‹ Louis XIVChapitre 11 sur 32 · LB GOCVEBNEMENT. — LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LB GOCVEBNEMENT. — LA SOCIÉTÉ

Le eoHseil. — Barbezicux. — Sa mort. — Chamillard. — Torcy. — Bcauvilliers. — Le chancelier. — Cabinet du roi. — Domesticité. — Guerre. — Finances. — Marine. — Esprit public. — Opposition, écrits et pamphlets.

Le roi avait concentré tout le pouvoir en sa personne; il n'y avait plus , depuis Louvois , de ministres à caractère fier et décidé ; aucun ne pouvait lutter contre les pensées de Louis XIV, ni imprimer ses propres plans à la politique du cabinet. Le roi avait des conseillers qu'il consultait sur toutes les questions de politique ou d'administration intérieure; mais les projets étaient siens; il les concertait avec M°* de Maintenon , et les ministres n'étaient plus que les agens chargés de réaliser les idées qu'on avait conçues. Le conseil du roi était alors une réunion de commis habiles, spécialement appelés à trouver des ressources et à mettre en exécution la pensée de Louis XIV : le seul des ministres qui gardât une sorte de personnalité était le marquis de Barbezieux , le fils et le successeur de Louvois.

Il y avait , dans cette race de Louvois , trois générations d'hommes fermes et distingués : le chancelier Letellier d'abord, l'esprit tenace, supérieur, qui avait fortement ramené l'unité monarchique, et préparé les vastes codes qui font l'honneur judiciaire du règne de Louis XIV ; Louvois , son fils , cette haute intelligence organisatrice des grandes guerres sous Louis XIV. Barbezieux avait hérité des qualités de son père : peu d'hommes possédaient une si grande facilité de travail ; il concevait avec promptitude , il exécutait avec courage ; mais son esprit , tout étreint pour ainsi dire sous la volonté de

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Louis XIV et de M"' de Maintenon , n'était pas à l'aise : ses formes, essentiellement polies et obéissantes , cachaient néanmoins une pensée hardie , pleine de force et d'avenir. Barbezieux eût été un ministre à la taille de Louvois son père et du cardinal de Richelieu; Louis XIV l'avait bien deviné , et voilà pourquoi il le craignait et ne l'aimait pas. Barbezieux , à son tour , se faisait aussi petit qu'il le pouvait pour dissimuler cette ampleur de vie et de forces ; il se livrait à la dissipation ardente *. Quand une capacité un peu forte , un peu haute , ne trouve pas sa place dans une société , elle cherche à s'oublier elle-même dans le tourbillon des plaisirs ; elle s'épuise, se meurtrit tant qu'elle peut ; elle court à la débauche par tristesse , elle s'abreuve d'ivresse par désenchantement , et , fatalité cuisante ! tout ce qu'elle touche est amer, tout ce qu'elle veut embrasser s'échappe comme une ombre de mort : souvent on cherche l'orgie à force de douleurs. Tel fut Barbezieux dans sa vie si courte ; il mourut à trentetrois ans '■'. Il avait éprouvé toute l'impuissance de sa volonté auprès de Louis XIV ; il avait vu la faveur de Chamillard , et il se réduisait à l'obéissance absolue : pour échapper à cette contrainte qui brise les âmes fortes , il allait dans sa petite maison de l'Étang, passer les jours et les nuits à table au milieu de courtisanes gracieuses. La mort vint l'y saisir , car rien ne tue comme cette vie mêlée de douleurs et de dissipations , ces quelques roses jetées sur les plaies. Barbezieux occupait le poste de secrétaire d'État de la guerre. Louis XIV montra peu de tristesse de la mort du jeune ministre ; la race des Louvois lui pesait : il avait deviné la grandeur et l'ambition de Barbezieux. Selon l'usage , le chancelier mit immédiatement le scellé sur les papiers du secrétaire d'État ^, coutume que depuis on a étendue à tous les fonctionnaires civils ou politiques.

Il y eut débat de cour sur le successeur de Barbezieux : les gentilshommes s'inquiétaient qui remplacerait le grand dispensateur des

' « Je sais ce que je dois à la mémoire de M. de Lourois; mais si votre neveu ne change de conduite, je serai forcé de prendre un parti ; j'en serai fâché, mais il en faudra prendre un. Il a des talens, mais il n'en fait pas un bon usage. Il donne trop souvent à souper aux princes, au lieu de travailler; il néglige les affaires pour ses plaisirs. » (Lettre autographe de Louis XIV à l'archevêque d« Reims).

