‹ Louis XIVChapitre 18 sur 32 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

IKS COCRS DE FRANCE, D ESPAGNE ET DE SAINT-GEBMAIN.

Longue posicrilé de Louis XIV. — Naissance du duc de Bretagne. — Fètcs de la bourgeoisie. — Découragement des esprits. — Eiïorls de l'adminislralioii. — Nobles. — Villes. — Peuple. — La cour d'Espagne. — Gouvernement de la mouarchie pendant l'absence du roi. — La princesse des Ursins. — Le conseil de Castille. — Provinces. — Catalogne. — Valence. — Aragon. — La cour de Saint-Germain. — Jacques III. — Sa famille. — Projets d'une restauration on Angleterre.

lîOfi— 1705.

La longue postérité de Louis XIV s'agrandissait encore par la naissance d'un arrière-pelit-fils; la sémillante duchesse de Bourgogne donnait la vie à un bel enfant, qui prit le nom et le titre de duc de Bretagne ; le vieux roi fut au comble de ses vœux ; trois générations perpétuaient sa race ; il les voyait croître autour de lui. Rien déplus imposant et de plus gracieux tout à la fois que cette famille de Louis XIY réunie à Versailles, telle qu'elle nous est retracée encore par la grande peinture, rare et précieux monument de l'art: qu'il est grave et solennel ce vieillard entouré du dauphin , homme mûr déjà, du duc de Bourgogne, du roi d'Espagne, du duc de Berri ses petits-fils, et de cet enfant au berceau, gras, joufîlu, tout empaqueté de riches malines, et la poitrine ornée du beau cordon bleu! Le roi répugnait alors à se faire peindre ; on l'avait tant reproduit dans ses jeunes années, avec les attributs de force et de vie ; maintenant les rides couvraient ses traits, les caractères de la vieillesse se dessinaient sur son front majestueux, et sa large perruque en déguisait à peine l'outrage ineffaçable; souvent M"" de Maintenon l'avait trouvé une larme à l'œil en contemplant les portraits de sa jeunesse, car rien

n'est triste comme un portrait qui demeure seul des beaux jours de l'exiï^tence, témoignage désolant des ravages que le temps a faits sur la vie. Louis XIV n'aimait plus de cette vie que le travail et le devoir; toutes ses émotions se portaient sur le grand œuvre de la monarchie; «I se réservait pqur son gouvernement, il ne quittait plus ses appartemens que pour la chasse dans la forêt de Versailles et quelques distractions dans la chambre de M°" de Maintenon. Toutefois il y avait cela de doux et de facile dans ce royal vieillard, qu'il aimait que toute sa cour s'amusât ; il ne voulait pas que la nouvelle génération s'aperçût de ses souffrances, de ses ennuis, et la duchesse de Bourgogne était merveilleusement propre à embellir cette magniGque cour; elle était chargée de distraire la partie jeune et active de Versailles et de Marly *.

Elle venait donc de donner un fils à la France, M""' la duchesse de Bourgogne : le duc de Bretagne fut revêtu du cordon bleu à son berceau ; et le roi voulut que toute la cour prît part à cette douce joie ; on se contint jusqu'au jour des relevailles de M"* la duchesse; on fit jeu il'enfer, danse en sa chambre, car elle aimait toutes les distractions, même le brelan. Le roi lui réservait une belle surprise; Louis XIV ^'était conservé d'une galanterie et d'une grâce parfaite, a Le roi avoit préparé pour M"' la duchesse de Bourgogne des présents magnifique?» qu'elle devoit trouvera chacun des douze pavillons de Versailles, et ces présens lui auroient été faits par des dames qui l'auroient attendue à la porte de ces pavillons. Le roi devoit mener la duchesse de Bourgogne dans son chariot, et elle n'avoit aucune connoissance de ce que sa majesté vouloit faire pour elle. Louis XIV, voyant l'après-dîner qu'il pleuvoit, et n'étant pas assuré de pouvoir faire toute la prome» nade , prit le parti de faire apporter tous ces présens chez M""^ de Maintenon , où il les donna à M"* la duchesse de Bourgogne, qui en fut fort touchée. Il y avoit des vers très-jolis qui accompagnoient chaque présent, et ces vers étoient de Belloc '. Parmi les présens il y avoit deux cabarets, un d'or et un d'argent, travaillés à la perfection ; un portrait de M"' la duchesse de Bourgogne tenant monseigneur le duc de Bretagne sur ses genoux, avec une bordure magnifique ; beaucoup de belles pièces d'étoffe de Perse , de la Chine et de France ; une

' Mercure de France, tnn. 170Î.

