‹ Louis XIV et son siècleChapitre 36 sur 69 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

'iitngucs d'amour de Marie de Mancini. — Mademoiselle de la Motte d'Argenrourl. — Jttnasie. — l'nc éttirac lion royale. — Lj jeune jardinière. — Itetoor i Marie de Muncini. — Projet* de mariage. — Mesdemoiselles d'Orléans. — Henriette d'Angleterre. — La prince»e de Portugal. — Marguerite de Savoie. — L'infante Mine-Thérèse. — Christine i Fontainebleau. — Lettre curieuse de cette reine. — t'Hes i la cour. — Espérance» de M.iurin. — 'Apposition d'Anne d'Autriche. — Trahison et punition du maréchal d'IWquincourt. — Campagne du roi- — Grave unlsdie. — Mesure» de précaution du cardinal Mazarin. - Voyage de Lyon — Entrevue de la cour de France et de celle de Savoie. — U gouvernante aomrumbule. — Conduite du roi d'Espagne. — Il fait offrir l'infante a Maurin.

Le cardinal M*"»rin n'avait point oublié la recommandation de sa sœur mourante relativement à Marie et à Horlense V .ncini, ou, bien plulôt encore, désireux de s'attacher le roi par le plus de liens possible, il espéra quf l'une de ces deux jeunes filles l'occuperait, comme l'avait occupé Olympia. Le prévoyant ministre ne *e trompait pas : il avait compté sur Hortense; mais, à son grand ètonnement, ce fut Marie qui accomplit l'œuvre de sa prévision.

Marie, qui, ainsi que sa sœur, était au couvent, et qui n'en sortit qu'à celle époque, se trouvait être la cadette de la comle se de Soissons et l'ainée dïlorlense. Elle avait un an ou deux de moins que le roi, et était plutôt laide que belle. Sa taille, qui ctail grande, pouvait, il est vrai, devenir un unir agréable; mais pour le moment elle était si maigre, son liras et son cou paraissaient si longs cl si dceli.unès, que celte grande taille paraissait plutôt chez elle un défaut qu'un agrément. Elle était brune ou plutôt jaune, m** yeux, grands et noirs, paraissaient rudes, et sa bouche, garnie, il est vrai, de dents magnifiques, était grande et plate. Il en résulta qu'au premier abord les espérances du ministre furent trompées, et qu'à peine si le roi fit quelque attention à Marie et à a souir.

L> ailleurs il se tiuuvail en ' >• moment préoccupe d'une aulie passion, et c'était celle passion «ans douu

qui lui avait fait prendre en patience le mariage de ia comtesse de Soissons. Ce nouvel amour avait pour objet une tille d'honneur que la reine depuis quelque temps avait prise près d'elle, et qu'on appelait mademoiselle de la Motte d'Argencourt; cette jeune personne n'avait ni une éclatante beauté ni un esprit fort extraordinaire; mais toute sa physionomie était aimable et gracieuse : sa peau n'était ni fort délicate ni fort blanche; mais ses yeux bleus et ses cheveux blonds faisaient, avec la noirceur de ses sourcils et le brun de son teint, un mélange de douceur et de vivacité si étrange, qu'il était fort difficile de se défendre. Comme avec tout cela elle avait un très-bon air et une taille charmante, qu'elle avait une manière de parler qui plaisait et qu'elle dansait admirablement bien, dès qu'elle fut admise au petit jeu, où parfois le roi venait le soir, celui-ci la remarqua et montra bientôt une si violente passion pour elle, que la reine s'en inquiéta, et, un soir que le roi avait causé très-longtemps avec mademoiselle d'Argencourt, elle le prit à part et le réprimanda fort sérieusement. Mais, au lieu de se rendre a cette réprimande, le roi. à la

première occasion qui se présenta, déclara ses sentiments à mademoiselle de la Motte, et, comme celle-ci objectait la rigidité de la reine, le roi lui rappela qu'il était roi, et lui promit, si elle voulait répondre a son amour, de tenir téte à sa mère dans tout ce qu elle lui pourrait dire. Mais la jeune demoiselle d'honneur qui, en ce moment même, avait un amant, que les uns disent être M. de Chamaranle, valet de chambre du roi, que l'on n'appelait à la cour que le beau Chamaranle, et les autres M. le marquis de Richelieu le même qui avait épousé la fille de madame Beauvais, refusa d'entrer dans cette conspiration, soit qu'élit craignit son amant, soit que, par son refus, elle voulût piquer les désirs du roi. Malheureusement Louis XIV qui, pour être roi, n'en était ^uère, à cette époque, plus avancé comme homme, ignorait encore tous les manèges de la coquetterie; il recourut a sa mère comme il faisait dans ses peines enfantines, lui raconta tout, et, dans la candeur d'un premier désappointement, offrit lui-même de s'éloigner de l'objet de son amour. La reine se rendit aussitôt chez Mazarin, qui lui vint en aide, en offrant au roi une retraite. Louis XIV accepta, quitta la cour, s'enfuit à Yincennes, comme plus tard la Vallière devait s'enfuir a Chaillot, pria, se confessa, communia, et reparut après une absence de huit jours, se croyant guéri.

