‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 29 sur 114 · LA POPULATION DE PARIS · texte numérisé non relu

LA POPULATION DE PARIS

elde la guerre; en vain leur aurait-on parlé de travail oud'écoDomIe, ils n'en savaient pas les premiers éléments ; avec tout cela un air si distingué , un lanjjage de si bon goût , qu^on les eût toujours remarqués dans le monde; ils dévoraient leur fortune, jetaient l'argent à pleines mains pour desbabits, des chevaux, des Cites d'opéra. Au contraire, la vie bourgeoise à Paris était économe, paisible; s'il s'agissait d'un parlementaire , sa maison était un sanctuaire domestique; les séances du palais, la messe, les sermons jansénistes, les trois repas, telle était son existence babituelle; avare de son argent, il acquérait les terres qu'aliéoalt incessamment la prodigalité des gentilshommes. Le marchand, aussi économe que le parlementaire, conservait la grande moralité de son état; l'enseigne était son blason, il la tenait de père en fils et ne la souillait jamais. De l'année -1 740 à 1 745 on ne compte que dix-sept banqueroutes à Paris, un peu plus de trois par année, [.a bourgeoisie avait néanmoins du luse, une fortune considérable, elle propriétaire de belles maisons ; mais le fils prenait l'état de son père et le transmettait lui-même à son héritier. Les boutiques de la Poire d'or, du Lion ou du Cheval d'argent comptaient dix générations marchandes, également honorables ; les bouchers avaient des généalogies qui se rattacliaient à l'bistuire des balles; tel drapier de la rue Seint-Honoré ou de la Monnaie avait des livres qui remontaient à François 1"; et tous avaient leurs joies,

leurs plaisirs; le repos cl le travail se partageaient leur vie; si nul ne travaillait le dimanebe, les autres jours on se levait tùt et Toii se couclmit tard. C'était joie quand l'ouvrier avait produit son chef-d'œuvre et quand on l'adineLIaiL maître. Tout état était corporé et placé sous la responsabilité des maîtres et syndics ; pour les bourgeois, la vie municipale, c'était Téchevi nage; pour la corporation , la maîtrise; pour la vie morale,réglise, où les plus notables étaient élus marguilliers.

Il y avait de Tamour pour le roi dans cette bourgeoisie, le respect de l'ordre, l'obéissance aux magistrats. Si lorsque le lieutenant de police Hérault ferma le cimetière de Saint-Médard, il se manifesta quelques murmures dans la bourgeoisie, cela ne dura qu'un jour. Quelques gardes de la prévôté sufûrent pour rélablir l'ordre, et les syndics maintenaient le calme parmi les ouvriers corporés en confréries. S'agissaîtil de faire la guerre? la bourgeoisie, pleine de patriotisme, donnait de l'argent au roi. Telle cité offrait une compagnie de guerre, telle autre un vaisseau sous le pavillon blanc, et cela sans ostentation. 11 fallut bien des coupables efforts pour détruire ce respect, ce dévouement pour la mooarcbie. Â Versailles, un mot de Louis XV avait sufii pour que tous les genttlsliommcs prissent l'épée pour marcher à l'ennemi ; aussi quand il s'écria : * Je commanderai moi-même l'armée! » ce mot mit la France en délire de gloire:

l'esprit de la FRANCE (1740-1743). 86

de kur côté, les syndics des cités offrirent de l'argent, des chevaux, des soldats, des équipages. On paya gaiement Timpôt du dixième; on aurait dit qu'il y avait instinct de la formidable coalition formée contre la France. Le patriotisme fut peut-être moins retentissant, moins inculte qu'aux époques postérieures; mais il n'en fut pas moins glorieux. On marchait derrière le roi, parce qu'on était fils de ces Francs qui suivaient Clovis la framée au poing; et c'est avec cet esprit enthousiaste que commence la campagne de 4 744.

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