CHAPITRE XI
La eoor quitte le t.ouvrc pour le Palais-R0y.1l. — Enfance de Louis XIV. — Les enfants d'honneur. — Education du jeune rm. — Leçons de «on valet de cbmnbrû. — Ateraion du roi contre Maxarin. - Triste état de t» gardo-robu — Avarice du cardmal-mixii-lie. - Peiï-W de Muarin par la IWInf
ceinte; il avait été rebâti en 1629
e 7 octobre 1643, la reine quitta le Louvre avec le roi et le duc d'Anjou, et vint habiter le Palais-Cardinal; seulement, sur l'observation du marquis de Prouville, alors grand maréchal des logis de la maison du roi, qui représenta a Anne d'Autriche qu'il n'était pas convenable que le roi habitât la maison d'un de ses sujets, l'inscription qui était au-dessus de la porte fut ôtée, et l'on y substitua celle de Palau -Royal. C'était une nouvelle ingratitude envers la mémoire de celui qui en avait fait don à son souverain, don splendide, s'il laut en croire ces vers de Corneille :
Son, l'univers entier ne peut rien voir d'égal Au superbe dehors du I'al.iis-Cardinal.
Toute une ville entière avec pompe bâtie Semble d un vieux fossé par miracle «ortie, El nou* lait présumer, i ses superbes toit».
Que tou» se» habitants «ont des dieux ou de» roii.
En effet, le Palais-Cardinal était dans I origine un simple hôtel situé a l'extrémité de Paris, au pied du mur d'enl'emplacement des hôtels de Rambouillet ni de Mercœur, achetés
par le cardinal, et, suivant le cours de sa fortune, il s'était agrandi comme elle. Plus puissant qtie le roi, le cardinal avait voulu être plus magnifique nue son souverain. En conséquence, le mur d'enceinte de Paris avait été abattu, le fossé avait été comblé, et le jardin, dégagé de tout ce qui l'empêchait de prendre une forme régulière, s'était étendu jusqu'aux prairies sur lesquelles on a bâti depuis la rue Neuvedes-Petils-Champs et la rue Vivienne. En outre, Richelieu avait fait percer la rue qui a pris son nom et qui conduisait directement de son palais à sa ferme de la Grange-Batelière, située au pied de Montmartre. Toutes ces acquisitions, y compris le prix de l'hôtel de Sillery, qu'il avait acheté dans le seul but de
au cardins
iùti
il huit cent seize mille six crut dix-
l'abattre et d'avoir une place devant son palais, avaient huit livres, somme énorme pour le temps, puisqu'elle correspond à près de quatre millions de notre monnaie Aussi, lorsque madame d'Aiguillon, nièce du cardinal, vit qu'on faisait enlever l inscription qui consU
tait que cette huitième merveille do monde avait été bâtie par son oncle, elle écrivit a la reine pour la supplier de rétablir la première inscription. — Il est peu séant, disait-elle dans sa supplique, de faire injure aux morts, car les morts ne peuvent repousser l'injure qu'on leur fait; en remettant à sa place l'inscription que Votre Majesté a ôtée, elle honorera la mémoire du cardinal de Richelieu, et elle immortalisera son nom.
La reine, touchée de la vérité de cet argument, rétablit l'inscription ; mais l'usage l'emporta, et le titre de Palais-Royal, qui avait été donné à ce monument i cause de la présence du jeune roi, l'emporta sur celui de Palais-Cardinal.
Louis XIV, alors âgé de cinq ans, fut installé dans la chambre de Richelieu. Son appartement était petit, mais commodément situé entre la galerie des hommes illustres qui occupaient J'aile gauche de la seconde cour et la galerie qui régnait le long de l'aile de l'avant-cour, et dans laquelle Philippe de Champagne, peintre favori de Son Eminence, avait peint les plus beaux traits de sa vie.