' Journal d« Dangtau, ann. 170i.

cave pour des essences , des robes de chambre toutes faites , des tabliers, des éventails , des parasols , un rouet de la Chine et des ballots de soie, parce qu'elle aime à filer : enfin, le roi n'avoit rien oublié de tout ce qu'il croyoit qui lui pouvoit faire plaisir. Sur les sii heures, le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent. Le roi les reçut dans le jardin et les mena dans un endroit auprès du mail , où l'on avoit préparé une collation magnifique, avec des buffets nouveaux de porcelaine et de cristal , sur des tables de marbre blanc , sans nappe. Le roi d'Angleterre , messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berri , les princesses et beaucoup de dames angloises et françoises étoient à table ; la reine d'Angleterre ne s'y mit point , et le roi la mena au papillon des Globes, où le roi d'Angleterre et M"' la duchesse de Bourgogne les rejoignirent après la collation, et achevèrent de faire le tour du jardin avec eux. Au retour delà promenade, la reine allachezM""' de Maintenon, pendant que le roi travailloit avec M. de Chamillard, et que le roi d'Angleterre jouoit dans le salon. A l'entrée de la nuit, les tambours, les trompettes, les timbales, les hautbois annoncèrent que le feu alloit commencer. L'arc de triomphe qu'on avoit élevé par-delà l'abreuvoir, autour duquel étoit écrit : Pour Adélaïde , fut illuminé encore plus magnifiquement que le jour qu'on arriva ici. Les bords de la pièce d'eau et des cascades furent fort illuminés aussi. Le temps étoit à souhait. On avoit laissé entrer dans les jardins une infinité de gens venus de Paris, et qui n'embarrassoient point pour la vue. Les rois et la reine étoient dans des fauteuils à la porte du salon. Les fusées commencèrent à neuf heures, et tout le feu fut le plus beau du monde, et on laissa brûler ensuite tout l'arc de triomphe; à neuf heures et demie, on se mit à table, et durant le souper on chanta les vers qui avoient été faits pour M"^ la duchesse de Bourgogne , et qu'on avoit déjà chantés le premier jour qu'on arriva ici. Après le souper, le roi et la reine d'Angleterre retournèrent à Saint-Germain. La plupart des gens qui étoient venus de Paris pour le spectacle demeurèrent dans les jardins jusqu'à minuit *. »

A Paris, ce furent des fêtes non moins magnifiques; la bour- 'geoisie aimait alors ses rois avec passion ; quand il leur naissait un fils, c'était l'enfant de tous; il fallait voir la joie naïve des halles, le branle de toutes ces harengères ! Qu'il était doux ce nom de fils de

• Journal de Dangeau, ann. 170î.

France , ce culte du peuple pour le royal entant au berceau , mystérieuse tradition qui venait de Jésus , le rejeton de David , jusqu'au dauphin , le fils de la monarchie ! Pour la naissance de M. le duc de Bretagne , il y eut un feu de fagots à l'hôtel de ville en Grève , haut de sept étages , et tous ces fagots brûlèrent la nuit avec un éclat et des gerbes étincelantes; hélas! ce pauvre enfant ne vécut pas de longues années; le duc de Bretagne prépara cette cruelle suite de funérailles qui couvrit de deuil toute la famille royale. Quand la mort vous prend ainsi une race, elle est impitoyable , elle frappe, sans se lasser, vieillards, enfans et jeunes filles ; elle semble s'asseoir au banquet , et boire dans la coupe à la ronde, comme dans l'œuvre magnifique d'Albert Durer.

La cour s'était faite alors un peu littéraire ; non point de cette grande et respectueuse littérature de la belle époque de Louis XIY , si louangeuse pour le roi , mais de cette autre littérature qui devenait philosophique et mordante ; la duchesse du 3Iaine donnait le ton à la nouvelle école des gens de lettres; elle était fort spirituelle et faisait des vers avec grâce ; son salon se composait de poètes avec lesquels elle vivait dans la plus intime familiarité; sa maison de Sceaux était le rendez-vous des beaux-esprits du temps, et , princesse romanesque , elle appelait La Mothe Houdard son berger ' ; l'étiquette était tout-à-fait oubliée dans ces petits soupers où la galanterie et l'esprit faisaient assaut de gentillesse. Ce fut l'origine de l'école mélangée de nobles et de gens de lettres qui domina le di*huitième siècle. Le roi avait bien quelque répugnance pour cette égalité , il pouvait s'en plaindre ; mais la duchesse du Maine n'étaitelle pas la femme d'un des fils chéris de Louis XIV, ce jeune homme tout boiteux sauvé aux eaux de Barrège par les soins de M"°* de Maintenon ? Le roi avait toujours pour ses enfans naturels un faible et une tendresse indicibles. La duchesse du Maine excellait dans l'art déjouer la comédie; elle dansait, aux chansons, les plus gracieux des menuets de la cour ; une jolie voix récitait des noëls , tandis que les quadrilles exécutaient les rigodons joyeux et les danses à caractère de l'Espagne et de l'Italie. Rien n'était comparable à ces quadrilles sous les grandes chamilles de Versailles et de Marly *.

