CHAPITRE LXIII
DÉVELOPPEMENT DB lA COALITION. — TBISTES RETERS DB LA FRANCE.
I.e duc de Savoie. — Le Portugal dans la coalition. — Armement de l'Angleterre.
— De la Hollande. — Le duc de Mariborough sur le continent. — Composition des armées coalisées. — Expédition d'Espagne. — Élévation de Charles III.
— Campagne d'Italie. — Campagne de Bavière. — Les Erançais et les Bavarois. — bataille d'Hochstedt.
Il y a des situations politiques plus fortes que la volonté des princes; en vain Louis XIV avait cherché à se concilier le duc de Savoie par des alliances de famille ; Adélaïde était devenue la noble duchesse de Bourgogne, sa cadette portait la couronne d'Espagne ; on l'avait alors revêtue de la régence à Madrid, pouvoir immense dans les Castilles. Toutes ces précautions n'avaient servi de rien contre les intérêts territoriaux du duc de Savoie; la souveraineté de ses États était menacée par l'union intime de la France et de l'Espagne : le duc de Savoie ne pouvait voir sans inquiétude les Alpes et le Milanais occupés par une armée française ; il allait être enveloppé, comme la maison de Lorraine, par la puissance de Louis XIV ; il s'était joint à ses armes avec regret et par contrainte ; les Piémontais, les Savoyards, ne marchaient que forcément sous les mêmes drapeaux que les soldats de France. La correspondance des maréchaux de l'armée d'Italie signalait à la cour de Versailles l'attitude plus qu'incertaine du duc Victor-Amédèe '.
* Correspondance de Vendôme avec Chamillard, ann. 1703. On se vengea par des chansons de la défection de Yictor-Amédée de Savoie. Eo voici une toute eontcmp(^aine :
Notre cousin le Savoyard
A quitté sa maodille,
110 LODIS XIV, SON GODVERXEMENT
Ce fal sur ces entrefaites que les armées impériales se déployèrent dans le Milanais sous la conduite du prince Eugène. Une négociation intime avait été engagée entre le prince et la cour de Savoie ; il en était résulté la promesse expresse d'un traité d'alliance entre Yictor-Amédée et la coalition ; la Hollande fournissait les subsides, l'empereur promettait l'intégralité des États de Savoie avec une augmentation du côté des Alpes, et une partie des terres qu'arrosait le Var ; le duc de Savoie s'engageait à fournir trente mille hommes, comme contingenta la coalition. Ce traité plaçait l'armée française du Milanais dans une situation fâcheuse, elle était comme prise entre deux feux ; devant elle, cette armée trouvait les impériaux se déployant sur l'Adige ; sur ses derrières elle avait les Savoyards, braves soldats des montagnes, qui lui coupaient le passage des Alpes. Une situation si périlleuse nécessita la formation d'une armée du Var et des petites Alpes, afln de contenir les Piémontais et de préparer les communications avec les troupes du roi, qui opéraient contre les Impériaux.
Le roi de Portugal se déclara aussi pour la coalition ; cela devait être, car la maison de Bragance était menacée par les Bourbons d'Espagne, comme le duc de Savoie et la maison de Lorraine l'étaient également par les Bourbons de France ; le traité provisoire qui avait été conclu par l'habile diplomatie de Louis XIV n'offrait aucun caractère de durée et de perpétuité ; le seul avènement de Philippe V était un danger pour la maison de Bragance; tAt ou tard le nouveau roi des Espagnes, soutenu de la France, s'emparerait du Portugal, antique démembrement de la monarchie éi^
Pour prendre celle de César Contre ses propres filles; On dit qu'il accompagnera L'archiduc en campagne.
Et qu'avec lui il bâtira Des châteaux en Espagne.
Roi de Chypre, qui n'avez eu Ni foi, ni conscience, Et qui avez tourné le eu A la triple alliance ; Le roi se torchera le sien De votre signature, Et bientôt vous aurez besoin D'onguent pour la brûlure.
