CHAPITRE XXXIII
Conclusion du projet de mariage avec la prince«<e de Savoie. — Joie du roi. - Représentation d'&dipt. — La Fontaine. — Bossuet. — Racine. — Boileau. - Projet de traité entre la France et l'Espagne. — Fin de» amours du roi ot de L-fie de Mancmi. Mut de M«r.irin. — Dépari de Marie. — La cour se rend dans le Midi. — Conférences de 111e des Faisans. — Traité des Pyrénée». — Retour de Condé. - Mort du Gsslun d'Orléans. — Anecdotes au sujet de C« prime. — Fin de la dernière Fronde.
uinze jours après avoir quitté Lyon, la cour rentrait dans Paris.
De son côté, Madame Royale, avec laquelle la reine s'était expliquée franchement de don Antonio PimentelH, et de la mission dout il était chargé, regagnait la Savoie, avec cette promesse formelle que, si le roi n'épousait pas l'infante, il épouserait la princesse Marguerite. Quant au roi, il n'avait vu, dans tout cet événement, qu'une chose qui le réjouissait fort, c'est que son mariage était relardé, et qu'il pouvait se livrer en toute liberté, non-seulement aux plaisirs que cette époque de l'année lui offrait, mais encore a son amour pour Marie de Mantini, qui allait croissânt sans cesse.
A son retour justement le vieux Corneille venait de donner son OEUipe, qui avait été joué par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, tandis que, sous la protection du duc d'Anjou, Molière s'installait au Petit-Bourbon. D'un autre côté, deux hommes commençaient à percer aussi dans deux genres bien différents : c'étaient Jean la Fontaine, qui arrivait de Château-Thierry, et Bossuet, qui arrivait de Metz. En outre, on parlait de deux jeunes gens qui donnaient des espérances et qui se nommaient, l'un Racine, et l'autre Boileau. Enfin les deux premières parties du roman de Qélie venaient de paraître et avaient un succès prodigieux.
Pendant tout ce temps, don Antonio PimentelH, caché dans le logis de Mazarin, préparait avec le ministre toutes les clauses du traité qui devait assurer la paix a l'Europe; car, à cette époque déjà, la France avait pris celte importance, qu'il n'y avait pas de grands mouvements européens si elle ne s'y trouvait mêlée; mais, comme rien ne pouvait se terminer que par une conférence entre les ministres d'Espagne et de France, une entrevue fut arrêtée entre le cardinal et don Louis de liaro. Le rendez-vous fut pris sur la frontière des deux royaumes; on devait fixer ultérieurement de quel côté de la rivière, si ce serait sur la terre de France ou sur lu terre d'Espagne que I entrevue aurait lieu. Mais, avant toutes choses,
Mazarin avait un grand devoir à accomplir. Depuis longtemps on l'accusait, et la reine elle-même, comme nous l'avons vu, n'était point exempte d'inquiétude à ce sujet, de vouloir mettre sa nièce sur le trône de France. Peut-être la chose était-elle vraie, tant que le ministre n'avait calculé que le médiocre avantage
3ui devait revenir a la France d une union avec la Savoie ou avec le Portugal; mais tout était bien changé epuis que le voyage de don Pimenlclli avait donné un corps aux espérances que nourrissait le cardinal du côté de l'Espagne. Aussi, au moment de partir pour les conférences, résolut-il d'attaquer vigoureusement cet amour que le roi, en toute circonstance, manifestait a Marie de Mancini, cl d'arracher du cœur des deux amants, sinon la passion, du moins l'espérance. Ce n'était pas chose facile : l'empire qu'avait pris Marie était d'autant plus grand, qu'elle ne le devait pas à sa beauté, mais a son intelligence toute supérieure. Louis était donc, en réalité, aussi amoureux de son esprit que de sa personne. On conçoit dés lors qu'il accueillit fort rudement son ministre lorsque celui-ci parla d'une séparation ; mais le ministre ne se laissa point intimider et tint ferme. Louis XIV alors essaya de le séduire en lui offrant d'épouser sa nièce, mais cette offre fut sans succès. — Sire, répondit le cardinal, si Voire Majesté était capable d'une
pareille faiblesse, j'aimerais mieux poignarder ma nièce de mes propres mains que de me. prêter à un semblable mariage, qui ne serait pas moins contraire à la dignité de la couronne que préjudiciable à la France; et, si Votre Majesté persistait dans ce dessein, je lui déclare que je me mettrais dans un vaisseau avec mes nièces, et que je les emmènerais par delà les mers.
