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LA SUCCESSION D'AUTRICHE

L'empereur Charles VI vint à mourir. L'Europe avait appris à se batlre pour des testaments. La guerre, celle fois encore, sortit d'un tombeau.

La fille de Charles VI, Marie-Thérèse, une des âmes les plus viriles de l'époque, fit valoir ses droits au trône; Elle s'empara de tous les domaines qu'avait laissé son père : elle reçut les hommages des États d'Autriche à Vienne, le 7 novembre 1741. Elle fut bientôt couronnée àPresbourg le 24 juin. Le peuple hongrois, qui avait toujours voulu'sécouer le joug de la maison d'Autriche, fut gagné à la cause de Marie-Thérèse par la forme du serment qu'el e prêta, serment renouvelé du roi André II : « Si moi ou quelques-uns de mes successeurs, en quelque temps que ce soit, veut enfreindre vos privilèges, qu'il vous soit permis, en faveur de cette promesse, à vous et à vos descendants, de pouvoir vous défendre, sans pouvoir être traités de rebelles. L'en-

thousiasme fut immense : « Moriamur pro rege nostro. Maria Theresa : Mourons pour notre roi Marie-Thérèse, » s'écrièrent les Hongrois.

Le nouveau royaume de Prusse, Hercule au berceau ♦saisissant le vieux lion de Némée par la crinière, essaya ses forces contre la vieille Autriche.

La Prusse était une création de la volonté humaine : elle avait voulu être ; elle fut.

Le roi de Prusse, Frédéric,. avait demandé à Marie- Thérèse de lui céder une partie de la Silésie : Marie- Thérèse refusa; alors il la prit tout entière. Il s'était jeté dans cette province vers la fin de 1740. On voulut mettre sur les drapeaux : Pro Deo et patria. Il raya pro Deo. Une bataille se livra à Môlwitz, près de la rivière de Neiss. « On vit pour la première fois, dk Voltaire, ce que valait l'infanterie prussienne. » La bataille fut gagnée sur les Autrichiens. Alors toute l'Europe s'agita.

Les frères Belle-Isle, petits-fils de Fouquet, remuèrent la cour de leurs projets chimériques. A les entendre, l'honneur et l'intérêt de la France voulaient que Ton intervint. Fleury résistait : on traita sa prudence sénile de pusillanimité. Le vieux prêtre tenait dans ses mains la paix et la guerre ; on le força tant qu'il lâcha la guerre, tout en voulant retenir la paix. Ce fut la plus grande faute de son ministère ou de son règne. Cette guerre, entreprise sans raison, continuée sans vigueur, se termina sans gloire.

Cependant, la cause de Marie-Thérèse semblait peiw due. Enceinte alors, elle croyait « qu'il ne lui resterait pas une ville pour y faire ses couches. » Mais déjà l'Angleterre et la Hollande s'étaient déclarées contre la France.

Nos armées s'avancèrent, ou, si l'on veut, se perdi- ' rent dans la Bohême, le comte de Saxe et son lieutenant Chevert emportèrent la ville de Prague : fait d'armes brillant, mais inutile.

Le roi d'Angleterre,Georges II, commandait en per-

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sonne une grande armée,; le duc de Noailles, qui avait servi depuis l'âge de quinze ans, s'opposa aux Anglais. La journée de Dettingen fut pour la France une défaite honorable ; mais elle n'en eut pas moins des résultats désastreux: Noailles dut évacuer toute la Franconie; Charles-Albert, électeur de Bavière, que la France, unie aux rois de Prusse et de Pologne, voulait faire élire empereur, était en exil ; près de cent mille soldats avaient été sacrifiés ; le revenu était obéré ; no3 colonies se trouvaient à la merci des flottes anglaises.

Au plusj)eau de ces défaites, Fleury venait d'expirer dans le pouvoir, à l'âge de quatre-vingt-dix ans. « On se plaint de mon ministère, avait-il dit avant de mourir ; on voudrait que le roi régnât. Eh bien ! on verra quel sera le train des affaires quand le roi lui-même les conduira. »

Fleury n'avait pas vu que le pouvoir se déplaçait en France ; les hommes d'esprit prenaient les places des hommes d'État ; l'Eglise ne régnait plus en souveraine infaillible ; la philosophie avait fondé une autre paroisse, qui s'appelait déjà la Révolution.

Ce que Fleury vit bien moins encore, c'est que Louis XV aurait toujours un premier ministre dans sa maîtresse : la duchesse de Châteauroux, la marquise de Pompadour, la. comtesse du Barry.

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