Charles-Quint. Cette vérité diplomatique était démontrée au roi Pierre de Bragance par les légations anglaise et hollandaise à Lisbonne ; on lui offrait au nom de la coalition des subsides, des secours en argent et en vaisseaux; la coalition sentait la nécessité d'avoir un pied dans la Péninsule pour y porter la guerre ; l'Angleterre convoitait déjà sa grande influence dans le Portugal, siège qu'elle avait choisi pour y disputer le territoire des Espagnes à la France. Le Portugal devait être à toutes les époques le théâtre du mouvement anglais dans la péninsule.
L'adhésion de deux puissances secondaires à la coalition ne donnait pas des forces beaucoup plus imposantes pour cette campagne militaire des alliés; mais le Portugal et la Savoie offraient deux admirables positions pour toutes les opérations stratégiques : on avait des points d'appui pour agir simultanément contre la France et l'Espagne; le Portugal n'était-il pas un port de débarquement pour toutes les flottes d'Angleterre et de Hollande? la Savoie n'était-elle pas également une des portes de la France par les Alpes? Aussi les armes des alliés en devinrent plus hardies ; on résolut de donner une forte irapulsion au développement militaire de la coalition en Italie, en Allemagne et dans la péninsule ; le duc de Marlborough fut chargé de la conduite de la guerre; les whigs triomphaient alors dans le parlement avec la reine Anne. La réaction contre Louis XIV était à son comble; la guerre était devenue une affaire toute nationale , et le parlement devait voter les subsides nécessaires pour entrer en campagne : c'était une guerre d'opinion et, dans ces circonstances, jamais les assemblées ne calculent les sacrifices. Le parlement venait de proscrire Jacqueslï 1, « se prétendant illégalement roi d'Angleterre *. » La reine Anne se plaçait comme Guillaume III, à la tète de l'opinion réformée ; elle déléguait son pouvoir aux whigs et à Marlborough leur chef.
L'armée coalisée, sous les ordres du duc de Marlborough, n'était pas exclusivement anglaise : le parlement avait voté des hommes, des subsides; toutefois, selon la vieille coutume , l'armée ne comptait qu'un très-petit nombre de nationaux : les Hanovriens , les Hollandais, les Danois , les Saxons , formaient les meilleurs régimens à la solde de l'Angleterre. Ces troupes étaient solides, fortement armées; on citait la cavalerie allemande comme supérieure à toutes les autres : les Français étaient impétueux , hardis dans un choc ; mais presque
' Annales parlera., ann. 1703.
toujours ils venaient se briser contre l'imperturbable sang-froid de la ravalerie germanique, mieux montée sur ses bons chevaux duMecklenbourg ou de la Franconie. Bizarre assemblage qu'une armée à la solde de l'Angleterre ! on y parlait toutes les langues : ici , sous la tente, on voyait l'Écossais, le Danois; un peu plus loin, le Portugais au teint basané, le blond Allemand, et môme le Français calviniste, 5i protégé alors dans son émigration par l'Angleterre. Il fallait un esprit ferme , étendu comme le duc de Marlborough, pour conduire et diriger tant de nations diverses dans une longue campagne; Guillaume m avait uni, par son avènement, l'Angleterre aux intérêt» germaniques ; les whigs en profitaient.
Avant de commencer la campagne, les alliés résolurent un coup décisif; ce fut la reconnaissance de l'archiduc Charles comme roi d'Espagne, sous le titré de Charles III. Il était bien vrai que la Hollande et d'Angleterre avaient déjà reconnu Philippe V, mais l'état de guerre avait changé les rapports diplomatiques; on ne pouvait exiger des cabinets qu'ils saluassent l'avènement du petit-fils de Louis XIV, le plus redoutable ennemi de la coalition \ D'après le système des alliés, la reconnaissance n'avait été que conditionnelle et soumise aux clauses du traité de partage ; ces clauses n'ayant pas été tenues, rien de plus naturel que les puissances pussent proclamer un autre souverain des Castilles. L'archiduc Charles, élevé sous le titre de Charles III, fut déclaré roi d'Espagne et des Indes; auprès de lui durent se rendre les ambassadeurs ou ministres de Hollande, d'Angleterre, de Savoie et de Portugal, avec la mission expresse de soutenir son avènement. On s'opposait ainsi hautement à l'œuvre de Louis XIV *.
