‹ Louis XIV et son siècleChapitre 48 sur 69 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Coup d'ail sur U littérature, les sciences et les beaux-art* à elle époque. — Molière. — La Fontaine. — Bossuel — itussy-Rabulm. — Mj.I am- deSévijrné. — Fénelon. — Lt ISnchefoucJuW. — Pascal — Boilcau — Mmhmc deU Fayello — M ..du me Dealioulière*.- Saint Simon. — Quinault.— I.uIIt. — La peinture — La sculpture - L'architecture. — Eui de la littérature et des science* en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en Espagne. — Progrès de l'induslrto française dans celte période. — Les dames d'honneur. — Kmhcl^sscincnts de Paris. — Propn'j dos art» militaires. — Année de terre. — Cifalcric — Artillerie. — Marine. -- Famdle de Louis XIV — Le pMiid Duiubia et ses lits — Etirants naturels. — Le comte de VcrrmndoU. — Le ■ omlc du Wun - Mademoiselle de fllois. — M. du Maine. — SI id.-niojsella de Nantes. - Une journée duprand r<»i. — Miqueile de sa cour.

rrétoDS-nous un instant sur ce point culminant où Louis XIV a eu tant de peine a monter et du haut duqu !, soumis, malgré sa divinité factice, aux lois de la faiblesse humaine, il lui faudra bientôt descendre.

Corneille vient de mourir, et avec lui le dernier reflet de la littérature espagnole en France: le sceptre de la tragédie est a Racine, c'est-à-dire à l'élégance moderne et à l'imitation grecque; bien entendu que celte imitation |»erH sa forme antique pour prendre, non pas même la forme française, mais pour se plier au ^r.ùt et au caprice du grand roi.

Molière, qui n'a pas eu de prédécesseur, qui n'aura pas d'héritier, et q'ii restera sans égal, quoique Boileau lui conteste le prix de l'art (1), fait Jouer ses chefs-d'œuvre, et de temps en temps se repose de Tartufe et du Misanthrope par ces admirables farces qui, après deux siècles, sont restées des modèles de bon sens et de gaieté

La Fontaine fait sa cour à madame de Montespan, qui a eu un instant la Voisin pour rivale; puis de temps en temps il lui pousse une fable comme à un arbre pousse un froit : on la cueille sans s'inquiéter ni de son origine, ni si les différentes branches du fabl'rer sont greffées avec Phèdre, avec Esope ou avec Pilnay, et l'on en fait ce recueil devenu élémentaire, et qui restera à la fois un chef-d œuvre de finesse et de bonhomie. Quand on le secoue bien fort, il en tombe des contes que les femmes qui ne comprennent pns Boceace. l'Arioste ou le Poggc, et qui ne veulent pas se fatiguer à lire Bonaventure des Perrters et la reine de Navarre dans leur vieux français, emportent furtivement dans leurs boudoirs, et qu'elles cachent sous les coussins de leurs sophas lorsqu'il entre une femme qui n'est pas leur amie ou un homme qui n'est pas leur amant.

Bossuel écrit son Histoire universelle et fait ses admirables Qraisoits funèbres. Il avait à peu près débuté par celle de la reine mère, composée en 1067 et qui lui avait valu l'éventé de Condom ; puis était venu, en 1669. l'Eloge funèbre de la reine d'Angleterre, regardé comme son chef-d'œuvre jusqu'en 1670, où, après avoir vu mourir Madame entre ses bras, il s'écria le lendemain : « 0 uuit désaslreuse! nuit effroyable! où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est mortel » Cette dernière mit le comble à sa réputation. Mais aussi quel est le prédicateur qui a eu dans sa vie à faire trois oraisons funèbres comme celles d'Anne d'Autriche, de madame Henriette a Angleterre, et de cette betle et poétique Madame, qui n'avait d'autres ennemis que les élrances maîtresses du prince son mari.

(4) C'est par la ii«e Molière, lllatlrant ses échu, l'*a)H>ut d» son in eftt rrnpotié le prit.

Bussy-Rabutin écrit sou Histoire amoureuse des Gaules, un des plus curieux documents sur les intrigues

plantes de celte époque, et va à la Bastille pour l avoir écrite. Bussy-Rabutin était, avec sa cousine, dont il passa sa vie à dire trop de bien et trop de mal, un reste de l'école frondeuse.

Madame de Sévigné jette ses Lettres au vent, et, comme les feuilles de la sibylle de Cumes, on se dispute ses Lettres, modèle d esprit, de langue et d'absence de sensibilité, à moins qu'on ne prenne pour de la sensibilité ses sensibleries adressées a madame de Grignan. Madame de Coulanges lui répond des lettres qu'on peut lire non-seulement avant, mais encore après les siennes

Ce disciple et cet ami de Bossuct, qui deviendra plus tard sou rival et son ennemi, Fénelon, commence son Télémaque. Si ce fut, comme on l'a dit, pour l'éducation de M. le dur. de Bourgogne, c'était un étrange livre à mettre entre les mains d'un fils de France, que celui qui commençait par les amours de Cal ipso et d'Eucliaris, et qui finissait par la critique de son aieul. En effet, Sésostris triomphant avec trop d orgueil, Idoménée, à la Ibis fastueux et pauvre, pouvaient être comparés à Louis XIV passant sous les arcs triomphaux qui sont aujourd'hui la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, et bâtissant Versailles, ' cette ruine de la France; tandis que Protésilas, cet ennemi des grands capitaines qui veulent être l'honneur des Etats et non les complaisants des ministres, était le Louvois antique persécutant Turenne et annihilant Conde. Quatorze éditions anglaises furent faites du Télémaque, dont treize au moins furent dues à celte opinion.

La Rochefoucauld, que nous avons vu frondeur cl amoureux, a cessé d'être amoureux, mais est resté frondeur. Les deux blessures qu'il a reçues pour madame de Longueville Pont rendu misanthrope, et il » écrit ses desespérantes Maximes.

f Ou ti a |ia* besoin d'eutojer chercher des artistes à Home, quand ou ■ eu fruicu I hoiumo qui a Util ceu » — Paor. 33V

Dès i 6b i, Pascal a fait paraître le recueil de ses Proi>incin/c«, auxquelles notre célèbre professeur d'histoire, Michelet, vient de donner une suite. Tout le monde sait quel succès elles avaient eu; mais ce que tout le monde ne sait pas, c'est qu'un jour l'évéque de Luçon demandant a Bossuet quel ouvrage il aimerait mieux avoir fait, s'il n'eût pas fait les siens : — Les Lettres provinciales, répondit l'évéque de Meaux

Boileau, qui cessera d'écrire quand Louis XIV cessera de vaincre, n'ayant plus de campagnes de Hollande a décrire ni de passage du Rhin a raconter, publie son Art poétique, ses Satires et son Lutrin. liais de toutes ses satires, celles qui sont le plus lues ne soin pas celles qui sont imprimées; il y en a une

3 ni court, manuscrite, que tout le monde sait par cœur, et qui a fait sourire Louis XIV, le grand abaisseur e ce qui existait avant lui; elle est adressée à Dangeau, et commence par ce vers

La noblesse, lUagc-iu, n csi pu une chimère.

Madame de la Fayette vient d'écrire son Histoire He Madame; madame de Caylus ses romans, nudame Deshoulières ses Idylles.

