‹ Louis XIVChapitre 5 sur 32 · DU RÈGNE DE LOUIS XIT. H · texte numérisé non relu

DU RÈGNE DE LOUIS XIT. H

vaient fait que les détruire et les abîmer au profit de la classe bourgeoise.

Cette bourgeoisie avait bien grandi sous le règne de LouisXIY; on verra, par les détails que je publie, les progrès immenses de la classe commerçante, de ces brillans armateurs de Dunkerque, de Saint- Maloet de Cette, hardis corsaires qui parcouraient toutes les mers; de ces puissantes maisons de Marseille, Bordeaux, qui prêtaient 20 millions au roi moyennant le denier 5. Le commerce était alors à son apogée, les belles ordonnances de Louis XIV constatent ses développemens. J'ai dû aussi parler du peuple, des halles, des confréries, des métiers, de ces maîtrises qui avaient leur garantie municipale sous l'invocation d'un saint. Au moyen âge, églises, communes, confréries et châteaux, étaient le symbole de l'organisation sociale ; les débris de cette poétique organisation finissent avec le dixieptième siècle ; un pouvoir central se pose à la tète de la société , et c'est depuis que se prépare la révolution française !

Louis XIV remplit son devoir comme chef de sa lignée ; ce fut le roi peut-être qui domina le mieux sa propre maison; que de querelles, que de rivalités entre les princes du sang, les légitimés, tous ces nombreux rejetons de sa race qu'il contient à peine de son sceptre d'or, comme les vieux rois d'Homère! Il faut se souvenir que sous les règnes précédons ces querelles de princes, ces mécontentemens de la famille royale avaient jeté le désordre dans le royaume; qui ne «e rappelle, sous la Fronde, les Condé chefs de gentilshommes, les Conti parlementaires, et Gaston d'Orléans, le frère puîné de Louis XIII, à la tète des factieux? Louis XIV met d'abord l'obéissance dans sa famille, et ce fut une œuvre difficile, car sa féconde lignée avait des prétentions de toute espèce, des prérogatives, des apanages à réclamer ; et puis , cette surveillance attentive sur la branche d'Orléans, respectueuse devant l'autorité royale, mais jalouse des droits d'aînesse ou de la puissance des légitimés ! L'art de Louis XIV fut de tout mêler ; le duc d'Orléans épousa M"" de Blois, née de M""' de Montespan ; le duc de Berry s'unit à une fille du duc d'Orléans; c'est en confondant ainsi les races qu'on neutralisait les prétentions de chacun ; le roi en faisait une même famille.

J'ai dû toucher une immense question historique, celle du testament de Louis XIV ; jusqu'ici on a donné cet acte de dernière vo-

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lonté comme une expression de la faiblesse aux prises avec l'intrigue de M"" de Maintenon et du duc du Maine ; j'établis, au contraire, que ce testament, dicté par la plus haute prévoyance, fut destiné à maintenir la couronne sur la tête de Louis XV. Etait-il prudent de constituer un pouvoir absolu de régence au profit du duc d'Orléans» quand il n'y avait qu'un orphelin entre lui et le trône ? A tort ou à raison, de tristes bruits étaient répandus sur de noirs complots et de fatales trahisons; que faisait Louis XIV en confiant la garde du roî au duc du Maine ? ne créait-il pas un contrôle naturel à une autorité qui pouvait devenir dangereuse? De son lit de mort où il fut si grand, au moment où son âme s'épancha dans le sein de Dieu, Louis XIV voyait la révolution de 1688 menaçante; il devait la craindre cette révolution, quand l'Angleterre la conseillait par lord Stair à M. le duc d'Orléans.

Lorsque tant de remaniemens sont à faire dans l'histoire grave» j'ai besoin de persister dans la méthode qui m'est un peu reprochée, de donner les pièces justificatives ; au milieu de cet océan de faits et d'incidens, les pièces authentiques sont les fanaux qui vous guident ; hélas! toutes les époques ont leur système ; les âges feront surgir de nouvelles idées, de nouveaux points de vue historiques; mais les témoignages vivront ; et ne restât-il pour moi que le modeste titre d'annaliste et de chroniqueur, je le porterais, fier d'avoir été le simple et fidèle interprète des générations qui ne sont plus.

J'achève donc encore une grande époque de l'histoire ; le règne de Louis XIV est accompli, et à sa mort commence une autre société. J'ai hâte, je le répète, de m'en retourner en pèlerinage dans les naïves chroniques ; j'appelle souvent , comme une poétique joie dans mes études, cette société du moyen âge, ces temps de croyance», de corporations, de communes et de traditions merveilleuses ; je m'y complais comme aujourd'hui à te voir, antique cité de Nuremberg, beau bijou du quatorzième siècle que j'ai là devant moi , avec ta svelte fontaine toute dentelée comme une cathédrale, avec ta maison de ville remplie des chefs-d'œuvre de ton peintre municipal, Albert Durer; ô Nuremberg! noble cité! je vois resplendir ton saint Sebald, ta chapelle du Saint-Sacrement, fêtée par la corporation des maîtres tonneliers au temps de tes burgraves bardés de fer, des pieux abbés d'Heilbronn et des braves chevaliers de Souabe. Ces temps ne sont plus, des générations nouvelles sont venues ; mais

toi, Nuremberg, tu es restée la ville du moyen âge, la digne OUe des maîtres et des compagnons, au milieu d'une civilisation trop agitée pour songer aux vieilles mœurs des ancêtres !

Nuremberg, septembre 1837.

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