‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 3 sur 114 · CAUSES DE GUERRE · texte numérisé non relu

CAUSES DE GUERRE

Iflonleuir deus nationalités que séparent incessamment r et le caractère etTespritl Cette ontipatliie si profutide vïeot peut-être de ce que deuï peuples intelligents, industrieux, également braves sur le champ de bataille ne peuvent suivre la même carrière, appeler le même avenir de gloireetde prospérilcsansseheurterdans leurs intérêts on dans leur orgueil. Les conventions entre le cardinal de Fleury et le comte de Walpoole reposaient sur cette double condition : à l'Angleterre, la suprématie des mers ; à la France, l'inQuence contiueiilale, el moyennant quoi la pais. Une telle convention pouvait-elle durer? la France devait dillicilement se passer de sa marine et consentir toujours à bumilier son pavillon sur les mersj et à son tour, la maison de Hanovre ne pouvait abdiquer son influence sur les intérêts allemands et ses relations oontiuentales; d'où il résultait une rupture plus ou moins immédiate; quand la nature des choses domine un système de paix oude guerre, nul ne peut en empèclier les effets; il y a toujours une irrésistible puissani-e dans les événements; Dieu seul peut les contenir.

En diplomatie , ks affaires vont rarement droit et Lferme à un but; on y arrive par mille chemins dép tournés ; ainsi la rupture entre l'Angleterre et la Fiance ne s'annonçait pas brusquement; elle vînt à la suite d'un concours de circonstances et particulièrement par la complication des intérêts entre les cabinets de Londres et de Madrid ; l'Angleterre avait longtemps

exercé une influence momie sur la Péninsule. Au mO' ment où la politique de la régence avait séparé les intérâts de sa race et de ceus de Philippe V, l'Angleterre avait pris à Madrid la pliice que Louis XIV s'y était faite par l'avénenient de son petit-fils; mais à mesure que les deux brandies de la maison de Bourbon s'étaient ratlacbées de nouveau , l'Angleterre avait vu son crédit s'affaiblir à l'Ëscurial, et ce fut alors que, rapprochée de la cour de Portugal, elle conquit par mille moyens la loute-puissance à Lisbonne; car, toutes les fois que la France domine à Madrid , l'Angleterre se pose avec toute sa vijjueur sur le Tage pour contre- balancer le crédit de sa rivale; elle savait les différends qui séparaient la maison de Bra^ance de celle de Bourbon ; il y avait eu des insultes d'ambassades tel lemenl graves que la guerre devait éclater, et dans le fait, la cour de Madrid avait un vieux plan de conquête qu'elle espérait mettre à exéculion; l'idée fonda mentale de la maison de Bourbon fut toujours de rattacher le Portugal à sa couronne, dont il n'était qu'un fragment brisé; toutes les fois qu'il y eut à Madrid un ministre de capacité, tel que le cardinal Albéroni, ce plan revint a sa pensée, et l'Angleterre, qui le devina, dut se placer comme une puissance protectrice à Lisbonne, sorte de vassalité qu'elle allait défendre par ses tlotles et protéger par ses armées ; cbamp de bulaille qui devait être pour les Bourbons

l'ANGLETEBBE ht L'ESPAGNE (1738-17^0). 5

v'Espsgne ce que la Guyenne avait élé au moyen âge pour les rois de France.

Cette altitude nouvelle de TAngleterre en Portugal devait nccesBaircnient inquiéter la cour de l'Escurial, et déjà des questions commerciales et politiques avaient jeté une grande froideur dans les rapports des cabinets de Londres et de Madrid. Par les stipulations du traité d'IItrecht, l'Espagne avait consenti à deux clauses qui faisaient désormais une large place com- 1 merciale aux Anglais ' ; les colonies d'Amérique , les * vastes possessions du Mexique , du Pérou manquaient d'esclaves; la traite des noirs répugnait au système religieux des Espagnols et à leur paresse ; les Anglais, qui ne laissaient échapper aucune occasion de don- [ ner de l'activité à leurs relations du dehors, avaient ' stipulé qu'une compagnie britannique se chargerait de la traite des noirs moyennant 33 piastres par tète qu'elle payerait au gouvernement pour chaque nègre capable de culture dans les colonies espagnoles ; cette compagnie s'était organisée sous le nom de VAssiento ; d'intrépides navigateurs allaient sur les côtes de Guinée, de Madagascar à la traite des esclaves noirs, et ' les transportaient dans les colonies espagnoles où ils

' n La compagnie de n<igocianls, sous lenomditlAuienlo, au de la

ir de Sud, était chargée de l'nppro vision iiemcot des nègres pour les

colonies espagnoles , mojennant trente-truis piastres par télé qu'on

piyaiinu gouvernement espagnol.» (Mémoire pour r£jipnj;ne,i7;jB.)