Cette retraite n'était point selon les calculs de la famille d'Argeucourt, qui, ayant remarque l'amour de Louis, avait déjà spéculé sur cet amour : bien plus, la mère de la demoiselle avait offert au cardinal et à la reine de se prêter à tous les désirs du roi, s engageant, au nom de sa (il le, à ce que celle-ci se contentât du titre de maîtresse. Mais ce n'était point l'affaire de la reine, qui avait la prétention de garder son fils pur jusqu'au jour de son mariage, ni celle du cardinal, qui voulait bien que le roi aimât quelqu'un, r..ais à la condition que l'objet de cet amour serait une de ses nièces. Tous deux répondirent donc à madame d'Argencourt qu'ils lui étaient reconnaissants du sacrifice qu'elle voulait bien taire, mais que le roi étant guéri de sa passion, ce sacrifice devenait inutile.

Et effet, Louis XIV avait quitté Yincennes froid et réservé; il évitait toutes les occasions de se rencontrer avec mademoiselle d'Argencourt, et, lorsque quelqu'une de ces occasions se présentait à l'improviste, il paraissait tenir bon dans sa résolution de ne point revenir à elle. Malheureusement, deux jours après ce retour, comme il y avait un bal à la cour, et que le roi était en train d'en faire les honneurs, mademoiselle de Ta Motte entra, belle de sa parure, et peut-être aussi de son dépit, elle marcha droit au jeune monarque, au milieu des regards de toute la cour, et le pria de danser avec elle. A cette prière. Louis devint fort pale, et laissa tomber dans celle de la demoiselle une main qui demeura tremblante tout le temps que dura le branle. Dès lors, mademoiselle d'Argencourt se crut sûre de la victoire, et le soir même fit part à ses compagnes des espérances qu'elle fondait sur l'émotion du roi, émotion que, du reste, tout le monde avait remarquée.

2Ki LOUIS XIV ET SON SIÈCLE.

Le péril était urgent; aussi Mazarin crut-il qu'il'était temps d'intervenir. Ce ne fut point, comme la reine Pavait fait, la piété et la religion qu'il appela à son aide, ce fut la jalousie et le dédain : sa police, mise en campaenc, lui avait rapporté l'intrigue, ou peut-être même la double intrigue de mademoiselle de la Motte. 'line lettre saisie ou vendue, qui était de l'écriture de la demoiselle, ne laissait aucun doute sur ses relations avec le marquis de Richelieu. Tout cela fut rapporte au roi avec les preuves à l'appui. L'orgueil fit alors chez Louis XIV ce que la persuasion n'avait pu faire : il cessa de voir mademoiselle d'Argencourt; et comme, à cette heure justement, madame Beauvais vint se plaindre à la reine du trouble u'elle avait jeté dans le ménage de sa fille, mademoiselle de la Motte reçut l'invitation de se rendre aux Ile» de Sainte-Marie de Chaillot, où, détrompée non-seulement de ses ambitions, mais encore de son amour, elle demeura, quoiqu'elle n'eût point fait de vœu et que personne ne l'y forçât, pendant tout le reste de sa vie

Le cardinal se connaissait en amour aussi bien qu'en politique : il savait que rien ne guérit la passion platonique comme la jouissance matérielle. Or, il s'agissait de faire perdre complètement au roi le souvenir de la belle réclusc : on lui chprcha une distraction,

Le choix tomba sur une jardinière. D'où était-elle? On ne le sait pas; comment se nommait-elle? On l'ignore. Seul, parmi tous les écrivains du temps, Saint-Simon parle de cet amour (I). Cependant l'aventure eut des suites : la jardinière devint enceinte et accoucha d'une fille ; mais, à cause de la basse extraction de sa mère, on ensevelit la pauvre enfant dans l'obscurité, et, lorsqu'elle eut dix-huit ans, on la maria à un gentilhomme des environs de Versailles nommé Laqueue, auquel Bontemps, valet de chambre de confiance du roi, dit tout bas ce qu'il en était. Le gentilhomme accepta le mariage avec grande joie, espérant que cette alliance avec l'aînée des filles de Louis XIV le mènerait loin. Mais il se trompait: il ne put parvenir qu'au grade de capitaine de cavalerie, et encore fut-ce par la protection de M. de Vendôme. Quant à la jeune fille, qui par malheur savait le secret de sa naissance, elle était grande, bien faite, et ressemblait fort au roi, ressemblance qui fut cause sans doute qu'on ne lui permit point de sortir de son village, où elle mourut à trente-six ou trente-sept ans, enviant le sort de ses trois sœurs reconnues et si richement mariées. Elle avait eu plusieurs enfants qui, comme elle, s'éteignirent dans l'obscurité.

