CHAPITRE LVL
NÉGOCIATIONS DIPLOMATIQUES. — EECONNAISSANCE DB PHILIPPB T.
Louis XIV Yis-à-vis l'Europe. — Préparatifs des batailles. — Ambassades.— M. d'Avaux à La Haye. — M. Tallard à Londres. — Noies et manifestes sur la succession d'Espagne. — Traité militaire avec la Savoie. — Le Portugal. — Rupture définitive avec l'Empire.
Louis XIV avait prévu toutes les conséquences de sa résolution sur le testament de Carlos II ; la paix de Ryswick si hâtivement conclue, les forces et la magniflcence du camp de Compiègne , constataient toute la prévoyance du roi au cas d'une guerre plus générale soulevée par la succession du roi d'Espagne. Lorsque Louis XIV eut accepté le testament, il se prépara sans retard à combattre la coalition; il n'ignorait rien de ce qui se passait dansles cabinets; sa diplomatie surveillante et attentive lui rendait compte des moindres incidens à Vienne, à Londres et à La Haye; il sa vailles préparatifs en hommes de guerre qu'avaient arrêtés les trois puissances, les traités de subsides avec la Hollande, l'indignation de l'empereur Léopold, la haine et la jalousie de Guillaume III, les principes semés en Hollande par l'école des réfugiés ; combien n'était-il pas difficile d'éviter la guerre ! et cependant on n'osait encore la commencer. On était certain à Versailles qu'aucun des cabinets ne pouvait entrer immédiatement en campagne * .
Il était important d'abord de prendre une bonne position militaire: la cour de Versailles s'entendit avec l'électeur de Bavière, gouver-
' Dépêches de M. d'Avaux. Avril, ann. 1701.
neur des Pays-Bas, surdeui clauses essentielles d'un traité secret. L'électeur recevait une armée française dans ses États héréditaires, pour les défendre et les protéger contre l'Empire ; en même temps, en sa qualité de gouverneur des Pays-Bas, l'électeur donnait au roi de France, tuteur de Philippe V, la pleine et entière possession de la ligne de places fortes qui s'étendait sur les frontières de la Belgique. Ainsi l'armée de France n'avait plus à combattre sur son propre territoire; elle transportait la guerre en Bavière et dans la Belgique; elle s'assurait une position militaire qui d'Anvers s'étendait jusqu'à Francfort et Mayence, tandis qu'en Italie l'état de neutralité jusqu'ici gardé par la Savoie, favorisait la prise de possession du Milanais au nom du roi Philippe V.
L'occupation des places des Pays-Bas eut lieu presque immédiatement; le maréchal de Boufïlers, qui commandait en Flandre, vint à Bruxelles pour se concerter avec l'électeur sur l'exécution des projets. Tout se fit ainsi dans le secret le plus profond; le 6 février , trente mille hommes, commandés par M. de Puységur, se présentèrent simultanément aux portes ouvrantes des diverses places et s'en emparèrent comme par surprise. Les garnisons, presque toutes hollandaises, mirent bas les armes ' ; ces lourdes troupes, d'après les ordres du roi, furent renvoyées à La Haye avec armes et bagages. Il n'y avait pas encore de guerre déclarée, et le cabinet de Versailles espérait toujours détacher les Hollandais de la coalition. Cette générosité fut vivement blâmée par le parti militaire en France : il avait raison comme prévoyance; car ces régimens parurent plus tard en ligne, sous les ordres du duc de Marlborough. Le roi ne permit pas •que l'on retînt les troupes hollandaises contre le droit des gens, ^'avaient-elles pas été surprises en pleine paix? Une des fautes de Louis XIV fut de ne pas avoir marché aussitôt sur Amsterdam.
En même temps une note du cabinet de Versailles exigea du duc ■de Savoie une route militaire pour le passage d'une armée française qui se rendait dans le Milanais ; elle vint établir sa ligne depuis Bergame jusqu'à Mantoue. L'armée de France passa les Alpes, sous le commandement du maréchal de Catinat ; elle établit à Crémone le pivot de ses opérations ; cette armée fut successivement portée jusqu'à quarante-cinq mille hommes; elle dut s'appuyer sur les Irounes du
' JHercure galant , ann. 1701.