Irouvaient un larçe et facile débîl. Ce commerce d'esclaves, en prociirani d'immenses bénélices à l'Anglegleterre, l'oiriiait et maintenait sn marine sur Icpieil de guerre; on n'avait point encore ces scrupules sur la légitimité de Is traite qui ne sont venus aux pbilantropes anglais que lorsque la Grande-Bretagne, perdant ses colonies d'Amérique, a voulu transporter la plantation du sucre dons l'Inde. l'Angleterre a toujours eu d'excellents principes d'Immunité quand ils sont devenus nécessaires aux intépôls de son commerce. Une autre clause du traité d'Utrecht étuit plus importante encore pour le con)merce anglais et l'objet constant de sa sollicitude'; la coulnme dominante du cabinet de Londres fut toujours de poser dans les traités un privilège d'abord étroit, restreint, et qui devient comme le premier piogrcs vers une plus large concession ; ainsi quand le peuple anglais veut s'emparer d'une terre, il y construit un petit fort sous son pavillon ; quand il a dessein d'abriter un commerce, le cabinet britannique stipule un commencement de privilège ; et gnSce à son activité babile, à sa persévéranee continue, à son interprétation des principes de la contrebande, ce point imperceptible grandit et se transforme en une domination sur le territoire même. Ainsi l'Angleterre avuit fuit avec l'Espagne; maîtresse de la traite des noirs et de l'agriculture des colonies es|iagnolcs, elle voulut aussi s'emparer de son commerce de truiisll. E[ par ce même traité d'Ulreclit , il

L'ESPAGNE ET L AJIGLETERÏIE (1738-1740).

Bvaît été convenu que l'Angleterre pourrait envoyer choque année dans les colonies espagnoles un navire de 500 tonneaux au plus', chargé de marchandises manufacturées. Celte permission si limitée, PAngle-

' lerre l'avait étendue par des fraudes continues dans les plus larges limites; en effet, ce vaisseau de 300 tonneaux au plus, qui avait ses libres entrées dans les ports des colonies espagnoles, devenait comme le tonneau des Danaïdes; il restait à poste fixe dans le port, s des palaches , des petits navires lui apportaient

' incessamment de nouvelles marchandises, de manière àse vider età s'emplirsans interruption; le commerce des colonies espagnoles avait tendance de passer aux mains des Anglais; la contrebande était aussi leur Érme, n\ avait-il pas mille moyens de Tagi-andir? L'intrépidité des smogleurs anglais ne tenant compte 'd'aucun obstacle, ils bravaient les côtes, les ccueils pour tromper les douanes espagnoles; en vain le cabinet de Madrid fit des remontrances sur la singulière interprétation qu'on donnait au traité d'Utrecht, Ce vaisseau de 500 tonneaux était-il un magasin de la compagnie des Indes ? Voulait-on traiter les colons

n pHr les Iraités d'Utreclil et de Séville, les Anglais pouvaient envoyer Ions les aas un vaisseau clinrgé de marchandises dans les possessions d'Espagne en Aniëriquu. Mais ils abusèrent de ceUc permiiûou, et ce vaisseau devint l'entrepôt d'nn grand nombre d'autres qui le suivaient, et où il venait prendre de nouvelles denrées ; en sorte que la nation britannique absorbait tout le commerce." {Mémoire pour l'Fipagne, 1738.)

espagnols comme les Indous du Gange, de Madras et de Calculla?