Fonlenelle invente ses Mondes, et promène ses lecteurs dans ce pays des chimères dont, vingt ans auparavant, Descaries avait été le Christophe Colomb.

Saint-Simon, presque enfant, prend les notes sur lesquelles il écrira ses admirables Mémoires.

Après l'histoire et la poésie vient le chant. Quinaull, trop attaqué par Boileau; Lully, peut-être trop loué par lui, se sont associés et les premiers opéras français nés de cette collaboration ont vu le jour sous le nom d'Armide et d'Alhis. Avant Lully, nous ne connaissions guère que la chanson, et presque

tous les airs chantés sur le theorbe ou la guitare nous Tenaient d'Espagne ou d'Italie l es vingt-quatre violons du roi étaient la seule musique organisée qu'il y eût en France.

La peinture avait commencé sous Louis XIII. Rnbens. en venant peindre la vie de Marie dé* Médicis, avait pu admirer Poussin; et le Brun, avec lequel grandissait notre école, valait mieux que tout ce quo l'Italie possédait alors. Il est vrai que l'Italie était en décadence, et qu'au contraire la France, jeune et ignorante encore, produisait en quelque sorte ses premiers tableaux

Il faut bien dire un mot des architectes, quoiqu'on ne puisse opposer nos architectes connus à ces architectes ignorés qui ont fait Notre-Dame. Rouen, Strasbourg, Reims. Beauvais, Caudebec, et les églises et les hôtels de ville éparpillés sur le vieux sol français, qui se sont épanouis, magnifique végétation de pierre, depuis le dixième jusqu'au seizième siècle; mais il faut faire la part d'une époque qui prenait le grand pour le grandiose, et si Versailles et la colonnade du Louvre ne valent pas ce qu'on avait fait avant Mansard et Perrault, ils valent mieux toujours que ce qu'on a fait depuis. Au reste, Colbert avait, en 1667, fondé l'Académie de peinture de Rome, et, en 1671, l'Académie d'architecture de Paris.

La sculpture, plus heureuse que l'architecture, avait conservé on certain caractère quand le Bernin, sollicité par une ambassade de venir bâtir la colonnade du Louvre, mit pied à terre à Toulon. La première chose qu'il aperçut fut la porte de l'hûlel de ville soutenue par deux cariatides du Puget. Il s'arrêta devant elles, et, après les avoir regardées plus d'un quart d'heure, sans en détourner les yeux : — On n'a pas besoin, dit-il, d'envoyer chercher des artistes a Rome, quand on a en France l'homme qui a fait cela.

Et le Bernin avait raison; ce qu'il y avait d'extraordinaire seulement, c'est qu'il reconnût cette supériorité du Puget, ce génie à la taille de tout ce que la statuaire moderne a produit de beau. Au reste, ce fut une grande école de sculpture que ce Versailles, où le marbre et le bronze poussaient sous le ciseau de Girardon, de Coysevox et de Coslou, plus vite que les arbres sous le souffle de Dieu.

De sou côté. l'Europe semblait répondre à l'appel de la France. A Shakspeare, ce roi du drame et de la poésie, plus grand à lui seul que tous les poètes et tons les dramaturges, avaient succédé Dryden, Hilton et Pope, c est-a-dire l'élégie, l'épopée et la philosophie. En outre, Marsham avait étudié l'Egypte, Hyde la Perse, Sale la Turquie; eufin, Halley, simple astronome, élevé au commandement d'un vaisseau du roi, s'apprêtait à ;>!1cr fixer la position des étoiles du pôle antarctique et déterminer les variations de la boussole dans tonu s les parties du monde connu.

Enfin. Newton trouve, a vingt-quatre ans, le calcul de l'infini

En jetant les yeux vers le nord, on voit qu'il n'est point resté eu arrière. Hévétius envoie de Dantzick un rapport dm. s lequel on trouve la première connaissance exacte de la lune; Leibnitz, savant, jurisconsulte, philosophe, théologien et poète, dispute a Newton sa gigantesque découverte, comme Amèric dispute le nouveau monde à Colomb. Il n'y a pas jusqu'au Holstein qui n'offre son Mercator, précurseur de Newton en géométrie.

L'Italie lutte contre son passé : son malheur, a elle, est d'avoir eu Dante, Pétrarque, I Arioste, Raphaël, Michel-Ange, le Tasse et Galilée. Aussi est-ce bien humblement qu'elle prononce les noms de Chiabrera, de Lappi, de Fclicala, de Cassini, de Maffei et de Bianchini. Son midi est éteint par son orient.

L'Espagne, qui n'a plus de savants depuis les Arabes, oui n'a plus de poètes depuis Lope de Vega et Calderon, plus de peintres depuis Velasquez et Murillo, plus de rois depuis Charles-Quint et Philippe II, va se transformer, et Louis XIV, qui sait déjà, par sa nièce Marie- Louise, que Charles II est impuissant, convoite pour un de ses fils l'héritage de Ferdinand et d'Isabelle, qui va rester vacant faute d héritier. L'Espagne n'a plus que Cervantes et vit sur Don Quichotte.

Ce n'est pas simplement par les arts et par la science que la France est supérieure à tout ce qui l'entoure, c'est encore par l'industrie. Chaque année du ministère de Col bert est marquée, non-seulement par quelque chef-d'œuvre de Corneille, de Molière ou de Racine, par la fondation de quelque académie, par I ouverture de quelque théâtre, mais aussi par l'établissement de quelque manufacture. Sous Henri IV et sous Louis XIII, on n'avait de draps lins que ceux qui se fabriquaient en Hollande et en Angleterre : en 1669, on compte jusqu'à 44,200 métiers dans le royaume, et, en 1680. Louis a si bien encouragé les manufacturiers auxquels il avance par chaque métier battant 2,000 livres, que les plus beaux draps sont ceux d'Abbeville.

Les soies suivent la même progression : des mûriers sont plantés dans tout le midi de la France; le* fabricants peuvent, au bout de huit ou dix ans de culture, se passer des soies étrangères, et celte seule branche d'industrie opère dans le commerce un mouvement de fonds de cinquante millions de ce temps-là, qui en font près de quatre-vingts de notre époque.

Les seuls tapis dont on se servait pour les palais revaux et pour les grands hôtels étaient, jusque-là, les tapis de l'erse et de Turquie. A partir de 4670. le lapis de ta Savonnerie luttent avec eux et les détrônent : quiconque a lu les chroniques du qualorzl : ,< . «lu quinzième et du seizième siècle, a vu les ducs de Bourgogne faire don de leurs magnifiques tapis de Flandre à tous les princes et à tous les souverains de l'Europe et de l'Asie. Aujourd hui, c'est le roi Louis XIV qui possède les plus belles tapisseries du monde et qui fait sortir du vaste enclos des Gobelins, où travaillent plus de huit cents ouvriers, ces vastes tableaux imités de Raphaël on dessinés par Lebrun.

11 faut que nos dentelles ne restent point en arrière de celles d'Italie et de Malines. On fait venir trente ouvrières de Venise, deux cents de Flandre, et on leur donne seize cents filles à diriger.

Dès 16(16, on faisait en France des glaces aussi belles qu à Venise; mais, pour Louis XIV, ce n'est rien que d'atteindre, il faut surpasser. Dix ans après, nos glaces étaieut les plus grandes, les plus belles et les plus pures de l'Europe.

