‹ Louis XIV et son siècleChapitre 56 sur 69 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Succès de Vendôme en Espagne. — Chute de Mariborough. — La jatte d'eau. — Mort de l'empereur Joseph I". — «••virement de U politique contraire è Louis XIV. — Désastres dans la famille royale. — Maladie de monseigneur le grand dauphin. — Sa mort. — Son portrait. — Maladie et lin de madame de Bourgogne. — Portrait do celte princesse.

— Maladie du duc de Bourgogne. — Sa mort. — Son portrait. — Son caractère. — Franchise de Gamache. — Maladie et mort du duc de Bretagne, le troisième diuphin. — Maladie et mort du duc de Berri. — Fin du duc de Vendôme.

— Victoire de Denain. — Pait d'Utrecbt.

I y a un point, dans les malheurs extrêmes, où la constance lasse enfin la fortune contraire : Louis XIV en était arrivé à ce point-là. C'était Vendôme qui devait donner le signal du retour à la prospérité politique. A peine paralt-il en Espagne, tout brillant encore de la réputation qu'il s'est faite en Italie, et que la Flandre n'a pu lui faire perdre, que les Espagnols reprennent courage et se rallient à lui. Tout manquait en son absence, argent, soldats, enthousiasme; il parait, et on le reçoit avec des cris de joie. Chacun met à sa disposition tout ce qu'il possède, et, comme Bertrand Duguesclin autrefois avait fait sortir une armée de terre en frappant la terre du pied, le duc de Vendôme voit se renouveler le même miracle, se trouve à la téte des vieux soldats échappés à Saragossc, auxquels se réunissent dix mille recrues, poursuit à son tour les vainqueurs, qui sentent enfin que l'heure de la défaite est revenu pour eux, ramène le roi dans son palais de Madrid, chasse l'ennemi devant lui, le repousse vers le Portugal, le suit pas à pas, passe le Tage à la nage comme il ferait d'un simple ruisseau, enlève le général Stanhope avec cinq mille Anglais, atteint Staremberg et remporte sur lui la victoire de Villaviciosa, victoire si glorieuse*, si complète, si décisive, qu'elle releva tout ce qui était abattu, rétablit tout ce qui était désespéré, et raffermit à tout jamais sur la téte de Philippe V la double couronne des Indes et de l'Espagne. Il avait fallu quatre mois pour faire celte campagne, qui n'a son égale que dans les marches fabuleuses de Napoléon.

Tout à coup on apprit en France la disgrâce de la duchesse et du duc de Mariborough. C'était une grande et incroyable nouvelle, car la duchesse de Mariborough gouvernait la reine Anne, et le duc gouvernait l'Etat : par Godolphin, beau-père d'une de ses filles, il tenait Ic6 finances; par le secrétaire Sunderland, son gendre, il tenait le cabinet; toute la maison de la reine était aux ordres de sa femme; toute l'armée, dont il donnait les emplois, était aux siens. A la Haye, il avait plus de crédit que le grand Pensionnaire ; en Allemagne, il balançait le pouvoir de l'empereur, qui avait besoin de lui. Partage fait entre ses quatre enfants, il lui restait encore, sans les grâces et les faveurs de la cour, un million cinq cent mille livres de rente. Eh bien I toute celte fortune était tombée, toute celte haute position était perdue ; tout cet édifice, lentement et laborieusement construit, s'était écroulé, parce que lady Mariborough,* par une méprise affectée et en présence.de la reine, avait laissé tomber une jatte d'eau sur la robe de milady Marsham, dont le crédit commençait a balancer le sien. Celte maladresse calculée amena une querelle en- Ire lady Mariborough et la reine. La duchesse se retira dans ses terres. On ôla d'abord le ministère û Sunderland, puis les finances à Godolphin, puis enfin le généralat à Mariborough. Un nouveau ministère fui reconnu.

Quelques jours après cette nomination, c'est-à-dire vers la fin de janvier 1711, un prêtre inconnu, nommé Vabbé Gauthier, qui autrefois avait été aide de l'aumônier du maréchal de Tallard dans son ambassade auprès du roi Guillaume, et qui depuis ce temps était demeuré à Londres, arriva à Versailles, cl, se rendant chez le marquis de Torcy, qu'après quelques difficultés il parvint enfin à voir, il lui dit : — Voulez-vous faire la paix, monsieur? je viens vous apporter les moyens de la traiter.

Le marquis de Torcy prit d'abord cet homme pour un fou. Mais alors celui-ci raconta au ministre cette révolution inattendue qui s'était accomplie en quelques heures; aussitôt le marquis de Torcy comprit que, non par sympathie pour la France, mais par haine contre Mariborough, le nouveau ministère ne s'opposerait effectivement pas à la paix.