L'appartement de la reine-régente était beaucoup plus vaste et plus élégant. Non contente de ce que Richelieu avait fait, elle ajouta encore au luxe des ornements qu'il avait prodigués, et confia le soin de ces embellissements intérieurs à Jacques le Mercier, son architecte, et à Vouel, qui se proclamait lui-même le premier peintre de l'Europe.
Son cabinet, qui passait pour ta merveille et le miracle de Paris, renfermait un tableau de Léonard de Vinci, la Parente de la Vierge, par Andréa del Sarlo, un Ente sauvant Anehite, d'Annibal Carrache, une Fuite en Egypte, du Guide, un saint Jean monté sur un aigle, de Raphaël, deux tableaux du Poussin, et les Pèlerins d Emmaus, de Paul Véronèse. Ce cabinet était l'ouvrage du cardinal, mais la reine y ajouta une salle de bains, un oratoire et une galerie. Tout ce que le goût du temps avait pu créer de fleurs, de chiffres et d'allégories était semé sur un fond d'or dans la salle de bains. L'oratoire était orné de tableaux de Philippe de Champagne, de Vouet et de Rourdon Stella, qui représentaient les principales aclions de la vie île la Vierge; une seule fenêtre, dont les carreaux étaient montes en argent, l' éclairait.
Quant à la galerie placée à l'endroit le plus retiré, et dont Vouet avait peint le plafond et Macé travaillé le parquet, la régente Pavait destinée â tenir le conseil; c'est dans celte galerie que seront arrêtés, en 1650, les princes de Condé, de Conti et le duc de Longueville. Les appartements de la reine donnaient sur le jardin, qui, à cette époque, n'avait ni la forme ni la régularité qu'il a aujourd'hui. Il contenait un mail, un manège et deux bassins; le plus grand, appelé le rond d'eau, était ombragé d'un petit bois. Louis XIV enfant se laissa tomber un jour dans le bassin du petit jardin, dit jardin des Princes, et faillit y périr (1).
Mazarin aussi était venu demeurer au Palais-Cardinal avec la reine; son logis donnait sur la ruè des Bons-Enfants; il avait à sa porte sentinelle et corps de garde, comme aux autres entrées.
Cependant Louis XIV était toujours entre les mains des femmes dont il ne devait sortir qu'à l'âge de sept ans. Le cardinal était le surintendant de son éducation, M. de Villeroy, son gouverneur, M. de Beaumont, son précepteur, et Laporte, qui nous a laissé sur l'enfance du roi de si curieux Mémoires, était son premier valet de chambre.
A part la Gazette de France, qui enregistrait les faits et gestes officiels du jeune roi, les premiers renseignements que nous avons sur lui nous sont donnés par Louis-Henri de Lomènie, iils de ce comte de Brienne qui avait succédé à Chavigny dans sa charge de secrétaire d'Etat.
Né en 1656, il n'avait que sept ans lorsque le comte de Brienne, son père, le plaça près du roi en qualité d'enfant d'honneur; la présentation se fit dans la galerie du Louvre qui renfermait les portraits des rois de France. Louis XIV devait être bien enfant lors de celte présentation, dont Brienne ne nous garde pas la date précise, puisque madame de Lansac, qui, ainsi que nous l'avons raconté, fut exilée en 1643, pour faire place à la marquise de Senecey, assistait à cette réception, dans laquelle furent compris le petit marquis de la Châtre, MM. de Coislin, neveu du chancelier Séguier, M. de Vivonne, qui fut depuis maréchal de France, le comte du Plessis Praslin, et le chevalier son frère.