' Il faut consulter sur l'esprit de celle cour de Sceaux le Recueil des lettres di La Mothe, qui sert de supplément à ses OEuvres, publié par Tabbé Le Blanc.

' Journal de Dangeau, ann. 1705.

Si la duchesse du Maine aimait la poésie , le duc d'Orléans faisait de la musique avec passion et composait des opéras. Depuis la mort de Monsieur, frère du roi , le duc d'Orléans s'était mis en meilleurs rapports avec son oncle ; ces douloureux évènemens qui brisent le cœur , ces deuils qui désolent les races , resserrent les membres d'une même famille; on ne peut rester divisés quand la mort impitoyable nous pousse à la terre , notre origine commune. Le roi avait comblé le duc d'Orléans de toute espèce de faveurs; il lui avait fait près de 1300 mille liv. de pension, indépendamment de ses immenses apanages; il l'accueillait avec une bienveillance triste , qui rappelait sa tendresse fraternelle pour Monsieur. Le duc d'Orléans s'était plaint d'avoir été omis dans le testament de Charles II d'Espagne, quoique sa branche eût des droits par Anne d'Autriche son aïeule; Louis XIV lui permit de réclamer auprès de Philippe V, et le duc confia ses intérêts à l'abbé Dubois, son secrétaire de commandemens. L'origine de l'abbé Dubois était obscure, mais son habileté incontestable ; mêlé tout jeune homme aux négociations de la famille de Monsieur et de la maison d'Orléans *, il avait été plusieurs fois remarqué par Louis XIV, qui lui donna un bénéfice en récompense. On disait que Dubois s'était prêté à des complaisances de débauche pour s'attirer la confiance du jeune duc d'Orléans. Je ne veux pas savoir ces tristes particularités ; l'histoire ne va pas remuer le fond et la lie des caractères : dans la vie privée , qui peut se dire complètement pur et saint? qui n'a quelque plaie à cacher dans les infirmités de notre nature? L'abbé Dubois était un homme habile , un esprit à ressources, et ceci suffisait à sa mission d'Espagne ; M. le duc d'Orléans avait besoin de s'oublier lui-même et de contenir son activité brûlante , ce qui mène à de honteux excès. Le roi n'avait pas voulu jusqu'alors lui confier un commandement militaire ; le duc d'Orléans se sentait à la tête et au cœur certaines destinées; il les étouffait sous de vulgaires plaisirs. Souvent , lorsqu'on a conçu des idées un peu Gères , lorsqu'une ambition élevée vous dévore , on cherche à déjouer l'œil vigilant qui vous surveille , par une vie dissipée et insouciante : c'est l'innocence et l'imbécillité de Brutus dans la ville de Rome. Le duc d'Orléans

• L'abbé Dubois était de la race méridionale , Gne et rusée. II était né à Brirela-Gaillarde, le 6 septembre 16S6, cl avait alors cinquante ans. Je retrouvera* plus tard le cardinal Dubois k la régence.

9'atlonnait aux sciences occultes et à la musique avec frénésie ; il avait composé l'opéra de Panthée , les paroles étaient de La Fare ; on le joua chez la princesse de Conti à Fontainebleau '. De temps à autre , pourtant , la poitrine du prince bouillonnait, et il demandait uu roi qu'on l'employât dans le mouvement de la guerre active ; il caressait toutes les vanités de Louis XIV, et la duchesse d'Orléans consentit à donner les honneurs à la duchesse de Bourgogne ; ces honneurs consistaient à lui offrir les gants, l'éventail et le verro d'eau sucrée sur le plateau d'or, vieille coutume empruntée à la féodalité, alors que les grands vassaux servaient à cheval le suzerain au banquet.

La petite fée de toute cette cour était toujours la duchesse de Bourgogne , enfant gâtée , qui se tirait, à force d'esprit , de la position fausse que le duc de Savoie son père lui avait faite en secondant la coalition; le roi , avec cette noblesse qui le caractérisait, ne lui parlait jamais de la rupture du duc de Savoie; il ne témoignait ni froideur ni méfiance ; la duchesse ne cessait d'entrer dans le cabinet de M"' de Maintenon , d'assister au travail , et jamais il n'y avait eu la moindre crainte qu'elle n'abusât de cette liberté, en révélant les secrets d'État au duc de Savoie son père ; elle était trop pleine de ses plaisirs, et Louis XIV, vieux roi, redoublait auprès d'elle d'attentions et de prévenances. Il y eut alors frénésie pour les bals masqués, on en faisait à toutes les soirées du carnaval; le vieux roi, pour complaire à sa jeune cour, y paraissait lui-même; et comme l'étiquette était que tout le monde fût masqué , Louis XIV mettait sur ses vêtemens une robe de gaze légère et transparente *. L'opéra , les bals , les mascarades formaient ainsi les distractions d'une noblesse alors devenue très-active et très-brillante. La triste bataille d'Hochstedt Jeta le deuil au milieu de Marly et de Versailles, tout entiers aux folles nuits du carnaval.

