‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 19 sur 114 · SIÈGE DE PRAGUE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE PRAGUE

résolurent de se défendre jusqu'à la mort et de garder la place sous le pavillon blanc \

D'ailleurs de bonnes nouvelles arrivaient de France et les assiégés de Prague avaient l'espoir d'être bientôt secourus; dès le commencement de l'hiver, les courriers de La Haye et de Berlin avaient annoncé la défection de la Prusse qui se préparait ^, puis l'abandon et l'isolement des Français, par une deuxième défection, celle des troupes saxonnes. Successivement on apprit la retraite savante et le repliement des postes du maréchal de- Broglie et du comte de Ségur dans Prague, enfin la défense héroïque du maréchal de Belle-lsie ; toute reti:aite était fermée ; Munich et Passaw étaient au pouvoir des Autrichiens; on savait bien que ces nobles hommes pourraient s'ouvrir un passage , et que réunis en rangs pressés, ils trouveraient toujours le moyen de venir rejoindre le Mein et le Rhin; mais les armées qui les environnent s'élevaient à plus de 80,000 hommes, et que pouvaient faire 20,000 Français, quelque braves qu'on les supposât, contre des forces quadrupléesl pourquoi n'i-

^ a On laisse , disait le comte de Ségur, dans la Haute-Autriche des troupes qui seront infailliblement coupées. « Il écrivit à M. de Breteuil , alors secrétaire d'état au département de la guerre : « Je ne me relâcherai pas sur ce point important , je peut vous assurer que le malheur que je prévois arrivera. La première source de nos maux viendra du mélange des nations et de la dispersion des troapes.

rsit-on pfis les secourir? pourquoi les armées du Rhin et de Westplialie ne marcheraieiiL-elIcs pas en avant pour prêter la main aux braves soldats assiégés dans Prajjue?

A ce projet, diffne de la bravoure et de la loj'aulé de notre nation, venaient s'opposer des considérations diplomatiques du premier ordre; le cabinet de Versailles était informé de la formidable coalition qui se préparait; l'Angleterre, la Hollande, la Russie ', l'Empire et peut-être la Prusse entreraient dans une ligue contre le petit-fils de Louis XiVet contre cette grande nationalité française qui les blessait depuis des siècles. Le ministère de lord Carleret venait d'obtenir un large votede subsides du parlement et d'ordonner la réunion d'une armée anglo-Iiollandaise dans les Pays- Bas sous les ordres de lord Stair, élève des principes et de la liaine de Malburoiigb contre la France. Le roi d'Angleterre était venu sur le continent; les Hollandais à travers toutes les protestations étaient prêts d'entrer en campagne; les Hanovriens et les Brunswickois aussi; aucun îles préparatifs militaires de la coalition n'était ignoré. Or, en face de ces périls, l'armée de Westplialie, sous le maréchal de

'<c La Russie, qui commençait à acquérir de l'inQuen ce dans les affaires de l'Europe, était k ména^r, non seulement par rapport oui liaisons qu'elle pouvait former avec la reine de Hongrie, mais pour celle contractée récemment avec l'Angleterre par ud traité d'al-

MARCHE DE L'aRKÉE DE MAILLKBOIS (1742). 49

Maillebois, pouvait seule s'opposer aux premiers eiïui-ls d^uoe coalition; en la jetant vers Prague, au ceutrc (Je l'Allemagne, ue s'exposait-oo pas à découcouvrir toutela frontière et à laisser une large trouée en face des armées alliées? La majorité du conseil pencliait pour la capitulation de Prague; on voulait la négocier en échange de la reconnaissance que ferait la France de la reine de Flongrie comme impératrice. Il faut rendre justice à Louis XV, et en cela il fut secondé par M. de Breleuil et le contrôleur-général Orry ; il déclara hautement : « qu'on ne pouvait laisser la noble armée française enfermée dans Prague, sans la secourir immédiatement; et qu'importaient les circonstances et les périls ! Ce qu'il fallait souvent en politique, c'était de frapper dt$ coups vigoureux; la liardiesse n'avait jamais perdu personne ; rien ne pouvait compenser l'éclieo moral d'une capitulation de Prague. « M. de Breteuil offrit d'organiser une nouvelle armée de réserve; le contrôleur-général Orry déclara qu'il avait 70 millions à la disposition du roi, pour l'honneur et la défense de la patrie. Ordre fut donc envoyé sur-lechamp au maréchal de Maillebois de se porter sur le Danube par une marche rapide, et de prêter ainsi la

liaDce défensif, conclu le 11 décembre 1742 n Moscou entrée deux puissances. Elles ae promettaienl nn secours mutuel, au c que l'une ou l'autre fùtallaquiSe. i.

main à la garnison de Prague qui pourrait sortir de son camp retranché.