Madame de la Salle, femme de chambre de la reine-régente, et placée par elle près du roi, reçut les nouveaux compagnons de Sa Majesté, tambour battant à la tête de la compagnie des enfants d'honneur, qui était déjà nombreuse, et qu'elle avait sous ses ordres; elle tenait une pique ;ï la main; un hausse-col retombait sous son mouchoir bien empesé et scrupuleusement lire ; elle avait sur la léte un chapeau d'homme couvert de plumes noires, et portait l'épée au côté. Elle remit à chacun des nouveaux enfants d'honneur un mousquet, qu'ils reçurent en portant la main a leurs chapeaux, mais sans se découvrir, car ce n'était pas l'ordre. Puis elle les embrassa tous l'un après l'autre au front, leur donna sa bénédiction d'une façon aussi cavalière qu'aurait pu le faire l'abbé de Gondy, cl, la bénédiction donnée, commanda l'exercice que l'on faisait une fois par jour.
Quoique le roi ne fût encore qu'à la bavette, il prenait un plaisir extrême au maniement des armes; tous ses divertissements étaient guerriers, ses doigts battaient sans cesse le tambour, soit sur les tables, soit contre les vitres; dès que ses petites mains purent tenir des baguettes, il se lit apporter un tambour pareil à celui des cent Suisses, et frappait dessus continuellement.
Les manœuvres des enfants d'honneur furent interrompues pendant quelques jours par les événements que nous avons racontés, el qui mirent toute la cour en émoi; mais, une fois au Palais-Royal, elles recommencèrent de plus belle; seulement, quoique ce fût toujours madame de la Salle qui les commandait, ils n'étaient plus présidés par madame de Lansac, mais bien par madame de Senecey.
Le roi et les enfants d'honneur échangeaient de lemps en temps de petits présents. Brienne raconte qu'il donna au roi, entre autres choses, un canon d'or traîné par une puce, une trousse de chirurgien, garnie de toutes ses pièces, etquine pesait que quelques grains, enfin une petite épée d'agate, garnie d'or et ornée de rubis. En échange, le roi voulut bien prêter un jour à Brienne une arbalète dont il se servait; mais, au
(1) Tum tes itéUilt sont tirés du bel cl cun.cicuticux ouvrage de M. W ut sur le» râidencc» roy»lw.
moment où il étendait la main pour la lai reprendre, madame de Senecey lui dit : — Sire, les rois donnent ce qu'ils prêtent. Alors Louis XIV fil signe à Brienne d'avancer et lui dit : - Gardez cette arbalète, monsieur de Brienne, je voudrais que ce fût quelque chose de plus considérable, mais telle qu'elle est je vous la donne et c'est de tout mon cœur.
Il va sans dire que ces paroles, qui avaient déjà une tournure officielle, lui étaient soufflées par sa gouvernante.
Brienne garda donc l'arbalète. Le cadeau était d'autant plus précieux, que cette arme avait été entièrement forgée, limée, ciselée et montée de la propre main du roi Louis XIII, qui, ainsi que nous l'avons dit au commencement de cette histoire, aimait à s'occuper de serrurerie.
A sept ans, c'est-à-dire en 1645, Louis XIV fut tiré des mains des femmes, et le gouverneur, le sous-gouverneur et les valets de chambre entrèrent en fonctions.
Ce changement étonna beaucoup le jeune roi, qui ne voyait plus ses bonnes amies auprès de lui, et qui demandait inutilement à Lapone les contes de fees avec lesquels les femmes avaient I habitude de l'endormir.
Laporte dit alors à la reine que, si elle l'avait pour agréable, au lieu de ces contes de Peau «faite, il lirait au roi chaque soir quelque bon livre; que si le roi s'endormait, la lecture serait perdue, mais que s'il ne s'endormait pas, il lui resterait toujours dans la mémoire quelque chose de ce qu il aurait entendu. Laporte demanda alors à M. deBeaumont, précepteur du roi, Y Histoire de France de Mezerai, dont il lui lisait tous les soirs un chapitre. Contre toute attente. le roi prit grand plaisir à cette lecture, promettant bien de ressembler à Charlemagne, à saint Louis et à François 1", et entrant dans de grandes colères lorsqu'on lui disait qu'il serait un second Louis le Fainéant.
