‹ Louis XIVChapitre 8 sur 32 · TOTAGE DE PHILIPPE T. — SA CODE. — MADRID · texte numérisé non relu

TOTAGE DE PHILIPPE T. — SA CODE. — MADRID

Philippe V à Versailles. Ses réserves à la couronne de France. — Instructions de Louis XIV. — Audience de congé. — Philippe V aux Pyrénées. — Itinéraire en Espagne. — Madrid. — La cour et les Espagnols.

Le duc d'Anjou, salué roi d'Espagne par Louis XIV son aïeul, et par cette cour brillante qui entourait Versailles, resta deux mois encore en France. Dès la solennité de sa reconnaissance, Philippe V avait reçu tous les honneurs de la royauté : jeune homme de dix-sept ans, il se plaçait à la droite de Louis XIV, le vieux et grand roi; il avait comme lui tous les hommages des courtisans. On voyait ainsi trois rois souvent assis aux banquets de Versailles : l'un, proscrit et exilé, était ce Jacques II, à la belle Ggurc des Stuarts ; l'autre, ce Louis XIV, toujours si fortement empreint de dignité royale; le troisième enfin, était le jeune Philippe V, à la physionomie candide et modeste; Louis XIV ne l'appelait plus que le roi d'Espagne, et ses yeux rayonnaient de bonheur quand il pouvait répéter : a Le roi mon petit-fils. » Tout ceci, d'ailleurs, tenait à un système politique : Louis XIV avait besoin de constater sa résolution définitive d'accepter le testament de Carlos II et la succession d'Espagne ' .

Une des clauses du testament de Carlos II portait : « Qu'en aucun cas les deux monarchies d'Espagne et de France ne pourroient être réunies; » stipulation qui avait pour but de calmer la crainte de

' Comparez les Mémoires de Vincente Baccalar y Sanna , marquis do Soa- Felipe , et les Mémoires du marquis de Louville , ad ann. 1701.

l'Europe. La première question qui dut être examinée fut donc de savoir si par l'acceptation de la couronne de Gastilie, Philippe V renonçait à ses droits sur la couronne de France ; la difficulté fut décidée favorablement pour le duc d'Anjou. La famille royale était nombreuse et magniGque, mais la mort moissonnait alors sans pitié les nobles générations ; Louis XIV avait fierté d'ailleurs de proclamer que la dignité de prince de France était au-dessus des souverainetés étrangères. Un acte authentique fut dressé ' ; on y reconnaissait la

' Ordonnance sous le scel royal de famille. Cette pièce, qui est aux archives secrètes de Versailles , est importante comme document pour les droits de royale succession; elle fut révoquée par un article du traité d'Utrecht. « Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous prcscns et à venir, salut. Les prospérités dont il a plu à Dieu de nous combler pendant le cours de notre règne, sont pour nous autant de motifs de nous appliquer non seulement pour le temps présent, mais encore pour l'avenir, au bonheur et à la tranquillité des peuples dont la divine Providence nous a confié le gouvernement. Ses jugemens impénétrables nous laissent seulement voir que nous ne devons établir notre confiance ni dans nos forces, ni dans l'étendue de nos États, ni dans une nombreuse postérité ; et que ces avantages , que nous recevons uniquement de sa bonté , n'ont de solidité que celle qu'il lui plaît de leur donner. Comme il veut cependant que les rois qu'il choisit pour conduire ses peuples prévoient de loin les évènemens capables de produire les désordres et les guerres les plus sanglantes, qu'ils se servent, pour y remédier, des lumières que sa divine sagesse répand sur eux, nous accomplissons ses desseins, lorsque, au milieu des réjouissances universelles de notre royaume, nous envisageons comme une chose possible un triste avenir, que nous prions Dieu de détourner à jamais. En même temps que nous acceptons le testament du feu roi d'Espagne , que notre très-cher et Irès-amé fils le dauphin renonce à ses droits légitimes sur cette couronne en faveur de sou second lils d'Anjou, notre très-cher et très-amé prtit-fils, institué par le feu roi d'Espagne son héritier universel; que ce prince, connu présentement sous le nom de Philippe V roi d'Espagne, est près d'entrer dans son royaume et de répondre aux vœux empressés de ses nouveaux sujets; ce grand événement ne nous empêche pas de porter nos vues au delà du présent ; et lorsque notre succession paraît la mieux établie , nous jugeons qu'il est également du devoir de roi et de celui de père , de déclarer pour l'avenir notre volonté , conforme aux senlimcnsque ces deux qualités nous inspirent. Ainsi , persuadé que le roi d'Espagne, notre petit-fils , conservera toujours pour nous , pour sa maison , pour le royaume où il est né, la même tendresse et les mêmes sentimens dont il nous a donné tant de marques; que son exemple, unissant ses nouveaux sujets aux nôtres, va former entre eux une amitié perpétuelle cl la correspondance la plus parfaite, nous croirions aussi lui faire une injustice, dont nous sommes incapable, et causer un préjudice irréparable à notre royaume, si nous regardions désormais comme étranger un prince que nous accordons aux demandes unanimes de la nation espagnole. Pour ces causes et autres grandes considérations à ce nous mouvant, de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons dit, déclaré et ordonné, et perces présentes signées de notre main, disons,