Le roi Louis XIV considérait la maison d'Espagne comme sa propre famille ; il venait d'envoyer son portrait à son petit-fils, et les

' Le duc d'Orléans dessinait à perfection ; on voyait encore au château de Meudon, avant nos troubles politiques, des peintures parfaites de sa main; il a dessiné et gravé les belles estampes de l'édition de Daphnis et Chloé, dans la traduction d'Amyot. La plus curieuse Vie du duc d'Orléans est celle qui a été imprimée à Amsterdam, sans nom d'auteur, onn. 1737.

'* Journal de Dangeau, ann. 1703. — Mercure galant , idem.

conseils n'avaient pas manqué à son inexpérience : jamais correspondance plus active que celle du roi de France et de Philippe V ; et les aliit's avaient bien raison de dire que les deux royaumes n'en formaient qu'un, sous la commune impulsion de Louis XIV*. Ils étaient pourtant passés ces temps heureux de l'avènement ; le jeune Philippe V n'excitait plus dans la Péninsule cette unanimité de sentimens et d'amour qui avait salué son arrivée à Madrid. Le roi avait quitté l'Espagne pour se porter en Italie, théâtre même de la guerre : on a vu qu'il avait laissé le gouvernement d'Espagne h sa jeune femme Marie de Savoie ; spirituelle et douce, la reine s'était entièrement placée sous l'ascendant de la princesse des Ursins, sa camareria major, puissance exclusive de cour à l'Escurial ou au Buen-Reliro. Marie-Anne de la Tremouille, de cette grande famille Si ardente sous la Fronde, avait d'abord épousé le prince de Chalais, cadet des Talleyrand; exilée par un ordre de Louis XIV à la suite du duel du prince de Chalais, elle vécut galante et riche à Rome, la vieille capitale du monde chrétien ; elle y avait connu le cardinal d'Estrées ; è la suite de quelques intrigues amoureuses, on lui avait fait épouser le prince Bracciano, possesseur de cette belle villa Orsini, qui n'a de pareille à Rome que la villa Borghèse, si riche de ses eaux et de ses parcs, près de la porte du Peuple, qui couronne le Corso romain ; c'est de la villa Orsini que la princesse avait pris son nom d'Orsini ou d'Ursins, sous lequel elle devint si célèbre. La princesse avait emprunté la dextérité et l'esprit des Talleyrand et le courage des la Tremouille ; elle était habile à suivre toutes les négociations, et c'est d'après les dépêches du cardinal d'Estrées qu'elle avait été choisie comme camareria major pour Marie de Savoie, devenue depuis reine d'Espagne * : la princesse des Ursins obtint bientôt un puissant ascendant sur sa souveraine, jeune femme naturellement entraînée vers une plus vieille expérience; la reine d'Espagne, timide comme à dix-sept ans, appelait un guide sûr et fidèle dans la tâche difficile

' La correspondance de Louis XIV et de son petit-fils se trouve encore » Versailles; quelques lettres ont été publiées k la suite des Mémoires de Lou- Ville,

' La princesse des Ursins était née en IG'i.^; elle avait donc soixante çns. DéjA M°» de Hfaintcnon écrivait d'elle au roi Pliilippc V : « Votre majesté trouvera dt la joie dans la reine, qu'on dit être pleine d'esprit, et M™« des Ursins est trèspropre à aider votre majesté à la former. » (Corresp. de M"» de Maintcnoo , aoD. 1703).

que la régence lui imposait pendant l'absence du roi, alors à la guerre d'Italie. La princesse des Ursins parlait élcgamnnent la langue italienne, si chérie de la reine ; elle jargonnait l'espagnol avec une facilité prodigieuse ; son système fut bien simple : il consista tout entier à dominer l'esprit de Marie de Savoie, et à se poser exclusivement Espagnole. On vit une chose étrange ! un-j Française désignée par Louis XIV comme camareria major, combattre ouvertement l'influence de la France ; la princesse des, Ursins parvint à éloigner du conseil de son souverain le fidèle Louville , le seul gentilhomme français qui eût accompagné Philippe V dans le sombre Escurial. La princesse atténua autant qu'il fut en elle le crédit du cardinal d'Estrées, ambassadeur de France à Madrid; elle grandit le pouvoir des Espagnols ; elle eut sa cour, ses amis dans le conseil d'Espagne, si bien qu'on disait que la princesse agissait ainsi pour convaincre l'Europe qu'en aucun cas les deux monarchies ne seraient réunies. Un des griefs de la coalition était le rapprochement trop intime des deux monarchies ; Louis XIV voulait peut-être témoigner que le cabinet de Madrid marchait dans sa propre impulsion ; habile tactique au moment où l'Europe lançait ses manifestes contre l'insatiable ambition de Louis XIV *.

