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LE ROI ET LE PARLEMENT

L'esprit politique de la cour était variable comme le temps.

Après tel ministre, il en veaait un autre ; mais ce fut toujours le même minktre, car ils étaient préoccupés du cardinal ou du roi, peu ou point de la Franco. Par exemple, on vitMachault et d'Argenson, dans les temps les plus critiques, se battre, comme on disait, à coups de clergé et à coups de parlement. Quand il fallait, après la guerre de la succession d'Autriche, se pencher pieusement sur la patrie toute blessée, tout en deuil, tout en ruines, M. de Machault, qui succédait à Orry dans le ministère des finances, voulut tenter un grand coup : frapper d'un impôt réparateur le? terres du clergé et de la noblesse, comme celles du tiers état ; mais le roi se laissa désarmer par l'amour des privilèges, peut-être parce qu'il eut peur que M. de Machault ne se représentât les idées du parlement, qu'il haïssait jusqu'à la fièvre.

On^peut juger de cette haine du roi par ces deux

pages, écrites de sa main ; ce. n'était pas le fouet de Louis XIV, mais c'était la plume du roi « par la grâce de Dieu : »

« LeParlement a été d<î tous temps opposé à ses rois « ou aux régents; et moi, qu'on sait qui aime la paix il « m'a choisi pour me dire des choses qu'il n'avoit encore « jamais osé dire aux souverains mes prédécesseurs. a J'ai bien voulu patienter Tannée dernière, et vous, « M. de Richelieu, en avez été témoin oculaire et « auriculaire, sans, je crois ; qu'il y ait paru au dehors: « Et de là je suis indifférent ; mais si vous m'aviez vu « en dedans, vous m'auriez trouvé bien différent »

« Je n'attribue point au premier président ce qu'il « m'a dit, parce qu'il ne pouvoit guères faire autre- « ment ; mais qui le mérite ? Poussé à bout comme je « le suis, je ne puis plus différer de faire sentir à mon « parlement que je suis le maître absolu, et que ma « puissance absolue vient de dieu, que je n'en dois « compte qu'a lui, le jour où il me retirera de ce « monde. Pour lors, ils auront TOUS un autre « maître, non moins le maître, mais plus vif que moi. « Je suis roi et maître, ou c'est le parlement. Personne « ne veut céder, et cependant il est nécessaire que quel- « qu'un plie. Je ne veux point détruire le parlement ; « mais je le veux réduire dans les justes bornes pour « lesquelles il a été institué ; ainsi, il faut qu'il cède « ou moi. Moi, j'y mettrai toute la force que Dieu « a mise dans mes mains, et je répandrai mon sang « avec grand plaisir. S'il me demande pardon, s'il « obéit à ce que je lui demande, avec joie je lui ren- « drai le pouvoir que je lui avois confié; mais, après «toutes les incartades que j'ai vues, je ne souffrirai « pas qu'il puisse me mettre dans le même embarras.

« Le premier^président étant le chef que je lui ai « donné avec grande satisfaction, je le verrai porteur « des soumissions de mon parlement et des ordres que « j'auroisà lui donner pour les faire exécuter. -L'on m'a « fait condescendre à bien des choses que je regrette

<c autant présentement qu'elles étoient peu dé mon goût « pour lors : mais dans ce moment-ci, je n'écouterai « rien qu'on ne soit soumis et que j'en aie les plus sûres « preuves.

« Je n'aime pas plus l'autorité des prêtres, en tant <( qu'ils veulent sortir des bornes mystiques ; mais je <c veux qu'on rende à Dieu ce qui e9t à Dieu, et à César <c ce qui est à César. Or, César ne tient que de Dieu <c ce qui est a César, mais il ne le lâchera à personne « sur la Terre française.

« Vous pouvez communiquer ceci à qui vous voudrez « n'étant pas fait pour vous seul; ainsi vous en ferez « l'usage que vous jugerez à propos. Je ne le signe « pas non plus. »

César lui-même, qui se croyait fils des Dieux, n'eût point parlé au jour de son triomphe comme Louis XV après ses désastres. C'est que César n'avait que Bru tus pour courtisan; c'est que Louis XV, au milieu de sa cour de femmes, avait toute la nation à ses pieds, y compris Voltaire, qui, avant d'être le Roi Voltaire, avait voulu être lui-même gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.

Sans doute on s'étonnera de ma sévérité envers Louis XV et ses courtisans jusqu'aux pages où j'étudie le héros de Fontenoy et son armée. J'ai dit avec vérité que si la France avait été battue à Rosbach, c'était bien un peu par la faute des colonels de Versailles. Mais les colonels de Versailles avaient le droit de se glorifier de la victoire de Fontenoy. Certes, ce n'est pas une défaillance que d'aller à la mort gaiement et en uniforme de parade.

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