capacité de Philippe V pour succéder à la couronne de France, à son degré et au cas d'extinction de la ligne directe, de préférence même à la branche cadette. Ainsi la maison d'Orléans, exclue déjà du testament de Carlos II , n'était appelée à la succession de France qu'à l'extinction de tous les membres de la grande lige, jusqu'à ses derniers rejetons ; et ceci était bien capable de la mécontenter,

déclarons et ordonnons, voulons et nous plaît que notre très-cher et irès-amé petit-fils le roi d'Espagne conserve toujours les droits de sa naissance, de la tnême manière que s'il faisoit sa résidence actuelle dans ce royaume. Ainsi , notre très-cher et très-amé fils unique le dauphin étant le vrai et légitime successeur et héritier de notre couronne et de nos Étals, et après lui noire très-cher et très- «mé pelit-fils le duc de Bourgogne, s'il arrive, ce qu'à Dieu ne plaise, que notrcdit pelit-fils le duc de Bourgogne vienne à mourir sans enfans mâles, ou que ceux qu'il auroit en bon el loyal mariage décèdent avant lui, ou bien que lesdits enfans mâles ne laissent après eux aucuns enfans mâles nés en légitime mariage , en ce cas , notre petit-fils le roi d'Espagne , usant des droits de sa naissance, soit le vrai et légitime successeur de notre couronne et de nos États, nonobstant qu'il fût alors absent et résidant hors de notre royaume; voulant que pour les causes susdites notre petit-fils le roi d'Espagne ni ses enfans mâles ne soient censés réputés moins habiles cl capables de venir à ladite succession, ni aux autres qui leur pourroient échoir dans notredit royaume. Entendons, au contraire, que tous droits et autres choses généralement quelconques qui leur pourroient à présent et à l'avenir compéter et appartenir, soient et demeurent conservées saines et enlières, comme s'ils résidoicnt et babitoient continuellement dans noire royaume jusqu'à leur trépas, et que leurs hoirs fussent originaires et régnicoles, les ayant à cet effet, en tant que de besoin est ou seroit, habilités et dispensés, habilitons et dispensons par cesdites présentes. Si donnons en mandement à nos araés et féaux conseillers, les gens tenant notre cour de parlement et chambre de nos comptes à Paris, présidens et trésoriers généraux de France au bureau de nos finances établi audit lieu , et à tous autres officiers et justiciers qu'il appartiendra, que ces présentes ils fassent registrer, el du contenu en icelles jouir et user notredii petit-fils le roi d'Espagne, ses enfans et desccndans rnâles en loyal mariage, pleinement et paisiblement, nonobstant toutes choses à ce contraires, auxquelles, de nos mêmes grâce et autorité que dessus, nous avons dérogé et dérogeons. Car tel est notre plaisir; et afin que le soit chose ferme et stable à toujours , nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Donné à Versailles, au mois de décembre, l'an de grâce mil sept cent et de notre règne le cinquante-huitième. Signé Lotis , et sur le repli, par le roi, Phelypeacx. Et à côté, visa PnELYPEACx. Et scellé du grand sceau en cire verte sur lacs de soie rouge et verte.

« Registrécs, ouï et ce requérant le procureur-général du roi, pour être cxé- ■cutées selon leur forme et teneur, suivant l'arrêt de ce jour. A Paris, en parlement, le premier février mil sept cent et urr. Signé Dongois.

« Regisirées en la Chambre des comptes, ouï et ce requérant le procureurgénéral du roi , pour être exécutées scion leur forme et teneur , les bureaux assemblés en 1701. Signé Richer.

Philippe V avait reçu une éducation attentive; le duc de Beauvilliers, son gouverneur, appartenait à l'école de Fénélon, laquelle formait une opposition douce et modérée à tout lé système militaire de Louis XIV ; ce parti mixte tenait le milieu entre l'opinion ferme et tenace des Louvois, et les sentimens décousus de ce qu'on appelait déjà le parti de la cabale. L'école du duc de Beauvilliers s'était faite politique; elle avait imprimé dans l'esprit de son élève un sentiment de douceur, de sincérité extrême et de modération qui ne répond pas toujours aux nécessités impératives des couronnes. Philippe V n'eût rien osé sans l'avis de son gouverneur; un tel enseignement ne déplaisait pas à Louis XIV ; il laissait les membres de la famille dans une respectueuse soumission pour les avis du roi, le chef suprême de la race; mais il ôtait à chacun ce caractère d'invidualité forte si nécessaire aux royautés dans les temps de crise *. Cette éducation timide et retenue devint parla suite un danger pour les Gis de la maison de France ; on voulait éviter les dauphins, Gers et énergiques adversaires des rois jusqu'à Louis XI; on fit des monarques honnêtes hommes, mais d'une indicible faiblesse de sentiment et de caractère. Là fut la décadence de la race des Bourbons.

