‹ Louis XV et Elisabeth de RussieChapitre 3 sur 21 · X AVA\^T-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVA\^T-PROPOS

Durant quelques jours, elle put se croire promise au premier prince de la chrétienté : elle lui donna alors son cœur et ne le lui reprit jamais entièrement. Belle, séduisante et spirituelle, elle vivait environnée d'hommages et ne les dédaignait pas tous ; mais la tendre sympathie qu'elle avait vouée au roi de France survivait dans son ame aux intrigues passagères qui occupaient sa vie. Ecartée d'ahord du trône où sa naissance semblait l'appeler, elle aimait à se représenterLouis XV sous les traits d'un chevalier prêt à s'armer pour la délivrer de ses ennemis et pour assurer le triomphe de ses droits. Il se trouva qu'à cette époque l'envoyé du Roi à Saint-Pétersbourg fut un gentilhomme hardi, sans scrupules, ami des aventures. Il démêla les sentiments de la princesse et en fit part à son maître ; flatté dans son amour-propre, Louis XV prit en main la cause d'Elisabeth; ses secours et ses conseils la décidèrent à tenter une révolution qui lui donna la couronne.

La nouvelle impératrice était l'amie du Roi; il semblait que la Russie allait devenir notre alliée. Mais Louis XV ne comprit pas les conditions indispensables d'un accord entre les deux Etats. Il découragea la bonne volonté d'Elisabeth, s'obslina à protéger contre elle les Suédois et les Turcs, adversaires naturels de la Russie, et laissa cette puissance retomber dans les liens de l'Autriche, en dépit des préférences personnelles de la Tsarine. Pendant onze ans, la rupture fut complète : Elisabeth n'entendait pas qu'elle fût définitive. Tandis

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que ses ministres se liguaient avec nos ennemis, de secrets messagers, bravant tous les dangers, venaient de Pétersbourg à Versailles porter au Roi des assurances et des promesses : une intrigue romanesque, qui eut pour acteurs principaux un Ecossais exilé, un personnage équivoque dont le sexe a longtemps fait mystère, un grand seigneur russe et un négociant français, aboutit à la réconciliation des deux souverains ; de ce rapprochement naquit enfin une alliance politique. Pour la conclure, Elisabeth avait dû vaincre l'opposition presque universelle de sa cour; elle eût pu dire à l'envoyé de Louis XV les paroles par lesquelles son successeur Alexandre abordait notre ambassadeur après Tilsitt : « Il n'y a guère que vous et moi ici qui aimions la France. » Les relations entre le Roi et la Tsarine reprirent un caractère de confiance et d'intimité : entre eux, ils ne voulurent plus d'intermédiaire et ouvrirent une correspondance directe. Pour la première fois les armées française et russe combattirent de concert, et ce fut contre la Prusse.

L'accession d'Elisabeth à la ligue formée en 1756 contre Frédéric II eût assuré la ruine de ce prince et réprimé l'ambition déjà menaçante de sa maison, si Louis XV eût persévéré avec loyauté dans le système qu'il venait d'adopter. Une fois de plus il répudia le concours des Russes après avoir paru le rechercher ; s'elfrayant de leur progrès aux dépens de la Prusse, il s'efforça de ralentir leurs opérations, ne se résigna pas à leur sacrifier la Pologne sans parvenir à sauver cet

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