28 tons XIV, SON GOUVERNEMENT
duc de Savoie, qui avait momentanément signé un traite d'alliance avec la France ' . Le Rhin et les Alpes étaient ainsi garantis ; la gauche de l'armée d'Italie donnait la main à la droite du corps français qui occupait la Bavière, et l'armée d'Allemagne se liait par l'Alsace aux troupes françaises qui tenaient les frontières de la Belgique jusqu'à Anvers. On était ainsi parfaitement préparé pour recevoir la coalition. Une magnifique réserve de soixante-dix mille hommes était échelonnée depuis Paris jusqu'à Bruxelles, sous les ordres du duc de Yendôme, capacité militaire du premier ordre, souffrant alors, et presque défiguré par cette vie libertine que ses talens du champ de bataille n'excusaient pas aux yeux du roi.
Tandis que le bureau de la guerre développait ses vastes plans, Louis XIV engageait des négociations intimes auprès de chacune des cours intéressées dans la question d'Espagne. Il eût désiré conserver les avantages de la succession en évitant la guerre. Les grands préparatifs qu'il fai:^o.it alors étaient moins destinés à une lutte active qu'à conserver la paix, en effrayant les cabinets par un développement imposant des forces de la France. Louis XIV ne pouvait pas compter sur le maintien du statu quo avec Léopold ; il ne doutait pas que l'empereur ne se prononçât ouvertement contre lui. La diète était réunie dans ce dessein à Ratisbonne ; personne n'ignorait à Versailles que le prince Eugène rassemblait de nombreux corps de troupes pour opérer activement dans le Milanais. Il n'y avait pas à compter sur les négociations amicales à Vienne; la question était trop grave : il s'agissait de savoir qui, de l'archiduc Charles ou du duc d'Anjou, proclamé Philippe V, serait roi d'Espagne. Au reste, la France n'avait pas à craindre une guerre isolée avec l'Empire; ses forces étaient suffisantes pour la repousser ; elle ne redoutait que la coalition des trois cabinets de La Haye, de Londres et de Vienne, et tous ses efforts tendaient à en empêcher les développemens^.
Le roi à cette fin, s'était surtout adressé à la Hollande ; on a vu que, dans un but de considération et de bonne amitié, Louis XIV avait renvoyé à Utrecht les garnisons surprises dans les places des Pays-Bas espagnols. Ce n'était pas un pur sentiment de grandeur et de générosité politique; le roi ménageait les L^ollandais, ces ban-
' Avril, ann. i70t.
* Ambassade de M. de Briord, aTril 1701.
quiersde la coalition. M. deBriord occupait alors l'ambassade de La Haye; et comme ses manières étaient hautaines et trop impératives, le roi le rappela pour confier l'ambassade au comte d'Avaux, habile négociateur, très-aimé dans les Pays-Bas, et qui avait si activement contribué au traité de Byswick. M. d'Avaux se fit précéder d'un manifeste explicatif de la politique du roi de France , ce manifeste était en forme confidentielle comme une lettre adressée à toutes les puissances chrétiennes de l'Europe. Le but de Louis XIV en celte circonstance était de se justifier de tout intérêt personnel dans l'affaire de succession, a L'élévation de Philippe V au trône d'Espagne n'étoit-e1!e pas le moyen le plus sûr, le plus efficace d'affermir la paix en Europe? En donnant son petit-fils aux Espagnols, le roi nes'engageoit à le défendre de toutes ses forces que contre ceux qui entreprendroicnt de troubler la tranquillité de son règne. Le partage de l'Espagne n'auroit-11 pr.s été plus utile au roi de France? mais toute la Péninsule ayant résolu de se donner un roi, il n'étoit pas aisé de la diviser ; les lois d'Espagne, et le testament du dernier roi autrichien, défendoient avec les plus grandes précautions la réunion de deux couronnes en aucun temps. Dans cette pensée sur laquelle étoient d'accord tous les princes de sa maison royale, le dauphin et le duc de Bourgogne son fils aîné, avoient cédé leurs droits à la couronne d'Espngne au duc d'Anjou, et celui-ci les siens à la couronne de France. Charles H n'avoit fait ce testament que parce qu'il avoit été forcé par les lois, et par les droits incontestables de la maison de Bourbon ; car ce prince étant autrichien de cœur et de naissance, et pouvant nommer qui lui plairoit, n'auroit pas privé sa famille d'un si riche héritage. Le roi (continuait la note) ne consentoit qu'avec regret qu'un rejeton de sa maison royale allèt s'établir sur un trône étranger; mais il n'avoit pu manquer à la justice en refusant à l'Espagne son légitime souverain '. »
Celte note pouvait être politique , mais elle n'était ni sincère ni loyalement rédigée : Louis XIV ne disait ni ses desseins ni sa position ; il parlait de son désintéressement quand toute l'Europe savait le but de ses négociations de 3tadrid; qui voulait-on tromper? Est-ce que les cabinets pouvaient ignorer que l'union de la France et de l'Espagne, sous une commune dynastie, était un acheminement vers cette monarchie universelle, objet de la constante politique du roi?