Louis XIV connaissait l'esprit timide de son pelit-iils, le peu de pratique qu'il avait des affaires politiques, la faiblesse de ses idées de gouvernement, et son peu d'intelligence des mœurs et des coutumes espagnoles. La volonté de Louis XIV avait été nettement exprimée en plein conseil : Philippe V ne devait être accompagné que d'Espagnols en touchant le territoire de sa monarchie. Si le duc d'Harcourt résidait auprès de lui, c'était comme ambassadeur de France, revêtu des mêmes pouvoirs qu'il exerçait auprès de Carlos II. Louis XIV avait souvenance que c'était presque toujours cet entourage de Français qui avait perdu les princes de la maison de Valois et de Bourbon appelés à régner sur les nations étrangères. Il avait néanmoins escepté de cette exclusion générale le marquis de Louville. Charles-Auguste, marquis de Louville , appartenait à une bonne souche de noblesse, possédant fiefs au pays Chartrain ; il avait vaillamment combattu depuis l'âge de quinze ans comme un brave gentilhomme qu'il était; ensuite on l'avait attaché au duc de Beauvilliers, qui lui fit conférer

' Le duc de Beauvilliers était des Saint-Âignan ; sa famille appartenait i \% bonne noblesse du pays Chartrain.

lelitre de gentilhomme de la manche de monseigneur le duc d'Anjou. Le jeune prince avait conçu pour Louville la plus vive affection. Le gentilhomme avait alors trente-trois ans; il était doué d'une belle physionomie, impatient de caractère, mais en déflnilive de bon conseil, d'une éducation excellente, et par-dessus tout dévoué à son beau pays de France. M. de Torcy et le duc de Beauvilliers l'avaient , de concert, chargé de surveiller tous les actes d'administration du jeune prince, et de correspondre directement avec eux sur tout ce qui pourrait intéresser le service du roi ; il devint le véritable ambassadeur d'intimité et de famille '.

Chaque jour, depuis l'avènement de Philippe V, Louis XIV avait de longs entretiens avec son petit-fils sur les formes et les conditions de sa nouvelle grandeur. Indépendamment du sentiment profond des devoirs généraux de la royauté qu'il possédait au plus haut degré, le roi Louis XIV s'était encore instruit de tout ce qui touchait à l'Espagne dans des conférences intimes avec le duc d'Harcourt, le diplomate le plus capable, le mieux informé peut-être des mœurs, des coutumes de la cour de Madrid et des préjugés de cette grandesse qui remplissait le palais du Buen-Retiro. Louis XIV avait entretenu son petit-fils des intérêts communs des deux monarchies. Il lui avait promis l'appui et le secours de ses armées de terre et de sa marine pour le défendre contre les puissances qui pourraient contester «es droits ; en échange, les bases d'un traité secret furent jetées pour l'avenir : le roi Philippe V cédait définitivement à la France les Pays- Bas et le Milanais, possessions qu'il était si difficile à l'Espagne de maintenir et de conserver; les Pays-Bas arrondissaient parfaitement la magnifique monarchie de Louis XIV '.

' Je ne sais rien de plus intéressant et de plus curieux que la correspondanc» du marquis de Louville ; les dépêches originales ont été recueillies et publiées. Paris, ann. 1808.

' Ce traité fut connu des alliés; il n'a jamais été publié en France. « Sa majesté le roi des Espagnes cédait au roi très-chrétien , et à la couronne de Franc»à perpéluitc, les Pays-Bas et le Milanais, en considération des grandes dépenses que Louis XIV avoit faites pour l'élever sur le trône d'Espagne. Le roi s'engagea de son côté à donner un équivalent au duc de Bavière et au prince de Vaudemont, pour Ic'gouvernement perpétuel qu'ils avoient de ces deux pays. Le roi d'Espagne promcttoit de ne rien faire pendant son règne et celui de ses successeurs que de concert et suivant le conseil du roi très-chrétien et de ses ministre? , et de ne permettre le commerce des Indes i aucune autre nation qu'aux Françol*; D'autre part, Louis XIV et ses successeurs à la couronne de France s'engageoienï