Eo même temps, on apprit une autre nouvelle non moins inattendue et non moins heureuse : l'empereur

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Joseph venait de mourir, laissant la couronne d'Autriche, l'empire d'Allemagne et ses prétentions sur l'Espagne et sur l'Amérique à son flls Charles, qui fut élu empereur quelques mois après.

La ligue contre Louis XIV s'était faite pour qu'il ne possédât pas tout a la fois la France, l'Espagne, l'Amérique, la Lombardie, le royaume de N'aples et la Sicile. On comprit que ce serait une imprudence non moins fatale, que de faire l'empereur d'Allemagne aussi grand qu'on avait craint un instant que le roi de France ne le devint. Mais alors., pour contre-poids â ces deux nouvelles, qui laissaient quelques espérances, Dieu permit qu'une autre série de malheurs s'abattit autour de Louis XIV. Le dauphin, son fils unique, Monseigneur, meurt le 14 avril 1711; madame la duchesse de Bourgogne meurt le 12 février 1712 : le duc de Bourgogne, devenu dauphin, meurt le 18 du même mois et de la même année; enfin, trois semaines après, le duc de Bretagne, l'aîné de leurs fils les suit au tombeau, et il ne reste plus de cette vieille lignée et de cette triple génération, que le duc d'Anjou, faible enfant dont on était si loin de prévoir la fortune à venir, que Dangeau oublie d'inscrire sur son journal le jour de la naissance de celui qui sen cinq ans plus tard le roi Louis XV.

Disons quelques mots de doutes ces morts qui furent si rapprochées, et qui produisirent un effet si terrible, qu'on ne les voulut point croire naturelles.

Commençons par Monseigneur, qui était, à cette époque, âgé de cinquante ans. Le lendemain des fête de Pâques de l'an 171 1, Monseigneur allant à Meudon, rencontra â Chaville un prêtre qui portait le via tique â un malade; il fit aussitôt arrêter sa voiture, descendit, se mit à genoux avec madame la duchesst de Bourgogne, et, le prêtre étant passé, demanda de quelle maladie était atteint le moribond. On lui ré pondit que c'était de la petite vérole.

M. le dauphin n'avait eu la petite vérole que tout enfant, fort légère et volante seulement. C'était sa terreur continuelle; aussi la réponse lui fit-elle impression, et le soir même, en causant avec son premier médecin, Boudin, il lui dit qu'il ne serait nullement étonné d'avoir, avant quelques jours, la petite vérole. Le lendemain, jeudi 1 1 avril, Monseigneur se leva à son heure habituelle; il devait courre le loup dans la matinée; mais, en s'habillant, il se trouva faible et tomba sur une chaise. Son médecin le força aussitôt de se coucher, et, à peine fut-il au lit, que la fièvre se déclara. Une heure après, le roi fut averti, mais il crut â une simple indisposition. 11 n'en fut pas ainsi de M. le duc et de madame la duchesse de Bourgogne, qui étaient chez Monseigneur, et qui, quoiqu'ils soupçonnassent la gravité de la maladie, lui rendirent, sans permettre que personne les assistât dans ces pieuses fonctions, tous les soins dont le malade avait besoin. Tous doux ne quittèrent Monseigneur que pour le souper du roi, qui, seulement par eux, connut la situation véritable de son fils.

Le lendemain matin, ^J, Louis XIV envoya un messager à Meudon, et apprit à son réveil que Monseigneur était en grand péril ; il déclara aussitôt qu'il partait pour visiter son fils et resterait auprès de lui, quelle que fût la maladie, tout le temps que la maladie durerait. En même temps il défendit de le suivre à tous ceux qui n'auraient pas eu la petite vérole, et particulièrement à ses enfants.

La maladie se déclara, et le dauphin parut aller mieux. Alors on le crut sauvé, le roi continua de présider son conseil et de travailler avec ses ministres comme à l'ordinaire, voyant Monseigneur le matin, le soir, quelquefois même dans l'après-dlncr, et toujours dans la ruelle de son lit.

Le mieux se continuait, et les dames de la halle, ces lidèles amies de Monseigneur, revinrent lui faire leurs compliments. Le prince, reconnaissant de cette affection, les voulut voir, les fit entrer dans sa chambre, ce qui exalta si fort leur enthousiasme, qu'elles se jetèrent sur son lit pour lui baiser les pieds â travers la couverture. Puis elles se retirèrent en disant qu'elles allaient faire chanter un Te Dcum, pour réjouir tout Paris de cette convalescence.

Cependant, le 14 avril, Monseigneur se trouva plus mal; son visage enfin extraordinaircment, la fièvre le reprit plus fort, et un peu de délire accompagna sa fièvre. Madame de Conti se présenta à lui; le prince ne la reconnut point.