Mazarin ne s'était pas trompé. Cette passade avait complètement guéri le roi de sa passion pour mademoiselle de la Motte ; il reprit donc sa vie accoutumée et se rejeta dans les plaisirs. Ce fut alors qu'il se retrouva en face de Marie de Mancini, à laquelle il n'avait fait d abord aucune attention. Mais, s'il n'avait pas remarqué la jeune fille, il n'en avait point été ainsi de la jeune fille à son égard. La vue du roi, si beau et si majestueux, avait produit sur elle un sentiment qui n'était point le respect a Car, dit sa sœur dans les Mémoires que nous a laissés d'elle Saint-Kéal, elle était la seule que la majesté du roi n'effrayât point, et, tout amoureuse de lui qu'elle était, elle avait conservé une grande liberté en lui pVlant. C'est au point qu'un jour qu'elle se promenait avec ses sœurs, ayant aperçu de loin un gentilhomme qui avait la tournure du roi. elle courut à ce gentilhomme en criant :*« Ah ! c'est vous, mon pauvre sire ! Le gentilhomme se retourna, et Marie demeura toute honteuse en voyant qu'elle s'était trompée. «

Celte passion, qu'encourageait Mazarin, commençait de faire du bruit, et l'on en parla au roi; il parut d'abord en rire, mais tourna peu à peu ses regards vers celle à qui il l'inspirait : il est toujours doux et flatteur d'être aimé. Louis Xl\ fut reconnaissant a Marie de Mancini du sentiment qu'elle avouait ainsi hautement; puis, en se rapprochant d'elle, il s'aperçut que, si la nature avait quelque peu négligé son visage, elle s'était en revanche fort occupée de son esprit. Marie de Mancini était charmante, causait et racontait agréablement ; enfin clic paraissait aimer Louis XIV de toutes les facultés de son cœur et de son esprit.

Cependant, en ce moment même, le cardinal s'occupait activement de l'événement qui pouvait le plus désoler cet amour naissant de sa nièce, qu il avait lui-même encouragé : c'était le mariage du roi. Plusieurs partis se présentaient. D'abord, mademoiselle d'Orléans, qu'on appelait déjà la grande Mademoiselle, à cause de ses sœurs nées du second lit de son père. Ce mariage avait été I ambition éternelle de la princesse; elle avait fait la guerre civile dans le seul but de forcer le roi a l'épouser, et lorsque, maîtresse d'Orléans, Anne d'Autriche lui avait fait demander le passage de cette ville, elle avait dit à Laporte : — (Ju'on me donne le roi pour mari, et je livre Orléans.

Laporte avait rapporté cette réponse à la reine, laquelle s'était mise à rire et avait répondu : — Eh bien f nous passerons à côté de la ville, au lieu de passer dedans; le roi n'est pas pour son nez, quoiqu'il soit bien long.

La réponse était un peu vulgaire, mais elle n'en était pas moins décisive, et, a partir de ce jour, il n'avait plus été question de Mademoiselle. Mais depuis la rentrée en grâce, sinon en faveur, de Gaston, il était question de la seconde Mademoiselle, c'est-à-dire de la fille cadette de Monsieur. Seulement, ceux qui parlaient de cette union étaient ceux qui la désiraient. Malheureusement le cardiual n'était point de ce nombre : il n'avait pas à se louer de Gaston, et ne voulait pas, en faisant sa fille reine, augmenter l'importance agonisante de l'homme qui si souvent s'était déclaré contre lui. Mazarin était donc opposé à ce mariage.

Il y avait aussi à la cour la princesse Henriette d'Angleterre, cette petite fille avec laquelle le roi n'avait pas voulu danser un jour, qui se faisait belle à son tour, et qui d'heure en heure devenait plus désirable; mais, née sur les marches d'un trône, la pauvre enfant avait vu ce trône se changer en échafaud; elle était exilée, pauvre, sans puissance, et c'était Cromwell qui, pour le moment, régnait en Angletecre. Il n'y avait donc point à songer à Henriette.

On avait, d'un autre côté, reçu des lettres de Comminge, qui était ambassadeur à Lisbonne : il y avait une princesse de Portugal à marier, et sa mère désirait si fort qu'elle devînt reine de France, qu'elle

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offrait de grandes sommes à Comminge pour qu'il tachât de décider Mazarin à celte alliance. Commioge avait envoyé le portrait de la princesse; mais le bruit s'était répandu à la cour que le portrait était flatté, et que, si le roi s'en rapportait a la copie, il serait fort désappoiuté à la vue de l'original.