40 LOUIS XIV, son GOUVERNEMENT

Ce fui dans de longues conférences avec MM. d'Harcourt et de Torcy que Louis XIV rédigea les remarquables instructions adressées à son petit-fils pour rimmcnïie mission royale à laquelle l'appelait le testament de don Carlos. Je dois donner le texte de ce beau monument de grandeur et de morale politique. « Mon Gis, disait le roi , ne manquez à aucun de vos devoirs, surtout envers Dieu; conservezvous dans la pureté de votre éducation ; faites honorer Dieu partout où vous aurez du pouvoir; procurez sa gloire ; donnez-en l'exemple : c'est un des plus grands biens que les rois puissent faire. Déclarezvous en toute occasion pour la vertu contre le vice; n'ayez jamais d'attachement pour personne; aimez votre femme; vivez bien avec elle; demandez-en une à Dieu qui vous convienne ; je ne crois pas que vous deviez prendre une Autrichienne. Aimez les Espagnols et tous vos sujets attachés à vos couronnes et à votre personne ; ne préférez pas ceux qui vous flatteront le plus; estimez ceux qui, pour le bien, hasarderont de vous déplaire : ce sont là vos véritables amis. Faites le bonheur de vos sujets; et dans cette vue, n'ayez de guerre que lorsque vous y serez forcé et que vous en aurez bien considéré et bien pesé les raisons dans votre conseil; essayez de remettre vos finances. Veillez aux Indes et à vos flottes; pensez au commerce; vivez dans une grande union avec la France , rien n'étant si bon pour nos deux puissances que cette union, à laquelle rien ne pourra résister. Si vous êtes contraint de faire la guerre, mettez-vous à la tête de vos armées * ; songez à rétablir vos troupes partout, et commencez par celles de Flandre.

de secourir de toutes leurs forces le roi calholique et ses successeurs, dans toutes les g:uerres qu'ils cntrcprendroient ou qui leur seroicnt déclarées par les ennemis des deux couronnes. Papiers de Louis XIV, portefeuilles (Bibliolh. royale).

' Ces instructions portent la date du 3 décembre 1700; je les ai copiées sur la collection qui existe à la Bibliothèque du Roi, 3 vol. et 3 portefeuilles; elles j furent déposées le 10 octobre 17 i9 par M. de Noailles, avec l'attestation suivante : a Je soussigné, Adrien-Maurice, duc de Noailles, pair cl maréchal de France, certifie que le feu roi Louis XIV, par un effet de la confiance dont il m'bonoroit, me chargea un soir, en 1714, d'aller chercher dans £ou cabinet et de lui apporter différens papiers enfermés dans des tiroirs. Sa majesté en brûla d'abord une partie , et sur les instantes prièios que je lui fis de me permettre d'en garder le surplus, qui conccrnoit principaknient ses campagnes, elle y consentit ; et voulant assurer la conservation de ce précieux monument, j'ai rassemblé les originaux , avec les copies que j'en ai fait faire pour en faciliter davantage la lecture, en 3 volumes in-folio, pour être, le tout ensemble, déposé à la Bibliothèque du Roi. Fait à Paris, le 10 octobre 1749.

« Signé le maréchal de P^oailles. »

\c quittez jamais VOS affaires pour votre plaisir ; mais faites-vous une sorte dérègle qui vous donne dos temps de liberté et de divertissement^ li n'y en a guère de plus innocens que la chasse et le goût de quelques maisons de campagne, pourvu que vous n'y fassiez pas trop de dépenses. Donnez une grande attention aux affaires quand on vous en parle; écoulez beaucoup, dans le commencement, sans rien décider ; quand vous aurez plus de connoissance, souvenez-vous que c'est à vous à décider ; mais quelque expérience que vous ayez, écoutez toujours tous les avis et tous les raisonnemens de votre conseil avant que de faire cette décision. Faites tout ce qui vous sera possible pour bien connoître les gens les plus importons, afin de vous en servir à propos. Tâchez que vos vice-rois et gouverneurs soient toujours Espagnols; traitez bien tout le monde, ne dites jamais rien de fâcheux à personne, mais distinguez les gens de qualité et de mérite. Témoignez de la reconnoissance pour le feu roi, et pour tous ceux qui ont été d'avis de vous choisir pour lui succéder. Ayez une grande confiance au cardinal Porlo-Garrero, et lui marquez le gré que vous avez de la conduite qu'il a tenue. Je crois que vous devez faire quelque chose de considérable pour l'ambassadeur qui a été assez heureux pour vous demander et pour vous saluer le premier en qualité de sujet. N'oubliez pasBedmar, qui a du mérite, et qui est capable de vous servir. Ayez une entière créance au duc d'Harcourt; il est habile et honnête homme, et ne vous donnera de conseils que par rapport à vous. Tenez tous les François dans l'ordre; traitez bien vos domestiques, mais ne leur donnez pas trop de familiarité, et encore moins de créance; servez-vous d'eux tant qu'ils seront sages; renvoyez-les à la moindre faute qu'ils feront, et ne les soutenez jamais contre les Espagnols. N'ayez de corn-» merce avec la reine douairière que celui dont vous ne pouvez vous dispenser ; faites en sorte qu'elle quitte Madrid et qu'elle ne s'éloigne pas d'Espagne ; en quelque lieu qu'elle soit , observez sa conduite, et empêchez qu'elle ne se mêle d'aucune affaire; ayez pour suspects ceu^ç qui auront trop de commerce avec elle. Aimez toujours vos parens; souvenez-vous de la peine qu'ils ont eue à vous quitter ; conservez un grand commerce avec eux dans les grandes choses et dans les petites.. Demandez-nous ce que vous aurez besoin ou envie d'avoir, qui ne sa trouve pas chez vous ; nous en userons de même avec vous. N'oubliez jamais que vous êtes François, en ce qui peut vous arriver. Quandvous aurez assuré la succession d'Espagne par des enfans, visitez vo$r