De ces remontrances vives , continues, le cabinet de Madrid était passé aux actes; la marine espagnole lit une guerre décidée, franche à la contrebande; des navires légers surveillèrent les côtes avec une active sollicitude ; toutes les fois qu'ils aperçurent dea bâtiments sous pavillon britannique en flagrant délit de contrebande, ils s'en emparèrent sans distinction , et ces mesures sévères arrêtèrent le développement progressif du commerce anglais ; des plaintes se firent entendre. En Angleterre, ce n'est pas la pensée du juste ou de l'injuste qui domine en politique la question des intérêts réels, actifsj régoïsme estbienpius populaire. Dès que le parlement vit que la grande branebc du commerce avec les colonies était menacée, il résolut la guerre contre l'Espagne; le comte de \\alpoole futdébordcpar le parti belliqueux, comme le cardinal deFleury l'était également en France ; il ne put contenir l'indignation des communes irritées à l'aspect de quelques marins mutilés par les douaniers espagnols eLqui vinrent demander vengeance au parlement '. Mais le véritable motif de la guerre ce

' Un cipilaine espagDol avait saisi le vaisseau d'un nommé ,Teu< kins, mis l'équipage aui fera, fendu le nez cl coupé les oivilies au patron. En cet état, Jciikins se présenta au parlement. " Quand on m'eut ainsi mutilé, dit-il, on me menaça de la mort; je l'attcndig.

!RREENTREL^Ê5PÂGNtfÉT'L^NGLETERRE(I738-1740).9

bt la perte considiirable d'iiiHueiice et de commerce

■ la cilé de Londres du réveil de

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qui résiillait pour l'Espagne et de ses mesures vigoureuses contre la contrebande; l'Angleterre n'aurait plus ni le monopole de la traite des nègres, ni son magasin de marchandises aux ports du Mexique. Le pailement «'hésita pas à se jeter dans les hasards de la guerre , pour soutenir le:: intérêts de son iniluence menacée. Qu'avait-il à craindie d'ailleurs? La marine cs[iagiiole ne pouvait lutter seule contre les ressources navales de la Grande-Bretagne organisées sur un pied immense. La déclaration de guerre n'était pas publique que déjti 27 vaisseaux de ligne anglais se portaient dans le golfe du Mexique ; Tauiiral Vernon mitrailla l'orlo- |tello,etles Anglais, maîtres de la position, s'yélahli- !Dt d'une manière permanente pour inonder le Mexique de leurs produits. De Porlo-Bello , l'amiral Vernon vint assiéger Carlhagène ; la colonie résista vaillamment ; le pavillon britannique fut hu- .milié, les bandes espagnoles tirèrent l'épéc ; l'amiral Veruou l'ut forcé de gagner le large : on se fît alors de grandes hostilités par les corsaires.

Celte guerre éclatant tout à coup enlre l'Angleterre

Je recommanditi mon ftme n Dieu et ma vcDgeance à ma patrie, u Cei paroles prononcées n» lu relie ment excitèrent un cri de pitié et d'indignation dans l'assembliie ; le peuple de Londres criait à la porte dn parlemeol : ■ La mer libre ou la guerre ! "

et l'Espagne devait exciter «ne vive inquiétude d l'esprit du cardinal de Fleury ' ; sans doute la France i'tail étrangère à ces démillés personnels et commerciaux résultant du traité d'Ulrecht, mais pouvait-elle rester longtemps simple spectatrice dans une guerre qui embrassait toutes les mers; un irrésistible mobile devait pousser le cabinet de Versailles h prendre parti dans des liostilités qui le louchaient de si près. Le seul moyen de résister à l'Angleterre dans une large guerre navale n'était-ce pas la réunion des deux flottes espagnole et française sous un commun pavillon? N'était-ce pas dans nn dessein de ligue maritime et militaire que la maison de Bourbon avait placé sa branche cadette sur le trône d'Espagne? La France pouvait-elle rester neutre dans une guerre qui pouvait amener la destruction de la marine espagnole? Evidemment non; c'eût été la politique la plus déplorable, et le cardinal le sentait bien lui-même, quels que fussent d'ailleurs ses désirs puissants de paix. Dans les premiers moments de la guerre'', il offrit sa

' A.UMi le cardinal «'(^lail-il bfilé d'intervenir pour empèclier k guerre. Le i janvier 1739, les ministres d'Espagne i-t d'Anglelerre signent le traité du Prado. Le roi d'Ëspai;tie s'oblige, par ce traité, b payer aux Anglais la somme de 05,000 liv. sterling, pour les dédoinmuger des vexations dont ils se plaignaient de la part des gardescôtes établis en Amérique pour empécber la contrebande.

* On n'en vint i la guerre que par degrés ; les Anglais, loin de se mettre en devoir de remplir la convention du Prado , tirent croiser

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