. de Chalais. Ainsi, soyez donc tranquille , monseigneur, et laissez la justice faire son devoir ; la clémence fera le sien.
Sur cette promesse le duc d'Anjou se retira. Il affirma depuis,
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Illatie dû IKcDicLd.
LOllS XIV ET SOiN SIECLE.
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dans sa lettre au roi, avoir eu du cardinal une parole positive que Richelieu, de son côté, nia toujours avoir donnée.
Le soir du même jour, le roi fit demander Gaston. Le jeune prince se rendit tout tremblant chez son frère : il y trouva la reinemère , le cardinal et le garde-des-sceaux. 11 s'attendait , en voyant ces quatre visages sévères , à être arrêté ; mais il s'agissait seule-
il'
ment d'un papier à signer. C'était une déclaration constatant que le comte de Soissons lui avait fait des offres de service; que la reine, sa belle-s(rur. lui avait écrit plusieurs billets pour le détourner d'épouser M"" de Montpensier, et (pie l'abbé Scaglia, ambassadeur de Savoie, était entré dans toute celte intrigue antimatrimoniale. De Chalais , pas un seul mot.
Gaston fut trop heureux d'en être quitte à si bon marché. H renouvela la promesse déjà faite au cardinal d'épouser M"" de Montpensier, et signa la déclaration qu'on lui présentait , moyennant laquelle on lui permit de quitter Nantes. Mais, quelques jours après , il fut rajjpelé pour la célébration de son mariage. M"" de Montpensier était arrivée avec M"" la duchesse de Guise, sa mère. Celle-ci, quoique fort riche comme héritière de la maison de
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Joyeuse, ne donna cependant à sa fille d'autre dot qu'un diamant; il est vrai que ce diamant était estimé 80,000 écus.
Le jeune prince avait chargé le président Le Coigneux de débattre les articles de son contrat , et de mettre pour condition que Chalais aurait la vie sauve. Mais, à cet endroit, le roi prit une plume et raya lui-même l'article , si bien que le président n'osa pas insister.
Cependant le cardinal, qui était presque engagé avec Gaston, craignant que celui-ci ne fît de nouvelles difiicultés, tira Le Coigneux à part et lui dit que le roi voulait que Chalais fût jugé , mais qu'il avait obtenu que huit jours s'écoulassent entre le jugement et l'exécution. Pendant ces huit jours, il promettait de faire les démarches nécessaires, et d'ailleurs, de son côté, pendant ces huit jours, Gaston agirait.
Le contrat fut donc signé sans aucune condition que des promesses en l'air. Aussi la cérémonie nuptiale fut-elle froide et sombre. Il n'y avait aucun appareil qui indiquât un mariage princier. Le nouveau duc d'Orléans, dit un de ces chroniqueurs qui remarquent toutes choses, les petites comme les grandes, ne fit même pas faire un habit neuf pour cette importante cérémonie où il jouait le premier rôle.
Le lendemain de son mariage , le prince partit pour Chateaubriand, ne voulant pas sans doute rester dans une ville où le procès capital fait à son confident, interrompu un instant à propos de ses noces, allait être repris avec plus d'acharnement que jamais. En effet, le tribunal, à qui l'on avait donné momentanément congé, reçut l'ordre de se réunir de nouveau, i Sur ces entrefaites, madame de Chalais la mère arriva. C'était une de ces femmes de grande race et de grand cœur, comme il en apparaît de temps en temps sur les degrés de l'histoire des siècles passés. A peine à Nantes, elle fit tout au monde pour parvenir jusqu'au roi ; mais les oi'dres étaient donnés : le roi fut invisible. Elle dut donc attendre.
Enfin le 18 aoiit au matin l'arrêt fut rendu, il était conçu en ces termes :
« Vu par la cliambre de justice criminelle assemblée à Nantes, en vertu de la commission déceniée par le roi , pour la rccherclie du procès du comte de Chalais et de ses complices , informations , interrosaloires et confessions dudit Chalais , conspira-
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lions secrètes contre la personne du roi et de son État, conclusions du procureur* général, dit a été que ladite chambre, commissaires, députés à cet eiïet, ont déclaré et déclarent ledit Chalais atteint et convaincu du crime de lèse-majesté au premier chef, perturbateur du repos public, etc., etc., et pour réparation de ce, ladite chambre a condamné et condamne ledit Chalais à être appliqué ii la question ordinaire et extraordinaire, à avoir la tète tranchée , le corps coupé en quatre parties, et ses biens acquis et conlisqués au roi , etc.»
Signé MALESCOT.
Aussitôt l'arrêt connu , la mère du condamné fit une nouvelle démarche pour arriver.jusqu'à Louis XIII; itiais la porte lui était plus que jamais fermée. Cependant elle supplia tant et si fort , qu'elle obtint qu'on remettrait au roi une lettre qu'elle avait apportée. Le roi la reçut, la lut et fit dire qu'il rendrait la réponse dans la journée.
Voici cette lettre qui notis a paru un modèle de douleur et de dignité :