On s'occupait assez sérieusement encore d'une autre princesse : c'était la princesse Marguerite de Savoie, nièce de la reine d'Angleterre, et cousine d'Henriette. Mais ceux qui connaissaient le dessous des cartes savaient que tous les pourparlers qui avaient eu lieu tendaient seulement a forcer le roi d'Espagne à se décider. Or, voici à quoi on désirait que l'Espagne se décidât. La reine Aune d'Autriche et Mazarin, par politique, avaient toujours souhaité une alliance avec la maison d'Espagne; mais il y avait un grand empêchement à cette alliance : l'infante Marie-Thérèse était fille unique, et par conséquent héritière de la couronne; il était donc impossible de marier la future reine d'Espagne avec le roi régnant de France. Mais, comme si toutes les chances du hasard voulaient se réunir pour la prospérité du royaume depuis si longtemps tourmenté, la reine d'Espagne venait d'accoucher d'un fils. L'infante n'était clone plus qu'une princesse ordinaire, puisque son frère, quoique cadet, prenait pour lui la couronne. Depuis le jour de la naissance bienheureuse de ce prince, les yeux de Mazarin n'avaient point quitté l'Espagne, ou plutôt les Etats de Flandre et de Drabant, que Mazarin avait toujours eu l ardent désir de donner à la France.

Parmi ces préoccupations, une nouvelle étrange éclata tout à coup au milieu de la cour : Christine, cette illustre vovageuse, si bien reçue à son premier voyage en France, était revenue sans s'être assurée sans doute de 1 agrément du roi, car, a Fontainebleau, elfe avait reçu l'invitation de s'arrêter. 11 est vrai que, pour adoucir cet ordre, on avait mis le château à sa disposition. Tout à coup on apprit que dans ce château, sans égard pour l'hospitalité royale, sans respect pour les lois françaises, elle avait fait assassiner un de ses serviteurs nommé Monaldeschi. La cause de cette mort, on l'ignorait : elle avait envoyé chercher le supérieur des Trinil aires, lui avait remis un paquet de lettres; puis, faisant venir Monaldeschi, elle I accusa de l'avoir trahie. Monaldeschi nia. Alors elle demanda au moine les lettres qu'elle lui avait remises, et les montra au coupable; celui-ci pftlit, et, attirant la reine dans un coin, il se jeta a ses pieds.

Elle avait alors avec une grande patience écouté tout ce que ce malheureux avait à lui dire; puis elle envoya sou capitaine des gardes, nommé Sentinelli, avec ordre de faire justice du traître. Alors commença une scène terrible de prières et de supplications, lesquelles ne produisirent que le mépris dans l'esprit de la reine, qui, voyant que le condamné ne voulait pas se confesser, sous le prétexte qu il ne pouvait croire à sa mort, ordonna à son bourreau de le blesser pour qu'il y crût. Mais ce n'était pas chose facile a exécuter qu'un pareil commandement : Monaldeschi, dans la prévoyance du dauger, s'était couvert d'une cotte de mailles, et les premiers coups s'émoussèreul sur cette cuirasse. Enlin, après lui avoir coupé trois doigts de la main, après être revenu, sur les instantes supplications de la victime, demander deux fois sa grâce à la reine, Sentinelli était parvenu, dit madame de Molleville, à lui passer son épée à travers la gorge, et la lui avait coupée à force de le ckicoter.

Ou comprend l'effet que produisit une pareille nouvelle à la cour : le sentiment d'horreur qu'il inspira contre Christine fut universel; et Louis XIV, trouvant mauvais que quelque autre que lui prétendit cire roi et justicier dans son royaume, lui fil signifier son mécontentement par le cardiual Ma/arin. La lettre do minisire parut sans doute inconvenante à la reine, car elle lui tit à son tour la réponse suivante :

« Mons Mazarin, ceux qui vous ont appris le détail de Monaldeschi, mon écuyer, étaient très-mal informés. Je trouve fort étrange que vous commettiez tant de gens pour vous informer de la vérité du fait; votre procédé ne devrait cependant point m'étonner, tout fou qu'il est; mais je n'aurais jamais cru que ni vous ni votre jeune maître orgueilleux, eussiez osé m'en témoigner le moindre ressentiment. Apprenez, ious tant que «on êtes, valets et maîtres. Délits et grands, qu'il m'a plu d'agir ainsi; que je ne dois ni ne veux re.u-

dre compte de mes actions à qui que ce soit au monde, surtout à des fanfarons de votre sorte. Vous iouez un singulier personnage, pour un personnage de votre rang; mais, quelques raisons qui vous aient déterminé à m'éenre, j'en fais trop peu de cas pour m'en intriguer un seul instant : je veux que vous sachiez et disiez à qui voudra l'entendre que Christine se soucie fort peu de voire cour et encore, moins de vous; que, pour me venger, je n'ai pas besoin d'avoir recours à votre formidable puissance; mon honneur l'a voulu ainsi, ma volonté est une loi que vous devez respecter; vous taire est votre devoir, et bien des gens que je n'estime pas plus que vous devraient bien apprendre ce qu'ils doivent à leurs égaux, avant de faire plus de bruit qu'il ne convient.