Vers quatre heures de l'après-midi, l'état du malade avait tellement empiré, que Boudin proposa à Façon d'envoyer chercher à Paris quelques médecins des hôpitaux, qui, ayant plus l'habitude d'étudier le fléau qu'eux autres médecins de la cour, pussent leur donner d'utiles conseils. Mais Fagon refusa positivement et défendit mémo qu'on prévint le roi de cette rechute, de peur que la nouvelle n'empêchât le roi de souper. En effet, pendant que le roi était à table, l'état de l'auguste malade empirait de plus en plus, et la tête commençait à tourner à tous ceux qui l'entouraient. Fagon lui-même, elTrayé de la responsabilité qu'il avait prise, se mit â entasser remède sur remède, sans en attendre l'effet. Le curé de Meudon, qui tous les soirs allait prendre des nouvelles de Monseigneur, se présenta comme d'habitude, trouva toutes les portes ouvertes, les valets éperdus, entra dans la chambre, et, courant au malade, lui prit la main et lui parla de Dieu. Le prince était plein de connaissance, mais hors d'état de parler. Le prêtre en tira quelque chose qui ressemblait à une confession, lui dicta des prières que le pauvre prince répéta confusément en se frappant la poitrine et en serrant de temps en temps la main du curé.

Cependant Louis XIV sortait de table lorsque Fagon se présenta à lui tout éperdu en s'écriant : — Sire, il n'y a plus aucun espoir, et Monseigneur va mourir.

Le roi pensa tomber à la renverse à cette nouvelle. Il prit à l'instant même le chemin de l'appartement de son fils; mais, à la porte de la chambre, il trouva madame de Conti qui le repoussa des mains, lui disant qu il ne devait plus maintenant penser qu'à lui-même. Le roi, écrasé d'un coup aussi inattendu, tomba en faiblesse sur un canapé qui se trouvait à cette porte, demandant, tout faible qu'il était, des nouvelles de Monseigneur à chaque personne qui sortait de la chambre. Madame de Maintenou accourut à son tour, s'as sit sur le même canapé, tâchant de pleurer et essayant d'emmener le roi; mais il déclara qu'il ne quitterait la place que quand Monseigneur serait mort.

L'agonie dura une heure. Pendant toute « i Ile heure, Louis XIV demeura près de cette porte. Enfin Fagou sortit de la chambre et annonça que tout était fini. Le roi se relira aussitôt, entraîné par madame de

.Mainlenon, par la duchesse de Bourgogne et par la princesse de Conti. Dès que le roi fut parti de Meudon, tout ce qu'il y avait au château de sens de la cour le suivit et s'entassa dans les carrosses qui se trouvèrent a la porte sans s inquiéter à qui ce* carrosses appartenaient. En un instant Meudon se trouva vidt

Le dauphin, (ils de Louis XIV, était plutôt grand que petit, fort gras, et cependant, maigre cela, d'aspect nohle el digne, bans rien de rude ni de hautain. Il était d'un fort beau blond, avait le visage rougi par le hâle, mais sans aucune physionomie. Cependant il eût été beau si M. le prince de Conti ne lui eût cassé le nez en jouaut avec lui dans son enfance. Il avait les plus belles jambes du monde, et les pieds si petits, qu'ils paraissaient disproportionnés à sa taille; aussi semblait-il toujours tâtonner en marchant, comme quelqu un qui a peur de tomber, et, pour peu que le chemin ne fût pas parfaitement uni, appelait-il la personne qui se trouvait la plus proche de lui pour l'aider â monter ou â desrendre. Il était fort bien â cheval, y avait grande mine, mais il y manquait de hardiesse; un piqueur courait devant lui a la chasse, et, quand il perdait de vue ce piqueur, il arrêtait à l'instant son petit galop, cherchait lentement la chasse, cl, s'il ne la trouvait pas, s'en revenait tout seul. Depuis l'indigestion dont il avait manqué de mourir, il ne faisait plus qu'un repas par jour.

Quant à son caractère, il était nul; ce qu'il avait de bon sens n'était soutenu par aucun esprit; sa hauteur, sa dignité, ne venait pas de son âme, mais il l'avait reçue naturellement de sa naissance ou l'avait acquise par imitation du roi. Opiniâtre sans mesure, sa vie n'était qu'un tissu de petitesses arrangées avec tout le soin qu'un autre eût pu mettre à combiner de grandes choses. Doux par paresse, mais non par bonté, il eût été dur si la violence n'eût pas éveillé chez lui une émotion qui lui était désagréable. D'une familiarité prodigieuse avec ses subalternes et ses valets; il s'occupait avec eux des derniers détails el leur faisait les questions les plus singulières D'ailleurs, complètement insensible à la misère et à la douleur d'autrui, silencieux jusqu'à l'incroyable, il ne parla pas une seule fois en sa vie des affaires d'Etal à mademoiselle Choin, sa maîtresse, qui, d'ailleurs, bonne et simple fille, mais dénuée de toute intelligence, n'y eût rien compris. Il l'avait épousée secrètement, comme le roi avait épousé madame de Mainlenon. Un jour, en partant pour l'armée, il lui laissa un papier qu'il l'invitait à lire. C'était un testament par lequel il lui assurait cent mille litres de rente. Mademoiselle Choin déplia le testament, le lut et le déchira : — Tant que vous vivrez, Monseigneur, dit-elle, je n'ai besoin de rien; si j'avais le malheur de vous perdre, mille écus de rente me suffiraient pour vivre dans un couvent, et j'ai justement mille écus de rente qui me viennent de ma famille.