' Il était né en 1668.

» Journal de Dangeau, ann. ITOl. Barbezieux ne laissa pas d'enfans. Safemma était de la maison Crussol d'Uzès,

grades dans le noble métier des armes. Louis XIV fit bientôt cesser ces incertitudes en déclarant à son conseil que Ghamillard aurait le portefeuille de la guerre et le réunirait à celui de contrôleur général des finances. C'était un poids immense pour un seul homme; mais Louis XIV avait senti plus d'une fois l'inconvénient de séparer la guerre des finances : la lutte de Golbert et de Louvois avait souvent empêché ses desseins de conquêtes et la réalisation de ses plans. Le contrôleur général était le censeur naturel des projets de guerre et des dépenses de la monarchie : aux temps de crise , il pouvait être essentiel surtout de placer l'action financière et militaire dans les mômes mains; il fallait de l'unité dans les pensées et dans les moyens d'exécution. Le choix de Ghamillard s'expliquait par la faveur qui s'attachait à tout ministre obéissant '. Ghamillard était un homme poli, distingué, un esprit probe et honorable, mars essentiellement passif; il n'avait pas de système et de volonté à lui. Les rois qui ont goût d'agir par eux-mêmes , aiment ces caractères qui exécutent sans s'abaisser ; ils veulent commander à des intelligences qui s'associent à leurs desseins sans s'avilir. Ghamillard avait toute la faveur de Louis XIV, et M""^ de Maintenon ne cessait d'élever sa sagacité , sa modestie , son dévouement absolu , sa probité si éclatante. Le roi se complaisait à voir sous sa main les finances et la guerre sans division : son système consistait à centraliser sans cesse , afin de donner une direction plus forte, plus suivie à sa politique.

Torcy tenait toujours sa haute place dans le conseil des dépêches , le roi se réservait la direction première ; les rapports de la monarchie avec l'Europe formaient l'objet de sa vive sollicitude. La nationalité française était la pensée absorbante du roi; il aimait M. de Torcy par les mêmes motifs qui lui faisaient tant chérir M. de Ghamillard. M. de Torcy était le type du bon goût , de l'exquise compagnie; il connaissait parfaitement l'Europe, sans avoir sur cette Europe un système séparé de celui du roi : toutes ses lumières , il les donnait à son souverain sans arrière-pensée, sans en conserver même de i'amour- IM-opre ; il ne se glorifiait que du titre de serviteur de la couronne; il cherchait à comprendre la royale pensée pour l'imprimer avec noblesse dans les dépêches adressées à l'étranger. Avec une telle résignation , il était impossible de ne pas conquérir une haute place dans

' Ghamillard avait alors cinquante ans.

le conseil. Les dépêches de M. deTorcy sont des modèles de science et de tenue diplomatique '.

M. de Beauvilliers, admis au conseil depuis quelques années, y avait pris un certain rôle d'opposition hardie, mais souvent embarrassante. M. de Beauvilliers appartenait à la coterie de Fénélon ; cette coterie n'était pas la cabale même, mais souvent elle devenait aussi dangereuse pour une autorité qui avait besoin d'être aussi énergique en face de la coalition. Avec ses opinions de tolérance et de concession , Beauvilliers aurait mis des entraves à tout : sa grande douceur, son amour ineffable de la paiï, le jetaient dans un décousu d'opinion qui n'aurait permis rien de fort ni de grand dans l'administration d'un État. M. de Beauvilliers était un de ces hommes qu'il faut écouter dans un cabinet, sans s'astreindre à suivre leurs avis; malheur au pays quand ils s'emparent des affaires, parce qu'ils leur impriment un caractère de faiblesse et d'inconséquence qui ne permet rien de tenace et d'un puissant avenir dans le gouvernement * !

Le chancelier, M. de Pontchartrain, avait des opinions plus fermes, plus soutenues; il appartenait à l'ancienne école de Letellier et de Louvois; il se ralliait aux idées nettes et politiques: chargé d'appliquer les édits, il en suivait l'exécution avec netteté ; il n'était point l'ennemi des huguenots, et pourtant il les poursuivait à outrance, parce que, dans son sentiment intime, la révocation de l'édit de Nantes avait ramené l'unité monarchique et l'obéissance des sujets. Ainsi, pour la question du testament de Carlos II, M. de Pontchartrain avait hautement voté pour l'acceptation, et il motivait son avis non seulement sur le droit de succession naturelle que le chancelier devait défendre, mais encore sur la nécessité politique d'assurer un fort et grand système d'unité française. L'opinion de Chamillard était en parfaite harmonie avec les sentimens personnels du roi; M. de Pontchartrain connaissait toute sa faveur ; il opinait constamment avec le ministre favori de Louis XIV et de M'^^de Maintenon.