Tous les ans le roi achetait pour un million d'objets d'art ou d'industrie, dont il composait des loteries : ces loteries étaient un moyen ingénieux de faire des préseuls aux dames de la cour. Nous disons les dar^s, car di-puis U'1" les demoiselles d honneur avaient été supprimées Louis XIV savait par lui mtuie

combien ces demoiselles d'honneur méritaient peu leur nom. Une aventure, rendue célèbre parle fameux sonnet de Yavorton iZ). fit qu'on substitua aux douae filles d'honneur douze dames du palais. On y gagnait non pas une amélioration de mœurs, mais au moins l'absence du scandale, et, en outre, la présence a Paris ou à Versailles des parents et des maris; ce qui augmentait la splendeur de la cour.

Quand Louis XIV rentra dans Paris après sa fuite à Sainl-G-ermain et son expédition de Bordeaux, il y retrouva le Paris d'Henri IV et de Louis XIII, c'est-à-dire la ville mal pavée, mal éclairée, mal régie le jour, mal gouvernée la nuit. La satire de Boiieau fait foi qu'à l'époque où elle fut écrite, c'est-à-dire vers l'année 1660. il n'y avait aucune sûreté à se promener dans les rues passé six heures du soir l'hiver et neuf heures l'été. Louis XIV pava et nettoya les rues, alluma cinq mille fanaux, rétablit les anciens ports, en fil construire deux nouveaux, créa une garde à pied et à cheval, et institua un magistrat uniquement chargé de la police. Sous lui, les armées se forment ou plutôt se créent : avant Louis XIV, il y avait des rassemble» ments d'hommes, mais pas de soldats. Son établissement des haras, qui date de 1667, donnera des che- ?aux t la cavalerie, qui en a toujours manqué ; l'adoption de la baïonnette constitue la principale force de l'infanterie : soixante ans plus tard, le fusil, arme principale d'abord, ne sera plus qu'une arme secondaire; et le maréchal de Saxe, le philosophe le plus militaire et le militaire le plus philosophe qu'il y ait jamais eu, osera mettre en avant cet étrange axiome, que le fusil n'est que le manche de la baïonnette.

Avant Louis XIV, l'artillerie n'existe pas; c'est encore la cavalerie qui décide du gain des batailles comme au temps de l'ancienne chevalerie. Le roi fonde les écoles de Metz, de Douai et de Strasbourg; il crée un régiment de bombardiers pour mettre à profit une invention nouvelle qui deviendra une des plus meurtrières de l'avenir; il prend ses bouzards, dont il crée le premier régiment, à ses ennemis les Autrichiens et les Hongrois; il constitue un corps d'ingénieurs qui. élèves de Vauban. construiront ou répareront cent cinquante places de guerre; il donne un uniforme aux divers régiments, établit des marques pour les différents grades, institue les brigadiers, nu l les corps de la maison du roi sur le pied qu'ils ont conservé jusqu'à la révolution; fixe à cinq cents hommes les deux compagnies de mousquetaires, auxquels il donne l'habit que nous leur avons vu porter de 1815 à 1850, attache une compagnie de grenadiers à chaque régiment d'infanterie, et institue l'ordre de Saint Louis, pour lequel on n'aura pas besoin de faire ses preuves comme pour ceux de Saint-Esprit et de Saim-Michel.

Aussi son armée, qui en 1672 étonne l'Europe par son chiffre de 180,000 soldats, est-elle, douze années • plus tard, portée au nombre de 450,000 hommes, y compris les troupes de la marine. Ces armées sont successivement commandées par Condé, Tureone et Luxembourg, qui, même après nos guerres de l'Empire, ont conservé la réputation de grands généraux.

Nous avons dit ailleurs a (îuellcs forces étaient arrivées ses flottes commandées par Duquesne, Jean Dart et Tourville, flottes uni lui donnèrent la supériorité maritime sur toutes les autres nations (lesquelles saluent les premières le pavillon français), et l'égalité avec l'Angleterre.

Maintenant que nous avons passe en revue les poètes, les savants, les artistes qui font la gloire de Louis XIV, et jeté les yeux sur les armées, tes généraux et les amiraux qui font sa puissance, portons nos regards sur ce que le ciel lui avait donné pour taire le bonheur, c'est-à-dire sur sa famille.

Louis XIV, à l'époque où nous sommes arrivés, c'est-à-dire vers la fin de 1684, a un fils légitime pour lequel il garde cette couronne, déjà trop lourde au front d'un homme, et qui tombera sur la tête d'un eufant ; ce fils, c'est monseigneur Louis, qu'on appelle le grand dauphin.

Le grand dauphin, élevé par M. de Moniausier, l'Alceste du M'aamhropt, instruit par Bossuet son précepteur, avait reçu de ces deux hommes quelques bonnes qualités, et de fa nature une foule de vices dont ces quelques bonnes qualités étaient parvenues à ne faire que des défauts. H n'avait jamais bien aimé ni bien haï personne. Cependant il était méchant ; son plus grand plaisir était de faire du chagrin à ceux qui l'entouraient ; mais aussi, sur une simple observation, les principes de ceux qui l'avaient élevé reprenaient le dessus, et il était tout prêt à faire plaisir à celte même personne qu'il avait affligée. C'était, d'ailleurs, en tout point comme en celui-ci, l'humeur la plus inconcevable qu'il y eût au monde. Quand on le croyait bien disposé, il était fâché ; quand on le supposait de mauvaise humeur, on le trouvait en bonne disposition. Jamais on ne devinait juste ; aussi personne ne l'a jamais bien connu, pas même ses plus proches. La princesse Palatine, qui vécut vingt-cinq ans avec lui, le voyant tous les jours, disait qu'elle n'avait jamais vu son semblable, et croyait qu'il ne devait pas naître son pareil. On ne pouvait pas dire qu'il eût de l'esprit, et cependant on ne pouvait pas dire qu'il fût un sol : son mérite particulier et incontestable, si toutefois c'est un mérite, était de saisir, non-seulement les ridicules des autres, mais encore les siens; il remarquait tout, avec quelque air distrait qu'il regardât passer les choses, et racontait plaisamment ce qu'il avait vu ou remarqué ; sa grande crainte, sa crainte incessante et éternelle, était d'être roi, non point parce qu'il ne pouvait être roi qu'à la mort de son père, niais à cause de la peine qu'il serait obligé de

f (rendre s'il voulait gouverner. En effet, il était d'uue paresse extrême qui lui faisait négliger les choses es plus importantes ; aussi préférait-il ses aises à tous les empires et à tous les royaumes. Toute la jouruée on le trouvait couché, soit sur un canapé, soit sur une cliaisc à bras, fouettant silencieusement vite sa canne, tantôt un soulier, tantôt l'autre. Jamais de sa vie on ne lui entendit donner son opiuion sur ne,n, ni en art. ni en littérature, ni en politique. Cependant, lorsque par hasard il parlait, el qu'il était bien disposé, il s'exprimait en termes nobles et élégants ; puis, une autre fois c'était tout autre chose : on eût dit la niaiserie même. Un jour on s'imaginait que c'était le meilleur priuce de la terre; le lendemain il discourait comme s'il eût été Néron ou lléliogabale. Son principe était de ne point faire plus de cas d'un homme que d'un autre. On eût dit qu'il ne faisait point partie du genre humain, taut ( humanité lui était indifférente. Il avait horreur des favoris, el on ne lui en conclut pas un seul, ce qui n'empêchait pas qu'il n'ambitionnât la faveur comme le plus avide des courtisans. Son élude particulière était de ne pas laisser deviner sa pensée; el lorsque par hasard on la devinait, il enrageait de grand cœur. Trop de respevt le gênait, trop d'abandon ... blessait. Il riait fréquemment et joyeusement. Enfant sotruis.et surtout craintif.