« Sachez enfin, mons cardinal, que Christine est reine partout où elle est, et qu'en quelque lieu qu'il lui plaise d'habiter, les hommes, quelque fourbes qu'ils soient, vaudront encore mieux que vous et vos affidés.

<t Le prince de Condé avait bien raison de s'écrier, quand vous le reteniez prisonnier inhumainement à Vincennes : — Le vieux renard ne cessera jamais d'outrager les bons serviteurs de l'Etat, à moins que le parlement ne congédie ou ne punisse sévèrement cet illustrissime Saint-Aquin de Piscina.

<t Croyez-moi donc. Jules, comportez-vous de manière à mériter ma bienveillance, c'est à quoi vous ne sauriez trop vous étudier. Dieu vous préserve d'aventurer jamais 1^ moindre propos indiscret sur ma personne; quoiqu'au bout du monde, je serai instruite de vos menées; j'ai des amis et des courtisans à mon service, qui sont aussi adroits et aussi surveillants que les vôtres, quoique moins bien soudoyés.

« Christine. »

Ce moyen, tout violent qu'il était, réussit à Christine, et. après avoir passé deux autres mois à Fontainebleau sans être davantage inquiétée, elle reçut une invitation pour le ballet que devait danser le roi au carnaval, arriva à Paris le 24 février 1658, et fut logée au Louvre en l'appartement du cardinal Mazarin Ce ballet était donné en l'honneur de Marie de Mancini, et avait pour titre C Amour malade : comme toujours, Benserade en avait fait les paroles; mais cette fois la musique était d'un jeune homme dont le nom commençait à percer, et qui s'appelait Baptiste Lully. Ce jeune homme était venu d'Italie avec le chevalier de Guise, qui l'avait donné à Mademoiselle, du service duquel il était passé à celui du roi. Outre la musique qu'il avait faite, comme nous l'avons déjà dit. il remplissait encore dans ce ballet le rôle de Scaramouene. Il eut donc un double succès, et, à partir de ce jour, le petit Baptiste, comme on l'appelait, fut a la mode. Mademoiselle assistait à ce ballet, depuis trois mois à peu prés elle était rentrée en cour. L'entrevue entre elle et la reine avait eu lieu à Sceaux, et, comme pendant cette entrevue le roi était arrivé, la reine s'était contentée de dire : — Voici une demoiselle que je vous présente; elle est bien fâchée d'avoir été méchante, et sera sage à l'avenir.

Puis les deux princes s'étaient donné la main, et tout avait repris son train accoutumé comme si le canon de la Bastille n'était point là grondant toujours dans le passé.

Tout l'hiver se passa en fêles et en mascarades. Pendant ces mascarades, le roi ne quittait point Marie de Mancini, dont il était amoureux tout de bon. Aussi cette fois la reine s'en inquiéta-t-clle. En effet, le roi n'allait plus nulle part que mademoiselle de Mancini n'y vtnt, ou plutôt il n'allait que là où elle était. Jamais il ne paraissait plus aux yeux de la reine sans mademoiselle de Mancini, lui pariant tout bas, riant tout haut, sans être le moins du monde retenu par le respect; aussi la reine lui fit-elle des reproches comme elle avait fait pour mademoiselle d'Argencourt. Malheureusement le roi avait un an de plus : c'était beaucoup qu'un an de plus a Uâ^c du roi; il répondit avec aigreur qu'on l avait assez tenu en charte privée quand il était enfant, pour qu'il fût libre maintenant qu'il était un homme. Alors la reine commença de soupçonner une chose, c'est que Mazarin avait cette sourde espérance de faire épouser sa nièce au roi. Elle oublia ses propres liaisons avec le cardinal, et frémit à celle audacieuse idée. En effet, comme nous l'avons dit. depuis quelque temps le cardinal avait compris que le pouvoir passait insensiblement des mains de la reine entre celles du roi, et tous ses calculs avaient été de se mcltre bien dans l'esprit de ce dernier, peu lui importait maintenant d'être mal dans celui de la reine. Aussi ne gardait-il plus de ménagement à son égard, disant lout haut : n Qu'elle n'avait pas d'esprit; qu'elle montrait plus d'affection pour la maison d'Autriche que pour celle où elle était entrée; que le roi, son époux, avait eu de justes raisons de la haïr et de se délier a'elle; qu'elle n'était dévote que par nécessité; qu'enfin elle n'avait de goût que pour la bonne chère, ne sê mettant point en peine de tout le reste. »

