‹ Louis XIV et StrasbourgChapitre 2 sur 12 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

auraient pu assurer le triomphe de l'idée républicaine sur le principe monarchique, si on leur eût permis de vivre. Les uns et les autres déplorent de concert dans cet événement un coup d'éclat qui acheva de consacrer la suprématie d'un simple royaume sur leur vaste et ambitieuse patrie. De là ces débordements d'une impuissante colère qui, bien avant "1870, dégénéraient parfois aussi, chez les Prussiens ou les Bavarois d'un tempérament sentimental, en doléances mélancohques et en attendrissement larmoyant.

De leur côté, il faut bien le dire, quelques-uns de nos propres historiens, à commencer par Voltaire (1), n'avaient pas été sans ouvrir la carrière, sans la laisser libre tout au moins, à ces récriminations vindicatives d'étrangers beaucoup trop dominés par l'orgueil national pour se rendre compte de la vraie portée des traités de Westphalie en ce qui concernait l'Alsace. La plupart de ces écrivains (2), j'en suis persuadé, n'avaient que le tort d'aimer passionnément la justice idéale, d'autant plus chère à l'historien qu'elle semble moins de son domaine et que ses études habituelles lui rendent peu fréquente la joie d'assister à son triomphe. Mais plusieurs aussi peut-être parmi eux n'échapperaient point toujours au reproche, si c'en est un, de n'avoir pas aimé la maison royale autant que la justice idéale, et de ne s'être pas assez refusé le fâcheux plaisir de prendre le

(1) « L'or, l'inu-jgue et la terreur avaient préparé l'entrée de Louvois. » Siècle de Louis XIV, éd. Beuchot, t. XIX, p. 443.

(2) « L'or et les promesses aidant, les cinq conseillers, le préteur, le secrétaire et le trésorier (?) qui lormaient la Régence de la ville, furent gagnés les uns après les autres par les agents de Louvois. » H. Martin, t. XIII, p. 58L — « En octobre, le nouveau Théodose alla rendre au vieux culte la cathédrale de Strasbourg. La grande ville luthérienne du Rhin , trahie, vendue, territiée, lut enlevée à l'empire et compléta la conquête de l'Alsace continuée en pleine paix. » Michelet, t. XIII, p. 263. — « La Chambre de Brisach ne prononça pas l'acquisition de Strasbourg; ce l'ut Louvois qui corrompit les magistrats de cette antique et puissante République; ils vendirent la bourgeoisie qui s'était confiée à eux, et le 30 septembre 1681 ils ouvrirent en trahison leurs portes au baron de Montclar. » Sismondi, t. XXV, p. 410.

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