' Note de M. d'Avauï, avril 1701.
La succession n'était-elle pas le dernier mot de l'ambition persévérante qui se développait depuis Richelieu et Mazarin à l'égard de l'Espagne? On n'ignorait pas en Europe les démarches de M. le duc d'Harcourt à Madrid, et le résultat de son habileté. Le testament de don CarloJ^lI avait été l'objet des plus longues négociations et de sourdes intrigues ; qui pouvait le nier?
Aussi la Hollande réfuta-t-elle dans un long Mémoire les motifs développés dans la note, écrite sous la dictée du roi. Les États-Généraux exposaient les griefs du peuple hollandais contre la France; l'équilibre européen n'était-il pas puissamment ébranlé? Louis XIV pouvait-il donner une explication suffisante d'un système si envahissant? La France et l'Espagne, unies dans un commun système, ne menaçaient-elles pas la sécurité de tous les grands États? Que devenait la foi des traités, s'il était permis à une seule des parties contractantes de briser la convention primitive de partage? C'est à cette objection des États -Généraux que l'envoyé de France, M. d'Avaux, crut devoir répliquer ; « Si MM. les États-Généraux des Provinces-Unies, disait l'ambassadeur de France, paroissent présentement surpris que le roi ait accepté le testament du feu roi d'Espagne, ils remercieront bientôt sa majesté de préférer, en cette occasion, le repos public aux avantages de sa couronne; il suffira qu'ils aient le temps d'examiner, avec leur prudence ordinaire, les troubles infinis que l'exécution du traité de partage produiroit ', et cette même prudence les fera désister de la demande contenue dans le Mémoire qu'ils ont remis à l'ambassadeur près de sa majesté ; ils avoueront que la difficulté de l'exécuter seroit commune à toute l'Europe ; et certainement ils jugeront que rien n'est plus opposé au traité que d'abandonner l'esprit pour s'attacher aux termes. Le testament maintient la paix générale ; le partage causera une guerre universelle ! Cette seule observation vraie décide du choix à faire pour se conformer à l'objet principal du traité ; c'est par de tels motifs que le roi a pris, avec ses alliés, les mesures nécessaires pour prévenir la guerre, que l'ouverture de la succession d'Espagne sembloit devoir exciter. La vue de sa majesté n'a pas été d'acquérir, par un traité, les royaumes de Naples et de Sicile, la province de Guipuscoa et le duché de Lorraine ; ses alliés n'avoient aucun droit sur
' Noie de M. d'Avaux, juillet 1701, MSS.
ces États. Peut-être le roi auroit-il obtenu des avantages plus considérables par ses armes, s'il avoit eu dessein de les employer à l'occasion de la mort du roi d'Espagne; mais son principal objet étoitde maintenir la paix. Le roi a traité sur cet unique fondement; il a permis à monseigneur le dauphin de se contenter du partage destiné h lui tenir lieu de tous ses droits sur la succession entière d'Espagne. S'il arrive donc que les mesures prises dans la vue de maintenir la tranquillité publique produisent un effet contraire, qu'elles engagent l'Europe dans une nouvelle guerre ; s'il devient nécessaire, pour conserver la paix, d'user des moyens différens de ceux qu'on s'étoit proposés; si cette route nouvelle ne cause aucun préjudice aux puissances alliées de sa majesté ; si le seul désavantage retombe sur elle, et qu'elle veuille bien sacrifier ses propres intérêts au bonheur général de la chrétienté, non seulement il dépend de sa majesté de le faire, mois encore elle a lieu de croire que ses alliés loueront sa modération, son amour pour la paix; plutôt que de se plaindre d'un changement que le bien public demande, ils la remercieront d'une résolution qu'il étoit impossible de différer sans s'exposer en même temps à une longue et sanglante guerre que sa majesté a voulu prévenir. On en voit déjà les premières apparences ; les Espagnols, jaloux de conserver la monarchie en son entier, se préparoient de tous côtés à la défense ; le Milanais, les royaumes de Naples et de Sicile, les provinces et les places comprises dans le partage, tous se raettoient en état de se maintenir unis au cœur de la monarchie espagnole. La nation demandoit seulement, pour s'opposer au partage, un roi qu'elle pût légitimement reconnoître ; et quoique l'inclination de tous les États des royaumes d'Espagne fût universellement portée pour un prince de France, les sujets de cette monarchie auroient été fidèles à ceux que la disposition du feu roi catholique leur indiquoit, au refus d'un fils de monseigneur le dauphin. Ils n'étoient plus incertains que sur l'acceptation ; car enfin le feu roi ayant rendu justice aux véritables héritiers, leur refus auroit autorisé l'Espagne à se soumettre à l'archiduc ; personne apparemment ne doutera que l'empereur n'eût accepté le testament. La succession d'Espagne pour son second fils avoit été le but de ses longues négociations à Madrid ; ses traites dans l'Empire étoient pour la même fin ; il n'avoit refusé de souscrire à celui de partage que dans cette unique espérance. Il seroit bien difficile de persuader que, maître de recueillie