C'était celte bonne nouvelle qui venait relever le courage des héroïques Français renfermés dans Prague; ils avaient fait éprouver au prince Charles de bien grandes pertes ; les Autrichiens étaient étonnés, cmerveiMés de tant de courage et de bravoure. A ce moment, des courriers viennent apprendre aux Au- Iricbiens que le maréchal de Maillebois se porte vers le Danube et les menace par le flanc; il n^y a plus à hésiter; après cinquante-sis jours de tranchée, le prince Charles s'éloigne de nuit abandonnant le siège pour marcher sur le maréchal de Maillebois, et la garnison de Prague est libre. A cette nouvelle, le maréchal de ttroglie quitte le camp retranché que l'armée a si vaillamment détendu ; le comte Maurice de Saxe est avec lui, il connaît le pays village par village; on marche sur Egra, on délivre la garnison, et par là l'armée se trouve en communication avec le maréchal de Maillebois; et lorsque cet admirable cordon de troupes se lie comme une grande chaîne, le maréchal de Belle-lsie ordonne l'évacuation de Prague, laissant là -4,000 Français sous le plus brave des hommes, M. de Chevert.

On est au -1 7 décembre, avec un froid de 1 3 degrés; le comte de Belle-Isie garde le plus impénétrable secret, il l'ail même des dispositions comme s'il voulait conserver lu ville, et pendant ce temps tout s'organise

RETRAITE DE PRAGUE (1742). Ôl

pour révacuation. Dans la nuit du >l 6 au >l 7 décembre, les régiments sont sous les armes, un roulement de tambour se fait entendre et l'on voit sortir de Prague des colonnes profondes; >l>l, 000 hommes d^nfanterie et 5,000 chevaux; 50 pièces de canon avec des vivres pour douze jours. Cesi toute une armée; la plaine est partout couverte de neige, le froid est si vif que les pieds gèlent et quelques soldats tombent d'inanition. Ce corps est incessamment harassé par les Croates et les Pandours; le maréchal de Belle-Isie fait face à tout; malade, il se fait porter sur une litière; il évite les défilés, la carte à la main, il tourne les armées régulières des Autrichiens afin d'éviter une grande bataille; après douze jours de marches admirables, dignes de la retraite des dix mille, il fait sa jonction avec le maréchal de Broglie qui , lui-même , donne la main à M. de Maillebois^; le maréchal de Belle-Isie ramène plus de >l 2,000 hommes sains et saufs pour le service de la France. Quant à Chevert , on n'avait rien à craindre pour lui dans Prague; un homme d'une aussi forte trempe saurait toujours se tirer de sa position; une nouvelle armée autrichienne vient l'assiéger, et il annonce avec insouciance : « qu'il ne se rendra pas, Prague sera brûlé, la reine de Hon* grie n'aura pas sa riche cité, mais un monceau de

' Cette manœuvre de retraite a été parfaitement retracée par le chevalier de FoUard dans son commentaire sur Polybe.

cenJres; pour lui, se rendre n'est pas un mot français, Si on veut le laisser rejoindre le corps du maréchal de Belle-lsle à Êgra, avec armes el biij;a{jes, alors il abandonnera la ville , mais avec tous les honneurs di la guerre. » En vain les Autrichiens essaient d^ouvrii la tranchée, ils le menaeentde l'assaut, Cbevert resl impassible, et à la fin ou est obligé de céder propositions; le brave orûcier ramène 5,000 hommes des régiments de Pontliieu, de Navarre, de Berry, inl'anlerie; Soissons, cavalerie; La Fère, artillerie au maréchal de Belle-lsle qui Tembrasse comme li plus brave en face des camps réunis.