' Manifeste du duc de Malborougb. Londres, ann. ITOS. ' On chantait tout alors, et l'clcvation de l'archiduc comme roi d'Espagne fut aussi cbansonncc aux balles.
Malgré tous vos grands projets ,
Charles , j'ai fait la gageure
Que vous ne serez jamais
Roi d'Espagne qu'en peinture.
La Bohùmc, en vous voyant,
S'est mis l'esprit en torture
Pour vous trouver conquérant
Dans votre bonne aventure.
L'Autriche de votre habit
A fait prendre la mesure,
Et la Hollande en ami
Tous CD fournit la dorure.
Le plan des alliés , par rapport à l'Espagne , élait simple , depuis surtout que le Portugal s'était rangé dans la ligue. Une armée angloâllcmande dc\ait tout à la fois débarquer à Lisbonne et à Valence , sur l'Océan et la Méditerranée. On savait que dans le Portugal s'était réfugiée la grandesse mécontente, et l'Amirante de Castille surtout , le Oeret puissant adversaire : l'archiduc devait se mettre à la tête de ■cette armée, proclamer don Juan de Cabrera, son connétable. Le moment paraissait bien choisi : Philippe V avait quitté son royaume et combattait en Italie ; on comptait sur le mécontentement général. On pouvait se rendre à Madrid par Badajoz et les provinces do TEslramadure. Le duc d'Ormond et le prince de Darmstadt , si con-
L'Anglelerre vous veut donner
De magnifiques tentures,
Mais il en faut effacer
La principale figure.
Si pour goilter au plus tôt
D'une royauté future ,
Vous vous servez d'huguenots,
Gare Rome et sa censure.
A Madrid si vous voulez
Faire voir votre ligure,
N'y paraissez que masqué ,
De peur qu'on vous défigure.
Si vous tentez de passer
De là en Estramadure ,
N'oubliez pas d'y porter
De l'onguent pour la brûlure.
L'aigle ne peut enlever De Suson la couverture, Sans risque d'embarrasser Ses serres dans la fourrure.
Votre oiseau cherche la proie , »
Mais dans celte conjoncture , Notre coq aura la joie i
D'en empêcher la capture. Alors vous serez forcé D'abandonner la gageure, Et avec un pied de nez De reprendre la voiture.
Vous allez en Portugal Sur le bruit d'une rupture ; Mais vous vous attendez mal De trouver la poire mûre.
nus déjà en Catalogne et à Valence, furent nais d'abord à la tête d'un premier corps de troupes anglo-allemandes qui tenta un débarquement près de Cadix. L'entreprise ne réussit pas ; le gouverneur, don Scipio Brancacio, se défendit avec courage, et ne voulut point saluer le pavillon d'Autriche. L'expédition s'en vengea par la prise de quelques galions au Vigo. Les Anglais trouvèrent abri dans le Portugal, tout entier d'ailleurs pour la coalition. Ce fut à Lisbonne que l'archiduc Charles dut débarquer pour réclamer ses droits à la couronne d'Espagne, exposés dans un solennel manifeste. Le nouveau roi des Castilles était venu à La Haye, où les États-Généraux lui avaient fait une brillante réception ; il visita également la reine Anne et l'Angleterre : partout il fut traité en roi *.