royaumes ; allez à Naples et en Sicile ; passez à Milan et venez en Flandre : ce sera une occasion de nous revoir. En attendant, visitex la Catalogne, l'Aragon et autres lieux ; voyez ce qu'il y aura à faire pour Ceuta. Jetez quelque argent au peuple quand vous serez en Espagne, et surtout en entrant à Madrid. Ne paroissez pas choqué de^ figures extraordinaires que vous trouverez ; ne vous en moquez point; chaque pays a ses manières particulières, et vous serez bientôt accoutumé à ce qui vousparoîtra d'abord le plus surprenant. Évitez autant que vous pourrez de faire des grâces à ceux qui promettent de l'argent pour les obtenir. Donnez à propos et librement, et ne recevez guère de présens, à moins que ce ne soient des bagatelles; si quelquefols vous ne pouvez éviter d'en recevoir, faites-en de plus considérables à ceux qui vous en auront donné, après avoir laissé passer quelques jours. Ayez une cassette pour mettre ce que vous aurez de particulier, dont vous aurez seul la clef. Te Gnis par un des plus importans avis que je puisse vous donner : ne vous laissez pas gouverner; n'ayez jamais de favori ni de premier ministre ; écoutez , consultez votre conseil, mais décidez. Dieu, qui vous a fait roi, vous donnera les. lumières qui vous sont nécessaires tant que vous aurez de bonnes intentions '. »

Il y a cela de remarquable dans ces instructions données par le roi de France à son petit-fils , qu'elles semblent être une critique de toute l'administration de Louis XIV. Le roi recommandait à Philippe V d'aimer sa femme , et de rester avec elle dans de doux rapports , et Louis XIV avait dédaigné , dans ses jours de jeunesse et d'adultère public, la pieuse et chaste Marie-Thérèse; le roi défendait à son petit-fils de faire la guerre , et lui-même l'avait aimée avec passion ; Louis XIV avait prodigué le luxe des palais , la grandeur merveilleuse des bâtimens , et il disait à Philippe V : « Défendezvous de ce luxe ruineux. » C'est que le vieux roi avait le sentiment profond des fautes qu'il avait commises ; il ne voulait pas qu'on les lui reprochât dans des remontrances publiques , car cela eut blessé sa fierté et sa dignité de roi , mais il en sentait la gravité par cette voix intérieure qui retentit. D'ailleurs l'école du duc de Beauvilliers

' Il cçt curieux de comparer ces instructions de Louis XIV arec la remarquablis lettre attribucc à Napoléon , adressée à Murât après les troubles du 2 mai 1308 ^. J^Iadrid ; il s'y révèle une profonde connaissance du caractère espagnol.

avait alors quelque action dans le conseil ; elle faisait pénétrer ses pensées dans la pensée royale. Ces instructions secrètes, si énninentes et si prévoyantes, devaient être lues au roi d'Espagne chaque matin ; elles résumaient les devoirs du nouveau roi envers ses sujets , et les conditions d'un bon système politique qui rendrait à l'Espagne une existence de forte et grande nation qu'elle avait perdue.

