PRÉPARATIFS MARITIMES
gSDs combat, car les Anglais n'attaquèrent pas encore de face le pavillon blanc ; mais lord Garteret fit de nouvelles remontrances sur ces armements démesurée; la réunion des marines française et espagnole avait fait une vive impression en Angleterre ; l'indépendance et la force de son pavillon seraient-elles menacées? Deux petites escadres françaises sortirent en mènie temps ; l'une de quatre vaisseaux, commandée par te chevalier d'Epinay, vint croiser dans tes parages de Saint-Domingue ; l'autre de deux vaisseaux et d'une trégate, sons les ordres du chevalier de Caylus, surveilla le détroit de Gibraltar. Les Anglais ne s'étaient pas heurtés contre la llolte de vingt-deux vaisseaux, car c'était une grande bataille navale qu'il fallait livrer, mais ils n'eurent pas le même respect pour les petites escadres ; feignant de prendre pour espagnols les vaisseaux du chevalier d'Epinay, ils les attaquèrent en forces supérieures ; l'escadre française lâcha toutes ses bordées ; les Anglais maltraités firent des excuses sur leur méprise. A quelques jours de là , ils attaquèrent encore à forces doubles les deux vaisseaux du chevalier de Caylus; on leur répondit encore par des bordées, et ils firent de nouvelles excuses. C'était le prélude à de plus puissantes hostilités.
Indépendamment de la grande flotte du marquis d'Aotin qu'ils avaient vue voguer sur l'Océan, les An- ^Û étaient informés que des armements formidables
se faisaient à Toolon ; l'escadre espagnole qoi s'y était réfugiée comptait dix-sept vaisseaox de ligne, qoiiue étaient prêts à s'y joindre sons le paTillon de France. On s'exerçait chaque jour aux manœerres dliBS b grande rade; les Espagnols, peu an fait du tir du eanoB, avaient pris des instructeurs français plus habiles ; o& se préparait ainsi à frapper un grand coup dansia Méditerranée. Lcwsque lord Carteret donna des oitires à Tamirauté, cinquante-sept vaisseaux de hautbofd sous Tamiral Matthews se portèrent au-delà du détroit avec mission de surveiller toutes les côtes depuis Gibraltar jusqu'à Naples et d'attaquer de vive forée h flotte franco-espagnole. En présence de ces vastes préparatifs pouvait-on douter encore d'une guerre imiiih nente et formidable? VultifKuUum de lord Carteret demandait le désarmement maritime , la cession de Dunkerque, la reconnaissance de la reine de Hongrie comme impératrice , et enfin la cessation immécfiate des intrigues qui pouvaient favoriser le retour des Stuarts en Angleterre V
Cette dernière phrase s'appliquait à certaines n^[0ciations intimes dont le gouvernement anglais était fortement préoccupé. 11 existait en Angleterre un parti très nombreux pour la restauration de la maison des Stuarts ; le cabinet britannique en était informé ; en Ecosse surtout il s'était formé des asso-
* Actes di|ilMMtiqiies, 1141-1742.
QUESTION DES STUABTS (1742-1744).
cislioDS entre les montagnsrds et lo8 gentilsbommes fidèles aux Stuarts ; le duc de Perth, lord Lovai, lord Linton, sir James Campbell d'Âiichlnbrerk, Canieroa de Lochiel, John Sluart el lord J. Druminoad s'eogagèrcDt à lout hasarder pour le retour des Stuarts et à lever 20,000 hooimes, pourvu que le roi de France leur prêtât le secours d'un corps de Iroupes, d'armes et de munitions. Leur délibération secrèle fut portée au prétendant, à Rome, par Druniinond Mac-Gregor de Bohaldie, avec la liste des nombreux adhérents du roi légitime. Les jacobites anglais accoururent de toutes parts à Versailles, au premier symptôme de guerre ; un agent intime du noble Charles-Edouard venait même d'y arriver. C'était ce fidèle Bohaldie, poëte et soldat à la fois, qui, après avoir cbanté l'infortune des Stuarts, avait sollicité l'appui de tous les Ecossais pour te service de la bonne cause : a Qu'on envoyât seulement -15,000 hommes £Ous un chef intrépide, disait il, la contre-révolution s'opérait favorable aux Sluarts, et la France trouvait un appui loyal dans ta Grande-Bretagne rendue à son roi légitime.
Ces négociations entre les agents de Charles-Edouard et Versailles, bien que secrètement conduites, n'en étaient pas moins connues des Anglais ; aussi lord Carteret multiplia-t-îi les remontrances diplomatiques. (I N'était-ce pas une rupture que de traiter avec les rebelles? Comment expliquer qu'en pleine pais le
gouvernement français conspirât contre le gouven ment régutier d'Angleterre?» M. Âinelot s'abstiiii d'intervenir comme secrétaire d'étatdes affaires étrangères, et rien ne se fit par le département régulier ; le cardinal de Tencin dirigea seul en secret toutes les négociations qui se rallachaient aux Stuarts , et fout cela comme une affaire religieuse en dehors de la politique ; le cardinal de Tencin avait le dernier mot de la cour de Versailles , et il eut ordre de s'ouvrir à eus : Il Promettre secours aux jacobites en cas de guerre, obtenir l'abdication de Jacques 111 et la lieutenance-générale pour Charles-Edouard. » Quand les hostilités avec l'Angleterre parurent inévitables, la cour de Versailles agit ouvertement sans s'inquiéter des remontrances de lord Carteret, et les résolutions suivantes furent prises : Louis XV reconnaissait pour roi d'Angleterre Jacques III; le prince Charles-Edouard était mandé immédiatement à Paris pour se concerter sur un plan destiné à attaquer l'Angleterre ; Charles- Edouard devait être revêtu du litre de régent, et si l'expédition réussissait, seul le jeune prince serait roi ; Jacques III abdiquait en sa faveur'. Ainsi toute hésitation cessait, l'Angleterre était menacée, même dans son gouvernement, et la guerre prenait un caractère d'hostilités implacables.
' Correspondanue secrète de M. Âuelot e .(l'I!)-
(lu cardinal de 1