Tandis que l'archiduc Charles, sous le nom de Carlos III, se préparait à marcher sur la Péninsule, Philippe V conduisait une armée en Italie : la révolte de Naples et de Sicile , fomentée par l'Autriche , s'était calmée par la promptitude des moyens militaires. De là, Philippe V s'était rendu dans le Milanais, à l'armée commandée par le grand prieur, frère du duc de Vendôme. La situation des Français était devenue difficile en Italie depuis la déclaration de guerre du duc de Savoie ; mais la formation immédiate d'un corps qui devait opérer dans le Piémont, sous le duc de Vendôme , arrêta les opérations de Viclcr-Amédée ; les Alpes furent franchies, et bientôt les communications des deux armées se trouvèrent complètement rétablies ; les places fortes du Piémont tombèrent aux mains des Français. La souveraineté de Philippe V en Italie fut protégée par le développement de forces considérables sous le duc de Vendôme.
Dans les précédentes campagnes, les coups décisifs s'étaient portés dans les Flandres sur la ligne de forteresses des Pays-Bas. Les armées coalisées, aussi bien que celles de France, y avaient manœuvré pour le succès des opérations militaires; là s'étaient données les fortes batailles. Je rappelle la faute du cabinet de Versailles, qui n'avait pas envahi les Pays-Bas hollandais, au moment où les troupes coalisées n'étaient pas réunies encore; les Français, avec leur impétuosité habituelle, auraient pu dominer la Hollande, incapable de se défendre; la Flandre étant un pays parfaitement posé pour une campagne, les opérations s'y développaient sur une vaste ligne de places de premier
• Mercure hollandais, ann. 1703.
ordre. Au lieu de suivre ce plan, on porta le théâtre principal de la guerre en Allemagne ; et le motif de cette diversion lointaine fut la nécessité de seconder les forces de l'électeur de Bavière , qui entrait franchement en campagne contre la maison d'Autriche.
A cette époque , et par une marche hardie , 31. de Tallard avait fait sa jonction avec les troupes bavaroises à Donawert ; cette magnifique opération militaire jetait la guerre au cœur même de l'Allemagne; l'électeur était maître déjà de tout le territoire depuis Ratisbonne jusqu'aux provinces frontières du Tyrol. Le plan était vaste ; l'électeur de Bavière devait agir avec vigueur dans la ligne d'Inspruck : après des marches forcées , il était chargé d'opérer sa réunion avec le duc de Vendôme par Salzbourg ' et Trente ; une fois les deux armées réunies, on devait s'avancer sur Vienne, tandis qu'un corps détaché se porterait en Hongrie, en pleine révolte contre l'empereur. L'armée du centre de l'Allemagne était soutenue par un mouvement du duc de Villeroy , qui commandait dans le Bas-Rhin. Tel était le plan de campagne, trop vaste pour le petit nombre de troupes qui opéraient; la ligne était évidemment trop étendue, car elle allait de Bruxelles à Trente; les alliés pouvaient se jeter dans les intervalles , et menacer un projet d'opérations si hardi, en coupant un des corps qui se développaient soit par l'Italie, soit par le haut et le bas Rhin.
C'est ce qu'avait compris le duc de Marlborough en débarquant dans les Pays-Bas ; il s'était rendu sur-le-champ à La Haye, où le pian de campagne avait été concerté avec les Etats-Généraux. Le duc de Marlborough devait refouler devant lui le maréchal de Villeroy, lui livrer bataille s'il l'acceptait, puis pénétrer en Allemagne par l'éiectorat de Cologne, afin d'empêcher, au moyen d'une forte reconnaissance et même d'une bataille décisive, la jonction tant redoutée de l'électeur de Bavière et du duc de Vendôme par le Tyrol. Il fallait avant tout sauver Vienne ; les lettres de l'empereur exprimaient toutes les craintes de la maison d'Autriche ; elle allait être prise par les provinces méridionales au centre même de ses États. Quelques régimens jetés en Hongrie pouvaient seconder la révolte, et la capitale de l'Empire n'était plus en sûreté.
Le plan de campagne arrêté à La Haye fut accompli avec cette ténacité et ce sang-froid qui caractérisent l'école anglaise ; Marlbo-
• Mercure de France, ann. 1701.