Mais bientôt Laporte put s'apercevoir que ces lectures historiques n'étaient pas du goût du cardinal; car. un soir que le roi était couché, et que lui-même, déshabillé et en robe de chambre, il lui lisait l'histoire de Hugues Capet. Son Emincnce, voulant éviter le monde qui l'attendait, passa dans la chambre du roi, pour de là descendre à la conciergerie, où il logeait. Louis XIV, dès qu'il aperçut Son Eminence, fit semblant de dormir; le cardinal alors demanda quel était le livre que Laporte lisait, et, sur sa réponse que c'était l'//t.i/oire de France, il sortit en haussant les épaules et fort brusquement, sans approuver ni blâmer, mais laissant à l'intelligence de Laporte le soin de deviner la cause de ce brusque départ. Le lendemain il dit tout haut qnc sans doute le gouverneur du roi lui passait ses chausses, puisque son valet de chambre lui apprenait 1 histoire.
Au reste, ce n'était pas la seule leçon que Laporte donnât à son maître, car un jour, ayant remarqué que, dans tous ses jeux, le roi faisait le personnage de valet, il se mit dans son fauteuil et se couvrit. Louis XIV, tout enfant qu'il était, trouva cette action si mauvaise, qu'il alla tout courant se plaindre à la reine. Aussitôt celle-ci fil venir Laporte, et lui demanda pourquoi il s'asseyait et se couvrait en présence du roi. — Madame, dit Laporte, puisque Sa Majesté fait mon métier, il est juste que je fasse le sien.
Celte leçon frappa très-fort Louis XIV, qui, à partir de ce jour, renonça entièrement à l'emploi des valets.
Nous avons dit que lorsque Mazarin passa dans la chambre du roi, le roi fit semblant de dormir. Cela tenait à l'étrange aversion qu'il avait conçue, tout enfant, pour le cardinal. Cette aversion ne s'arrêtait pas à Son Eminence seulement, mais s'étendait à sa famille. Tous les soirs le roi en donnait une preuve, car, lorsqu'il se couchait, le premier valet de chambre présentait, par ordre de Sa Majesté, un bougeoir avec deux bougies allumées à celui des enfants d'honneur qu'il lui plaisait de faire rester à son coucher, et chaque soir le roi défendait à Laporte de donner le bougeoir à M. de Mancini, neveu du cardinal, brave et excellent jeune homme cependant, qui fut tué depuis au combat de la porte Saint-Antoine.
Un jour, à Compiègne, le roi, voyant passer Son Eminence avec beaucoup de suite sur la terrasse du château, se détourna en disant assez haut pour que Deplessis, gentilhomme de la Manche, l'entendu : u Voilà le Grand Turc qui passe. » Deplessis rapporta ce propos à la reine, qui fit venir l'enfant, le gronda lort, et voulut le forcera dire quel était celui de ses serviteurs qui donnait ce nom au cardinal, pensant bien que ce n'était pas de lui-même qu'il l'appelait ainsi; mais le roi tint bon, et, quelques menaces que lui fit sa mère, il soutint qu'il ne devait celte suggestion à personne, et que l'imagination lui en était venue à lui-même. Un autre jour que le roi était à Saint-Germain, dans un petit cabinet du vieux château, assis sur sa chaise d'affaires, comme dit Laporte, M. de Chamarante, second valet de chambre du roi, que le cardinal avait mis en cette charge, entra dans le cabinet et dit à Sa Majesté que Son Eminence, en sortant de chez la reine, s'était arrélée dans sa chambre pour assister à son coucher; ce qui était chose extraordinaire, le cardinal n'ayant pas pour habitude de rendre de pareils hommages au roi. Le roi ne répondit mot. Chamarante, fort étonné de ce silence, regarda successivement, pour en chercher l'explication, M. Dumont le sous-gouverneur, Laporte et un garçon de chambre, qui étaient là. Laporte, qui considérait Chamarante comme un espion, et qui craignait qu'il ne crût que c'était lui qui montait ainsi le jeune roi contre le cardinal, répéta ce qu'avait dit Chamarante en entrant, et fit observer à Sa Majesté que, si elle n'avait plus affaire où elle était, elle devait s'en aller se coucher, pour ne pas faire attendre plus longtemps Son Eminence. Mais le roi fit la sourde oreille, demeurant muet et immobile à l'observation de Laporte comme à l'annonce de Chamarante, si bien que le cardinal, après avoir attendu près d'une demi-heure, s'ennuya et descendit par le petit degré qui conduit au corridor. Comme il s'en allait, les éperons et les épées des gens de sa suite firent tant de bruit que le roi se décida enfin à parler. — M. le cardinal, dit-il, fait grande rumeur par où il passe, il faut qu'il ail bien cinq cents personnes à sa suite.
