LETTRE SDR LA DERNIÈRE PÉRIODE
de Prior et de Bolingbroke à Fontainebleau ; l'idée d'une négociation séparée avec l'Angleterre l'avait détruite.
L'histoire des classes et de l'administration intérieure à la fin du règne de Louis XIV, excite un intérêt non moins vif; je l'ai suivie avec une attention indicible; si le clergé perd Bossuet , Bourdaloue, Fléchier, il salue Fénélon et Massillon, écrivains éloquens, mais qui agirent malheureusement sur l'esprit de la société. Fénélon est le chef de cette école d'un faux libéralisme, de ces sermonneurs du pouvoir qui l'affaiblissent sans rien mettre à la place. Je l'ai dit dans le cours de ce livre, un roi comme Télémaque eût été le principe d'un bouleversement social ; Fénélon et Beauvilliers firent du duc de Bourgogne un prince sans caractère, sans force morale ; ils le tuèrent pour l'autorité. Massillon , si haut placé, l'écrivain le plus magnifique du dix-huitième siècle , fut le déclamateur le plus ardent contre l'aristocratie et les conditions d'une société régulière ; son Peiil- Caréme servit de thème aux opinions vides et à mots retentissans.
11 y a des époques où se forme une sorte de conjuration contre tout ce qui est pouvoir; les esprits les plus doux et les plus timides se passionnent, et se mettent à démolir ou à délayer la puissance publique.
L'administration de Louis XIV , à la fin de son règne , reste ferme à travers les obstacles d'une vive opposition ; je ne sache pas de système qui ait produit plus de ressources pour une crise qui exigeait tant de sacrifices. Après la triste défaite d'Hochstedt, les forces de la France sont épuisées; le gouvernement de Louis XIV supplée à tout; Desmarets est aux finances et développe les élémens du crédit public ; l'administration des intendans, dans les mains d'hommes capables, donne une nouvelle vie aux principes mêmes de la monarchie ; l'organisation militaire, sous l'action deslieutenans généraux, stimule cette brave noblesse qui marche glorieusement aux combats; elle est ruinée, décimée par la guerre ; qu'importe ? elle se doit à son roi et à la couronne. La gentilhoramerie provinciale fut toujours admirable de sacrifices ; qu'avait fait pour elle la royauté? elle avait rasé ses châteaux, chargé ses terres de redevances, elle avait semé de sel ses champs, et coupé ses forêts ; elle lui avait demandé l'impôt du sang ; la noblesse avait tout donné par seul dévouement à la race royale , aux Bourbons, au chef de la gentilhommerie ; race souvent ingrate que ces Bourbons, car, rois militaires des gentilshommes , ils n'a-