116 LOUIS XIV, SON GOtJVERNEMENT
lough offrit la bataille sur le Rhin au maréchal de Villeroy, elle lui fut refusée ; son armée, composée d'Anglais, de Hanovriens, de Saxons, de Hollandais, se déploya dans l'électoral de Cologne ; Bonn, défendue par le marquis d'Aligre, capitula; Marlborough tenta d'opérer sa jonction avec le prince de Bade, qui protégeait pied à pied le centre de l'Allemagne contre les troupes françaises et celles de rélecteur de Bavière. Le comte de Stirum secondait le prince de Bade à la tête des Impériaux ; les princes germaniques cherchaient à gagner du temps, afin d'attendre le duc de Marlborough qui avait ordre de livrer bataille. Les alliés ne pouvaient pas prendre l'initiative contre le territoire de la France sans avoir préservé l'Allemagne ; la marche du duc de Marlborough sur le Rhin fut un beau mouvement de stratégie prudente et mesurée ; il ne perdit pas cent hommes des troupes de l'alliance '.
Les Français et les Bavarois hâtèrent toutes leurs opérations militaires : pour réussir, l'expédition du Tyrol devait être prompte; les Bavarois ne rencontrèrent aucune sympathie dans les montagnards tyroliens ; ils étaient accueillis avec froideur, quand ils ne trouvaient pas une vive répugnance pour leur domination. Le duc de Vendôme s'était également avancé vers Trente, afln de prêter la main aui Bavarois, point essentiel de la campagne. Vendôme avait rencontré sur ce territoire de fortes résistances ; pour le moindre château il fallait faire un siège ; toutes ces populations avaient des habitudes de liberté et d'indépendance qui ne souffraient pas de domination étrangère. Il y avait chez les Tyroliens de vieux dévouemens pour la maison d'Autriche : quels intrépides tireurs que tous ces chasseurs des montagnes î L'expédition bavaroise ne put les dompter ; on ne devait plus compter sur la jonction militaire qu'on s'était promise pour opérer en commun sur Vienne et la Hongrie. L'électeur de Bavière avait été plus heureux dans ses opérations au centre de l'Allemagne; il s'était emparé de Ratisbonne , la vieille ville allemande, de Passaw, noble cité brillant sur les trois fleuves qui l'environnent de leur riche ceinture. L'électeur avait forcé les habitans <1e Nuremberg à reconnaître sa souveraineté; Nuremberg, ville de corporation, bijou du moyen âge, avec ses maisons du quatorzième «iècle, sa merveilleuse fontaine du marché, ses foires, sa cathédrale
^ Mercure hollandais, ann. 1704.
et son hôtel de ville tout peuplé des chefs-d'œuvre d'Albert Durer ' Dans cette situation militaire, le duc de 3Iarlborough crut indispensable de hâter sa marche sur la Bavière afin de livrer bataille • cette rapidité de mouvement était d'ailleurs une nécessité pour l'armée alhée, car elle était suivie à six jours de distance par un corp. français sous les ordres du maréchal de Villeroy, et composé de plus de trente mille hommes ; cette armée avait pris la route de la Bavière par la Forèt-Noire; malheureusement elle ne put arriver à temps pour entrer en ligne avec les Bavarois contre Mnrlborough. On aperçoit ici combien le plan de campagne des Français était mal conçu • toutes ces armées, considérables en elles-mêmes, agissaient séparément, sans communications entre elles, de sorte que les alliés, avec des forces inférieures, pouvaient remporter des avantages décisifs. Marlborough n'avait besoin pour vaincre que d'accomplir cet axiome mathématique, « que les forces ne sont plus ou moins actives qu'à raison de l'espace sur lequel elles agissent. »
L'invasion de la Bavière par le duc de Marlborough fut préparée par le combat de Schellemberg ; les lignes une fois franchies, les allies se répandirent dans le territoire bavarois. Tandis que Vendôme avait éparpillé ses troupes vers Trente, l'armée bavaroise se concentrait^ dans l'EIectorat, et le maréchal de Tallard arrivait à marches forcées parla Souabe. Une action paraissait inévitable ; les ennemis étaient en présence. La Bavière devenait le théâtre de la guerre • 1 armée du duc de Marlborough s'avançait lentement et avec prudence, dans la crainte de compromettre un plan sûr d'opérations Le prmce Eugène, plus hardi, s'était jeté sur le Danube ; l'armée franco-bavaroise passa le fleuve dans le dessein de surprendre et