Pendant les deux mois qui s'écoulèrent jusqu'au départ du roi d'Espagne , tout fut consacré à le distraire dans les deux résidences de Marly et de Versailles. Louis XIV mettait de l'affectation à lui laisser toute libellé de distraction, de travail ou de plaisirs. Philippe V n'était-il pas roi? il fallait voir le jeune monarque tout content de cette indépendance , et l'on retrouve encore le journal de ces belles journées qui précédèrent le départ de la toute jeune majesté. « Ce trois octobre, le roi catholique alla chez M"" de Maintenon, et après avoir été quelque temps enfermé avec elle, il alla jouer àde petits jeux, à courir et à danser aux chansons avec madame la duchesse de Bourgogne et ses dames ; il a un peu quitté la gravité qu'il a déjà en public, comme s'il étoit né à Madrid *. Le roi d'Espagne alla tirer aux lapins, et au retour il en donna six à l'ambassadeur , qu'il fit entrer seul dans son cabinet et qui le remercia à genoux. Le roi d'Espagne lui avoit fait un meilleur présent le matin , car il lui avoit envoyé 40,000 livres ; il en a d'autant plus besoin , qu'il ne reçoit rien d'Espagne présentement. Le roi donne à MM. de Beauvillierset de Noailles 50,000 livres pour faire le voyage; ils se préparent l'un et l'autre à le faire avec beaucoup de magnificence : ce voyage coûtera au roi 3 millions; le roi donne au duc d'Harcourt, qui s'en va ambassadeur en Espagne, 60,000 livres pour son équipage; et l'on dit qu'il lui donnera 8,000 livres par mois pour sa subsistance. Le roi d'Espagne prit le grand deuil , mais en noir ; il n'y a que le roi de France qui le porte en violet ; et le roi d'Angleterre ne le porte en violet que parce qu'il porte toujours le titre de roi de France. L'après-dîner le parlement , en corps et en robes rouges , mais sans fourrures et sans mortiers, vint haranguer le roi d'Espagne. Le premier président portait la parole. Le duc de Gesvres, comme gouverneur de Paris, accompagnoit le parlement; il y eut même quelque petite dispute , parce que le duc de Gesvres vouloit entrer dans U

* Journal de Dangeau, ann. ITOl,

ihambre du roi d'Espagne avant le premier président , qui s'y opposa. Monsieur dit en causant avec l'ambassadeur d'Espagne , que le roi son maître avoit déjà la gravité espagnole. « Ce qui m'en plaît davantage , répondit l'ambassadeur, c'est qu'avec la gravilé espagnole il conserve toute la politesse et la douceur françaises. » Durant toutes ies audiences, le roi d'Espagne ne s'est ni levé ni découvert. Monsieur , 31adame et M. de Chartres allèrent le matin à Paris , et le roi d'Espagne alla l'après-dîner au Palais-Royal ; il y avoit une grande foule de peuple dans les rues pour les voir passer. Pendant qu'il fut au Palais-Pioyal , il se montra sur des balcons qui donnent dans les rues , et le peuple crioit de bon cœur : Vive le roi d'Espagne ! Sa ïïiajesté catholique arriva ici à sept heures ; elle entra d'abord chez W de Maiutenon , où étoit le roi , qui lui dit : « Monsieur, pendant ce \oyage-ci, voyez ce que vous aimez le mieux faire; ne vous contraignez sur rien ; chassez , promenez-vous , jouez , enfin choisissez :e qui vous divertira davantage , car vous êtes roi. » Le marquis de Bedmar est charmé de toutes les manières de son maître , et fort content de la joie qu'il voit à tous les courtisans. Il vit avec grand plaisir le dîner du roi , et la familiarité de nos maîtres avec les courtisans, qui ne fait qu'augmenter notre respect. Après' le dîner, le roi alla à la promenade , où les Espagnols le suivirent ; il commanda aux courtisans de mettre leurs chapeaux , honnêteté qu'il a toujours accoutumé d'avoir. Les Espagnols furent un peu étonnés, et le roi leur dit : « Messieurs, jamais on ne se couvre devant moi, mais aux promenades je veux que ceux qui me suivent ne s'enrhument point. » ^Le roi faisait ici une critique indirecte du privilège des grands d'Espagne qui est de se couvrir.) Le marquis de Bedmar lui dit : « Ha ! sire, je voudrois que le roi mon maître entendît cela. )» Le Toi d'Espagne étoit à la promenade avec le roi , mais il n'étoit pas auprès de lui dans ce moment-là. Malgré le vilain temps, en passant dans l'endroit où est l'escarpolette , le roi d'Espagne y voulut aller , et le roi craignant que la pluie n'eût pourri quelques-unes des cordes, lui défendit expressément d'y aller, et en se retournant au marquis de Bedmar , il lui dit : « Voici la seule occasion où je veuille me servir de mon autorité ; dans les autres , je donnerai me» conseils '. »

' Journal de Dangeau, ann. 1701. On voit tout le pris, que mettait Louis XIY ^indiquer la séparation des deux monarchies.