Au retour de Philippe V à Madrid, le pouvoir de la princesse des Ursins se continua ; dans cette cour du Buen-Retiro ou de l'Escurial, si compassée, si pleine d'ennui et de cérémonial sombre et fastueuï, le roi ne trouvait de délassemens et de jouissances qu'avec sa jeune femme, sémillante ainsi que toutes les princesses de Savoie ; la reine exerçait donc sur Philippe V une puissance exclusive, et comme elle était soumise à la princesse des Ursins, toutes les affaires se dirigeaient par l'héritière des la Tremouille. La collection de ses dépêches est curieuse ; comme à tout ce qui émane des femmes, il y préside un esprit d'observation et de finesse, un mélange de petites et de grandes choses, d'intrigues rusées et de légèreté ; la princesse des Ursins s'occupe de mille objets futiles à côté du travail sérieux; elle marche à son but ; elle passe avec une dextérité extrême entre toutes les difficultés, et les évite constamment. Plus tard, cette correspoiidance prit une grande activité, avec M""* de Maintenon surtout : deux

' Comparez les deux correspondances de M"^ de Maintenon et de la [jrincesse des Ursins. Paris, 1818.

femmes d'esprit et de coiiduite, si habiles et si avancées dans la vie d'intrigue, devaient s'entendre pour imprimer une commune direction aux affaires '.

La position de Philippe V était délicate ; le parti de l'archiduc avait jeté des traces profondes dans les provinces, spécialement en Aragon et en Catalogne, pays de vieille liberté municipale. Les alliés avaient promis aux provinces leurs fueros, et rien n'était plus populaire en Espagne que ces anciennes constitutions de villes, d'états et de royaumes ; on ne comprenait là une monarchie que comme l'associa lion des communeros et des municipalités, de l'église et des corporations de la province; enfin, le gouvernement d'un seul roi avec des institutions séparées. Les idées si pleines d'unité et de force qui présidaient au gouvernement de Louis XIV ne pouvaient précisément s'adapter à un système de morcellement. Le cardinal Porto-Carrero, le secrétaire d'État don Manuel de Arias, tout le conseil de Castille, étaient très-dévoués à Philippe V ; mais il se forma une opposition de nobles Castillans sous les ordres et les inspirations de l'Amirante de Castille. Ni Philippe V, ni la princesse des Ursins n'avaient osé heurter de front le fougueux don Juan-Thomas-Henriquez de Cabrera, le brillant Amirauté; on l'avait dès lors désigné pour l'ambassade de France où il devait représenter son nouveau souverain le petit-fils de Louis XIV. On cherchait un prétexte pour l'éloigner de Madrid : don Juan accepta la mission ; mais à peine était-il arrivé à Burgos, qu'il se détourna de la route et prit le chemin de l'Estramadure et du Portugal; il fixa sa résidence à Lisbonne, où les nobles méconteni vinrent le joindre, et il attendit dans cet exil volontaire le mouvement des aUiés contre la monarchie espagnole '.

La fuite de l'Amirante jeta de vives alarmes à la cour de Philippe V; cet acte d'opposition pouvait devenir le signal d'un armement général de la grandesse dans les provinces ; la famille de l'Ami» rante était nombreuse, ses alliances plus considérables encore, st fortune immense ; et dans ce pays d'Espagne, tout naïf de croyances, il en était comme au moyen âge, où toutes les familles se disaient et se proclamaient solidaires des torts faits à leur blason. Ainsi, d'une part, la cour d'Espagne était sous la main de la princesse dei

' Correspond, de M™" de Mainlenon et de la princesse des Ursins, ann. 1704» ' Memorias del marchese de San Felipe , ad ann. 1704.

Ursins, active, intrigante, gouvernant toutes les affaires de la monarchie ; le roi Philippe V, ennuyé de sa couronne, n'avait d'autre distraction que sa jeune femme, enfant couronnée. Il n'y avait plus de noblesse française à Madrid ; aucun carrousel ni fête galante ; quelques combats de taureaux où le roi assistait sans plaisir et presqu'en frémissant , à l'aspect de ces chevaux d'Andalousie aux entrailles béantes; une cour qui n'était qu'un vaste monastère, unegrandesse difficile à conduire et à gouverner. D'un autre côté s'élevait un prétendant redoutable, cet archiduc descendant de Charles-Quint, si glorieux encore dans les annales d'Espagne. Telle était alors la situation de la branche cadette du petit-fils de Louis XIV, régnant sur les deux mondes, dans cette immense monarchie où le soleil ne se couchait jamais '.