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il obéissait au roi, non pas en dauphin, mais en Gis de simple particulier. Jamais il n'a bai ou aimé un ministre. La seule personne qu'il n'aimait pas, mais à laquelle il était soumis comme s'il l'eût aimée, c'était madame de Maintenon.

A celte époque, monseigneur le grand dauphin avait déjà de sa femme, Marie-Anne de Bavière, deux fils : Louis, duc de Rourgogne, qui eut Fénelon pour professeur, et qui épousa Marie-Adélaïde de Savoie, celte charmante duchesse qui fut les premières amours du duc de Richelieu ; et Philippe, duc d'Anjou,

3 ni devint roi d'Espagne. Mais nous n'avons encore rien à dire ni de l'un ni de l'autre : le premier avait eux ans et demi, et le second dix-huit mois. > L'espoir de la monarchie n'en reposait pas moins sur trois têtes, et, d'ailleurs, Monseigneur pouvait encore avoir et eut effectivement d'autres enfants.

Outre son fils légitime et ses deux petits-fils, Louis XIV avait encore a cette époque cinq enfants natu rvls, tous légitimés par lui : Mademoiselle de Rlois, fille de mademoiselle de la Vallière, qui épousa M. le

[ «rince de Coati ; M. le duc du Maine, qui épousa Louise de Condé ; Mademoiselle de Nantes, qui épousa e duc de Bourbon; Mademoiselle de Blois, qui épousa le duc d'Orléans, régent; et M. le comte de Toulouse, qui épousa mademoiselle de Nouilles

Oisons un mot de deux entants naturels aussi, que venait de perdre Louis XIV : l'un, fils de mademoiselle de la Vallière, l'autre, fils de madame de Montespan Tous deux étaient morts il y avait un an. *Le premier était le comte de Vermandois. amiral de France ; le second, le comte du Vexin, abbé de Saint-Denis.

Le comte de Vermandois était mort à C.ourtray le 15 juillet 1685. Sa mort avait été inattendue, et elle donna lieu a plusieurs suppositions qui trouveront leur place plus lard. Le comte de Vermandois avait seize ans lorsqu'il mourut, comme nous venions de le dire, après sa première campagne. Il était gentil de sa personne, bien fait, mais louchant un peu. Ses débauches étranges avaient fort courroucé le roi contre lui. On accusa M. le dauphin de l'avoir perdu ; mais c'était une calomnie dont M. le dauphin, qui d'ailleurs avait ce vice en horreur, se défendit avec une énergie qui ne permet pas de douter qu'il fût étranger à lotit ce scandale. Ceux qui débauchèrent le jeune prince furent le chevalier de Lorraine et son frère, le comte de Marsan. Quoi qu'il en soit. Louis XIV refusa longtemps de le voir, et. lorsque la seconde Madame, qui aimait beaucoup ce jeune prince, profita de l'accouchement de madame la dauphine pour intercéder en sa faveur, le roi lui répondit : - Non, non, ma sœur. M. le comte de Vermandois n'est pas encore assez puni de ses crimes.

Eu effet, ce ne fut qu'un an après que le roi lui pardonna, mais comme pardonnait Louis XIV, sans oublier. Aussi la mort du comte de Vermandois ne causa-t-ellc pas au roi toute la peine qu elle lui eût causée dans une autre circonstance. Quant à madame de la Vallière, on connaît sa réponse en apprenant celle nouvelle : — Hélas! dit elle, j'apprends sa mort avant d'être consolée de sa naissance.

Le comte du Vexin avait onze ans lorsqu'il mourut d'une trop grande application au travail, à ce qu'on assure. Madame de Maintenon ne l'aimait pas, et l'enfant le lui rendait bien. 11 était couché sur son lit d'agonie, entre sa mère et sa tante, madame de Thiange, qui toutes deux l'adoraient, quand madame de Maintenon, sa gouvernante, entra et voulut se venir asseoir aussi prés de son lit. Mais alors l'enfant, qui, toute sa vie, avait dissimulé sa haine, n'eut pas la force de l'emporter au cercueil et éclata. Rappelant ses forces et se retournant de son côté Madame, dit-il, tout le temps que vous avez été commise pour surveiller ma conduite, j'ai taché, autant qu'il a été en moi. de vous obéir pour montrer ma déférence i mes parents, qui vous avaient placée auprès de nous ; madame de Thiange, que j'aime pourtant de tout mon cœur, s'est bien trompée, et, sans le vouloir, a bien trompe sa s'»ur en l'assurant que rouspétiez

franche et bonne, tandis que vous ifétes ni l'un ni l'autre. Ne croyez pas que ce soit l'amour que vous portez a M. du Maine qui m'ait inspiré de la jalousie et qui m'empêche de vous aimer; non, c'est parce que vous m'avez toujours conseillé la dissimulation, que vous me repreniez avec humeur quand ie disais ri que je pensais, et que vous ne vous êtes pas cachée devant nous de ne pas aimer madame de Montespvt,

Mi inra* lit Si»ignô.

tandis qu'elle vous comblait de bontés. Cela est vilain d'être ingrat; et, je le dis devant ma bonne amie (c'était ainsi que le jeune comte appelait sa mère) et devant madame de finance, vous êtes une ingrate !

On comprend l'effet que fil une pareille sortie. Madame de Maintenon, quoique peu facile 1 décontenancer, ne savait quel visage faire, quand, heureusement pour elle, les médecins entrèrent cl défendirent au jeune prince de parler. En même temps ils engagèrent madame de Montespan à aller prendre un peu de repos, ce à quoi elle ne consentit qu'à la condition qui 1 madame de Maintenon ne resterai pas près de son

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lils. Les trois femmes sortirent donc. Deux heures après madame de Thiange rentrait chez son neveu, et il expirait dans ses liras.

La mort du jeune prince rapprocha un instant le roi de madame de Montespan ; mais c'était un rapprochement de pitié seulement, et auquel l'amour n'avait aucune part; aussi ne fut-il que momentané.

Les autres enfants naturels du roi étaient, nous l'avons dit. mademoiselle de Blois, le duc du Maine, mademoiselle de Nantes, la seconde mademoiselle de Blois et M. le comte de Toulouse.

Il y a peu de chose à dire de la première mademoiselle de Blois. fille de la duchesse de la Vallière, si ce n'est que ce. fut celle de ses filles du côté gauche que le roi aima le plus : elle était d une politesse qui l'avait fait chérir de tout le monde, ce qui est assez rare partout, et surtout à la cour, bille avait épousé François- Louis, prince de Conti, dont il fut un instant question, pour en faire, après la mort de Jean Sohicski. un roi de Pologne. C'était un prince fort débauché, et, comme il était très-délicat et que ses forces ne répondaient point à ses désirs, il prit un jour des mouches canlliarides et mourut à peu près tué par cet aphrodisiaque.

