CHAPITRE IV
DERH1ERE3 NEGOCUTIOPiS AVEC L EUROPE AVAHT I CAHPAGKE ROYALE.
Rapports avec l'Angleterre. — Plaintes sur les armeinents de la France. — Les escadres. — Le duc de Penthlèvre. — Le marquis d'Aniin, — Attaques partielles. — Envoi de l'amiral Mattliews pour bloquer les ports de la Méditerranée. — Les escadres française et cspagDole devant Toulon. — Renouvellement des négociations pour la cause des Stuarts. — Mission secrète des jacobitea. — Le cardinal deTenciu et Charles -Edouard. — Rapports avec la Prusse. — Mission secrÈte de Voltaire en Hollande et à Berlin. — Voltaire agent des affaires Étrangères. — Ses dépêches. — Attitude de Frédéric. — Les États-Générauï. — Ils se décident contre la France. — Négociations à Slockbolm. — Guerre de [a Suède contre la Russie. — Négociations à Constantinople. — Le marquis de VillC' neuve. — Envoi d'un ambassadeur à Saint-Pétersbourg. — La maison de Savoie contre Louis XV. — Intimité plus grande entre la France et l'Espagne. — Mission de M. de la Noue à Francfort. Offre d'évacuer l'Allemagne.
A l'examen superficiel de la dernière campaj on aurait jugé qu'il n'existait d'faostilités actives ef' complètes tju'enlre l'Espagne et l'Angleterre , la reine
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r DIPLOMATIQUE (1742-1744).
de Hongrie et Terapereur Charlee-Albert soutenu par les Français, ses auxiliaires. La grande guerre ne se continuait en effet qu'entre ces puissances. Leurs armées et leurs flottes se heurtaient seules ; les déclarations écrites étaient exclusivement à leur noni, les manifestes étaient rédigés de part et d'autre pour expliquer les motifs de la guerre et les limites dans lesquelles elle devait se renfermer ; mais, par le fait, derrière ces puissances actives et agissantes, toute l'Europe se trouvait avec ses ressentiments et le besoin de se précipiter dans une guerre générale ; et l'on aurait pu savoir à point nommé quelle serait l'attitude de chaque cabinet au milieu des hostilités inévitables. A Versailles on était parfaitement informé des intentions (le toutes les cours de l'Europe : si M. Âmelot n'était pas une des grandes intelligences diplomatiques, il y avait aux affaires étrangères un premier commis, M. Dutheil, d'un esprit véritablemeni remarquable. Depuis la mort de Fleury, Louis XV, en prenant per^ sonnellement la direction politique, avait mis toutesa confiance dans M. Dutbeîl; laissant la oorrespondance officielle à M. Âmelot, il donnait ses instruo^ lions à M. Dutheil, qu'il avait désigné pour le sui* vre dans la campagne, et c'est de concert avec lui qu'il avait examiné l'état de de TEurope. Plus tard il associa aux intimités de cette correspondance privée le comte de Broglie et Favre, l'agent le plus habile, Téorivain diplomatique le plus remarquable.
11 u'y avait pas de déclaration hostile de l'Angleterre, mais depuis l'avènement du ministère de lord Carterct, cette puissance était pat* le fait en guerre avec la France. Chaque jour on échangeait des notes ; si les ambassadeurs n'avaient pas quitté leurs lieux de résidence, on armait partout dans les ports. Un des objets qui avaient éveillé les griefs de lord Carteret, c'est que la France depuis deux ans avait considérablement accru ses armements maritimes ; indépendamment du zèle déployé par M. de Maurepas, le roi avait confié la direction de sa marineà un conseil d'amirauté, présidé parleducdePentliièvre, trop jeune pourpouvoir se signaler '; il avait sous ses ordres deux vice-amiraux ; le comte de Sainte-Mnur elle marquis d'Antin; le comte de Sainte-Maur , vieux amiral qui avait assisté comme garde-marine à la bataille de la llogue; le marquis " d'Âutin, ûis d'un premier lit de la comtesse de Toulouse, tout jeune homme, avait un goût si prononcé pour la marine, qu'il aimait à descendre au plus petit détail des manœuvres, et s'était élevé à la position émiuenle de vice-amiral. L'accroissement de la marine avait été si considérable, si actif, qu'on vit partir de Brest une armée navale de vingt-deux vaisseaux de ligne, sous le marquis d'Antin ; sa mission fut de se réunir en Amérique aux Espagnols, mais elle revin^
' Louis-Jean-Marie, duc de Pcnlhièvre , fils unique du comte d Toulouse, él^t né à Rambouillet le Ifl novembre ]7!â.