3à LOUIS XIV, SON GOUVERNE^ÏENT
les fruits de tant de peines, il eût voulu les perdre et se contenter dos mêmes offres qu'il avoit constamment rejetées; ainsi l'archiduc devenant roi d'Espagne, du consentement de toute la nation, il falloit, pour exécuter le traité, conquérir les royaumes et les États réservés par le partage à monseigneur le dauphin ; il n'y avoit plus lieu d'alléguer le tort fait aux véritableshéritiers ; leurs droits avoient été reconnus, il falloit attaquer un prince déclaré successeur de tous les États dépendant de la monarchie d'Espagne ; ses nouveaux sujets, accoutumés à la Gdélité envers leurs maîtres, instruits du refus des véritableshéritiers, auroient été aussi zélés pour lui qu'ils l'ont toujours été pour les rois précédens. Messieurs les États-Généraux, informés par le roi de toutes les démarches pour l'exécution du traité, savent que sa majesté, sollicitant ouvertement les princes d'entrer dans les mêmes engagemens, n'a jamais tenté par des voies secrètes la fidélité des sujets du feu roi catholique ; elle n'avoit donc aucune intelligence, ni dans le royaume de Naplcs, ni dans celui de Sicile, ni dans aucun des États compris dans le partage de monseigneur le dauphin. La force ouverte étoit l'unique moyen de les attaquer ; mais la guerre, une fois recommencée après avoir refusé la justice que le roi catholique vouloit faire aux princes de France, étoit difficile à terminer. Un roi possesseur de toute la monarchie d'Espagne, sans aucune condition, auroit été réduit à de grandes extrémités avant que de céder les royaumes de Napleset de Sicile, la province de Guipuscoa, le duché de Milan, et les autres pays et places dont le partage de monseigneur le dauphin devoit être composé. Il est inutile d'examiner quelles auroient été les suites de cette guerre ; elle étoit inévitable, et cette certitude suffit pour faire voir que les sages précautions prises pour maintenir une paix inviolable dans l'Europe étoient absolument renversées par les mêmes moyens qu'on avoit jugés propres à l'entretenir*. »
• Note MS de M. d'Avaux, avril, ann. 1701. Les préparatifs do guerre se continuaient parmi les coalisés; j'ai trouvé dans une note secrète du cabinet de Londres les aveux qu'on va lire : « Or, comme celle conduite du roi ircs-chi étien a mis sa majesté impériale dans la nécessité d'envoyer une armée en Italie , tant pour la conservation de ses droits particuliers que pour celle des fiefs de l'Empire; (le même le roi de la Grande-Bretagne a jufçé qu'il étoit nécessaire d'envoyer se* troupes auxiliaires aux Provinces-Unies, dont les affaires sont dans le même élut ; que l'on en étoit déjà venu à une guerre ouverte ; et les seigneurs Etats- Gciiéraus, dont les frontières sont presque de toutes parts ouverte» par la ruptur»
La note de M. d'Avaux répondait à la plus grave des plaintes portées par les alliés : la violation du traité de partage, et l'habileté du diplomate expliquait, par un besoin général de la paix, la politique de Louis XIV. L'objet de cette note confidentielle, adressée aux États-Généraux, était donc de constater le désintéressement du roi de France dans la question du testament. La rédaction en était réfléchie ; elle établissait en fait que le partage aurait été plus profitable à la monarchie que l'appel de Philippe V au trône d'Espagne ; c'était pour défendre le droit naturel et la liberté des testamens dans la personne du roi, que Louis XIV avait accepté la succession pour son petit-fils; c'était pour éviter la guerre qu'il avait consenti, ainsi que monseigneur le dauphin, à recueillir le legs royal de Carlos II. La France y perdait un agrandissement territorial. On posait très-habilement la question ; mais le motif qu'on ne disait pas dans cette note, c'est que l'Europe considérait Philippe V, duc d'Anjou, comme l'humble vassal de Louis XIV, et l'Espagne comme étroitement unie de pensées et de force avec la France dans un système commun. Là était le danger pour les souverains, tous menacés par une agglomération d'États aussi puissans. L'Europe prévoyait le pacte de famille, cette union intime des deux branches de la maison des Bourbons, assez fortes pour lutter contre l'Europe en armes.