• Aucune cité na laissé dans mon esprit une plus vive impression que Nurcmc estu villrr"' ';"'^""« j«"^"ée (1837) en conlemplalion de ses monumens : cest la Mlle du quatorzième siècle avec toutes ses formes. On trouve en France des monumens isoles d'une époque reculée, mais on ne rencontre pas une ville
es us^lVl " ' ""'^ '''''' ^•Berculan.m du moyen ,,. avec'ses m^ur'
ses us, CCS ma.sons, ses corps de métiers, sa bourse même, toile quelle eiistai dans ees temps reculés. Tel est Nuremberg. Augsbourg oAT; un peu c mèX c» ra tore, moms prononcé cependant ; quant à Passaw et Ratisbonne. ce sont des
1 "béZ'îp "" ""T'^T ^' "'""^"^' "" P"'"'^ ^-^ '« cathedral pou eau ben.te; à Passaw, I. cathédrale est plus moderne. J'y visitai l'évêque car étais cuneux de connaître le successeur de ces fiers évêques de P. 'aw q»
homme fo^r^dôurî'/"" dans les guerres de rA.lemagne.\-était «^1:1!': nomme fort doux, très-peu belliqueux , mais très-spirituel.
de couper la division du prince Eugène. Si l'on parvenait à ce résultat, on battait le premier corps d'Impériaux qui mettait bas les armes; puis ou réunissait ses forces pour marcher à la face de Marlborough isolé d'un de ses meilleurs corps de bataille. Le prince Eugène sut le plan des Français, il expédia courriers sur courriers à Marlborough, qui hâta son mouvement, et entra dans la ligne militaire formée entre les villages de Munster, Erlingen et Appertzhosen. La jonction une fois opérée entre les Anglais et les Impériaux, une bataille décisive était inévitable; elle fut acceptée.
Le 12 août, au commencement du jour, les banderoles de toutes couleurs flottaient sur les tentes de France; des masses de cavalerie se faisaient apercevoir. Le camp était placé sur une hauteur défendue par des ruisseaux marécageux ; le Danube coulait à droite et protégeait ce point. La position était forte; mais les alliés devaient-ils hésiter? un jour de retard pouvait tout compromettre. On savait la marche du maréchal de Villeroy, qui du Rhin s'avançait pour rétablir les communications de l'armée de France ; il fallait livrer bataille pour l'en empêcher. Les dispositions furent habilement faites ; Marlborough comptait dans son armée soixante-six bataillons d'infanterie de toute arme, et cent soixante-dix-huit escadrons, belle cavalerie allemande ; cinquante-deux pièces de canon étaient disposées sur les lignes. Les Français et les Baverois offraient bien quatreving-deux bataillons d'infanterie, mais incomplets et moins forts ; la cavalerie ne s'élevait pas au delà de cent soixante escadrons ; leur artillerie était lourde, mais plus nombreuse. Marlborough arrêta le plan de bataille en conséquence ; le prince Eugène, à la tête de quelques bataillons d'infanterie, tourna le flanc droit de l'armée française * ; Tallard , pour faire face à cette manœuvre, jeta dans
' J'ai trouvé deux autographes de Marlborough sur la bataille d'Hochstedt ; l'un est adressé au secrétaire d'État de la guerre, l'autre auv Etals-Gener.ux de
Hollande : • . u- i •
« Je n'ai que le temps de tous dire, monsieur, que je vous pne de bien vouloir présenter mes respects à la reine, et lui faire savoir que mon armée a remporte une glorieuse victoire. M. de Tallard et deux autres généraux sont dans mon carosse et ie suis occupé à poursuivre le reste. Au surplus, je me réfère à mon aide de camp, le colonel Parcke, qui vous fera le récit de tout ce qui s'est passe. Dav.s un jour ou deux je vous dépêcherai un autre exprès avec une plus ample relation. Marleorocgh. o Le duc de Marlborough aux États-Généraux : « Hauts et puissans seigneurs.