Il fallait résister ouvertement : le roi un instant y parut décidé; mais enfin les supplications du cardinal l'emportèrent sur les artifices de sa nièce. Le jour du départ des jeunes filles fut fixé au 22 juin. La veille au soir le roi vint chez la reine, extrêmement triste et tout à fait abattu. La reine alors, prenant un flambeau qui était sur la table, passa avec lui dans le cabinet des bains. Tous deux y restèrent une heure à peu prés, puis le roi en sortit le premier, les yeux tout rouges de larmes; la reine vint ensuite, fort affectée elle-même, et, s'adressant à madame de Molteville : — Le roi me fait pitié, lui dit-elle; il est tendre et raisonnable tout ensemble; mais je viens de lui dire que je suis assurée qu'il me remerciera un jour du mal que je lui fais.
Ce lendemain tant redouté arriva. L'heure des adieux vint à son tour; la voilure qui devait emmener les trois sœurs attendait; Marie de Mancini entra chez le roi et le trouva pleurant. — Oh! sire s'écriat-elle, vous êtes roi! vous pleurez, et je pars!
Mais Louis XIV ne répondit rien à cet appel énergique et concis, et la jeune fille, sentant tout son espoir s'évanouir, s'éloigna avec orgueil, monta dans la voiture ou l'attendaient ses deux sœurs, llortense et Marie-Anne, et partit pour le Brouage, qui était le lieu choisi pour son exil. Le roi la suivit l'accompagnant a son carrosse, et resta à la même place jusqu'à ce que le carrosse eût disparu, puis il rentra chez la reine et partit un instant après pour Chantilly, afin de s'enfermer dans la solitude avec ses souvenirs et sa douleur.
Quatre jours après, le cardinal partit à son tour avec une suite princière : deux archevêques, quatre évêques, trois maréchaux de France et plusieurs seigneurs de la première condition l'accompagnaient. Le ministre d'Etal de Lyonne devait l'assister dans son travail, et don Antonio Pimcntelli avait pris les devants pour l'annoncer au ministre espagnol. L'Ile des Faisans avait été choisie pour le lieu de la conférence. Le jour même où le cardinal arrivait à Saint-Jean de Luz, la cour quittait Fontainebleau pour se rendre dans le Midi; mais le roi avait mis une condition à ce départ, c'est qu'en passant à Cognac il reverrait Marie de Mancini. La reine y avait consenti. L'entrevue eut donc lieu sans amener pour les deux amants autre chose que de nouvelles larmes. Marie retourna au Brouage,' et le roi continua sa route vers Bordeaux
Les négociations furent longues; il V avait un point surtout sur lequel on ne s'entendait pas : c'était la rentrée du prince de Condé dans ses biens et dans ses honneurs. Puis on disputait sur chaque ville au'il fallait prendre ou céder. Mazarin, avec sa finesse et sa ténacité italiennes, faisait face a don Louis de ilaro sur toutes les questions où celui-ci l'attaquait, et, quoiqu'il sentit qu'à ces veilles coutinucs et à ces après conférences il perdait sa santé, il tint bon jusqu'à ce que tout fat réglé au plus grand avantage de la France. Ce traité contenait cent vingt-quatre articles, qui furent proposés, arrêtés et discutés sans intervention aucune, et seulement entre les deux ministres. On y stipulait une paix ferme et durable, une alliance perpétuelle, l'égalité des privilèges, des franchises et libertés commerciales. La France gardait de ses conquêtes du côté des Pays-Bas, Arras, Dapaume, Hesdin, Liliers, Béthune, Lens, le comté de Saint- Paul, Térouanne, l'Artois, moins Aire et Saint Orner. Kn Flandre, elle obtenait Gravelines, Bourbourg et Saint-Venant. En Hainaul, Landrecies et le Quesnoi. Dans le Luxembourg, Thionville, Montmedy. Dampvilliers, Yvoy, Cbavancy et Manille. Elle abandonnait Bergues et la Bassée, mais on lui donnait Marienbourg, Philippeville et Avesne. Du côté de l'Espagne enfin, on lui cédait le Roussillon, le Conflans et ce
3ui pouvait se trouver de la Cerdagne en deçà des Pyrénées. Le roi d'Espagne renonçait encore à tous ses roits éventuels sur l'Alsace et les autres pays acquis par le traité de Munster.