Indépendamment du conseil des secrétaires d'Etat , tous à titre avec portefeuilles, le roi Louis XIV avait aussi des secrétaires parti-

' J'ai beaucoup étudié cette belle correspondance de M. de Torcy ; un grand nombre de dépêclies ont été publiées; j'en ai quelques-unes en original. Les ardiives des affaires étrangères sont riches de ces documens,

* M. de Beauvilliers était né le 24 octobre 1648 ; il avait donc alors cinquantequatre ans.

culiers intimes, qui tenaient ce qu'on appelle la main du roi; ces secrétaires étaient au nombre de quatre, sous la direction du premier secrétaire qui se nommait Rose. Parce cabinet passaient les dépêches importantes et secrètes; on ne les communiquait pas au conseil. Le premier secrétaire devait apprendre l'écriture du roi, de telle sorte qu'il pût la contrefaire à son gré, afin d'éviter au monarque la peine d'écrire de sa main dans les correspondances de souverain à souverain ; ce qui fait qu'on prend souvent pour l'écriture du roi les contrefaçons de Rose '. Ce cabinet absorbait les secrétaires d'État : le plus profond secret était commandé. Comme il arrive toujours, les grandes affaires se traitaient par le secrétaire intime; on l'avait vu pour la question du testament de Carlos II ; les affaires ordinaires seulement étaient délaissées à chaque département ministériel.

A côté de l'action spéciale du cabinet, se trouvait encore la domesticité de Louis XIV, puissance influente, quoique indis-ecte et cachée; elle est de tous les instans; elle entoure, elle enlace, parce qu'elle vous prend dans ce que l'homme a de faible : rien ne donne plus de pouvoir et de familiarité que cette vie de tous les jours, qui vous saisit au chevet du lit et vous suit dans les inQrmités de notre existence ; sorte de révélation de l'égalité profonde que Dieu a placée dans la nature de l'homme. La famille des Bontemps était attachée à la domesticité de Louis XIV fbpuis'un demi-siècle : c'était par Bontemps que se donnaient les audiences secrètes, les entrevues intimes. Quel rôle pénible et actif n'avait pas joué Bontemps dans les beaux jours de M"* de La Vallière, alors qu'il attendait la gracieuse maîtresse du roi sous la grande ombrée ! Si Bontemps avait favorisé les amours, il servait aujourd'hui les infirmités ; ses attentions étaient infinies : le roi n'éprouvait pas une souffrance qu'il n'appelât Bontemps à son aide. Le valet n'avait pas un esprit très-saillant, mais une raison droite et féconde ; il était d'une discrétion extrême et d'un esprit serviable dont toute la cour se louait ^ C'est par Bontemps que passait un grand nombre d'affaires d'intérieur à Versailles : Bon-

' C'est une observation pour ceux qui recherchent des autographes de Louis XIV. Il en existe très-peu de la main même du roi. Rose a écrit la plupart des lettres.

' M. de Saint-Simon, qui connaît toutes les parties intrigantes et petites de la cour de Louis XIV, donne de très-minutieux détails sur les fonctions de Bontemps. M. de Saint-Simon avait eu souvent besoin du crédit du premier valet de chambre ; il réserve ses critiques pour Villars et Vendôme.

temps avait su le mariage du roi avec M"' de Maintcnon; il avait présidé aux apprêts de cet acte mystérieux de la \ie de Louis XIV. Comme la cour savait le crédit des Bontemps, on les entourait de père en fils pour obtenir une audience secrète ou solliciter du roi une de ces faveurs particulières que le prince donnait privément. Bontemps s'entremêlait pour faire cesser une disgrâce, et plus d'une fois il prêta son bon secours à quelques-uns des hauts seigneurs de la cour de Louis XIV.

Dans le mouvement d'invasion que l'ennemi préparait, la grande préoccupation du roi dut être la guerre. On a vu par quels edorts inouïs l'armée avait été reconstituée : l'esprit militaire de la noblesse accueillait les batailles avec enthousiasme ; la milice s'était recrutée de nombreuses troupes; Chamillard, le fidèle exécuteur de la pensée du roi, redoublait d'efforts. On avait d'abord augmenté les régimens étrangers : il y avait dans l'armée de France plus de dix mille Suisseï capitules; les cinq légions irlandaises catholiques formaient un corps de treize mille hommes. On comptait également deux régimens écossais, huit bataillons allemands; enfin , et pour la maraude , on donna commission de lever six escadrons de banditli, sortes de condottieri du moyen âge qui prirent le nom de hussards, arme toute nouvelle et empruntée à l'Allemagne '.