Une autre dynastie, mais exilée et proscrite, vivait sous l'abr! royal de Saint-Germain. Depuis la mort de Jacques II , son fils Jacques III , tout enfant , avait été reconnu et salué comme roi d'Ecosse, d'Angleterreet d'Irlande; les honneurs Tui étaientrendusen cette qualité; Louis XIV mettait même une délicate attention à le proclamer au milieu de la multitude de ses courtisans. Quand le jeune roi d'Angleterre venait à Versailles visiter son royal protecteur , Louis XIV se hâtait de lui donner la droite aux banquets , aux fêtes de cour ; si le jeune homme dansait un menuet aux chansons, le vieux roi tout goutteux se tenait debout et restait découvert , quelles que pussent être les instances de la reine douairière d'Angleterre pour le faire asseoir dans son vaste fauteuil ; noble hommage au malheur ! il semblait que Louis XIV prît à plaisir d'élever la royauté d'autant plus haut qu'elle avait été plus avilie dans les tempêtes politiques. Il foulait constater que le droit était indélébile, au milieu même des changemens et des révolutions qui créent tant de fortunes nouvelles.

Jacques III n'était officiellement reconnu roi que par la France et l'Espagne • ; les Stuarts n'avaient d'amis que les Bourbons, par une

• Mémoires du marquis de Louvillc ; correspondance avec M. de Torcy . ann. 170i.

* J'ai trouvé une letlre autographe de Jacques III à Philippe V :« Monsieur mon frère, je ne puis exprimer les sentimens de reconnaissanre aveclesquels j'ai reçu la lettre de votre majesté , qui m'a été rendue par le marquis de Louville . par laquelle elle me réitère d'une manière si obligeante les assurances qu'elle ma tant de fois données de son amitié. Je suis plein de confiance que les elTels suivront UD jour les espérances que voire majesté me donne d'appuyer la justice d^

triste et étrange similitude de la fortune et de la destinée. En Angleterre, Jacques III était solennellement proscrit par le parlement : un acte des communes le confondait avec les traîtres et les ennemis, du repos public; le sentiment d'amitié de la reine Anne pour son jeune frère n'avait pu se manifester librement ; le principe aristocratique et protestant dominait les lords et les communes. Aucune sympathie n'était permise ; les partis grondaient contre le jeune Stuart, salué roi d'Angleterre par quelques fldèles sujets à Saint-Germain; ou n'entendait à Londres que les bills sanglans et les actes implacables contre les partisans du soi-disant roi Jacques III. Dans toutes les époques agitées, on marche à la proscription comme à une mesurede sûreté générale.

Cependant tout ne paraissait pas perdu pour la royauté des Stuarts: en examinant avec attention l'état des trois royaumes, il était possible de voir des élémens favorables à la cause légitime ; l'Irlande d'abord, toute catholique , frémissait sous la main de la conquête. L'état véritable de ce pays ressemblait à celui d'une nation domptée par la force ; les catholiques étaient traités en serfs ; les plus belles terresavaient été distribuées aux familles protestantes par la conflscation ; les catholiques irlandais étaient désarmés et tous violemment soumi* au serment du (est. L'Irlande manquait d'armes, de munitions, autrement elle eût entrepris une fois encore sa délivrance; elle eût proclamé les Stuarts, qui seuls offraient des garanties à ses conviction» politique et religieuse. Il n'était pas une grande famille catholique qui ne fût représentée parmi les régimens irlandais , si beaux corps sous les tentes royales de Louis XIV, et le suivant aux diverses campagnes. Les Irlandais avaient des ressentimens profonds contre la race anglaise , qui les traitait en vaincus et ne les gouvernait pas.

L'Ecosse n'était pas déterminée dans sa Ddélité aux Stuarts par le même motif; c'était un dévouement de race et de famille ; lesklans d'Ecosse reconnaissaient les Stuarts comme leurs propres rois , leur*

ma cause , et de seconder la bonne volonté du roi Irès-chrélicn pour moi. Aussi puis-je assurer votre majesté que personne au monde ne s'intéresse avec tant do «èle à son affermissement dans la monarchie d'Espagne, et il me semble trèsjuste que le ciel récompense votre majesté de la tendresse qu'elle a pour se* «mis, par des victoires continuelles sur tous ses ennemis. Mes souhaits pour cette fin et mes prières les plus ardentes la suivront partout, étant avec un trcsfcincère ailachement, de votre majesté le bon frère cl cousin , Jacques R. j*

