LES STUARTS- — MISSION DE VOLTAIRE
Dans ces circonstances, il était très urgent de pressentir quelle serait l'attitude de la Prusse et de pénétrer les dispositions personnelles de Frédéric II ; ce prince s^était déplorablement comporté dans la dernière campagne; son égoïsme lui avait fait traliir Falliance de la France. Mais en diplomatie il faut beaucoup oublier; si Ton veut agir avec habileté, on ne doit avoir ni haine ni ressentiment; Tutile est le seul but qu'on doive se proposer. Or, il était émi- Dcmnaent nécessaire d'avoir pour soi Frédéric II en comuGiençant la campagne; une diversion des Prussiens en Bohème, tandis que les armées de France se déploieraient sur le Rhin , serait de la plus haute importance. On savait que l'influence de l'Angleterre en Prusse était grandie depuis que sa médiation avait été acceptée par les cabinets de Berlin et de Vienne; l'Angleterre avait un ministre accrédité auprès de Frédéric, lord Hindfort, et comme on cherchait toutes les influencesqui pouvaient exercer quelque pouvoir à Berlin, on jeta les yeux sur un homme peu compromettant , que Frédéric semblait plus spécialement honorer de son amitié, et ce fut MM. Dutheil et d'Argenson qui désignèrent M. de Voltaire*. La liaison du poëte et de
* Voltaire écrivait au roi Frédéric en apprenant son avènement :
Juin 1740.
Sire,
Hier vinrent pour mon bonheur Deux bons tonneaux de Germanie :
L'un contient du vin de Hongrie,
Frédéric de Prusse dalait de loin; ils correspondaient en prose et en vers; prince royal, Frédéric appelait Voltaire du nom de son ami ; en flattant la vanité excessive du philosophe, il grandissait sa popularité en France, où on le proclamait le prince supérieur, Marc- Aurèle et Trajao. Voltaire, de son côté, désirait depuis longtemps être initié dans les affaires actives d'Europe; il mettait son ambition à devenir ambassadeur, et cette espérance se révèle dans l'épUre dédicatoire de Zaïre à M. Falkener, simple négociant anglais, devenu ambassadeur à Constantinople' : u il déplore que ce soit en Angleterre seulement que les négociants et les poètes s'élèvent si haut dans les affaires du pays; ■ celte ambition , M. Dutheil Tavait comprise , et en l'attachant aux affaires étrangères on voulut profiter de ses relations en Prusse pour deviner Tattitude que
" SI les rois sont les images des dieui, et les amliasuadeurs les images des rois , il s'ensuit, Sire, par le quatrième tbéarËme de WoIlF, que les diem sont joufflus et ont une physionomie très agréable. Heureux oe M. de Caraas, non pas taut de ce qu'il représente Votre Majesté que de ce qu'il la reverra. Je volai hier au soir chei cet aimable M, de Camaa, envoyé et chanté par son roi; et, dans le peu qu'il m'en dit, j'appris que Votre Majesté, que j'appcllemi toujours votre humanité, vit en homme plus que jamais; et qu'après avoir fait sa charge de roi, sans relâche, les trois quarts de la journée, elle jouit le soir des douceurs de l'amitié qui sont au dessus de celles (te la rojauté. »
' Voici la lettre de VoltaireàM. Falkener : "Mon cher ami(carvoIrc