Le recrutement régulier se fai^^iit par enrôlement volontaire parmi les paysans et cette jeunesse désordonnée qui agite les cités. Dans les cabarets de Vaugirard ou au quai de la Ferraille, on recrutait, pour le compte des capitaines, les soldats du Parisis, ou de Lorraine et de Champagne. Chaque province avait son régiment comme sa îiationalité : ses gentilshommes servaient d'officiers, comme ses magistrats rendaient la justice ; si le paysan devait son temps de service, le noble devait son épée, sa fortune, sa vie, comme jadis les vieux barons féodaux. Les gentilshommes étaient parcimonieusement récompensés ; ils avaient, après vingt-cinq ans de service, la croix de Saint-Louis et une retraite de cent pistoles (1000 livres).

La milice avait été mise sur pied par un ordre du roi, car l'ennemi menaçait les côtes, et il fallait bien que chaque province se défendît elle-même. La milice était comme une transformation de l'arrière- •baB féodal ; institution toute locale^ elle ne s'étendait pas au delà de

' Mercure de France, ann. 1702.

ia sénéchaussée ou du bailliage ; tout Français était sujet à la milice, il s'exerçait au tir et aux manœuvres sous de vieux officiers. L'esprit militaire manquait rarement à la France , et un pays qui s'était si long-temps déchiré par la guerre civile avait une surabondance de vie et de vigueur qui menaçait de déborder sur l'étranger. L'histoire doit remarquer que les grandes conquêtes viennent toujours après les divisions intestines, parce que celles-ci retrempent les caractères, et donnent une certaine énergie à toutes les personnalités.

La marine avait pris un développement moins actif; la bataille de la Hogue avait porté un coup mortel aux ressources de la France ; les magnifiques escadres étaient dispersées; on n'avait pu réunir plus de trente vaisseaux de haut bord sous le commandement de Château-Renaud, qui voguait alors dans l'Océan. Les armées de terre se forment en France comme d'elles-mêmes, parce que le sol les enfante pour ainsi dire ; mais la marine se compose de tant d'élémens divers qu'un échec est difficile à réparer. Après la Hogue, un système de petites escadres prévalut : on jetait cinq ou six vaisseaux dans les grandes mers, à la poursuite du commerce de la Hollande et de l'Angleterre. C'est à cette course sur de très-larges bases qu'excellaient Jean Bart, Duguay-Trouin, chefs d'escadres aventureux et intrépides. On n'attaquait point ces flottes immenses sorties de la Tamise ou du Texel ; on les évitait, au contraire, pour se précipiter ensuite sur les convois de marchands venant des mers lointaines, alors sillonnées par ces navires pavoises de belles flammes pendantes aux mâts d'arrière. Toutefois la marine avait rassemblé une flotte assez considérable au port de Toulon ; le commandement en était destiné au comte de Toulouse, grand amiral de France ; elle devait rallier quelques galères de la flotte d'Espagne, et porter secours pour toutes les opérations de Philippe V dans l'Italie et la Méditerranée.

De si notables efforts militaires nécessitaient de puissantes ressources financières ; il se trouva que depuis la paix de Ryswick l'argent se voyait avec tant d'abondance, que tous les financiers en étaient surpris. Lors de l'édit de la refonte des monnaies, les registres constatent qu'il passa, en l'espace d'un an, plus de 200 millions en louis d'or ou écus dans le seul balancier de la monnaie '. La sécurité

* Le Journal de Dangeau même en fait mention , ann. 1703.

s'était partout accrue ; il y a des époques ainsi faites, tout court à la conGance; tandis qu'à d'autres époques encore tout est méfiances et difficultés. Jamais les capitaux n'avaient été plus facilement offerts et trouvés. L'intérêt était descendu à ipour 100, circonstance extraordinaire dans ce siècle où l'argent était à un si haut prix. Il n'est pas douteux que cette facilité dans les relations commerciales et financières n'ait contribué aux décisions du roi par rapport à l'acceptation du testament de Carlos II et à la guerre de succession. Les imp<Ms ne s'étaient accrus que de la capitation de guerre, et les dons gratuits des corporations avaient été larges et abondans; la seule province du Languedoc avait voté 5 millions de livres, que les États supplièrent le roi d'accepter, indépendamment de l'entretien des milices et des sacrifices particuliers que la guerre des Cévennes allait imposer au Languedoc ' .

