‹ Louis XIVChapitre 3 sur 32 · LETTRE SLU LA DERNIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

LETTRE SLU LA DERNIÈRE PÉRIODE

iius au milieu même de l'invasion, qui constituent l'immense hauteur de Louis \1V ; la dernière partie de son règne est une suite d'efforts et de merveilles. Dans l'histoire de tous les hommes élevés, il y a deux phases, comme dans l'existence humaine : le progrès et la décadence; Dieu a marqué ainsi au front les destinées î Depuis Alexandre jusqu'à Napoléon, les grandes vies se partagent en deux périodes : la gloire et l'infortune, la pompe et la misère, le monument de granit et le grain de sable qui roule dans l'éternité des âges.

L'histoire de Louis XIV fait une magnifique exception; quand le vieux roi est brisé par le temps et le malheur , il semble se relever pour la postérité ; cette dernière partie de sa vie brille d'un éclat qui saisit d'autant plus qu'on la touche de plus près; j'en ai fait l'étude profonde, parce qu'il y a de puissantes causes et d'immenses effets à révéler. Les deux volumes que je publie terminent le règne de Louis XIV, et embrassent précisément cette période si dramatique, dans laquelle le vieillard royal est aux prises avec tous les périls ; je le prends à la guerre pour la succession d'Espagne, et le conduis jusqu'à son lit de mort ; le roi est si grand encore dans cet instant solennel ! C'est une épopée de quinze années, si remplie, si féconde , qu'on me pardonnera l'étendue que j'ai cru nécessaire de lui donner. J'aime les travaux complets sur une époque de l'histoire.

Ce tableau s'ouvre par l'insurrection des Cévennes, violente, désordonnée, cette jaquerie de paysans huguenots qui a ses chefs, ses projets de renversement , cette Vendée du calvinisme ; car chaque opinion fatalement opprimée, a sa terre d'insurrection. Il a fallu exactement définir et étudier le véritable caractère de la révolte des camisards ; on verra dans ce livre les plus curieuses preuves de leurs intelligences avec l'étranger, le rajeunissement de toutes les idées de république méridionale, ce plan des gentilshommes huguenots depuis le seizième siècle. Il n'y a pas de persécution sans cause, à moins qu'un, pouvoir ne soit insensé ; et lorsqu'on voit un conseil aussi éclairé que celui de Versailles sévir avec autant de vigueur contre une opinion, il faut bien qu'il l'ait reconnue menaçante; était-il possible qu'un gouvernement régulier tolérât en France un parti qui favorisait l'ennemi armé contre la monarchie ?

La coalition se forme à la suite du testament de Carlos II et de l'avènement de Philippe V ; ce fut là sans doute le motif extérieur ; mais il y avait une double rivalité de religion et d'influence qui tôt ou

tard eût déterminé une réaction contre Louis XIV; l'avènement de Guillaume III, la révolution de 1688, devaient avoir leur guerre ; il n'y avait eu qu'une trêve par le traité de Ryswick; le principe protestant était en face du principe catholique, la royauté élue en présence de la royauté de race ; la révolution d'Angleterre unissait la Hollande et la Grande-Bretagne dans un commun système ; la mort du roi d'Espagne Charles II , son testament en faveur de Philippe V, poussèrent la'maison d'Autriche dans cette coalition violente qui fltla guerre pendant treize années. Les whigs ^avaient espérance de soulever les camisards; les royalistes de France favorisaient les Stuarts et les catholiques d'Irlande ; quand il y a une lutte de principes dans la politique, il est difficile que tôt ou tard la guerre matérielle n'éclate. J'ai dû pénétrer dans l'histoire intime de cette coalition ; les pièces que je publie donneront la véritable origine de tous cesmouvemens armés contre Louis XIV.

Mais ce qui était plus inconnu, moins révélé, c'était la cause première de la pacification d'Utrccht ; l'opinion vulgaire est que le combat de Denain frappa les alliés de terreur, et qu'il détermina la paix ; je constate dans ce livre que Denain ne fut qu'un accident ; le mobile réel delà paix fut une révolution ministérielle en Angleterre, le passage du pouvoir des mains des whigs dans celles des tories ; et cette révolution ne fut point amenée par le caprice de la reine Anne, par un mouchoir déchiré ou un vase renversé; il faut laisser ces circonstances, puérilement anecdotiques à la manière de Voltaire, à cette école de petits marquis musqués du dix-huitième siècle, qui cherchait les motifs de tous les évènemens dans les boudoirs. La cause de la disgrâce des whigs fut un mouvement électoral sous l'influence de l'église anglicane , qui renversa le ministère Godolphin et Marîborough ; les tories vinrent au pouvoir avec Bolingbroke et Harley ; la paix fut alors décidée. Je raconte l'histoire des négociations secrètes de Prier et de Bolingbroke à Fontainebleau ; il en résulte que le congrès d'Utrecht ne fut qu'une forme qui sanctionna un traité arrêté déjà par Torcy et les chefs dutorysme anglais. Et c'est ici précisément où se déploya l'habileté de Louis XIV : une fois l'Angleterre détachée de la ligue, la Hollande suivait cet exemple, et l'Empire ne pouvait seul lutter contre la monarchie française. Le traité de Rastadt entre le prince Eugène et Villars fut le dernier acte de la coalition ; mais cette grande alliance n'existait plus depuis le voyage

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