•ouverains antiques de noblesse et d'armes ; c'était aui montagnes .. lesStuarts avaient pris naissance; leur palais brillait à Holy-Rood;' sur le seuil de ces portes sacrées on voyait les grandes armoiries des Stuarts au milieu des bois de cerf, des défenses de sangliers , nobles dépouilles des forêts. L'Ecosse gardait des haines profondes et nationales contre l'Angleterre et cette dynastie orangiste et allemande qui avait employé tant de violence dans sa conquête. Les tribus delà montagne restaient fidèles; plusieurs régimens écossais avaient pris du service en France ; une compagnie de gardes résidait auprès de Jacques III; il n'était pas un klan qui n'eût en sa mémoire l'hospitalité qu'il avait donnée à Charles II, le jeune homme aux belles mains héréditaires , poursuivi par les armées de la république à l'époque des saints de Gromwell. De temps à autre, quelques messagers hardis parcouraient les montagnes et invitaient les klans à se tenir prêts pour une prochaine prise d'armes ; c'est à cette situation ardente des esprits qu'il faut attribuer l'acte de fusion de l'Angleterre et de l'Ecosse, et l'union des parlemens des deux pays, qui fut alors consommée, car il fallait assouplir les Écossais à la suprématie législative de l'Angleterre , de son Église et de ses lords *.

Cette Angleterre elle-même n'était pas sans offrir quelques partisans à Jacques III ; la grande majorité des Anglais avait embrassé la réforme; il n'y avait qu'un très-petit nombre de catholiques. Mais la réforme, telle qu'elle existait en Angleterre, n'était pas le protestantisme sombre et rigide de l'école calviniste : l'église anglicane avait ses pompes, une hiérarchie, un clergé riche et possesseur d'opulens presbytères , de luxurieux bénéfices , un épiscopat respecté , siégeant dans la chambre des lords; cette Église craignait l'invasion du principe calviniste et puritain au sein de l'Angleterre, la privation de son influence politique. L'avènement de Guillaume III n'avait-il pas menacé de faire triompher l'école de Hollande et de Genève ? que serait devenu dès lors le clergé anglican? On avait soin d'exagérer cette situation , et l'épiscopat n'était pas bien éloigné d'une grande restauration de la royauté ancienne. Une minorité parmi les lords également avait conservé au fond du cœur les principes d'honneur €t de loyauté envers les vieux souverains légitimes , et quoique les

' L'acte d'union de l'Angleterre et de l'Ecosse est du 27 janvier 1707 ; la rcu^ oion du parlement irlandais est bien postérieure en date (2 juillet 1800J,

peines les plus sévères fussent prononcées par le parlement , la plupart correspondaient avec les Stuarts par des commissaires secrets (jui venaient sur le continent , porteurs de paroles et de propositions» intimes pour une restauration enthousiaste.

Si l'on veut se faire une juste idée des espérances qu'inspirait là restauration des Stuarts, il faut lire les rapports secrets de leurs agens dans les trois royaumes; non pas qu'il l'aille ajouter une foi absolue à ces récits exagérés par le dévouement: la plaie des grandes causes est souvent cette manière aveugle dont les serviteurs trop zélés envisagent les affaires ; ils voient tout avec leur propre impression et leur vive impatience; ils se gardent d'étendre leurs aperçus loin d'une sphère étroite ; heureux encore lorsque l'intrigue intéressée ne s'en môle pas pour tout compromettre , et livrer quelques nobles têtes à Véchafaud ! D'après un de ces rapports secrets sur l'Ecosse, « un chef, homme de condition , député des montagnards , étoit venu pour offrir de leur part de prendre les armes au nombre de douze mille , s'il plaît au rôi de leur envoyer les secours dont ils ont besoin. Ils demandent deux frégates équipées à Brest , pour porter par le canal de Saint-Georges , ou en faisant le tour de l'Irlande , huit cents soldats françoisou irlandois dans la baie d'Inverary, aOn d'y attaquer un fort de terre où il y a une garnison de trois a quatre cents hommes ' qui affirment être prêts à se joindre à ces huits cents hommes de débarquement' , et aux douze mille montagnards avec leurs chefs. Ils demandent par les mêmes frégates quatre mille fusils pour armer ceux des montagnards qui en manquent, avec delà poudre, du plomb ai des pierres à fusil pour ces douze mille hommes , et des boulets de canon pour tirer contre les forts, du bir^cuit pour nourrir pendant un mois ces huit cents hommes de débarquement, et quelques tonneaux ♦l'eau-de-vie, tant pour ces soldats que pour les montagnards, et du sel au fond des frégates pour saler des viandes du pays pour la nourriture de l'armée. Ils demandent qu'on envoie au sud d'Ecosse un autre secours de six bataillons , partie François, partie Irlandois, avec six escadrons de dragons et deux de cavaliers sans chevaux , qui seront montés dans le pays , en y portant des selles, brides et armes à leur usage, et des vivres pour leurs subsistances pendant quinz»

' Rapports des agents secrets des Stuarts dans les papiers de Rcnaudol (Bitliolhèque royale).