Toutes ces attaques du cardinal revenaient, on le pense bien, à la reine, et, dans ce moment surtout, l'effrayaient fort; aussi rasserabla-l-elle secrètement ses plus habiles conseillers d'Etat et les avocats les plus célèbres du parlement pour savoir si, au cas où son fils se marierait sans son consentement, le mariage serait valable. Tous, d'une voix, dirent que non, et conseillèrent à la reine de faire d'avance ses protestations contre ce prétendu mariage. Brieune, qui avait toujours conservé la continuée d'Anne d'Autriche, fut chargé de faire dresser cet acte important, et promit de le faire enregistrer à huis clos par le parlement au cas où le roi épouserait secrètement la nièce du cardinal. La reine n'avait point ouvert la bouche de toutes ces craintes au ministre. Elle fut donc fort étonnée lorsqu'un jour, abordant lui-même la question, il parla le premier de ce prétendu mariage à la reine, raillani la folie de sa nièce, qui pouvait croire aux promesses que lui faisait un roi de vingt ans, mais raillant de telle façon, qu il était facile de voir que cette plaisanterie était plutôt une ouverture qu'une désapprobation. La reine saisit à l'instant même l'occasion, et, après avoir écoulé froidement le cardinal : — Monsieur, lui dit-elle, je ne crois pas que le roi soit capable de celle lâcheté; mais, s'il était possible qu'il en eût la pensée, je vous avertis que loute la France se révolterait contre vous et contre lui, et que moi-même je me mettrais à la tète de la révolte et y engagerais mon second fils.

Quelques jours après, la protestation fut dressée et montrée au cardinal. Ce fut alors que Mazarin. renonçant aux espérances conçues un instant peut-être, renouvela ses tentatives du côté de l'Espagne, en ayant l'air de continuer ses négociations avec la Savoie. En effet, l'un et l'antre de ces deux mariages

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étaient avantageux : l'alliance avec la Savoie était un moyen de continuer la guerre; l'alliance avec 1 Espagne était un moyen d'assurer la paix.

Le printemps ramenait les préoccupations de la guerre. Cette fois, la campagne s'ouvrit par une trahison. Le maréchal d'Hocquincourt, séduit par les beaux veux de madame de Châtillon, qui avait déjà comité au nombre de ses adorateurs le roi, M. de Nemours et M. le Prince, avait traité avec Condé, et s'était engagé à lui livrer Péronne; heureusement le traité fut connu a temps, et le roi retira au maréchal son commandement. Cette trahison fut bientôt plus cruellement punie encore : le maréchal d Ilocquincourt, qui était passé à l'ennemi, s'étant avancé au siège de Dunkerque pour reconnaître nos lignes, reçut une blessure mortelle et expira en manifestant le plus profond repentir, et en demandant au roi, comme seule grâce, que son corps fût enterré à Notre-Dame de Liesse, prière qui lui fut accordée. Il fut donc résolu que le roi, cette année, se rendrait à Tannée plus tôt que d'habitude; mais, avant qu'il ne quittât Paris, une nouvelle réconciliation s'opéra : c'était celle de M. de Beauforl, lequel avait montré dans son exil beaucoup de fermeté et de hauteur, ne recherchant par aucune bassesse l'amitié du ministre, voulant même laisser un temps convenable entre ce qu'il avait fait contre lui et son raccommodement. De son côté, le ministre, sur la recommandation du duc de Vendôme, ne vit dans le duc de Beaufort que le frère du duc de Mercœur, son neveu, et le recevant, à partir du jour de sa rentrée en grâce, au nombre de ses amis, il lui donna la survivance de l'amirauté que le duc de Vendôme avait eue pendant la guerre. Le roi partit donc le lendemain des fêtes de Pâques, et commença par se présenter en personne devant llesdin, qui venait de se révolter; mais, comme il n'y avait point de chance de réduire la ville, Mazarin ne voulut pas que Louis XIV prolongeât devant ces murailles une balte inutile et par conséquent humiliante, et il fut résolu qu'on irait à Calais pour travailler au grand dessein de cette année, qui était la prise de Dunkerque, conjointement avec les Anglais. En effet, dans le but d'intimider l'Espagne, Mazarin venait de faire alliance avec Cromwell.

Dunkerque fut pris le 14 juin, mais la joie que produisit cet événement fut bientôt tempérée par l'accident qui arriva au roi. Une fièvre pourpre et continue le prit le 22, faisant de tels progrès, qu'on craignit bientôt pour sa vie. Plusieurs personnes, dans cette circonstance, montrèrent au roi leur dévouement : la reine d'abord, qui avait résolu de se retirer au Val-de-Grâce si le roi mourait; le duc d'Anjou, qui ne le voulut point quitter, quoique la fièvre fût contagieuse, et Marie de Mancini, qui chaque jour attendait des nouvelles, se désespérant de ce qu'il ne lui était pas permis de se constituer garde au malade. 11 n'en fut pas de même du cardinal, qui commença par songer à ses intérêts. Comme, en cas de mort du roi, il n'avait rien de bon à attendre du duc d'Anjou, il envoya enlever ses meubles et son argent de sa maison de Paris, et les fit transporter a Vincennes. Le jeune comte de Cuiche, fils du maréchal de Grammont, le marquis de Villerov, fils du maréchal, et le jeune prince de Marcillac, fils du duc de la Bochefoucauld, qui dans ce moment étaient les favoris du roi, montrèrent aussi pour lui un grand dévouement Enfin, les médecins annoncèrent que le malade était hors de danger, et la joie fut grande à la cour. Le roi revint à Compiègne, puisâ Fontainebleau, puis à Paris. Chacun témoigna au jeune prince une grande allégresse de son retour à la santé. Un seul quatrain protesta contre ce qu'on regardait comme «ne grâce de Dieu. 11 était de Bussy Babutin, et avait été fait pendant la maladie du roi ; le voici :