M. du Maine était le favori du roi et surtout de madame de Maintenon. Une chute qu'il avait faite des bras de sa nourrice, étant tout enfant, l'avait rendu boiteux, et cet accident avait encore aigri son caractère. Quoique âgé de treize ou quatorze ans à peine, il promettait déjà d'être tout ce qu'il a été depuis ; personne n'avait plus d'esprit ni d'art caché que M. du Maine, il possédait toutes les grâces qui peuvent charmer. Avec l'air le plus simple, le plus naïf et le plus naturel, personne ne connaissait mieux les gens

3u'il avait intérêt a connaître; personne n'avait plus de tour de manège et d'adresse pour s'insinuer auprès 'eux ; personne, enfin, sous un extérieur dévot, solitaire, philosophe, sauvage, ne cachait dos vues plus ambitieuses ni plus vastes, vues que sou extrême timidité servait encore -à couvrir. Nul, s'il faut en croire Saint Simon, ne ressemblait plus au démon en malignité, en noirceur, en perversité d'âme, en marches profondes, en orgueil superbe, en faussetés exquises, en artifices sans nombre, en simulations sans mesure; et encore en agréments, en l'art d'amuser, de divertir et de charmer quand il voulait plaire. En outre, c'était un poltron accompli <lc cœur et d'esprit, et, à force de l'être, le poltron le plus dangereux et le plus propre, pourvu que ce fui par-dessous (erre, à se porter aux plus terribles extrémités pour parer à ccqu il jugeait avoir a craindre. C'était la un caractère comme il convenait à madame de Maintenon ; aussi, l avons-nous dit M. du Maine niait son élève de prédilection, et M. du Maine, de son côté, préférait de beaucoup madai: > de Maimcuim à sa mère.

On disait tout bus < la cour, et le duc d'Orléans, régent, le disait tout haut, que M; du Maine n'était pas fils de Louis XIV. m:ds de M. de Tenue, qui était de la même maison gue M. de Montespan.

Mademoiselle de Nantes venait, dans l'ordre chronologique, après M. du Maine. A elle aussi l'on déniait la naissance royale : un gentilhomme allemand, nommé Betlendorf, prétendait qu'elle était fille du maréchal de Noailles. « 11 avait vu, ûUail-il, étant de garde, le maréchal entrer nuitamment chez madame de Montespan ; il avait marqué l'heure, et, neuf mois après, jour pour jour, mademoiselle de Nantes était née. • Madame la duchesse n'était pas précisément jolie, mais pleine de grâces et de gentillesse : c'était une chatte pour sa finesse, sa càlinerie et ses griffes cachées sous le velours; elle avait la figure et les manières si bien harmonisées ensemble, que figure et manières paraissaient charmantes. Personne n'avait son port de léte, personne ne dansait mieux ni avec plus de grâce, quoiqu elle ftkl uu peu boiteuse; tout amusement semblait le sien. Aisée avec tout le monde, elle avait l'art de mettre chacun à son aise. Il n'y avait rien en elle, soit dans la voix, soit dans le sourire, soit dans le geste, qui n'allât naturellement à plaire. N'aimant personne, connue pour telle, mais séduisante à tous, ceux qui avaient le plus de raisons de la haïr étaieul forcés de se rappeler qu'ils la baissaient pour ne pas l'adorer. Enjouée, gaie, plaisante, disant les choses avec un tour qui n'appartenait qu'à elle; invulnérable aux surprises, libre d'esprit dans ses moments les plus inquiets et les plus contraints: aimant les chos.es frivoles, les plaisirs singuliers; méprisante, moqueuse, piquante ; incapable d'amitié, fort capable de haine si elle croyait avoir des raisons de haïr, cl alors méchante, fière, implacable, Féconde en arlilices sanglants et en chansons cruelles (AA| dont elle accablait les personnes qui passaient leur vie avec elle, et qu'elle semblait le plus aimer. C'était la sirène antique avec tous les charmes et tous les dangers de l'enchanteresse de l'Odyssée.

En ce moment, le roi, qu'elle amusait fort, était un peu eu brouille avec elle. Comme son frère, le comte du Yexin, elle détestait madatoe de Maintenon et saisissait toutes les occasions de dire de son ancienne gouvernante ce qu'elle en peu^t. Un jour elle se promenait dans le parc de Versailles ; surprise par la pluie, elle court à la première porte venue; celte porte, qui s'ouvrait sur la terrasse do nord, était gardée par un Suisse, qui avait reçu du roi lui-même la consigne de ne laisser passer persoune par la porte qu'il {.•ardait. Le Suisse, fidèle à la consigne, refuse le passage; madame la duchesse insiste, mais l'honnête Hclvelicn lui répond que c'est le roi lui-même qui a donné l'ordre. En ce moment, madame de Maintenon, pressée, comme madame la duchesse, par la pluie, accourt à la même porte. — Ah ! bon ! dit madame la duchesse à la sentinelle, voici la p du roi (I); comme l'ordre ne la concerne probablement pas, j'entrerai avec elle.

Sur ces entrefaites, madame de Maintenon arrive, même refus.— Sentinelle, dit madame de Maintenon, prenez garde à ce que vous faites. — Oh ! je sais pien ce que je fais, dit la sentinelle, j'opéis à ma gonzigne. — Mais, savez vous qui j-* suis? — foui, matame, ou me l'a tit, fous êtes la butain du roi; mais c cire égal, fous n'end rirez bas!

Madame la duchesse fit un grand éclat de rire, salua respectueusement madame de Maintenon, et rentra par une autre porte.

Quant ;i b seconde mademoiselle de Blois et au comte de Toulouse, ils étaient encore trop jeunes à cette époque pour que nous essayions de tracer leur caractère , l'occasion s'en présentera dans la suite de cette In^oire, cl nous ne la laiderons pas ( happer.

(Ij ',Vt- l'on ii" $'ét?nnc r i» ')« cette manière |>n>i, vile 'tait fuit roniuum», wutont i U o>ur.

Ce furent toutes les morts que' nous avons rapportées, c'est-à-dire celle du comte du Vexin, relie d j comte de Vcrmaiidois, colle de la reine, et, enfin, celle de Colbert, arrivée vers la fin de la même année, qui sans doute répandirent dans le ccenr du roi celte grande tristesse, qui le firent pencher à la religion et le déterminèrent à établir celte étiquette qui transportait dans sa vie royale quelque chose de la rigueur du cloître.