Au reste, à la mort de Monseigneur, mademoiselle Choin tint parole. Elle n'avait jamais reçu de son auguste amant plus de seize cents louis par an, qu'il lui donnait par quartier, en or, et de la main à la main, sans jamais y ajouter uu ccu..

Monseigneur mort, M. le duc de Bourgogne reçut immédiatement l'ordre de prendre le titre de dauphin.

Le vendredi 5 février 1712, M. le duc de Noailles lit cadeau â madame la dauphine d'une boite pleine de tabac d'Espagne qu'elle trouva excellent; c'était vers onze hiures à peu près que le duc avait fait ce cadeau â la princesse. La duchesse posa celte boite sur une table dans son cabinet où personne n'avait l'habitude d'entrer, et s'en alla chez Te roi Une partie de la journée se passa sans qu'elle fût incommodée en rien; vers cinq heures du soir elle rentra chez elle, prit une prise en deux du même tabac, et deux heures après sentit des frissons, précurseur- de la lièvre. Elle se mit au lit avec l'intention de se relever pour assister au souper du roi; mais elle se trouva bientôt si mal, qu'elle n'en eut plus la force ni le courage. Cependant le lendemain, 0, la dauphine, qui avait eu la fièvre toute la nuit, lit un effort et se leva ; quoique souffrante el alourdie, elle passa la journée comme à son ordinaire; mais, reprise le soir par un accès des plus violents, elle eut une fort mauvaise nuit. Le dimanche, 7. vers six heures du soir, elle fut saisie tout a coup par une douleur fixe et aiguë au-dessus de la tempe; cette douleur était si cruelle, qu'elle fit prier le roi, qui venail pour la voir, de ne pas entrer. Bientôt celte douleur se changea en rage et dura sans relâche jusqu'au lundi 8, résistant à loul, même à l'opium et à la saignée.

Un accident si inattendu, un état si violent, mirent toute la cour en rumeur. C'était l'époque des morts subites, et il était d'habitude de chercher à ces morts d'autres causes que celles puisées dans la nature. En se mettant au lit le vendredi 5, madame là duchesse de Bourgogne avait donné l'ordre qu'on lui apportât sa boite, en indiquant qu'on la trouverait sur la table de son cabinet. Madame de Lévi, une de ses dames, s'était empiessée de s acquitter de la commission, mais etail revenue aussitôt en disant qu'elle n'avait vu aucune boîte. Les recherches les plus exactes furent faites à partir de ce moment ; mais la boite ne se retrouva pas. On n'osa point trop parler de celte circonstance, madame de Bourgogne prenant du tabac â l'insu du roi.

Pendant la nuil du lundi au mardi 9 février, la princesse tomba daus une espèce d'engourdissement dont, malgré la lièvre qui la brûlait, elle ne sortait que par courts réveils et avec la tête affreusement engagée. Quelques marques sur la peau firent espérer que ce serait la rougeole; mais déjà, dans la uuii du mardi au mercredi, 10, cette espérance était évanouie. Le jeudi M février, la princesse se trouva si mal, qu'on se décida a lui parler des sacrements. L'avis l'effraya; elle ne se croyait pas dans un état si extrême; cependant elle répondit qu'elle allait se disposer. Elle demanda aussitôt M. Bailly, prêtre de la mission de Versailles; mais il était absent. Le temps pressait; la malade ne voulait pas se confesser au père de la Bue, son confesseur ordinaire; on envoya chercher un récollet, le père Noël, qui accourut en toute hâte. Cette répugnance de se confesser au père de la Bue étonna fort tout le monde, et fit faire de singulières réflexions sur ce que la princesse avait â dire à ses derniers moments. On avait emmené le dauphin de force, car déjà malade lui-même de fatigue, on voulait lui épargner la vue de ce qui allait se passer

La confession fut longue, et, après l'Extréme-Onclion, que le prêtre administra incontinent, on annonça le saint Viatique, que le roi alla recevoir jusqu'au pied du grand escalier. Après avoir communié, la dauphine demanda au' on lui dit les prières des agonisants; maison lui répondit qu'elle n'en était point

encore là, et on l'invita à essayer de .se rendormir. Pendant ce temps, une consultation avait lieu entre ses médecins. Tous opinèrent pour une saignée au pied avant le redoublement de la lièvre, et pour l'émétique vers la fin de la nuit si la saignée ne produisait pas l'effet qu'on en attendait. La saignée fat exécutée à sept heures du soir, et n'empêcha pas le redoublement de la fièvre. On administra donc l'émélique, mais l'émélique ne fit pas plus d'effet que la saignée.