le vaillage de Bleinheim vingt-sept bataillons de bonne infanterie : là fut sa faute, car il dégarnissait trop le centre de sa ligne. Le prince Eugène n'avait fait qu'une fausse attaque, et Marlborough, en profitant habilement, marcha de front sur la position du maréchal de Tallard : beau spectacle que ces charges de cavalerie française et allemande , toutes glorieuses, toutes sanglantes ! On se refoula à plusieurs reprises ; mais l'infanterie française était réduite à ce point
je me suis donné l'honneur d'écrire à vos hautes puissances dimanche passé, pour les informer de la résolulion que nous avions prise d'assiéger Ingoistadt et de la situation des ennemis; le même soir , sur les onze heures, nous apprîmes qu'ils avoienl passé le Danube à Lavingen, sur quoi je lis avancer à minuit le général Churchill, avec les vingt bataillons qui avoienl passé le Danube ce même jour pour renforcer le prince Eugène , et à trois heures du malin je me mis en marche avec le reste de l'armée, dont une partie , pour faire d'autant plus diligence, prit la marche du général Churchill, et la cavalerie avec la première ligue de l'infanterie , passa le Lech à Rain et le Danube à Donawert. ÎS'ous joignîmes ce même soir le prince Eugène , et campâmes avec la droite à Appertziioseu , et !a gauche à Munster, avec dessein de prendre le lendemain ce camp de Hochstedt ; mais quand iM. le prince Eugène et moi vînmes le reconnoitre a\cc quarante escadrons, nous trouvâmes que l'ennemi l'avoil déjà occupé, sur quoi nous prîmes la résolution de marcher à lui , comme nous fîmes hier. L'armée clant en uiouvemenl dès les deux heures du matin , à quoi il ne s'éloit pas attendu , nous nous vîmes en présence sur les six heures; entre huit et neuf, on commença à secanonner; mais comme les ennemis avoient deux ruisseaux devant eux, avec nne espèce de marais, de sorte que la cavalerie se trouva obligée de défiler, et que M. le prince Eugène avoit un grand détour à faire, il étoit bien une heure après midi avant qu'on en pût venir aux mains. Les ennemis se formèrent en deux corps , l'électeur et M. de Marsin à leur gauche, et M. de Tallard avec toutes ses troupes à la droite ; ce dernier tomba à mon partage ; enfin l'action s'échaulTa, et continua jusqu'au soleil couchant, quand il a plu au bon Dieu d& donner aux hauts alliés une Aictoire des plus complètes. Il est impossible d'exprimer la bravoure des troupes , tant généraux et officiers que soldats , qui méritent toutes les louanges qu'on peut leur donner, la cavalerie ayant ele obligée de retourner à la charge cinq fois; mais le temps ne me permet pas d'entrer en détail ; toute leur armée a été mise en déroute; nous en avons fait un grand carnage, et avons pris leur camp avec leur canon et munitions. De mon côté, nous avons pou:?sé plus de trente escadrons dans le Danube , où nous avons vu périr la plus grande partie, et fait M. de Tallard avec beaucoup de ses ofTiciers généraux prisonniers. Dans le village de Bleinheim, que les ennemis avoient fortifié, j'ai fait vingt-six bâtait Ions avec douze escadrons, tous prisonniers à discrétion ; outre cela, nous avons pris un grand nombre d'étendards et de drapeaux.