Empruntons les détails d'une journée du grand roi au Cérémonial des Rois, à l'État de France, et à Saint-Simon. Dès huit heures du ma'.in, tandis qu'un officier de fourrière remettait du bois au feu daus la chambre du roi qui dormait encore, les garçons de chambre ouvraient doucement les fenêtres, enlevaient fen-cas (1), ainsi que le mortier (2) et le lit de veille (3). Alors le premier valet de chambre en quartier, qui avait couché dans la chambre du roi, et qui s'était habillé daus l'antichambre, rentrait el attendait que la pendule eût sonné la demie ; puis, et avant que la vibration du timbre ne se fût éteinte, il éveillait le roi. Aussitôt, le premier chirurgien, le premier médecin et la nourrice du roi, tant qu'elle a vécu, entraient en même temps : la nourrice allait l'embrasser, les deux autres le frottaient, et, s'il avait transpiré, l'aidaient à changer de chemise. A neuf heures un quart on appelait le grand chambellan, el, en son absence, le premier gentilhomme de la chambre, et avec eux les g>andes entrées. L'un des deux ouvrait le rideau du lit, qui s'était refermé, et présentait l'eau bénite du bénitier placé au chevet du lit. Ces messieurs restaient là un moment, el ils saisissaient ce moment pour parler au roi ou pour lui faire leurs « demandes. Quand aucun d'eux n'avait rien à dire ou à demander, celui qui avait ouvert le rideau et offert l'eau bénite présentait le livre de l'office du Saint-Esprit, puis tous deux passaient dans le cabinet du conseil. Cet office, fort court, achevé, le roi appelait et ils rentraient ; le même lui donnait sa robe de chambre, et cependant les secondes entrées ou brevets d'affaires étaient introduits Peu de moments après ceux-ci, ce que l'on appelait la Chambre; après la Chambre, tout ce qu'il y avait là de distingué; puis tout le monde, qui trouvait le roi se chaussant avec grâce et adresse, dit Saint-Simon, des mules qu'après lui avoir passé ses bas, lui présentait lo premier valet de chambre. De deux jours l'un on lui voyait faire sa barbe. II n'avait point de toilette à sa portée ; on lui présentait seulement un miroir. Il élait coiffé d'une petite perruque courte toujours pareille, et qu'on lui voyait sur la tête, même au lit, quaud il recevait au lit, les jours de médecine.

Dès que le roi était habillé, il allait prier Dieu à la ruelle de son lit ; autour de lui, ce qu'il y avait de clergé se mettait à genoux, les cardinaux sans carreaux; tous les laïques demeuraient debout, elle capitaine des gardes venait au balustre pendant la prière, d'où le roi passait dans son cabinet.

Il y trouvait ou y élait suivi de loutre que l'on appelait renlréc du cabinet, et cette entrée élait fort étendue, car les charges l'avaient toutes; il y donnait l'ordre à chacun pour la journée. Ainsi l'on savait dès le matin tout ce que le roi devait faire, et jamais, à moins d'événements graves, cet ordre n'était interverti ou changé. Alors tout le monde se retirait, et il ne restait avec le roi que les bâtards, avec eux MM. de Montchcvreuil et d'O, comme ayant été leurs gouverneurs, Mansard et d'Antin, le fils de madame de Montespan.. Toutes ces personnes entraient, non par la chambre, mais par les derrières. C'était le bon temps des uns el des autres. On raisonnait plan, bâtisses, jardins, et cette conversation durait plus on moins, selon que le roi avait affaire.

Pendant ce temps toute la cour attendait dans la galerie. Le capitaine des gardes était seul dans l.t chambre assis a la porte du cabinet : on l'avertissait quand le roi voulait aller à la messe, et alors il entrait ù son tour. A Marly, la cour attendait dans le salon ; à Tri a non el à Meudon. dans les pièces de devant ; à Fontainebleau, clans la chambre et dans l'antichambre.

Cet entretemps (comme on le voit, chaque minute avait son nom), cet entretenus était celui des audiences, quand le roi en accordait ou qu'il voulait parler à quelqu'un ; c'était l'heure aussi où les ministres étrangers étaient reçus en présence de Torcy. On appelait ces dernières audiences les audiences, secrètes, pour les distinguer de celles qui se donnaient sans cérémonie à la ruelle du lit, au sortir de la prière, et qu'on appelait audiences particulières, ou des audiences de cérémonie, qui se donnaient en grand apparat aux ambassadeurs.

Le roi allait à la messe, où sa musique particulière chantait un motet. Pendant le trajet, lui parlait qui voulait; il suffisait de dire un mot au capitaine de> gardes, préambule dont étaient même dispensés les gens de distinction. Le roi allait el revenait par la porte des cabinets dans la galerie. Cependant les ministres avaient été avertis et s'assemblaient dans la chambre du roi. Le roi s'arrêtait peu au retour de la messe, et demandait presque aussitôt le conseil. La matinée était finie, car le conseil durait d'ordinaire jusqu à midi et demi ou une heure.

A une heure avait lieu le dîner. Le dîner était toujours au petit couvert, c'es'.-à-dire que le roi mangeait seul dans sa chambre (BB), sur une table canee. viN-à-vis la fenêtre du milieu ; ce repas était plus ou moins abondant, carie roi ordonnait le matin son petit «ouvert ou son très-petit couvert; mais, même daus ce dernier cas, il était encore fort copieux et de ti"is services, sans le fruit, car Louis XIV mangeait beaucoup. La table dressée, les principaux courtisans entraient, puis tout ce qui était connu. Alors le premier gentilhomme allait avertir Sa Majesté qu'elle était servie; le roi se mettait à table, et le premier gentilhomme le servait, si le grand chambellan n'y élait pas.

Quelquefois, mais fort rarement, Monseigneur, et plus tard Monseigneur et ses fils, assistaient au petit couvert, debout, et sans que jamais le roi leur proposât un siège. 11 en était de même, on le pense bien,

[i) L'en-cas était une collation préparée en cat que te roi <;ûl faim. Elle si; composait d'ordinaire d'un bol de bouillon, d'an poulet rùti Iroid, de pain, de vin cl d'eau, avec une Lisse de vermeil.

{2\ Le mortier était un petit vaissciu d'argent de la forme < l'un mortier i piler; on le rempli*»»il d'enu, > t sur telle mu »urnaveail un morceau daci'e jaune. C'était, à proprement di:e, une veilleuse plut riebe el d'une plus gramlc dimension que lea veilleuse» ordinaires

Ç>) Le lit de veiTk- Suit le lit qu'on préparait l«us k? »<•••* ju.n !« premier valet de chambre,

SiO LOUIS XIV ET k| »N SIÈCLE. "

des princes du sang et des cardinaux. Souvent Monsieur y venait, donnait la semelle, pi, comme les autres, tout frère du roi qu'il était, demeurait debout. Alors, et quelques minutes après qu il avait rempli l'oflice du grand chambellan, le roi lui demandait s'il m* voulait pas s'asseoir ; Monsieur alors faisait la révérence, et le roi ordonnait qu'on lui apportât un siège, lie siège était un tabouret, qu'on plaçait derrière le roi. Cependant Monsieur continuait de se tenir debout ji vqu'à ce que le roi lui dit : Asseyez-vous donc, mon frère. Monsieur s'asseyait alors, et demeurait assis jusqu'à la fin du dîner, où il présentait une seconde fois la serviette. Aucune dame ne venait au petit couvert, excepté madame la maréchale de Lamothe. qui avait conservé ce privilège de sa charge de gouvernante des enfants de France ; encore venaitelle très-rarement : dès qu'elle paraissait on lui appcoinii un siège, car elle elait duchesse à brevet. Les grands couverts à dîner étaient extrêmement raies. L i ■:. il ordinairement à Fontainebleau et les jours de grande fête. Le premier médecin assistait loujoun au ui. er.