La France de son côté restituait : dans les Pays-Bas, Oudenarde, Ypres, Dixmude, Fûmes, Merville, Menin, Comines, Bergues et la Bassée. Dans le comté de Bourgogne, Bleteraus, Saint-Amour et Joux. En Italie, Valance et Mortara. En Espagne, Roies, la Trinité, Cadagnes, Toxen, la Seu d'Urgel, la Bastide, Baga, Ripol et le comté de Cerdagne.
Quant au prince de Condé, ayant témoigné sa douleur de la conduite qu'il avait tenue depuis quelques années, et promis de réparer le passé par une entière obéissance à tous les commandements du roi, il fut convenu qu après avoir désarmé et licencié ses troupes, il rentrerait eu France et serait remis en ses charges et dignités. Il lui était accordé deux mois pour ce licenciement. Enfin, le gage de cette union et de la bonue amitié qui devait a l'avenir unir les deux royaumes, était l'infante Marie-Thérèse, fille ainée du roi.
Les deux originaux du traité furent signés chacun sur la table de chaque ministre ; mais le contrat de mariage fut signé sur la table de don Louis de Haro, pour faire à la mariée l'honneur de contracter chez elle. Ce contrat de mariage constituait à l'infante une somme de cinq cent mille écus d'or, payable en trois termes, moyennant laquelle elle renonçait en bonne et due forme à toute autre prétention sur les succèssions de ses père et mère, étant bien arrêté que ni elie ni ses atfants ne pourraient succéder à aucun des Liais de Sa Majesté catholique, même en cas d'extinction de ses successeurs légitimes (1). Quant au mariage lui-même, il fut fixé au mois de mai ou juin de l'année 1660
La cour s'était retirée à Toulouse pour y attendre la fin des négociations. Le cardinal Mazarin vint l'y rejoindre fort fatigué et fort souffrant; il avait passé trois mois dans l'Ile des Faisans, c'est-à-dire dans un endroit malsain, travaillant dix ou douze heures par jour malgré la goutte dont il était atteint. Cela n'empêcha point qu'après s'être reposé une semaine seulement, il ne partit avec le roi et la reine pour aller passer l'hiver en Provence. On s'arrêta à Aix.
En même temps que la cour partait de Toulouse, M. le Prince partait de Bruxelles avec son fils, sa femme et sa fille : à Coulommiers, il rencontra le duc et la duchesse de Longueville. Le duc de Longueville prit alors les devants pour aller annoncer son arrivée à la cour, où était le prince de Conti. Kn apprenant que son frère était à Lambèse, le prince de Conti, accompagné du maréchal de Grammont, alla le chercher, et le ramena au roi et à la reine, auxquels le cardinal présenta l'illustre rebelle, sans qu'il v eût aucun témoin de l'entrevue. Mademoiselle voulait rester, mais la reine lui dit : — Ma nièce, allezvous-en faire un tour au logis; M. le Prince m'a fait demander qu'il n'y eût personne à notre première entrevue.
Mademoiselle se retira, et fit faire des compliments à M. le Prince, en lui témoignant l'impatience qu'elle avait de le voir. Mais il lui fit répondre qu'il n'osait venir chez elle qu'après avoir été chez le duc d'Anjou, ce qui fit qu'elle n'eut sa visite que le lendemain. M. le Prince était d'ailleurs à la cour comme s'il n'en fût jamais sorti, et le roi lui parlait familièrement de tout ce qu'il avait fait, tant en France, qu'en Flandre, et cela avec autant d'agrément que si les choses s'étaient toutes passées pour son service. Les dames seules trouvèrent qu'un grand changement s'était opéré dans M. le Prince, et. comme les dames de cette époque surtout étaient fort curieuses, il leur fallut donner une raison : M. le Prince leur dit que le sang que lui avait tiré Guénaud, dans sa dernière maladie, l'avait si fort affaibli, qu'il ne s'en pouvait remettre. 11 fallut qu'elles se contentassent de cette excuse.
