‹ Louis XVChapitre 34 sur 46 · LES DU MONT · texte numérisé non relu

LES DU MONT

Il y a toute une vaillante famille des Du Mont *• C'est une belle noblesse pour le fils et pour le petitfils que de sculpter ou peindre avec le ciseau d'or ou le pinceau consacré de sa famille.

François Du Mont étudiait à l'atelier de son père,

* Cette famille est venue jusqu'à nous. Le sculpteur du Génie de la liberté a perpétué la tradition de ces glorieux artistes par son style libre et savant : Noblesse oblige.

DigiïïËfd by

et se disposait à partir pour Rome, quand l'amour l'arrêta en chemin, sous la figure d'Anne Coypel, fille de Noël Coypel et sœur d'Antoine Coypel. Sans doute Anne Coypel lui tint lieu de voyage de Rome, car à vingt-trois ans il entrait à l'Académie avec un chefd'œuvre, ce Titan foudroyé qui est aujourd'hui dans les salles du Louvre, et qui prouve qu'on trouve le style sans aller à Rome. François Du Mont était doué. Il voyait grand et beau. L'imagination l'emportait ; mais passionné pour le travail, il caressait la forme avec religion.

Il aimait l'atelier, mais il aimait le monde. Comme Louis XIV, il croyait qu'on peut bien danser sans cesser d'être honnête homme. Il dansait donc et de la meilleure grâce. Il jouait du violon comme Léonard de Vinci, il faisait des armes comme Benvenuto. Il avait un tour d'esprit très vif ; il parlait bien, quoiqu'il parlât un peu de tout. Sa femme avait elle-même beaucoup d'esprit. Elfe lui donna huit enfants, dont un peintre ; celui-là fit trop le voyage de Rome. II fut surnommé le Romain.

François Du Mont descendait, avec une grande variété de style, de l'Olympe au monde chrétien. Il avait toutes les religions, celle de l'antiquité, celle du Christ, mais surtout celle de l'art. Il savait par cœur le catéchisme de Michel-Ange.

Le duc d'Antin l'avait appelé à Petit- Bourg et voulait qu'il -décorât son tout royal château de bas-reliefs et qu'il le peuplât de statues. Le duc d'Antin qui avait de la littérature, écrivit un jour sous une Vénus de Du Mont cette épigramme de Martial sur Phidias :

Artis Phidiciœ toreuma clarum Pisces aspicù: adde aquam, natabunt.

François Du Mont eut un fils, Edme Du Mont, qu'il envoya à l'atelier de Bouchardon, ce qui fit dire au célèbre sculpteur: c Si j'avais un fils, je l'enverrais

étudier chez François Du Mont. » On peut juger aujourd'hui Edme Du Mont sur un fronton à la manufacture de Sèvres, mais plutôt sur un morceau de réception à l'Académie, un beau morceau, Milon de Crotone, qui n'est pas celui de Puget, mais qui eût arrêté Michel- Ange.

Edme Du Mont eut lui-même un fils qui continua la gloire des Du Mont. Jacques-Edme Du Mont étudia sous Pajou ; il fut pensionnaire du roi à Rome ; mais ce fut un moderne. Nous lui devons un beau buste de Marceau^ une statue de Malesherbes, des bas-reliefs dans la cour du Louvre. Son vrai maître fut la vérité, cette vérité forte et grande qui pose pour l'art.

Page 1