En sortant de table,' le roi entrait aussitôt dans son cabinet. C elait encore, pour les gens distingues, un moment de lui parler. A cet effet, il s'arrêtait quelques minutes à la porte, puis il entrait. Il était fort rare qu'on le suivit alors, excepté le premier médecin ; mais, en tout cas, on ne le suivait jamais sans demander, et c'est, dit Saint-Simon, ce qu'on n'osait guère. Alors le roi se plaçait, avec celui qui l'avait suivi, dans l'embrasure de la fenêtre la plus proche du cabinet, dont la porte se fermait aussitôt, ("était eneo.e un moment donne aux enfants naturels et aux vab ts de l'intérieur; c'était aussi le moment adopte par Monseigneur quand il n'avait pas vu le roi le matin. Monseigneur entrait et sortait par la porte de la galerie.

Alors le roi donnait à manger à ses chiens couchants, et s'amusait plus ou moins longtemps avec eux ; puis il demandait sa garde-robe, et changeait devant le petit nombre de courtisans qu'il plaisait au premier gentilhomme de la chambre de laisser enti er , puis, aussitôt qu'il avait change, le roi sortait par derrière cl par le petit degré, dans la Cour de Mai lu e, pour monter eu carrosse. Depuis le bas de ce degré jusqu à son carrosse, lui parlait qui voulait, et c était de même en revenant.

Le roi non-seulement aimait extrêmement le grand air. mais le grand air était même un besoin pour lui; quand il en était privé, il éprouvait des maux île tète. Il attribuait cette susceptibilité au grand usage de parfums que faisait sa mère, Anne d'An t ri< lit : aussi ne pouvait-il souffrir aucune odeur, excepte celle de la fleur d'orange. Les courtisans ouïes personnes qui l'approchaient se gaulaient donc d'avoir aucun parfum sur eux. Ce grand besoin d'air avait rendu le roi peu sensible au froid, au chaud et même à la pluie : aussi les temps extrêmes l'empéehaient-ils seuls de sortir tous les jours. Ces sorties n'avaient que troU objets : courre le cerf, tirer dans ses p ires ou visiter tes ouvriers. Parfois aussi il ordonnait des promenades avec les 'lames, et des collations dans la l'nrél de Maiiy ou de Fontainebleau. Aucun ne le suivait dans les promenades qui n'étaient point ordonnées, excepté ceux qui étaient de service ou que les charges principales attachaient à sa personne. Dans ce cas-là, dans les jardins de Versailles et dans ceux de Trianon, le roi seul était couvert. A Mark, c'était autre chose, t. ni le monde pouvait suivre le roi dans sa promenade, le joindre ou le quitter. Ce château, où Louis XIV m- retirait pour échapper à l'étiquette, avait encore un autre privilège. A peine hors des appartements, le ivu disait : Le chapeau, messieurs ; et, aussitôt, courtisans, officiers des gardes, architectes, gens de bâtiment, se couvraient divant. à côté, derrière, avec une promptitude qui était devenue une politesse, car on obéissait à un ordre du roi. La chasse au cerf avait aussi ses privilèges : une fois invite, y allait qui voulait. Au nombre des invités étaient ceux qui avaient obtenu le fameux justaucorps à brevet dont nous avons parlé, et qui était, m us croyons l'avoir déjà dit, un uniforme bleu, avi e des galons, un d'argent entre deux d'or, double de rouge. Il en ètail de même du jeu : une première invitation donnait le droit d'y assister toujours. Le roi le voulait gros et idltinuel. Le lansquenet était le jeu principal du principal salon ; dans les autres salons il y avait encore d> s Sables et d'autres jeux. Au retour dp sa promenade, depuis son carrosse jusqu'au bas du petit degic. s'approchait de lui qui voulait, line fois rentré, i! se rhabillait, et, ce changement opéré, restait dans sun i ..- Linel. C'était encore l'heure attendue des bâtards et des valets de bâtiments : il y restait une heure, pi . s il passait chez madame de Maintcuon, en traversant les appartements de madame de Monlespan. et. sur le chemin, lui parlait encore qui voulait.

A dix heures précises le roi était servi; le maître d'bô'el en quartier, ayant son bâton à la main, all.iii avertir le capitaine des gardes en quartier dans l'antichambre de madame de Maintenon. Il n'v avait que les capitaines des gardes qui entrassent dans celle antichambre, qui était fort petite, alors le capitaine des gardes ouvrait la porte et disait : — Le roi est servi.

En quart d'heure après le roi venait souper, rendant ce quart d'heure les officiers avaient fait ks pu is, c'est-à-dire essayé le pain, le sel, les assieltes, les serviettes, 1a fourchette, la cuiller, le couteau et les cure-dents du roi. Les viandes avaient été apportées suivant le cérémonial arrête par l'ordonnance du 7 janvier 1781, c'est-à-dire qu'elles étaient entrées précédées de deux gardes, d'un huissier de salle, du gentilhomme servant de ^aneiier, du contrôleur général, du contrôleur d'office, de l'ccuycr de cuisit' e. et suivies de deux gardes qui empêchaient d'approcher de la viande du roi. Alors Louis, précédé du maître d'hôtel et de deux'huissiers portant flambeau, venait s'asseoir devant sa nef (I) et son cadenas (2); il regardait autour de lui. et trouvait réunis, presque toujours, les fils et filles de France, et, plus lard .les pe tits-fils et petites filles de France, et, de plus, un grand nombre de courtisans et de dames. Aussitôt il ordonnait aux prim es et aux princesses de prendre leurs places. Aux extrémités de la table, six gentilshommes restaient devant le roi pour le servir et renouveler I essai des viandes. Quand le roi voulait boire, l'èchanson disait toul haut : — A boire pour le roi. Les chefs d échansonuei ie bouche faisaient la révérence, apportaient une c oupe de vermeil et deux carafes, et faisaient l'essai. Après quoi le roi se servait

[|j |.a m : cl t une espèce «t. «Mitera en or ou eu vermeil (tins lequel on eoferouil h linge, ta) U C-uicn is cl il le cotlu: «lui rosilcmil le | <j:lo.-ioui ..Utile, I. cyulc-u, etc.

uii-meme à boire, el les chefs d'echansonncric, après une nouvelle référence, reportaient Ici carafes sur le buffet. Pendant tout le repas il y mil une musique douce qui n'empéchail point de parler, et qui semblait au contraire un accompagnement aux paroles.

Lorsqu'il avait soupe, le roi se levait, el tout le monde avec lui. Deux gardes et un huissier le précédaient ; on traversait le salon, et l'on entrait dans la chambre à coucher. Arrivé là, le roi se trouvait quelques instants debout adossé au balustre du pied du lit; puis, après des révérences aux dames, passait dans son cabinet, où il donnait l'ordre au capitaine des gardes. Alors entraient dans ce cabinet les hls et filles de France, leurs enfants, quand ils en eurent, et les bâtards, leurs femmes et leurs maris. Ils y trouvaient le roi dans un fauteuil, et, d'ordinaire, Monsieur dans un autre, cl Monseigneur debout. ainsi que tous les autres princes. Les princesses étaient assises sur des tabourets. Après la mort de la dauphine, la seconde Midame y fut admise. Quant aux dames d'honneur des princesses et aux dames du palais, elles attendaient dans le cabinet du conseil, qui précédait celui où était le roi.