M. de ïallard, ambassadeur à Londres, reçut les mêmes instructions que M. d'Avaux à La Haye : Louis XIV proposait secrètement un échange de colonies, une reconnaissance plus formelle des droits et des faitsdela révolution de 1688. IVl . de Tallard trouva le roi Guillaume fatigué de son parlement, malade de corps et d'esprit; Guillaume était trop habile pour ne pas pénétrer l'intention cachée du roi de France; il accueillit très-bien M. de Tallard; mais, dès l'ouverture des négociations, l'ambassadeur se trouva faussement placé, car c'était lui qui avait particulièrement contribué à la conclusion du traité de partage; aujourd'hui sa situation était contradictoire, il venait défendre le testament contre le partage, briser les articles qu'il avait lui-même arrêtés de concert avec Guillaume III, et dont il se faisait tant d'honneur à la cour de France. Cependant, comme rien n'était
de la barrière qui empc-choit le voisinage des François, sont contraints de faire, pour la sûreté cl pour la conservation de leur république , tout ce qu'ils auroienl dû cl pu faire s'ils étoienl cflfectivcment attaqués par une guerre. »
prêt encore pour la guerre, comme Guillaume défendait son pouvoir contre les communes, M. de Tallard fut bien accueilli. On ne brisa pas les rapports diplomatiques; on lui fit même espérer un arrangement dans l'intérêt de tous. Il fut question de quelques colonies espagnoles que l'on céderait à l'Angleterre et à la Hollande comme indemnité et compensation des avantages immenses que la maison de Bourbon acquérait par le testament. Ces négociations n'étaient qu'un moyen de préparer les ressources nécessaires pour commencer une guerre sérieuse. Les bases d'une coalition n'étaient pas encore convenues entre la Hollande, l'Empire et Guillaume III ; on négociait pour ne pas être immédiatement appelé sur un champ de bataille ; il fallait avant tout préparer les levées d'hommes et de subsides. La Hollande craignait une invasion subite des armées françaises sur son territoire ; Louis XIV pouvait jeter quatre-vingt mille hommes dans les Pays-Bas.
Un résultat fut obtenu par la double négociation de M. d'Avaui à La Haye et de M. de Tallard à Londres. Philippe Y fut provisoirement reconnu roi des Espagnes par la Hollande et l'Angleterre. C'est un acte décisif en diplomatie que celte reconnaissance royale qui place les parties intéressées sur un pied parfait d'égalité. Guillaume III s'était montré facile sur ce point; il avait besoin lui-même qu'on n'eût pas de trop grands scrupules pour saluer sa royauté nouvelle ; ce n'était qu'un échange. Quant aux États-Généraux de Hollande, comme toutes les républiques, ils ne mettaient pas une haute importance aux questions de légitimité et de droits héréditaires; ils adoptaient l'avènement de Philippe V comme un fait accompli, sauf ensuite à lulter contre le nouveau roi quand tout serait prêt pour la guerre. Ces reconnaissances furent suivies par le Danemarck, la Suède, la Savoie et le Portugal ; le roi don Pedro entra même un moment dans l'alliance avec Louis XIV. Ce fut par crainte d'une invasion immédiate ; don Pedro s'en détacha presque aussitôt pour se jeter aux bras de l'Angleterre; car le Portugal, par la force des choses, devait chercher un contre-poids à la maison de Bourbon dans l'alliance anglaise. Tel était l'état des négociations quand le jeune roi Philippe Y s'acheminait vers son nouveau royaume d'Espagne.