La journée se passa en symptômes plus fâcheux les uns que les autres, et, vers le soir, comme cela était arrivé peur Monseigneur, tout le monde perdit la tête. Avec grande peine on décida le roi à sortir de la chainhre, et il n'était pas encore dans la cour que madame la Duchesse avait rendu le dernier soupir. Le roi était monté en carrosse au pied du grand escalier avec madame de Maintenon, et s'en était revenu a Marly, tous deux dans une si profonde douleur, qu'ils n'avaient pas osé entrer chez le dauphin.

Madame la duchesse de Bourgogne était plutôt laide que jolie ; elle avait le front trop avancé, les joues pendantes, le nez sans caractère, de grosses lèvres, peu de dents et toutes gâtées, le cou trop long, avec un commencement de goitre; mais un teint admirable, une belle peau, les plus beaux yeux du monde, les cheveux et les sourcils bruns et bien plantés, un port de téte galant et majestueux a la fois, le regard charmant, le sourire expressif, la taille longue et parfaitement coupée; enfin, une de ces démarches auxquelles Virgile reconnaissait les déesses; avec cela, elle se montrait pleine de grâce, simple et naturelle toujours, naïve quelquefois*et en toute occasion pétillante d'esprit.

Un présuma que le changement de confesseur, au moment de la mort de la dauphine, avait eu pour motif tes relations que nous avons indiquées avec Nangis et Maulevrier, et que la princesse hésitait à confier de pareilles choses au pere de la Rue. qui était aussi le confesseur de son mari.

Moni<»igneur M arrvlcr ta voiture, descendit, cl «e mit à genoux a»cc madame la ducliosse de Uourgozne. — l'«cr Ô90

Madame la duchesse de Bourgogne fui donc vivement regrettée de la cour, et surtout du pauvre dauphin Toute l'agonie de la dauphine s'était passée au-dessus de la chambre de son mari; mais, comme au bruit de l'agonie devait en succéder un autre plus lugubre encore, on le dérida à quitter son appartement. Le 13 février à sept heures du matin, il se jeta dans une chaise qui le porta jusqu'à son carrosse; il se fit conduire à Marly, où il entra dans son appartement non point par la porte, mais par une fenêtre, tant il était fatigué et craignait de faire le moindre détour.

Un instant après son arrivée, le roi, prévenu, vint le visiter, et, en regardant le dauphin, qu'il n'avait pas aperçu depuis deux jours, il fut effrayé de le voir avec quelque chose de contraint, de fixe et de farouche dans le regard. Il avait le visage tout marbré de taches plutôt livides que rougeâtres. Le roi fit aussitôt appeler les médecins, qui lui ttitèrenl le pouls, et, l'ayant trouvé mauvais, lui dirent qu'il serait a propos qu il se mit au lit.

Le lendemain dimanche, 14, l'inquiétude augmenta sur le dauphin, lui-même, tout au contraire de la duchesse, ne se dissimulant pas son état, en parla â Boudin romme d'un mal dont il ne croyait pas se relever. Les jours suivants le mal augmenta sans cesse, jusqu'à ce que le mercredi, 17, les douleurs devinssent si violentes, que le malade déclara qu'il lui semblait que ses entrailles brûlaient. Aussi, le soir, vers onte heures, le dauphin envoya-t-il demander au roi la permission de communier le lendemain. Le roi l'accorda, et le jeudi 18 février, à sept heures et demie du malin, il communia; une heure après il était mort ; ce prince n'avait pas trente ans.

M. le duc de Bourgogne était plutôt petit que grand; il avait le visage long et brun, le front bien fait, avec de beaux yeux, aux regards vifs, tantôt doux, tantôt perçants; mais là s'arrêtait la libéralité de la nature. Le bas du vi*age était pointu et allongé comme celui des bossus; il avait le nez long outre mesure,

<es lèvres et la bouche agréables quand il ne parlait point; mais, lorsqu'il partait, comme le râtelier supérieur s'avançait et emboîtait celui de dessous, sa figure devenait tout à fait disgracieuse. On s'aperçut de bonne heure que la taille lui tournait; on employa tous les moyens connus pour arrêter celte déviation ; mais la nature l'emporta, et il devint si particulièrement bossu d'une épaule, qu'il cessa d'être d'aplomb, pencha d'un côté et devint boiteux. Cependant il n'en marchait pas moins aisément, moins volontiers, ni moins vite, et, comme il aimait beaucoup â monter à cheval, il continua de se livrer à cet exercice, quoiqu'il y fût on ne peut plus ridicule. Au reste, humble et patient sur toutes choses, le duc de Bourgogne ne pouvait souffrir aucune allusion, soit volontaire, soit involontaire, à soft infirmké.