En public le petit roi, qui courait après le jeu d'escarpolette ou le tire aux lapins, reprenait toute la gravité espagnole ; il admettait les grands à son lever, qui venaient à genoux lui faire hommage avec toute la soumission des formules castillanes. Le marquis de Bedmar. ambassadeur de Charles II auprès de Louis XIV, se distinguait par la vive expression de ses sentimens ; il ne ressemblait pas à ce fier et habile marquis de Eedmar, son aïeul, qui avait essayé le renversement de Venise. Il était pauvre, et son désir était la fortune et la grandesse. Louis XIV ne pouvait pas trouver un instrument plus docile à ses desseins; sa correspondance avec le conseil de Castille était rédigée sous les yeux mêmes du marquis de Torcy. Tout semblait marcher de concert pour la reconnaissance de Philippe V : non seulement le royaume d'Espagne était paisible, mais encore Naples, les Pays-Bas, la Sicile , le Milanais étaient également assurés au jeune roi. Il ne s'agissait plus que de régler la marche jusqu'aux. Pyrénées. Après le passage des montagnes, tout redevenait espagnol ; le roi cessait d'être Français en traversante Bidassoa ; sa suite devait même se séparer de lui au pied des Pyrénées. Tel était l'ordre formel de Louis XIV. Il pouvait bien secrètement diriger son petit-flls, mais son intérêt diplomatique exigeait qu'il n'y eût rien d'ostensiblement français dans tout ce qui touchait au gouvernement de Philippe V.

Toute la cour souhaitait être de ce voyage jusqu'aux Pyrénées; on savait que le duc de Bourgogne, le duc de Berri, tous deux frères du roi, l'accompagnaient. L'itinéraire devait être une sorte de triomphe à travers les provinces; car alors un roi excitait le vif enthousiasme de la population. Enfin, le grand jour arriva: ce fut le 4 décembre, par un froid vif, que le départ fut ordonné, et Versailles dès le matin retentit du bruit des carrosses et du hennissement des chevaux. Philippe V était dès l'aurore chez le roi Louis XïV, où il fut seul, et avant que les courtisans entrassent; il alla ensuite che?. Monseigneur, avec qui il fut enfermé assez long-temps. « Sur les dix heures les deux rois, suivis de toute la maison royale et d'une foule extraordinaire de courtisans, entendirent la messe dans la tribune, puis descendirent le grand degré, et montèrent en carrosse ; les deux rois au fond, et M""' la duchesse de Bourgogne entre eus. deux, Monseigneur au-devant avec messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berri, Monsieur et Madame aux portières ; les gcndar-

mes et les chevau-légerssuivoient leurs majestés ; on avoit même fait venir cent gardes du corps de plus qu'à l'ordinaire *. Ou trouva en arrivant à Sceaux les deux compagnies de mousquetaires, qui faisoient chacun deux escadrons. Il y avoit sur le chemin de Versailles à Sceaux une infiiiilé de carrosses et de peuple, qui étoient venus de Paris pour voir passer les rois ; leurs majestés arrivèrent un peu après raidi à Sceaux, où elles trouvèrent une inGnité de courtisans et de dames. Le roi mena d'abord le roi d'Espagne dans la dernière pièce de l'appartement, et défendit que personne entrât ; il demeura un quart d'heure seul avec le roi d'Espagne, et puis il appela Monseigneur, qui étoit demeuré dans le salon avec la maison royale et quelques courtisans. Les deux rois et Monseigneur demeurèrent quelque temps ensemble, ensuite sa majesté y fit entrer l'ambassadeur d'Espagne, qui prit congé du roi son maître. Un moment après , le roi fit entrer M. le duc de Bourgogne, M™* la duchesse de Bourgogne , Monseigneur le duc deBerri, Monsieur et Madame, et puis il appela les princes et les princesses du sang. Les portes de l'endroit où ils étoient restèrent ouvertes; on ne pouvoit entendre ce qu'ils disaient, mais les deux rois fondoienten larmes; Monseigneur appuyé contre la muraille et se cachant le visage ; Monseigneur le duc de Bourgogne, M""^ la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berri , toute la maison royale pleurant et poussant même des cris d'alïîiction. On ne sauroit s'imaginer un spectacle plus grand, plus touchant, plus attendrissant; enfin il fallut se séparer: le roi conduisit Philippe V jusqu'au bout de l'appartement et se cachoit le visage pour dérober ses larmes. Le roi d'Espagne monta en carrosse avec messeigneurs ses frères, pour aller coucher à Chartres. Le roi rentra quelque temps dans la maison pour se remettre, et puis il alla se promener dans le parc en calèche, où étoient M"' la duchesse de Bourgogne auprès de lui, et derrière, Monsieur et Madame. »

Après de si touchans adieux, le voyage reprit sa gaieté ; comment en aurait-il été autrement? Représentez-vous trois princes, dont l'aîné avait à peine dix-huit ans; l'un roi, l'autre héritier présomptif de la couronne; le troisième, enfant encore, mais spirituel, caustique, enjoué, le duc de Berri, en un mot, si gaillard, si dispos; puis, une cour composée de jeunes gentilshommes à l'esprit riant.