Quelques jours après ce retour du Prince, on apprit la mort de Gaston, trépassé à Blois, le 2 février 1660, dans sa cinquante-deuxième année, après une courte maladie.
Nous avons essayé de tracer avec vérité le caractère de Monsieur, et nous l'avons suivi, dans toutes ses tentatives de rébellion et dans toutes les faiblesses qui en furent la suite. Tout ce qui eut confiance en lui souffrit par lui et pour lui : les uns l'exil, les autres la prison ou la mort. Un jour il tendit la main au prince de Guéménee, qui, dans une fête publique, était monté sur des gradins. — Monseigneur, lui dit le prince, je vous remercie d'autant plus, que je suis le premier de vos amis que vous ayez aidé à descendre d'un échafaud.
Gaston d'Orléans était très-fier et ne se découvrait que devant Us daines. L'n jour, étant encore enfant, il fit jeter dans le caual de Fontainebleau un gentilhomme qui, disait-il. lui avait manque de respect. Milita reine mère, Marie de Médicis, le força de demander pardon à ce goiiiilhomme, en le menaçant du fouet. Monsieur se plaignait toujours du défaut de son éducation, et disait que cela lui venait de ce qu'on ne hi avait donné pour gouverneurs qu'un Turc et un Corse. Le Turc était M. de Brèves, qui était resté si long
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200 LOUIS XIV ET SON Sll-CLE.
temps à Constantinoplc qu'il en était devenu tout mahomélan ; le Corse était M. d'Ornano, petit-fils de Sar. Piétro, qui tua, à Marseille, sa femme Yanina d'Ornano.
Un jour à son lever, auquel assistaient bon nombre de courtisans, une montre de grand prix disparut II s'en plaignit, et quelqu'un s'écria : — Il faut fermer les portes et fouiller tout le monde. — Au contraire, dit le prince, et comme je ne veux pas connaître le voleur, sortez tous, car la montre est à carillon, et, si elle venait à sonner, elle dénoncerait celui qui l'a prise.
Monsieur, dans sa jeunesse, avait fort aimé une fille de Tours, qu'on appelait Louison. et lui avait fait de grands cadeaux; mais un jour le roi Louis XIII apprit que la demoiselle partageait ses faveurs entre son frère et un gentilhomme breton, favori du prince, cl nommé Kené de l'Espinc. A peine mailrc de cette méchante nouvelle, le roi, selon son habitude, la communiqua a celui à qui elle pouvait être le plus désagréable. Monsieur, qui jusque-là ne s'était douté de rien, quoiqu'il fût honnêtement soupçonneux, courut chez la belle et lui fit tout confesser. Alors il revint au roi et lui demanda conseil sur celte affaire. Le roi qui, à cette époque, était amoureux et jaloux de mademoiselle d Hautefort, lui conseilla de faire tuer son rival. — Cependant, ajouta-t-il. il serait bon d'avoir sur ce point l'avis du cardinal. Richelieu, qui n'aimait pas que les seigneurs s'accoutumassent à faire assassiner les gens, heureusement pour René de l'Espinc, ne fut point de l'avis du roi. Mais on ne peut pas fuir sa destinée : exilé de France, le gentilhomme se retira en Hollande, où il devint l'amant de la princesse Louise de Bohême. Les Louise portaient malheur au pauvre René de l'Espinc le plus jeune des frères de la princesse, qu'on appelait Philippe, et qui depuis fui tué a la bataille de Itethel, soudoya huit ou dix Anglais pour l'attaquer au moment où il sortirait de chez l'ambassadeur d«- France; ceux-ci, malgré sa résistance, le percèrent de tant de coups, dit Tallemant des Réaux, que les èpées se rencontraient dans son corps.