Ce jeune prince, héritier probable d'abord» puis héritier présomptif de la couronne, était né avec un caractère qui fit trembler tous ceux qui l'entouraient. Dur et colère, se laissant emporter à la plus grande violence, même contre les choses inanimées, impétueux avec fureur, incapable de souffrir la moindre résistance, opiniâtre i l'excès, effrayant dans ses accès d'impatience au point de faire craindre que sa colère ne tournât contre lui-même, passionné pour toutes les voluptés, aimant le vin, la table, la chasse avec fureur, la musique avec un enivrement qui le plongeait en extase, le jeu avec un amour-propre qui ne lui permettait pas d'avouer qu'il eût été vaincu même aux chances du hasard; souvent farouche, naturellement cruel, barbare en raillerie, impitoyable à reproduire les ridicules des autres avec une justesse qui les assommait ; regardant, du haut de l'Olympe paternel, les hommes comme des êtres avec lesquels il n'avait aucune ressemblance; à peine ses deux frères, élevés dans une égalité parfaite, lui semblaient-ils des intermédiaires entre lui et le genre humain ; plein d'esprit, d'une pénétration profonde jusque dans ses emportements, ses réponses étonnaient; enfin, l'étendue et la vivacité de son tempérament étaient telles, qu'elles l'empêchaient de s'appliquer â une seule chose, et qu'il fallut toujours lui en enseigner plusieurs à la fois pour qu'il les apprit bien.

Le duc de Beauvilliers, gouverneur du prince, sentit, dès le jour où l'enfant quitta les femmes pour passer entre ses mains, à quelle lutte il devait se préparer. Secondé de Fénelon, de Fleury et de Moreau, son premier valet de chambre, homme fort au-dessus de son état, il se mit à attaquer l'un après l'autre tous ces défauts, à les combattre avec persévérance, et à les vaincre successivement. Aidé de Dieu, qui fit, dit Saint-Simon, un ouvrage de sa droite, il accomplit victorieusement cette rude mission, et, a vingt ans, le duc de Bourgogne était sorti de l'abîme de sa jeunesse, doux, affable, humain, modéré, patient, humble et austère pour lui, miséricordieux et compatissant pour les autres.

Le prince avait auprès de lui un de ses menins, nommé Gamacbe, qui lui disait tout, l'ayant mis sur le pied de tout entendre. Lors de la campagne que le duc de Bourgogne, on se le rappelle, fit en Flandre, le prince était accompagné du chevalier de Saint-Georges, qui servait comme volontaire dans l'armée ; mais, au lieu de lui témoigner le respect dû à un roi détrôné, car, à cette époque, le chevalier de Saint-Georges était déjà Jacques III, le duc de Bourgogne le traitait avec une légèreté si offensante, qu'un jour Gamachc Rapprochant du prince : — Monseigneur, lui dit-il, votre procédé avec le chevalier de Saint-Georges est apparemment une gageure; si cela est, vous l'avez gagnée depuis longtemps; ainsi donc, je vous le conseille, traitez-le mieux désormais.

Le duc de Bourgogne se le tint pour dit, et, à partir de ce moment, ses manières furent tout autres a l'égard de l'illustre exilé.

line autre fois, ennuyé des puérilités auxquelles se livrait le prince pendant un conseil de guerre : — Monseigneur, lui dit Gamacbe, vous avez beau faire des enfantillages, avec tout le talent et l'esprit dont vous êtes capable, votre tils, le duc de Bretagne, sera toujours votre maître sur ce chapitre-lù.

Enfin, un autre jour que le duc de Bourgogne restait trop longtemps à l'église, comme l'armée française et l'armée ennemie étaient déjà en bataille, Gamache prit le prince par le bras et lui dit: — Je ne sais, monseigneur, si vous aurez jamais le royaume du ciel ; mais quant au royaume de la terre, je dois vous déclarer que le prince Eugène et M. de Narlborough s'y prennent mieux que vous pour l'obtenir.

H. de Bourgogne laissa des maximes étranges pour un homme de- son âge et pour un prince de son temps. En voici quelques-unes que l'on trouva écrites de sa main. « Les rois sont faits pour les sujets et non les sujets pour les rois ; ils doivent puuir avec justice, parce qu'ils sont les gardiens des lois ; donner * des récompenses parce que ce sont des dettes, mais jamais de présents, parce que, n'ayant rien à eux, ils ne peuvent donner qu'aux dépens des peuples. ■

Un jour, il eut envie d'un meuble, mais, le trouvant trop cher, il se le refusa. Un courtisan essava de le faire passer par-dessus cette retenue. — Monsieur, lui dit le duc, les peuples ne peuvent être assurés du nécessaire que lorsque les princes s'interdisent le superflu.

