PHILIPPE D'ORLÉANS
Dans les guerres du xviii siècle, sous Louis XIV et sous Louis XV, l'héroïsme français fît merveille, même dans les défaites.
Parmi les hoftimes de guerre qui semblaient destinés à tous les triomphes, Philippe d'Orléans marche au premier rang « brave comme le tonnerre. » On peut dire que s'il bravait Dieu, il bravait surtout la mort. Jamais on ne marcha au feu avec plus de vaillance.
A dix-sept ans, Philippe d'Orléans suivit Louis XIV au siège de Mons, où il fut intrépide avec la gaieté du soldat français. Un peu plus tard, il eut le commandement de la cavalerie légère sous le maréchal de Luxembourg. A la bataille de Steinkerque, il se condui-
sit vaillamment. A celle de Nerwinde, il enfonça deux lignes ennemies à la tête de ses cavaliers. Par cinq fois il s'aventura au millieu des ennemis. Entraîné presque seul jusqu'au milieu de la troisième ligne, il revint aux 'siens en se frayant un passage l'épéeà la main. Le roi, à son retour à Paris, ne lui adressa aucun éloge sur son courage. Déjà Orléans faisait ombre à Bourbon.
Le duc d'Orléans s'occupait beaucoup à Paris de l'art de la guerre. Ne pouvant alors opérer sur un champ de bataille, il recherchait la société des vieux officiers, étonnant chacun par ses hauteurs de vues.
En 1706 pourtant, le roi, qui jugeait bien les hommes de guerre, donna à Philippe d'Orléans le commandement de l'armée d'Italie. Le Prince fut rejoint devant Turin par le prince Eugène. Que fallait-il faire? Attendre l'ennemi dans les lignes de circonvallation ou marcher à l'ennemi. Le duc d'Orléans leva son épée et dit : « Marchons ! » Mais le maréchal de Marchain voulut attendre. Et comme le duc d'Orléans voulait entraîner les officiers, le maréchal montra un ordre de Louis XIV, qui lui donnait voix délibérativë : le duc d'Orléans, qui pressentait que c'était la défaite, faillit briser son épée. Vainement il représenta que les lignes étaient trop étendues pour être bien gardées. En effet, il y eut bientôt un quartier forcé ; le duc d'Orléans y courut, mais c'était tenter l'impossible, car tous ne Couraient pas comme lui. Frappé de deux coups de feu, il comprit que tout était perdu. Mais il ne voulut pas tout abandonner à la mauvaise fortune : porté en litière, il sauva la retraite de l'armée; la déroute fut grande, mais sans lui c'eût été le désastre. Il semblait que Louis XIV, l'armant et le désarmant tour à tour, ne l'eut envoyé en Italie que pour le sacrifier. Il disait plus tard à madame de Tencin : « Si on m'avait écouté à Turin, nous aurions le Piémont, Milan, Modène et le royaume de Naples. » Mais l'année suivante, il prit une rude revanche en Espagne. Sa rapide et glorieuse campagne fut une marche triomphale. Il soumit tambour
battant les provinces d'Aragon et de Catalogne, couronnant cette brillante expédition par la prise de Lérida, qui avait victorieusement résisté au Prince de Gondé et au maréchal d'Harcourt.
Philippe d'Orléans n'avait plus qu'un pas à faire pour monter sur le trône d'Espagne. Louis XIV jugea qu'il en était digne, voilà pourquoi il le fit garder à vue dans son camp et le rappela à Versailles en pleine disgrâce.
Un (J'Orléans a eu raison d'écrire au xix e siècle: a Je suis fier de mon aïeul le Régent. Il était bon, libéral, patriote et brillant homme de guerre. Le soldat blessé à jSteinkerque en changeant à la tête de son régiment d'infanterie, le général qui, blessé encore et porté en litière, conduisit la retraite de Turin et sauva * l'armée battue (battue parce qu'on lui avait ôté le commandemenl) ; qui prit Lériia et dirigea la campagne de Catalogne, mérite dans noire histoire militaire une place qui ne lui a pas encore été donnée. »