Vers minuit le roi se retirait, et, en se retirant, allait porter a manger à ses chiens. Au retour il donnait

le bonsoir, puis passait dans la chambra à la ruelle de son lit, où il faisait sa prière comme le matin ; alors commençait le petit coucher, où restaient les grandes et secondes entrées ou brevets d'affaires Ceh était court. Les privilégiés en profilaient, et, si l'on voyait le roi causer avec un des assistants, les autres se reliraient pour laisser à celui-là tout le temps d'exposer sa demande.

D'avance on avait apporté dans la chambre du roi son en-cas de nuit ; son fauteuil était placé près de la cheminée, ainsi que sa robe de chambre el ses pantoufles. Le barbier avail préparé la toilette et les peignes, et le fameux bougeoir à deux bougies, sur lequel se mesurait la faveur royale, élait sur une table près du fauteuil. Le roi alors venait à sou fauteuil, remettait au valet de chambre sa montre el ses reliques, dégageait son cordon, qu'il remettait au gentilhomme de la chambre en service avec sa veste et sa cravate; puis il s'asseyait : le premier valet de chambre, aidé d'un de ses confrères, lui détachait ses deux jarretières, tandis que deux valets de garde-robe retiraient, l'un à droite, l'autre A gauche, les souliers, les bas el les hauls-de-chausses. Deux pages alors présentaient les pantoufles. En ce moment, M. le dauphin s'approchait et présentait au roi sa chemise de nuit chauffée par un valet de garde-robe. Le premier valet de chambre prenait le bougeoir; le roi indiquait celui des seigneurs qui le devait éclairer jusqu'à son lit; puis, ce choix fait, l'huissier criait : — Allons, messieurs, passez. El le reste des assistants sortait de la chambre.

Le roi indiquait alors l'habit qu'il désirait porter le lendemain, w couchait, et faisait signe au médecin qu'il pouvait approcher de son lit pour étudier sa santé. Pendant ce temps le premier valet de chambre allumait ou faisait allumer la bougie du mortier. Le médecin sortait alors, puis Iohs les valets le suivaient. Le valet de chambre eu quartier restait seul, fermait les rideaux du lit, poussait les verrous, éteignait le bougeoir, et se couchait à ion lotir sur le lit de veille dressé pour lui et par lui.

Les jours de médecine, qui revenaient tous les mois, l'étiquette changeait. Le roi prenait la médecine dans son lit, puis entendait la messe, où il n'y avait que les aumôniers el les entrées; Monseigneur et la maison royale lui faisaient visite pendant nu instant ; puis M. le duc du Maine, M. le comte de Toulouse et madame de Mainlenon venaient l'entretenir à leur tour. Madame de Maintenon s'asseyait dans le fauteuil près du lit ; quant à Monseigneur, il sa tenait toujours debout, ainsi que les autres personnes de la maison royale. M. du Maine seul, à cause de son infiimitè (il était fort boiteux, on se le rappelle), se mettait pré* du lit sur un tabouret, mais quand il n'y avail personne que madame de Maintenon et son frère, " es jour;-la le roi dînait dans son lit, et, vers les trois heures, tout le monde entrait. Alors le roi se levait, passait dans son cabinet, où il tenait conseil; puis après, comme a l'ordinaire, il passait chez madame de Maintenon, et soupait à dix heures au grand couvert.

542 LOIÏS XIV Kl SON SIÈCLE.

Au camp, l'étiquette subissait toutes les conséquences des événements, les heures étaient déterminées par les circonstances; le conseil seul était régulier. Le roi ne mangeait qu'avec des gens ayant droit à cet Donneur. Ceux qui croyaient pouvoir y prétendre le faisaient demander au roi par le premier gentilhomme de la chambre en service ; il rendait la réponse, et dés le lendemain on se présentait au roi au moment où il allait dîner. Alors, le roi disait : Monsieur, mettez-vous à table. Celte invitation une fois faite, comme celle des chasses, elle était faite à toujours. Au reste, pour cette distinction, la noblesse seule pouvait être invoquée ; les grades militaires n'y donnaient aucun droit. Vauban mangea pour la première fois à la table du roi au siège de Namur, et cependant les colonels de qualité y étaient admis sans la moindre difficulté. Un seul abbé eut l'honneur de dîner avec le roi : ce fut l'abbé de Grancey, qui s'exposait sur les champs de bataille pour confesser les blessés et encourager les troupes. Le cierge fut toujours exclu de cet honneur, excepté les cardinaux et les pairs. Ainsi, M. deCoislin, étant évéque d'Orléans et premier aumônier, et suivant, en celte dernière qualité, le roi dans toutes ses campagnes, voyait manger à la table royale le duc et le chevalier de Coislin, ses frères, saris avoir jamais reçu la même fa'veur qu'eux : il fut nommé cardinal, et le roi l'invita.

A ces repas du camp, par une étiquette particulière, tout le monde était couvert, et c'eût été un manque de respect duquel on vous eût averti sur-le-champ que de ne pas avoir son chapeau sur sa tétc; Monseigneur lui-même l avait, et par contraste le roi demeurait tête nue. Quand le roi adressait la parole à un de ses convives, celui auquel il adressait la parole se découvrait; il en était de même pour ceux à qui Monseigneur et Monsieur faisaient cet honneur.

Le roi avait toujours été religieux, même avant de devenir dévot : une seule fois, le roi manqua la messe, et c'était à l'armée, un jour de grande marche. Il manqftMil rarement un des sermons de l'Avent et du Carène, faisait toutes les dévotions de la semaine sainte et des grandes fêtes; suivait les deux processions du saint sacrement, celles des jours de l'ordre da^S*int-Esj>rit et celle de l'Assomption; a l'église, il se tenait très-respectueusement, et au sanctus, cfateati se devait mettre a genoux, car, si quelqu'un y eût failli, le roi n'eût pas manqué de s'en apercevoir et'de Hii en faire reproche; s'il entendait le moindre bruit, s'il surprenait le moindre entretien, il le trouvait fort mauvais. Cinq fois l'année, il communiait, cl toujours en collier de l'ordre, rabat et manteau, le samedi saint a la paroisse, et les autres iours à la chapelle : ces autres jours étaient la veille de-fa l'enfedHe, le jour de l'Assomption, la veille de la Toussaint et la veille de Noël, le jeudi saint, il servait les pauvres à dîner; aux jubilés, il faisait les stations à pied ; el tous les jours de Carême, où il mangeait maigre, il faisait seulement collation.

Depuis qu'il avait passé trente-cinq ans, il était toujours vêtu de couleur plus ou moins brune, avec une légère broderie, jamais sur les tailles; quelquefois rien qu'un bouton d'or, quelquefois aussi en velours noir; toujours il avait une veste fort brodée, 'tantôt rouge, tantôt bleue, tantôt verte; jamais il ne portait de bagues, et n'avait de pierreries qu à ses boucles de souliers, de jarretières et de chapeau. Toujours, contre l'habitude des rois ses prédécesseurs, il portait le cordon bleu dessous, excepté aux noces et aux fêles; alors il le portail fort lonj,' et tout chargé de pierreries : il y en avait pour huit ou dix millions. Celte étiquette une fois adoptée fut constamment suivie, el, exceplépour les jeûnes el les maigres, qui lui furent remis lorsqu'il eut atteint soixante-cinq ans, demeura en usa;;e jusqu'au jour où il se mil au lit de la maladie dont il mourut.

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