Le duc de Bourgogne mort, le titre de dauphin échut â l'alné de ses fils, M. le duc de Bretagne ; mais le titre portait malheur. Le dimanche 6 mars, les deux enfants de France, le nouveau dauphin et son frère, le duc d'Anjou, tombèrent malades. Le roi, qui sentait la main de Dieu s'appesantir sur sa maison, ordonna aussitôt qu'ils fussent baptisés tous deux, et tous deux nommés Louis. L aîné avait cinq ans, et le plus jeune deux ans à peine. Le 8 mars, le duc de Bretagne mourut, et l'on vit le même char funèbre conduire â Saint-Denis le père, la mère et l'enfant.

Le petit duc d'Anjou, qui fut depuis Louis XV, tetait encore. La duchesse de Ventadour s'en empara, cl, tidée des femmes, prenant tout sous sa responsabilité, méprisant les menaces, elle le défendit contre les médecins, et ne le laissa ni saigner, ni prendre aucun remède; bien plus, comme des bruits sinistres avaient couru à la mort du duc et de la duchesse de Bourgogne, madame de Ventadour envoya demander à madame la comtesse de Vèru un contre-poison qu'elle tenait du duc de Savoie, et qui l'avait sauvée ellemême dans un cas désespéré. Ce fui à ce contre-poison, qu'elle fit prendre au jeune prince, qu'on attribua sa miraculeuse conservation.

En apprenant la mort du duc de Bretagne, le roi se retourna vers M. le duc de Berri, et, l'embrassant tendrement : — Hélas I mon fils, lui dit-il, je n'ai plus maintenant que voua.

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Ce dernier appui, sur lequel comptait Louis XIV, devait encore lui échapper. Le 4 mai 1714, à quatre heures du matin, après quatre jours de maladie, dans laquelle les médecins retrouvèrent a peu près les mêmes symptômes que dans celles du duc et de la duchesse de Bourgogne, le duc de Berri mourut à son tour dans sa vingt-huitième année. (Vêlait le plus beau, le plus aimable et le plus accueillant des trois fils de Monseigneur, et, comme il était d,'un naturel ouvert, libre et gai, on ne parlait dans sa jeunesse que de ses reparties à madame et à M. de la Rochefoucauld, qui se faisaient un jeu de l'attaquer tous les jours. Hais cet esprit naturel ne l'aida en rien dans son éducation, car ce jeune prince ne sut jamais que lire et écrire. Plus tard, il sentit cette ignorance, et elle le rendit d'une timidité si outrée, qu'il en était arrivé à n'oser ouvrir la bouche devant les personnes qui n'étaient pas de son intimité, de peur de dire quelque sottise. Il avait épousé l'aînée des filles de M. le duc d'Orléans, à laquelle nous verrons jouer, sous la régence, un rôle aussi original qu'important.

Avant cette dernière mort, on en avait eu à. déplorer une qui n'avait pas produit moins d'effet que si c'eût été celle d'un fils de France.

Le H juin 1712, après avoir obtenu du roi d'Espagne un ordre pour qu'il fût traité d'Altesse, le duc de Vendôme mourut dans un petit bourg de Catalogne, situe au bord de la mer, et où il était venu pour manger du poisson tout à son aise. Après un mois de séjour, il se trouva tout à coup fort incommodé; .son chirurgien crut que cette indisposition venait des excès de table qu'il avait faits, et lui ordonna une diète sévère. Mais le mal augmenta si promptement, et avec des accidents si singuliers, qu'a celte époque, où le poison était à la mode, on ne douta point que le duc de Vendôme ne fût empoisonné. On envoya de tous côtés chercher du secours; mais le mal ne voulut point attendre et redoubla si précipitamment, que le duc ne put signer un testament qu'on lui présentait. Alors, lout ce qui l'entourait s'enfuit et l'abandonna, de sorte qu'il demeura entre les mains de trois ou quatre valets du plus bas étage, et qu'il passa les derniers moments de sa vie sans prêtre et sans autre secours que celui de son chirurgien. Buis, les trois ou quatre valets qui étaient restés près de lui se saisirent de tout ce qu'ils trouvèrent dans ses armoires, et, lorsqu'il n'y eut plus rien à prendre, ils lui retirèrent sa couverture et ses matelas sans écouter la prière qu'il leur adressait de ne pas le laisser mourir tout nu sur une paillasse. Le duc de Vendôme avait cinquantehuit ans. '

Au milieu de tant de malheurs, Dieu devait sans doute une compensation au roi et à la France. Le 25 juillet, on apprit à Versailles la victoire de Denain. Cette victoire amena la paix d'Utrecht. Voici ce que chacun gagnait à cette paix, qui fut signée en 1713, sur la promesse formelle que Philippe V renouvellerait sa renonciation à la couronne de France, et que Louis XIV renoncerait, pour son arrière petit-fils, le duc d'Anjou, actuellement dauphin, à la couronne d Espagne.