Ce roi si grand, ri fortuné, Plu» M(?e que César, plus vaillant qu'Alexandre. On dit que Dieu nous l'a donné ; llilas! s'W voulût le reprendre ' .

Cette maladie n'avait fait que resserrer l'amour de Louis XIV pour Marie de Mancini; car, ainsi que nous l'avons dit, la jeune fille lui avait, pendant cette maladie, donné tous les signes d'attachement qui étaient en son pouvoir; aussi, la reine hâta-t-elle ce qu'on appelait, depuis le commencement de 1 année, le voyage de Lyon

Le voyage de Lyon avait un bnt visible et un but caché. Le but visible était de mettre le roi en contact avec la princesse Marguerite de Savoie, dont il était toujours question, comme reine de France; le but caché était de presser ( Espagne et son roi de se décider â nous donner l'infante. Le départ fut fixé au 25 octobre. Dans l'intervalle, on apprit que le prince de Condé, à son tour, était tombé gravement malade à Bruxelles. Mazarin, se souvenant aussitôt d'une seule chose, c'est que Cond,* était prince du sang royal, fut bien aise peut-être d'ouvrir cette porte à une réconciliation. Il s'empressa donc d'accorder un passe-port à Guénaud, son médecin, qui passait pour le meilleur du monde, et de l'envoyer au prince. Guénaud partit, arriva à temps pour pratiquer su malade de nombreuses saignées qui le sauvèrent, et revint bientôt annoncer que le prince était eu parfaite convalescence. Mazarin alla aussitôt complimenter madame de Longueville, qui, touchée enfin par la grâce, comme nous l'avons dit, loin de pousser son frère â la révolle, ainsi qu'elle le faisait autrefois, tâchait en ce moment de le réconcilier avec la cour, dont il restait, avec le cardinal de Betz, le dernier ennemi.

Les quelques mois qui séparèrent le retour du roi dans sa capitale de son départ pour Lyon, furent remplis par des fêtes. Molière avait obtenu un privilège pour Pans, et, grâce à ses pièces, et surtout (faisons la part de l'aveuglement humain, qui ne veut jamais voir les grands hommes a leur apparition, mais seulement à leur mort), et surtout grâce à l'acteur Scaramouche, commençait à attirer la t'oule. Le petit Baptiste continuait de faire représenter ses premiers chefs-d'œuvre; des machinistes venus d'Italie semblaient avoir passé les monts avec des baguettes d'enchanteurs. Le nombre des voilures augmentait avec une profusion et une somptuosité qui eussent bien autrement étonné Bassompierre sortant de sa tombe, qu'elles n'avaient autrefois étonné Bassompierre sortant de la Bastille. Le cours était magnifique chaque jour; la foire Saint-Laurent, ce bazar où se trouvait réuni tout ce qui pouvait satisfaire le goût, l'élégance,

la mode et même les vices, était splendide chaque nuit; enfin tout présageait l'approche de cette époque éblouissante qui semble inonder d'un torrent de lumière toute la portion moyenne du règne de Louis XIV. Au jour dit, on partit pour Lyon : le 25 novembre, la cour de France y arriva, et le 28 du même mois telle de Savoie. .

A la nouvelle que les princesses approchaient, le cardinal Mazarin alla au-devant d'elles jusqu'à deux lieues environ. Le duc d'Anjou venait ensuite, qui les rencontra après avoir fait une lieue à peu près; enfin le roi et la reine allèrent ensemble jusqu'à une demi-lieue. Leurs Majestés étaient en carrosse; mais, en apercevant de loin le cortège, le roi monta à cheval et poussa vers la voiture de la princesse de Savoie, qu'on appelait Madame Royale. Lorsqu'il n'en fut plus qu'à quelques pas, le carrosse s'arrêta, et Madame Royale descendit avec ses deux filles; car, outre la princesse Marguerite, elle était accompagnée de sa fille aînée, la princesse Louise, qui avait été mariée et qui était veuve. Le roi mit pied à terre, salua les princesses, regarda fixement celle oui lui était destinée, puis remonta à cheval, retourna brusquement au carrosse de la reine, qui lui demanda comment il avait trouvé la princesse de Savoie. — Mais, dit le roi, elle est fort agréable, et, contre l'habitude, ressemble à ses portraits; elle est un peu basanée, mais cela n'empêche point qu'elle ne soit bien faite.

