LA GUERRE DE SEPT ANS
La fameuse guerre de sept ans, qui devait être la dernière étape de sang pourla paix de l'Europe, s'annonça par deux victoires: la prise dePort-Mahonet la bataille d'Haslenbeck : ce fut Richelieu qui triompha sur mer, ce fut d'Estrée qui triompha sur terre. Les Anglais furent vaincus deux fois ; l'escadre de l'amiral Bing était dispersée, l'armée du prince de Cumberland nous ouvrait Télectoratde Hanovre et les États de Brunswick.
Là ne s'arrêta pas notre fortune victorieuse. Richelieu, qui avait eu son heure à la bataille de Fontenoy, qui avait eu son jour à Port-Mahon, qui aspirait à une renommée digne de nos plus grands généraux, commandait en chef en Allemagne. Madame de Pompadour ne l'aimait pas; elle ne voyait en lui qu'un soldat de cour, plus préoccupé de combattre les femmes que les armées ennemies. Mais son bonheur passait en proverbe ; on s'inquiétait des timidités et des lenteurs du maréchal d'Estrées ; on finit par se confiera l'étoile de Richelieu. En effet, il s'annonça en vainqueur dès son entrée en campagne. Par l'imprévu et la hardiesse de manœuvres, il démoralisa du premier coup l'armée du duc de Cumberland, il la jeta à l'embouchure de l'Elbe, il la réduisit soudainement à ces deux extrémités : déposer les armes ou se jeter à la mer. Par malheur pour nous, l'homme de guerre n'était pas doublé d'un homme politique, ou plutôt le soldat heureux n'était pas un homme de guerre. Enivré de son triomphe, il ne profita pas de sa victoire ; il en perdit bientôt tout le fruit, parce qu'il se laissa prenire aux paroles d or de Frédéric II.
Frédéric .II était un homme de guerre doublé d'un homme politique. En lui, l'esprit de Machiavel et de Talleyrand dominait l'esprit d'héroïsme; aussi valait-il' à Jui seul une armée pour battre ses ennemis. Nul mieux que lui n'avait l'art d'égarer l'orgueil parle miel des flatteries. Puisque Richelieu n'était pas l'homme de la marquise de Pompadour, il résolut d'en faire un homme à lui. Sachant bien que ce grand nom de Richelieu ne représentait pas un caractère, il lui écrivit une lettre caressante où il lui disait : « Celui qui a rempli Gênes de sa gloire, celui qui a conquis l'île de Minorque, celui qui est sur le point de subjuguer la Saxe, a mérité des statues et sera un vainqueur généreux. » Ce ne fut pas tout. Frédéric dépêcha à Richelieu un ambassadeur, qui lui porta des paroles comme celles-ci: « Grandeur d'âme est le dernier mot de la victoire. »
L'ambassadeuf ne manqua pas de vouloir prouver à Richelieu que l'alliance de l'Autriche était un caprioe de Cotillon II, que cette alliance violait la grande tradition de Henri IV, du cardinal de Richelieu et de* Louis XIV, que la haute situation faile par les événements au vainqueur du duc de Cumberland ne lui permettait pas d'obéir, les yeux fermés, à des caquetages de femme. Selon le conseil du roi de Prusse, il devait n'obéir qu'à lui-même, et se réverser pour de grandes ' actions dignes de son nom.
Richelieu signala fatale convention de Closler-Seven, en vertu de laquelle tous les alliés du Hanovre devaient se retirer dans leurs pays, frappés jusqu'à la lin de la guerre par la neutralité. Les Français étaient maîlres de Télectorat de Hanovre, du landgraviat de Bremen, de la principauté de Verden. Les Hanovriens passaient au delà de l'Elbe. En un mot, au lieu de prendre d'une main ferme tous ces prisonniers de guerre, on ne prenait que leur parole ; c'était la plume au vent. La victoire fut donc stérile.
Le roi Louis XV jugea que c'était trop de grandeur d'âme ; madame de Pompadour s'indigna de ce traité ;
le cardinal de Bernis vit la faute, mais représenta au roi et à la marquise qu'un désaveu autoriserait l'ennemi à violer sa parole. On se consola dans l'espoir que le prince de Soubise, qui avait promis de vaincre, tiendrait mieux la victoire que Richelieu.
Celui qu'on appelait le héros de Porl-Mahon, de plus en plus pris aux flatteries de Frédéric II, de plus en plus refroidi pour maiame de Pompadour, qui n'avait jamais voulu le prendre au sérieux, et qui disait tout haut que le prince de Soubise serait un des héros du siècle, ne fit plus un pas vjts la victoire. Il pouvait prendre Magdebourg et se joindre au prince de Soubise. Là fut son crime : il aima mieux voir la France vaincue que de voir Soubise victorieux.