Quelques jours après, au même lieu et à la même heure, le roi revenant de ce cabinet pour aller se coucher, et ayant vu un gentilhomme de M. le cardinal, nommé Bois-Fermé, dans ce passage : — Allons, ditil à M. de Nyert et à Laporte, M. le cardinal est encore chez maman, car j'ai vu Bois-Fermé dans le passage; l'attend-il donc toujours ainsi? — Oui, Sire, répondit Nyert, mais, outre Bois-Fermé, il y a encore
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un gentilhomme dans le degré el deux dans le corridor. — Il en a donc d'enjambée en enjambée! dil le jeune roi.
Il est vrai que, quand RlélOe relie aversion n'eût pas été instinctive, comme celle qu'ont d'habitude les enfants pour les amants de leur mère, ou n'eût pas été. ce qui est plus probable encore, inspirée au roi par ceux qui l'entouraient, elle lui serait venue naturellement par le peu de soin que prenait Mazarin de contester l'enfant royal, qu'il laissait, non-seulement manquer des clioses qui regardaient ses divertissements, mais encore oies objets nécessaires aux premiers besoins de la vie.
Ainsi la cuulume < luit que l'on donnât au roi, tous les ans, douze paires de draps, et deux robes du chambre, une d'ete ei une d'hiver; mais Mazarin, ne se soumettant pas à cette coutume, qu'il regardait sans doute comme trop coûteuse, ne donna que six paires de draps au roi pour trois ans entiers ; aussi ces draps étaient-ils si usés, que ses jambes passaient au travers et posaieut à cru sur le matelas, (tuant aux robes de chambre, le cardinal les avait réglées avec la même économie : au lieu d'en donner deux par au. il se contenta d'en donner uue pour deux ans, que le jeune rot portait hiver et été; c'était une robe de chambre de velours vert, doublée de petit-gris, qui, la dernière année, ne lui venait plus qu'à la moitié des jambes.
Un jour le roi voulut s'aller baigner à Conflans. Laporte donna aussitôt les ordres nécessaires, el I on lit venir un carrosse pour conduire Sa Majesté avec les bardes de sa chambre et de la garde-robe. Mais comme Laporte se disposait à y monter le premier, il s'aperçut que tout le cuir des portières qui couvraient les jambes était emporté, el que tout le reste du carros.se était d'ailleurs en si mauvais état qu'il ne ferait pas, sans se briser, le trajet, si court qu'il lût ; alors Laporte rendit compte au roi de l'état de sa sellerie.
Llli' remit un mousquet i chacun des eiiCuiW d'honneur - IV i lOx,
lui disant qu'il était impossible d'aller à Conflans comme il le désirait, attendu que. si on les voyait dans une pareille voilure, les plus petits bourgeois se moqueraient d eux. Le roi crut le récit exagéré et voulut juger lui-même de l'étal du carrosse; mais en voyant le peu de respect qu'on avait pour lui, puisqu'on supposait qu'il pouvait mouler dans une pareille voiture, il rougit de colère, el le soir même s'en plaignit amèrement à la reine, a Son Lminence et a M. de Maison, alors surintendant des finances. Grâce a cette plainte, le roi eut cinq carrosses neufs.