On donnait au duc de Savoie, qui prenait enfin le titre de roi, si longtemps ambitionné par sa famille -. dans la Méditerranée, la Sicile, lambeau arraché a la maison de Bourbon, et sur le continent Fenestrelles. Exilles et la vallée de Pragelas. On lui restituait en outre le comté de Nice et tout ce qui lui avait été enlevé pendant la guerre; il était de plus déclare héritier de la couronne d'Espagne en cas d'extinction de la descendance de Philippe V.

On donnait* à la Hollande la barrière qu'elle avait si souvent désirée contre les envahissements de la France, c'est-à-dire que la maison d'Autriche avait la souveraineté des Pays-Bas espagnols, dans lesquels les troupes hollandaises conservaient leurs garnisons. En outre, la Hollande ohlenail les mêmes a. .images commerciaux que l'Angleterre dans les colonies espagnoles. Il était expressément entendu que dans aucun cas la France ne pourrait être traitée en nation privilégiée dans les Etats du roi Philippe V, et que le commerce des Provinces-Unies serait sur le pied d'égalité avec le commerce de la France.

On offrait à l'empereur la souveraineté des huit provinces et demie de la Flandre espagnole; on lui assurait le royaume de Naples et la Sardaigne, avec tout ce qu'il possédait en Lombardie, et quatre ports sur les côtes de Toscane. L'offre était inférieure aux prétentions impériales, et la guerre continua avec l'Empire.

L'Angleterre obtenait que l'on démolit et comblât le port de Ihinkerque, objet de sa longue jalousie. File restait en possession de Gibraltar et de Minorque, dont elle s'était emparée pendant la guerre. La France lui abandonnait, en Amérique, la baie d'IIudson, l'île de Terre-Neuve etl'Acadic ; enfin l ouis XIV, à sa considération, consentait à mettre en liberté tous les huguenots qui étaient retenus en prison.

L'électeur de Brandebourg obtint le titre de roi de Prusse, avec la cession de la Haute-Gueldrc, de la principauté de NeufchâteJ et de quelques autres possessions.

Le Portugal eut seulement quelques avantages sur les bords de la rivière des Amazones.

Quant à la France, on lui rendait Lille, Orchies, Aires, Saint-Venant, Bélhune ; et le roi de Prusse lui cédait la principauté d'Orange et ses deux seigneuries de Chalon et de Chatel-Belin en Bourgogne.

Pour remplacer la perte des fortifications et du port de Dunkerquc, le roi fit quelque temps après élargir le canal de Mardiek. Le comte de Slairs. alors ambassadeur à Paris, vint aussitôt trouver Louis XIV à Versailles pour lui faire quelques observations : — Monsieur, dit le roi de France, j'ai toujours été le maître chez moi et quelquefois chez les autres, ne m'en faites pas souvenir.

L'ambassadeur lui-même racontait celte anecdote peu après la mort du roi, et ajoutait : — J'avoue que la vieille machine m'a encore paru très-respectable.

Ce fut U maréchal de Villars et le prince Eugène, ces deux adversaires, qui eurent la gloire de régler à Rastadl les tulérèls de leurs deux souverains. Le premier mot du prince Eugène fut un compliment pour M. de Villars, qu'il appela son illustre ennemi : - Monsieur, repondit le maréchal, nous ne sommes point ennemis, vos ennemis sont à Vienne et les miens à Versailles.

Les conférences furent longues et orageuses. On montre encore sur la porle du cabinet où elles se tenaient, les traces d'un encrier que le maréchal de Villars y brisa dans un moment d impatience. Le résultat du traité fut que Louis XIV garda Strasbourg et Laûdau, qu'il avait offert de céder auparavant, Huningue, qu'il avait proposé lui-même de raser, la souveraineté de l'Alsace, qui déjà deux fois avait failli

échapper de ses mains, enfin le rétablissement dans leurs Etats des électeurs de Bavière et de Cologne. L'empereur obtint les royaumes de Naples et la Sardaigne avec le duché de Milan.

Louis XIV jeta un dernier regard sur l'Europe; il vit l'Europe tranquille; alors il regarda au-devant de lui, compta soixante-seize ans d'existence, soixante-onze ans de règne, et, voyant que comme roi il avait dépassé les limites de toute royauté, que comme homme il louchait aux limites de la vie, il ne songea plus qu'a mourir

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