Cette retraite de Prague est peut-ùtre la plus belle marche des temps modernes, elle peut-être comparée pour la stratégie sus plus grandes merveilles; ainsi Pont jugé les théoriciens ; elle mit fin aux opérations dans la Bohême et dans la Moravie. Ce qui 0t man(]uer cette campagne , ce fut donc la défection fatale des Prussiens; la guerre commence sur les instigations de Frédéric; il nous presse , nous provoque; il veut nous donner la frontière du Rhin , en nous appuyant sur les Saxons et les Bavarois ; les Prussiens sont aussi nos auxiliaires; mais Tégoïste Frédéric joue son jeu , il conquiert laSilésie; à peine est-elle à lui qu'il veut faire ralilier cette conquête, et pour cela il trahit SCS alliés et se sépare de la France. Cette défection de Frédéric entraine les Saxons et annule let' Bavarois; tes Autrichiens , un moment refoulés jus-

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mîÇE DE PKAGCB (1742).

p'à Vicuiit!, repreoiieiU coura{][e quand ils apprennent la neutralité du roi de Prusse; ils sont sûi's de ne point trouver les Prussiens contre eux ; ils entourent comme d'un cercle de fer l'armée française. Concentrée dans Praffue, cette armée fait des prodiges, le corps du maréchal de Maillebois s'ébranle pour l'appuyer et secourir; alors s'opère cette magniûque retraite, qui forme comme une grande chaîne de troupes françaises depuis le Rhin jusque dans les montagnes de la Bohême. Chose digne de remarque, celte retraite releva plutôt le moral de l'armée qu'elle ne l'abattit; c'est un des événements mililaires qui lit le plus d'honneur à la vaillance des régiments de France, et qui prouvait à la face du monde qu'ils savaient faire une retraite, le point le plus difficile à constater, car nul ne pouvait nous disputer le courage qui marche en avant.

Lorsque les Français manœuvraient activement er Allemagne, le roi d'Cspagne, allié intime du cabinet de Versailles, portait tous ses efforts vers l'Italie. Dans la guerre de H753 la campagne au delà des Alpes s'était ouverte par une triple armée de Français, d'Espagnols et de Piémontais, marchant de concert contre les Autrichiens ; le résultat avait été évidemment heureux ; la maison de Savoie s'était agrandie, l'Espagne avait conquis Naples et la Sicile, et l'Autriche avait uucoup perdu. Mais à la mort de Charles Vl, d'au- B plus graves intérêts étaient nés encore ; l'Espagne

revendiquait non seulement Parme et PI encore tout le Milanais, et c'était dans Tes quérir que les troupes espagnoles iimrcliaieat en Italie; il en était débarqué partout sous la conduite d'un infant; à Gènes, à Civitto-Veccliia, à Naples; et de plus une armée etipn^noln et napolitaine s'avançait pour occuper Parmo et le Milanais. Dans cette situation toute nouvelle, les intérêts durent naturellement se modilier : pendant la campagne de ^755, la maison de Savoie avait loyalement piété appui ïi la France contre rÀutrictie, sa constante rivale ; depuis, cette maison illustre et habile avait profondément examiné sa situation nouvelle ; elle-même réclamait des droits sttr le Milanais qui l'arrondissait parfaitement ; un royaume composé de la Savoie, du Piémont et du Milanais avec la Sardaigne comme colonie maritime, devait être pour le midi ce que la Prusse était pour le nord, et cette pensée d'agrandissement, alors caressée par la France, avaitdessiné la maison de Savoie contre l'Autriche. Aujourd'hui, voici ce qui se passait : ce n'était plus l'Autriche qui était redoutable pour tes rois de Piémont, mais bien les Bourbons eux-mêmes ; car non seulenientlaFrance était nienuçanteau delà des Alpes, maisils allaient avoir une armée espagnole dans le Milanais, des Espagnols à Parme, des Espagnols à Naples, de sorte que la maison de llonrbon enlaçait la Savoie de toutes parts. Dans cette circonstance, le cabinet de Turin dut écouter avec laveur les propositions qui lut

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