Au reste, celle avarice de Mazarm, dont nous aurons, dans le cours de cette histoire, si souvent occasion de donner de nouvelles preuves, ne s'arrêtait pas aux choses du roi, mais s'étendait à tous les détails d'administration de la cour. Tout se faisait avec un désordre et une parcimonie étranges. Car exemple, tandis que le roi, qui fit bâtir Versailles, manquait de draps, de robes de chambre et de carrosses,* les dames attachées à la personne d'Anne d'Autriche, sa mère, n'avaient point de table au palais, el fort souvent restaient sur leur faim. Après le souper de la reine, elles en mangeaient les débris sans ordre ni mesure, se servant, pour tout appareil, de sa serviette à laver et des restes de son pain 1 1 !.
Les festins publics et de représentation n'étaient pas mieux réglés, tant l'avarice sordide du cardinal étendait sans cesse et partout sa griffe de harpie. En Hi '».'». le jour de la signature du contrat de la pria* cesse Marie de Gonzague, la même dont nous avons parle à propos des amours et des folies du duc de Cuise, lorsque la reine reçut à Fontainebleau les ambassadeurs de Pologne, elle leur donna un grand souper, ou. du moins, son intention fut de le leur donner; mais le soir, dit madame de Molteville, on raconta
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(!, 31filnii<*Me Noitovilte.
à la reine qu'il y avait eu une dispute entre les officiers de la bouche, de sorte que le premier service a\ail manqué. En outre, l'ordre avait été si mal observé, que, lorsque ces somptueux étrangers, qui s'étaient signalés par leur luxe oriental, voulurent sortir, ils furent forcés de marcher sans lumière jusqu'au grand escalier de l'appartement du roi. La reine gronda fort en apprenant ce désordre. En effet, de pareils oublis d'étiquette et une semblable pénurie devaient paraître étranges^ une princesse élevée au milieu du
Matnvin
cérémonial espagnol, et dans une cour alimentée par les ruisseaux d'or et de pierreries qui roulaient vers elle des deux Indes.
Nous nous sommes étendu sur ces détails parce qu'ils montrent l'état financier du royaume el les mœurs de la cour, et qu'ils font ressortir une haine pour l'obéissance^ innée chez Louis XIV, qui, dès son enfance, réagit contre celte tyrannie ministérielle sous laquelle s'était toute sa vie incliné le roi son père.
Quant a Mazarin, que nous allons voir jouer le principal rôle dans la période qui nous reste a parcourait. - la*. MM «C-,rm 4'H. fwU, l. 9
Il* LOIÏS XIV ET SON SIECLE.
rir jusqu'à la majorité du roi, nous citprous le poitrail qu'en trace le comte de la Rochefoucauld, el nous laisserons les événements en faire apprécier la justesse.
« Son esprit était grand, laborieux, insinuant et plein d'artifices; son humeur elait souple, el l'on peut même dire qu'il n'eu avait point, et que, selon l'utilité, il feignait toutes sortes de personnages. Il savait éluder les prétentions de ceux quiiii demandaient des - râces. en leur en faisant espérer de plus grandes. Il avait de petites vues, même dans les grands projets, et, au contraire du cardinal de Richelieu, qui avait l'esprit hardi el le cœur timide, le cardinal de Mazarin avait plus de hardiesse dans le cœur que dans l'esprit; il cachait son ambition et son avarice sous une modération affectée; il déclarait qu'il ne voulait rien nour lui, et que, toute sa famille étant en Italie, il voulait adopter pour ses parents tous les serviteurs de la reine, el chercher sa grandeur et sa sûreté en les comblant de bien. »
On a vu de quelle façon il pratiquait ces principes