Ghamillard continuait à diriger les finances ; mais il avait avec lui, comme directeur de ses bureaux , un homme à expédiens pour les circonstances difficiles : c'était Desmarets, neveu de Colbert, détesté par Louis XIV ^ , car on accusait Desmarets de concussions et de pilleries, délit que le roi ne pardonnait pas dans ses ministres. Le talent de Desmarets consistait surtout dans la juste application des ressources aux besoins ; il avait rétabli la confiance par le paiement exact de tous les services, et dès lors l'argent abonda. On ne connaissait point les vrais élémens du crédit et les immenses secours qu'il prête ; tout emprunt avait sa spécialité ; on donnait des gages à chaque inscription ; on affectait une branche de revenu à chaque emprunt d'argent. Quelles que fussent les répugnances du roi pour Desmarets, il lui permit de travailler avec lui, et l'esprit habile du financier prit bientôt la supériorité qui appartenait à son talent actif et fertile en expédiens. Desmarets peut être considéré comme le premier auteur du système de crédit que Law développa depuis dans des proportions trop étendues pour son époque.

L'opinion publique appuyait la guerre que Louis XIV commençait contre l'Europe; l'avènement de Philippe V au trône d'Espagne avait flatté la noblesse et la bourgeoisie. Il y avait un sentiment d'orgueil

' Registre des Êlats, ann. 1702.

* Nicolas Desmarets avait été fait maître des requêtes, puis intendant des finances. Il remplaça tlouillc Ducoudray dans l'une des deux places de directeur des Unances en 1702.

national, une fierté de peuple, comme il arrive toujours en France à l'origine d'une guerre, quand le découragement n'est pas venu encore ; on soutenait la résolution du roi, Paris et la province se préparaient gaiement aux batailles. Rien ne pouvait se comparer à l'enthousiasme des genliishommes; l'armée leur offrait de la gloire et des distractions belliqueuses. Ou avait eu jusqu'alors du succès ; la guerre ne se poursuivait pas sur le territoire de France, mais au dehors ; le pays n'en supportait pas le désordre, la pesante occupation, et cette tristesse qui suit l'invasion par l'étranger. Aux halles, aux marchés, dans les parloirs de bourgeoisie, on relisait les beaux récits du Mercure de France, et quand on apprenait qu'une armée du roi avait passé le Danube ou qu'elle avait pris une belle forteresse sur le Rhin ou surl'Yssel, les bons bourgeois applaudissaient entre eux, et narraient les uns aux autres quels étaient les vaillans noms des gentilshommes morts aux batailles de Bavière ou de Hollande. Le peuple en France s'identiGe tellement avec la gloire, qu'il ne calcule jamais les sacrifices quand la victoire couronne ses drapeaux.

Toutefois la sourde et frondeuse opposition se faisait encore entendre : indépendamment des écrits hardis et factieux des huguenots, rédigés aux écoles de Genève et d'Allemagne, il s'était formé à Paris et dans les provinces un parti timidement opposant , mais qui n'agissait pas moins contre les intentions du roi ; ce parti avait pris pour symbole la paix, mot si doux, si flatteur lorsqu'il est murmuré à l'oreille du peuple. Beauvilliers, Fénélon, en étaient l'âme; s'ils n'osaient s'opposer ouvertement aux décisions de Louis XIV, ils en affaiblissaient tant qu'ils pouvaient les moyens d'activité et de force ; ils publiaient des livres de morale , des écrits pleins d'onction où les désastres de la guerre et les malheurs de l'ambition des princes étaient dénoncés aux contemporains et à la postérité. L'école de Téléraaque était bien dangereuse ; aux époques de crise, en effet, ce ne sont pas les partis franchement hostiles qui sont les plus redoutables, mais ces opinions mollement amies qui vous affaiblissent en vous conseillant perpétuellement les transactions. Telle était l'école des moralistes sous Fénélon et Beauvilliers ; elle fit un mal étrange à la situation belliqueuse que la monarchie de LouisXIV s'était créée; elle fut pour le grand roi ce que l'école constitutionnelle fut pour Napoléon aux jours de ses revers; elle servit l'ennemi en atténuant l'énergie des moyens qui pouvaient sauver la patrie ! Aussi ce n'est pas sans motifs

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que dans les temps de violence et de péril , les partis triotophans proscrivent la faction des modérés, car elle tue les forces de gouvernement et de salut public.

ET SES RELATIONS DirLOSîATIQUES.

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