jours , des armes pour armer vingt mille hommes , de la poudre , du plomb, des boulets et un train d'artillerie, et de faire embarquer ce secours à Dunkerque ou à Ostende pour aller débarquer à l'embouchure de la Fay , où il sera à portée de se joindre avec les douze raille montagnards et les quatre cents François qui seront à leur tête , et d'aller ensemble prendre le château de Myolin , où il n'y a que soixante soldats de garnison, la ville du même nom étant dansles intérêts du roi légitime , et marcher ensuite à Edimbourg où ils assurent qu'ils le feront proclamer et reconnoître. S'il se trouve trop de difficultés de faire passer les secours de Dunkerque et d'Ostende en Ecosse , à cause des vaisseaux anglois et hollandois , on propose de faire un armement à Brest et de l'envoyer tout à la fois , au nombre de quatre mille hommes de pied et de mille cavaliers et dragons démontés , à Inverary , pour marcher ensuite par Stirling à Edimbourg avec les douze mille montagnards. On demande aussi avec ces troupes cent mille francs pour monter les mille cavaliers et dragons, pour nourrir les douze mille montagnards , et pour les autres dépenses extraordinaires. On prétend qu'il faudroit faire partir ce secours à la fin d'août ou vers le 15 septembre prochain au plus tard , pour pouvoir agir avant l'hiver , et que les bons intentionnés , qui y sont en grand nombre , ne peuvent ni ne doivent se déclarer qu'après le débarquement du secours sans lequel ils ne seront pas en état de réussir, et avec lequel ils assurent qu'ils placeront leur roi sur le trône d'Ecosse , et le mettront en état de marcher ensuite sur celui d'Angleterre avec l'aide des amis qu'ils ont dans le nord de ce dernier royaume, qui sont prêts aussi à se déclarer; il y a ici un bon pilote écossois dont on propose de se servir pour conduire le secours dans un port sûr. Ils ajoutent que cette diversion mettra la France à même de donner la loi aux Hollandois, en leur rendant inutiles les forces d'Angleterre qui seront occupées à se défendre contre les Écossois ' . B

Les rapports qui viennent d'Angleterre sont plus circonspects ; ils parlent des raécontenteraens qu'excite la cour de Saint-Germain ; les intrigues qui se disputent le roi Jacques III sont nombreuses ; elles empêchent le légitime développement de la restauration ; ses parti-

' Rapports des agents écoçsaîs pour la restauration des Stuarts, papiers de Rcnaudol (Biblioth. royale).

sans s'en plaignent avec aigreur, a Depuis les dernières révolutions d'Angleterre, il s'est formé, dit un de ces rapports, divers parti» pour le rétablissement du roi, sans qu'on ait vu aucun succès considérable de ce que les chefs pourroient avoir promis. Si la plupart n'ont pas réussi, ce n'est pas qu'ils eussent mal pris leurs mesures, mais il est survenu des obstacles invincibles qui ont renversé tous leurs desseins, et ayant suivi ces affaires avec assez d'exactitude on trouve que les principales causes de ce mauvais succès se réduisent aux articles suivans : 1° qu'on a cru trop légèrement certains Anglois qui vouloient être maîtres de toute la conGance du roi, et qui promettoient plus qu'ils ne pouvoient exécuter; 2" que quand, sur le» avis venus de ces mêmes personnes, on avoit formé un projet, on a refusé toute confiance aux autres, et qu'on a rejeté avec mépris ce qu'ils ont mandé; 3° qu'on a trop fait de fond sur les paroles de plusieurs personnes qui n'ont aucun crédit dans la nation, et encore moins de capacité pour conduire de telles affaires; 4" qu'on a fait paroître en effet trop de défiance pour les presbytériens et pour ceux qui ont été engagés dans la rébellion; 5° enfin, que le conseil de Saint-Germain a depuis quelque temps, non seulement perdu toute confiance avec les meilleures tètes d'Angleterre, mais qu'il leur est devenu si suspect, qu'elles ne veulent plus en entendre parler, d'autant plus qu'on sait par expérience que des inimitiés particulièrea ont fait rejeter tout ce qui a été proposé par certaines personnes, que néanmoins on avoue être très-capables de faire beaucoup de bien, comme elles ont ci-devant fait beaucoup de mal. » Ces plaintes se ressentent du mauvais succès qu'avaient eu jusqu'alors les Stuarts; on s'en prenait à toutes les influences ; on cherchait à mettre sur les fautes particulières les coups de la triste fortune. Le danger des causes malheureuses est de se jeter dans les bras de l'intrigue et de périr par leurs divisions : les mémoires des agens secrets étaient soumis au conseil de Louis XIV ; le roi mettait tout son amourpropre de tête couronnée à restaurer la vieille dynastie écossaise; cette contre-révolution entrait dans son plan de résistance à l'Europe armée. Les réformés de la Hollande et de l'Angleterre cherchaient à soulever les huguenots des Cévennes ; le roi de France dirigeait ses efforts vers l'Irlande pour insurger les catholiques ; le principe religieux se mêlait partout au principe politique, jamais guerre n'en fut plus profondément empreinte.

Page 1