DU ROI
ni de sa sagacité, ni de sa timidité habituelle ; il aimait les hommes d'un travail facile , et sa grande amitié pour M. de Maurepas venait de ce qu'il savait lui plaire tout en travaillant avec ardeur. Les conseils sous la présidence du roi se multipliaientchaque jour de|uiis que les affaires devenaient plusdifGciles; après la campagne d^Allemagne on pouvait prévoir une guerre générale; il fallait des re,ssources très mullipliées pour renouveler l'armée et pour donner une plus haute impulsion à la politique générale. Dans les campagnes précédentes on avait vu avec quelque peine le roi restera Versailles, tandis que les gentilshommes couraient à l'ennemi; Louis XIV n'avaît-il pas le plus souventcommandé en personne ses armées? A 16 ans, le grand roi était sous la tente, et Louis XV qui atteignait sa trente-troisième année semblait faire la guerre en la laissant à ses généraux ; la puissance des rois de France venait des prestiges de la gloire ; ils étaient des chefs niililairesavant de se faire monarques des bourgeois ; se séparer de l'armée c'était se perdre. Louis XV ne reli'ouverait-il pas quelque feu de ce noble orgueil qui le faisait la noble tête des gentilshommes?
Le roi, presque toujours à Clioisy, ne paraissait plus à Versailles que pour les journées d'apparat. Cette délicieuse retraite, il l'embellissait chaque Jour avec la prédilection qu'on apporte à ce qu'on a créé; il venait d'élever le Chàteau-lNeuf, pavillon de la plus
merveilleuse forme j ciiaque trumeau devenait un médoillon, chaque tapisserie un clief-d^œuvre, chaque meuble un objet de perfection artistique ; ici des canapéij en velours de Perse à baguettes d^or, qui se mouvaient seuls , et sur lesquels on pouvait , quoique mollementcouclié,setransporlerparlout; là des tables servies de mets exquis apparaissaient dans les jardins au milieu des pièces d'eau comme les cnchanlenients du palais d'Armide; de grandes volièi'es d'oiseaux les plus rares, aux mille couleurs, faisaient entendre leur gazouillement, des ileurs parfumées jetaient leur mille nuances étincelantes , et au milieu de ces délices, madame de Maill^', la fée du château, régnait en souveraine. La comtesse avait dans sa vie quelque chose de doux et d'enivrant ; sa mission semblait être de charmer le cœur de l'homme sans s'inquiéter des devoirs du roi ; la vie se composait donc de bals , de spectacles , de soupers prolongés dans la nuit , et de [leu d'alTaires sérieuses; l'esprit modéré de Fleury se serait incarné dans une tête de femme qu'il n'aurait pas mieux trouvé que la comtesse de Mailly.
A la uiort du cardinal, il s'opéra une véritable révolution de palais, qui donna une nouvelle favorite au roi; autant madame de Mailly était faible *, timide,
' Louis XV assura cnviroD 40,000 livres de renies à madame de Mailly, lui donna un bôlel rue SainUTbomas-du-Louvre, et eajoiguit qu'on payai ses dettes montant à environ TOâ.OOO livres.