Gaston avait eu de cette Louison ce qu'il avait toute sa vie inutilement désiré obtenir de ses deux femmes légitimes, c'est-à-dire un fils qui vécût; mais comme il avait, à cause de l'Espinc des doutes sur sa naissance, il ne le voulut jamais reconnaître. Sa mère, de chagrin, se mit en religion aux filles de la Visitation de Tours, donnant à ses amies tout ce qu'elle avait de fortune, soit personnelle, soit venant de Monsieur, ne laissant à ce fils que vingt mille livres, du revenu desquelles on devait l'entretenir jusqu'à ce qu'il fût reconnu ou en état de s'aller faire tuer à la guerre. En effet, il entra au service des Espagnols sous le nom de comte de Charny, fut fait général des armées de la côte de Grenade en lt>84, puis gouverneur d'Oran, et mourut en 1(592, laissant à son tour un fils naturel qui, comme lui, fut appelé Louis.
On se rappelle que, veuf en premières noces de mademoiselle de Guise, Gaston épousa secrètement en exil la princesse Marguerite de Lorraine. C'était non-seulement contre l'aveu du roi, mais encore contre les désirs de la famille de la princesse, de sorte qu'il 1 enleva nuitamment de Nancy, déguisée en page, et suivant une voiture un flambeau à la main. Or, il arriva que la princesse, un peu empêchée de ce costume et assez inexpérimentée dans son uouvel office, tenait son flambeau de travers; ce que voyant M. de Bauveau, qui marchait derrière elle, il lui donna un grand coup de pied au derrière en disant : — En vérité, il faut que ce drôle soit ivre, voyez comme il marche et comme il porte son flambeau.
Il ne revit jamais depuis Madame sans que celle-ci lui rappelât son admonestation et sans qu'il lui en fit ses excuses. Celte bonne princesse n'avait pas l'esprit fort subtil; aussi, lorsque, après la mort de Richelieu, Gaston rentra en France avec elle, et qu'on les remaria à Meudon, elle fondit en larmes, croyant avoir été en péché mortel jusque-là. Pour la consoler. Monsieur dit alors à son maître d'hôtel, nommé Saint - Remy : — Saviez-vous que j'étais marié avec la princesse de Lorraine? — Non, dit celui; je savais bien que vous couchiez toutes les nuits avec elle, mais je ne savais point que vous l'aviez épousée.
En commençant à vieillir elle devint malingre et tout hébétée. Elle avait alors contracté une singulière habitude : c'était, dès que le maître d'hôtel apparaissait, sa baguette à la main, pour annoncer que le dîner était servi, de faire une de ces sorties pressées qui onl tant fait rire depuis dans le Malade imaginaire. I n jour qu'elle s'apprèlail à obérer une de ces fugues, en présence du prince, Saint-Remy s'arrêta gravement et se mit à examiner avec soin sa baguette. — Que faites-vous donc là, Saint-Remy'? demanda Gaston. — .Monseigneur, répondit celui-ci, je cherche si mon bâton est de rhubarbe ou de s'ené, car aussitôt qu'il parait devant Madame, il purge.
La mort de Gaston d'Orléans lit non-seulement peu de bruit, mais encore peu de sensation ; il ne fut point regretté de sa fille, avec laquelle il était en procès; il ne fut point regretté du roi, son neveu, qui, depuis qu'il avait l'âge de raison, voyait en lui un ennemi; il ne fut point regrette de es amis, qui avaient tous quelque trahison à lui reprocher.
I» ailleurs tous les regards comme toutes les espérances étaient tournes vers le grand événement qui devait être la suite du traite nue venaient de signer Mazarin et don Louis de Haro.
La Fronde finissait comme les pièces de Molière, qui commençaient à être fort eu vogue à cette époque, par un mariage. C'est qu'aussi la Fronde n'était guère autre chose qu'une tragi-comédie.
Ce qui passa aussi sans commentaires, quoique politiquement, ce fût un fait de grave importance, ce fut la soumission de M. le Prince. En lui vivait le dernier type de ces grands seigneurs factieux et turbulents du moyen âge. Le triomphe de Louis XIV sur lui fui le triomphe de la monarchie sur la féodalité. Cé n'étaient point deux hommes qui avaient été en face l'un de l'autre, c'étaient deux principes : l'un des deux était détruit à tout jamais.