L*ESPAGNE. — QUESTION ALLEMANDE (1738-1740). H
inédiaiioti entre les deux cabinets; si elle était acceptée , son dessein était de prendre des arrangements de manière à concilier les intérêts de la politique et le eomnierce des deux nations. Cest à ce point qu^étaient parvenues les affaires, lorsque les grandes questions du continent commencèrent à s^agiter.
L'Allemagne, théâtre si fréquent de la guerre, voyait alors plusieurs événements qui pouvaient compliquer d^une façon inextricable les questions de paix et de guerre. En Prusse , Frédéric-Guillaume venait de mourir d'hydropisie ; c'était un prince organisateur, avec ce génie inflexible tel qu^il le faut pour créer un nouvel empire ; prince économe , il laissait dans son trésor, en argent, plus de 20 millions d'écus, ressource infinie en ces temps; tous ses soins s'étaient portés à organiser une belle armée , et à sa mort 80,000 hommes étaient sous les armes prôts à entrer en campagne* Or , celte surabondance de forces contenues dans un petit état devait nécessairement déborder; ce n'était pas pour les passer en revue à
une forte escadre sur les côtes d'Espagne. Celle-ci ne paya point rindemnité et continua de faire arrêter les navires anglais. Le roi de la Grande-Bretagne permit à ses sujets d'user de représaiUes contre les Espagnols ; il donna des lettres de marque aux marcliands et armateurs. Sa majesté catholique rendit une pareille proclamation. Enfin, FAngleterre déclara la guerre la première dans les formes (38 novembre 1739). L*Ëspagne en fit autant (2 décembre).
Fotsdam que Frédéric-Guillaiime avait levé tout ce que la Prusse avait de jeunes hommes vigoureux ; ce n^ était pas saus butnon plus qu'il avait multiplié les économies de son trésor empilées dans ses caves; il prévoyait les destinées d'avenir réservées à sa mona: chie. Après lui, le sceptre tombait dans les mains di ce prince royal déjà célèbre par sa correspondance ses relations avec le parti littéraire et philosophique en Europe'. Frédéric II, qui montait sur le trône de Prusse , avait vingt-huit ans ; son éducation avait été entièrement militaire; le roi son père l'avait jeté dans une école où il ne put apprendre que les éléments de l'art de la guerre et un peu de lecture ; et de lui-même il s'était consacré aux éludes littéraires que les réfugies protestants dans le Brandebourg lui avaient inspirées; jeune homme encore, il fit de la mauvaise poésie (pohèsie, comme il l'écrivait alors), des jeux de mois en français germanique; puis il se mit à écrire des livres politiques, et son Anti-Ma-
< Fréddric se hâte d'
m avènement à Vollaire.
A Charlollembourg, le e juin
■ Mon cher ami,
« Mon sort est changé, et j'ai assisté aux derniers roi, il son agonie, à sa mort. En parvenant a la royauté, je n' pas besoin assunîmcnl de cette leron pour Ëlrc dégoûté de la v des grandeurs humaines.
« Eiilin, mon cher Voltaire, nous ne sommes point muîtri notre sort. Le tourbillon des événements nous entraîne, il faut se laisser entraîner. Ne vojez en moi, je vous prie, qu'un ami vérila-
ité
de
rRRDÊniC OE PRUSSE (I7'l0).
ekiavel , tant vanlé par Vollnîre , fut le fruit de la collaboration intime d'un Français réfugié, du nom de Jordan '. Sa première vie se passa tout entière dans les persécutions; son père, très froid avec lut, avait voulu le contenir dans Tessor qu'il donnait à son imagination ; tout entier à l'éducation du soldat, il méprisait l'écrivain et le poëte. El cependant ce poète avait son dessein politique dans cette carrière de pliilosophie et de littérature. Frédéric, avec une sagacité i-emarquable, avait vu que la tendance de son siècle était entièrement littéraire ; ce qu'on appelait les philosophes, les gens de lettres devait prendre un irrésistible ascendant dans la société nouvelle; les fréquenter, les louer, les aduler, c'était s'assurer leur appui. Frédéric pouvait trouver quelque plaisir personnel à correspondre avec Voltaire, si spirituel , si causeur; mais ce qu'il voulait surtout, c'était se servir de l'influence que les gens de lettres serviles et ses pieds pouvaient lui donner dans les négociations
lent tidèlc. l'aur Dieu, ne m'écrivez qu'en homme et méprisez avec moi les litres, lei noms et tout l'éclat extérieur.
Adieu, mon cher Vollairi^ ; si je vis je vous verrai, et même des eelle année. Aimez-moi toujours et soyez toujours sincère avec
« Feédéaic. •>
' L'jinti- Machiavel fut un car tonte sa vie fui celle d'ii politique.
des grandes lijpoc I prince Imbilc, mi
3 (le Frédéric , ins grande foi
14 LOiiis XV.
giî'nérales pour l'agraiidissemeiU de la PruBse; il fai- Kuit le philosophe, exaltait le génie de Voltaire qui le lui l'endail bien en sacrifiant les intérêts de son pays, en le proclamant le Trajan, le Marc-Aurèle de son siècle , le prince appelé à régir les destinées du monde.
Dès que le prince royal devint roi, il voulut prendre pied dans la politique de l'Allemagne ; e'était son droit; une belle armée, un riche trésor et les espérances d'une capacité militaire du premier ordre étaient des conditions assez puissnntes pour attirer Tatlenlion de la diplomatie de la France <jui était alors si habile à saisir et à suivre les négociations. Le cabinet de Versailles avait déjà deviné le rôle que Frédéric pourrait jouer dans les affaires générales de l'Alleniagne; une Ibrle armée énergiquement disciplinée, une position admirable dans le nord de la Germanie, tels étaient les éléments qui pouvaient entrer dans une alliance entre la France et la Prusse pont* contenir l'empire et porter le dernier coup à la maison d'Autriche. Le cabinet de Versailles désigna pttur l'ambassade de Berlin le marquis de Bnauveau, un des élèves de M. de Torcy, très apte à comprendre parfaitement la situation de la l'russe, l'esprilde son nouveau roi et les desseins qu'il pouvait suivre par rapport à la question allemande ; à son tour, Frédéric envoya nu cabinet de Versailles un homme de con- Iiance,le marquis de Camas, Français d'origine, ré-