* Mémoires de Louvillc, ad ann. 1701.

On passait les jours, moitié en carrosse, moitié à cheval ; on montait sur des barques élégantes quand venaient des rivières. Toutes les cités rivalisaient pour semer des divertissemens sur les pas de celte royale marche aux Pyrénées. Les populations n'avaient rien vu de si merveilleux à Bordeaux et dans les provinces méridionales, depuis les pompes du mariage de Louis XIV sur la Bidassoa '. Les princes avaient chacun trente bourses pleines de mille pistoles, pour distribuer aux pauvres en la route. Il fallait admirer ce magniDque cortège de gentilshommes caracolant sur les chevaux blancs de si belle encolure. Le roi d'Espagne tenait conseil pour la forme dans chaque ville ; celui que Louis XIV avait chargé d'instruire le roi, c'était M. le duc d'Harcourt, l'homme le mieux informé des affaires d'Espagne, parfaitement capable dans tout ce qui tenait aux coutumes, aux lois et même aux blasons de la monarchie espagnole. Le citadin et le paysan remarquaient avec ivresse le magnifique Ordre de la Toison, tout de diamant, qui brillait sur la poitrine du jeune duc d'Anjou devenu le roi Philippe V *.

A la Bidassoa, la triste séparation eut lieu ; les trois frères fondirent en larmes dans les bras l'un de l'autre ; Berri, si réjoui de son naturel, tenait le duc d'Anjou tout étreint, et lui disait: « Mon boa d'Anjou, quel malheur que nous ne puissions tous aller à Madrid ! nous t'y suivrions, quoiqu'on dise que dans ce pays les rois ne peuvent jouer ni rire; mais console-toi, nous irons te voir l'an prochain, malgré tout. » L'ordre du départ fut ensuite donné. Il ne resta de français auprès du roi que le comte d'Ayen (des Noailles) , le marquis de Louville, MM. de Montviel et de Valouze , le père d'Aubenton, confesseur du roi, la bonne nourrice, ronde, grasse et réjouie '. Philippe V entra dans son royaume, où il fut accueilli par la grandesse d'Espagne ; dès ce moment, il fut Espagnol par sa piété, par ses manières et par son respect pour les coutumes nationales. Il avait donné à Bayonne une audience pour le baise-main des ricos homhres ; la foule des grands s'y était pressée ; partout ce n'étaient que cymbales, clarinettes, banderoles à franges. Le cortège se composait de vingt-neuf calèches, et d'un plus grand nombre encore de ber-

' Voyez tome VII de mon travail sur Mazarin.

' Dépêches du marquis de Louville à M, de Torcy, 7 décembre, ann. 17C0. ■ La dépèche indique aussi deux valets, Delarochc et Hcrsan. M. de Torcy» 7 décembre, ann. 1700,

îlnes. Que dire aussi de toutes ces mules fringantes , telles que le^ dénomme et les décrit le Diario , journal officiel du secrétaire d'Èlat d'Ubilla ' ?

Partout le nouveau roi d'Espagne respecta les mœurs et les traditions du pays; il savait la puissance des idées religieuses, les divisions qui existaient entre les ordres monastiques, grands partis de Vépoque. A Vittoria , le roi assista à la messe des Franciscains , et entendit vêpres aux Dominicains. Philippe Y communia en public , H ce qui le popularisa le plus à Madrid , au milieu des fêtes de sa Téceplion , c'est que, rencontrant le viatique porté à un malade, le loi descendit de son carrosse, et le suivit à pied jusqu'au seuil de la porte. II faut prendre les peuples avec leurs idées. La puissance des coutumes religieuses a donné plus d'une monarchie ; le mépris de ces -idées en a perdu bien d'autres; les esprits moqueurs peuvent prendre h mépris ces hommages à la croyance d'un peuple ; ils sont la force du pouvoir. Quand un peuple a foi en quelque chose, il est grand ; que cette croyance soit pour le catholicisme, pour la liberté ou la gloire, peu importe, pourvu que la croyance existe; elle a fait, elio lexplique les merveilleuses époques de l'histoire. Otez à une nation -îa foi, il n'y a plus rien que le matérialisme brut, et n'attendez plus •alors d'héroïques actions! Lorsqu'un pouvoir veut se fonder, sa mission est de pénétrer l'esprit d'un peuple, et de témoigner qu'il «'est uni à lui. L'Espagne était profondément catholique, et c'est en s'identifiant avec toutes les institutions de la grande Église que la •maison de Bourbon s'assura la paisible possession do la couronne.

' Je me suis procuré à Madrid, en 1833, un vieil exempliiiic de ce Diario ajournai) d'Ubilla, dans lequel le minisire décrit avec oslentation la magnifique ïéception qu'on lU au nouveau roi. {Diario, janvier, ann. ITOl.}

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