On comprend quel plaisir ces paroles firent à la reine, qui pressa ses chevaux et en un instant eut rejoint les princesses. Aussitôt celles-ci descendirent de leur carrosse, et la reine en fit autant. Madame Royale alors, en saluant Anne d'Autriche, se mit presque à genoux devant elle, lui prit la main et la baisa par force avec de très-grandes soumissions. La reine, de son côté, l'embrassa ainsi que les princesses ses filles, qui toutes deux mirent les genoux en terre. Mademoiselle, qui était du voyage, salua madame de Savoie comme sa tante ; puis on remonta en voiture. La reine fit mettre Madame Royale près d'elle sur le devant, qui était sa place ordinaire; Mademoiselle s'assit derrière et fit asseoir près d'elle madame de Carignan, qui avait été au-devant de madame de Savoie comme étant de sa maison par son mari; le duc d'Anjou se plaça près de la princesse Louise, à l'une des portières, et le roi à l'autre portière, près de la princesse Marguerite.

On revint ainsi à Lyon, où les deux cour»descendirent au logement de la reine. Ce qu'il y avait d'étrange, c'est que Marie de Mancini était du voyage, le roi n'ayant pu se décider à se séparer d'elle, ou peut-être lui ayant dit que le projet d'alliance avec la princesse Marguerite n'avait rien de bien sérieux. Elle était, comme ses autres sœurs de la cour, sous la garde d'une vieille gouvernante, nommée madame de Venelle, laquelle exerçait sur les brebis confiées à sa garde une surveillance si exacte, que parfois le sommeil de la bonne dame eu était troublé. A Lyon surtout, où les fenêtres de l'appartement des demoiselles Mancini, donnant sur la place Bellecour, étaient fort basses, elle n'avait pas un instant de repos; si bien que la pauvre femme en devint somnambule. Une nuit, entre autres, elle se leva, entra dans la chambre des deux sœurs, et, tout endormie, s'approcha de leur lit pour s'assurer qu'elles étaient dedans Mais il arriva que, tout en tâtonnant, elle fourra son doigt dans la bouche de Marie, qui dormait la bouche

ouverte. Celle-ci, sentant entre ses mâchoires l'introduction d'un corps étranger, serra machinalement les dents, rt, comme elle avait les dents belles et bonnes, ainsi que nous l'avons dit, elle faillit couper le doigt à la pauvre madame de Veuelle, que la douleur réveilla, cl qui se mit à pousser de grands cris. A ces cris, les deux jeunes filles se réveillèrent à leur tour, et, voyant à la lueur de la lampe de nuit uue espère de fantôme dans leur chambre, se mirent à crier de leur côté. On accourut au bruit: tout s'éclair- *.it, et l'aventure, racontée le lendemain au roi, divertit fort toute la cour.

Cependant la nouvelle du voyage que le roi devait faire, ainsi que le motif pour lequel il l'entreprenait, était, selon les désirs de Mazarin, parvenu à Madrid, et avait pénétré jusque dans l'Escurial. En apprenant que le roi de France allait épouser la princesse Marguerite, le roi Philippe IV s'était alors écrié : — Esto no puede ser, y no sera, « cela ne peut pas être et ne sera pas. » En conséquence, Philippe IV appela aussitôt Antonio PimentelH, et, sans même lui donner le temps de demander des passe-ports, de peur qu'il n'arrivât trop lard, il l'envoya en France. Or, taudis que le roi, la reine, le cardinal, madame de Savoie et les deux princesses entraient par une porte, don Antonio Pimejilelli entrait par l'autre, et le même soir demandait une audience a Mazarin. En l'apercevant, Mazarin, qui le connaissait de longue main, s'écria : — Ou vous êtes chassé d'Espagne par le roi votre maître, ou vous venez nous offrir l'infante. — Je viens vous offrir l'infante, monsieur, dit l'ambassadeur, et voici mes pleins pouvoirs pour traiter avec vous de ce mariage.

A ces mots, i| présenta au ministre une lettre de Philippe IV. C'était ce qu'avait espéré Mazarin dans ses plus beaux rêves, aussi courut-il incontinent chez la reine, et, comme il la trouva seule, rêveuse et mélancolique : — Bonnes nouvelles, madame, lui dit-il en riant, bonnes nouvelles. — Qu'y a-t-il? demanda la reine, serait-ce la paix? — Mieux que cela, madame, répondit le ministre, car j'apporte à la fois à Votre Majesté et la paix et l'infante.

Cet événement arriva le 29 novembre, et cette grande nouvelle remplit la fin de l'année 1658.

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