‹ Louis XVChapitre 11 sur 46 · LES PENITENCES HE L ETAT · texte numérisé non relu

LES PENITENCES HE L ETAT

Ainsi finit, après deux années, le dur et maladroit ministère du duc de Bourbon. Le roi qui avait reçu ses instructions, déclara qu'à l'exemple de son prédécesseur Louis XIV, de glorieuse mémoire, il n'aurait plus de premier ministre (cette fois, du moins, le mot était vrai). Le gouvernement serait confié à l'abbé Fleury avec le titre plus modeste de ministre d'Étal. Le titre ne fait rien à l'affaire ; le spirituel Fleury exerça une autorité sans bornes, qui ne finit qu'avec sa vie, en 1743. Jamais roi de France, non, pas même Louis XÎV, n'a régné d'une manière si absolue, si sûre, si

éloignée de toute contradiction. II ne créait des ministres que pour recevoir el exécuter ses ordres.

Avec ses qualités et ses défauts, le hn? ministère de l'abbé Fleury constitue, aprè^ tout, la meilleure période du règne de Louis XV. Il releva quelque peu les finances, il fit revivre le crédit et le commerce. Ses premiers actes furent des actes de justice et d'humanité. Il remit en place le secrétaire Le Blanc et les autres victimes du duc de Bourbon. Le libertinage de la Régence fut condamné à porter le masque. Tout reprit un air moral et dévot sous le gourvernement du vieux prêtre.

Naturellement, après les orgies financières de la Régence, on tomba dans les économies stériles. Le cardinal Fleury, dans la haine de toute révolution, ne voulut rien innover au chapitre des receltes et dépenses; il aimait trop l'agriculture pour la frapper de nouvelles contributions ; il voulut même alléger les anciennes et jeta un regard sévère sur les prodigalités de l'État. Ce fut le quart d'heure de Rabelais pour les financiers et les grands du royaume. Les fermiers généraux furent maintenus ; et comme on lui reprochait de ne pas frapper ferme, il répondit qu'ils étaient les soutiens de la fortune publique. « Oui, s'écria Souvré, mais c'est comme la corde soutient un pendu. » Quoi qu'on fasse contre les financiers, ils s'effacent d'abord ; ils reparaissent bientôt, et reprennent leur crédit, parce que l'argent a toujours le dernier mot.

Mais les gens de cour, ceux-là qui étaient devenus des enfants prodigues aux dépens du royaume, ne purent de longtemps reprendre leur vie fastueuse, parce que le cardinal, de plus en plus parcimonieux, ne donnait plus rien pour rien, quel que fût le nom, quel que fût le titre. La cour se dépeupla. Les grands seigneurs ne pouvant plus vivre à Versailles, retournèrent dans leurs terres. La plupart s'en trouvèrent bien ; on commençait à s'enorgueillir de la charrue ; les tentatives agricoles datent de là. Combien de courtisans, qui

LE RÈGNE DE LOUIS XV 3i

jetaient l'argent par les fenêtres à Versailles, s'exilèrent et vécurent çà et là dans les provinces de ce qu'il plaisait à Dieu, selon leur expression; c'est-à-dire du revenu d'une terre depuis longtemps abandonnée. Aussi disaient-ils: « C'est notre troisième période et notre troisième bourreau. Richelieu nous saignait, Mazarin nous purgeait, Fleury nous met à la diète. » La noblesse de France n'aimait pas les cardinaux.

Page 1