» Je ne sais pas encore le détail de tout ce qui s'est passé à la droite ; mais la bonne conduite de M. le prince Eugène, et la bravoure de ses troupes, onl particulièrement éclaté dans cette glorieuse journée , dont je ne veux pas tarder à féliciter vos hautes puissances , les remettant pour le reste au colonel Parcke , uq
tJe présenter à peine dix mille hommes disponibles ; ses carrés furcr.t brisés, tandis que les vingt-sept bataillons jetés dans le village de Bleinheim restaient l'arme au bras sans pouvoir prendre part à l'action. Le maréchal de Tallard fit la grande imprudence de ne pas Ich rappeler au centre de la bataille. Elle fut perdue, cette bataille d'Hochstedt ! et ce qui occasionna un vide irréparable, ce fut la capitulation des vingt-sept mille hommes bientôt cernés dans le village de Bleinheim ; tous restèrent prisonniers de guerre, ils ne subirent qu'une ou deux sommations, et se rendirent sans se battre. Chose remarquable, un siècle plus tard, et pour ainsi dire jour pour jour, il se signait à quelque distance d'Hochstedt une capitulation semblable ; Mack livrait Ulm avec trente mille hommes à Napoléon , comme si un corps aussi nombreux d'infanterie ne pouvait pas toujours se faire une trouée sur un point de la ligne *.
La bataille d'Hochstedt ou de Bleinheim changea tout-à-fait la situation stratégique des armées de France; toute la campagne s'était poursuivie jusqu'alors sur le Danube, les combats s'étaient donnés au centre même de l'Allemagne ; maintenant il fallait opérer une re-
Oemes adjudans généraux, qui, ayant été dans l'action, pourra leur en dire les particularités de bouche.
» Je suis, de vos hautes puissances, etc., etc. Au camp de Hochstedt, ce 14 noùt 1704.
» Signé le duc de Marlborodgh. »
J'ai également trouvé un autographe du prince de Ilesse-Cassel.
« Hauts et puissant seigneurs, comme vos hautes puissances m'ont confie leur eavalerie, je crois qu'il est de mon devoir de les avertir que nous avons eu le bonheur de battre l'armée auprès de Hochstedt à plate couture ; et pour les particularités, j'aurois de la peine à en faire un détail, car l'alTaire s'est finie avec la nuil. Mais toujours nous avons ruiné toute laile gauche de la cavalerie, et aussi quelques bataillons que nous avons taillés en pièces ; l' infanterie se rendit maîtresse d'uu village, où elle a pris ou tué vingt bataillons. Je puis assurer vos hautes puissances que leur cavalerie a fait des merveilles, et tous les ofTieiers généraux , et aussi le général Hompesch, qui s'est fort distingué. Je suis avec un attachement bien respectueux, hauts et puissans seigneurs, etc. , etc., le 13 août 1704.
» S/jne Frédéric Hessen. »
« P. S. Vos hantes puiseances me pardonneront que ma relation n'est pB< plus exacte, mais c'est la nuit à onze heures que je l'écris, et je suis un peu fatigue «le la bonne journée. Mon aide de cemp a pris en ma présence le maréchal dï> Tallard. »
' J'ai retrouvé, en 1S37, dans les souvenirs de quelques habitans d'Ulra , l'explicalioD de la conduite de Mack.
traite précipitée sur le Rhin ; on ne pouvait plus compter l'armée du maréchal de Taliard; il était lui-même demeuré prisonnier avec trente mille hommes d'infanterie ; sa cavalerie était démontée, la Bavière envahie ; l'armée du maréchal de Villeroy devait en toute hâte se retirer sur le Rhin et couvrir l'Alsace. Bien des fautes avaient été commises : j'ai déjà dit l'extension démesurée qu'on avait donnée aux opérations militaires, ayant leur tête au Tyrol et leur dernière aile en Flandre et aux Pays-Bas; il y avait de trop grands intervalles pour que l'armée des alliés ne tentât pas de se jeter dans les lacunes. Quant à la bataille d'Hochstcdt, elle fut perdue par une erreur impardonnable en stratégie, c'est de grossir démesurément une aile de bataille, en dégarnissant le centre. L'armée française en Allemagne se trouvait alors dans la même situation à peu près que Napoléon après Leipsick : comme cette armée était dans une position sans appui, la perte d'une seule bataille la refoula sur le Rhin. Le théâtre de la guerre fut reculé de plus de cent lieues.