VOLTAIRE, AGENT DIPLOMATIQUE
prendrait Frédéric. La mission de Voltaire dut embrasser deux points spéciaux : la Hollande et la Prusse; il devait visiter La Haye, Aaislerdam , Leyde et s'enquérir des véritables intentions des Etats-Généraux en ce qui touchait une guerre continentale : h garderaient-ils la neutralité ou bien se joindraient-ils à la coatitioii contre laFrance? » De La Haye Voltaire devait se rendre à Berlin pour sonder Frédéric sur ses dispositions dans la nouvelle campagne; la France lui offrait la part la plus large ; elle agirait fermement et de concert pour l'agrandissement de ses états. Il existe encore quelques unes des dépèches secrètes de Voltaire ; il s'y révèle son esprit habituel , mais on y trouve aussi des jugements portés avec peu de réQexion sur les intentions réelles des cabinets. Voltaire, à Berlin surtout, se laissa éblouir par le roi de Prusse; il considérait trop le philosophe, le poète, et pas assez le roi politique et rusé; Voltaire devait tout pardonnera Frédéric, parce que le roi de Prusse lui jetait quelques grands éloges et des impiétés railleuses; on voit mal quand on est sous le charme de la ûatlerie. Cependant on peut conclure de sa négociation que le roi de Prusse se déclarerait au moins momenlanément pour
Douvclle dignité d'ambassadeur rend seule mcnl notre amitié plus respectable et ncm'empécbe pas de me servir ici d'un tilre plus sacré que le titre de ministre ; le Dom d'ami est bien au dessus de celui d'eicelleace), je dédie h l'umbaseadeur d'un grand roi ei d'une aation libre
la France, lorsque le cabinet de Versailles aurait dénoncé la guerre officiellement à l'Angleterre; jusque il ne voulait pas s'engager ; Voltaire revint à Paris pour rendre comte de sa mission, et dès ce moment il fut attaché aux affaires étrangères en qualité d'écrivain polilique;M. Amelot et après lui M. d'Argenson lui firent une bonne position d'argent. Voltaire rédigeait les manifestes, les notes, et corrigeait le français de beaucoup de dépêches, car la France se vantait du beau langage dans les actes émanés de sa chancellerie. A bien esamiuer l'allitudc de Frédéric, il était facile dele pressentir sans recourir au prodigieux esprit de Voltaire ; te roi de Prusse se réservait une décision ultérieure, selon ses intérêts; c^était sa politique naturelle : n'avait-il pas suivi cet instinct d'égoïsme dans la précédente guerre; en se dispensant même de grands frais d'activité et de subsides, on pouvait se promettre l'adhésion de Frédéric à la cause de la France , pourvu qu'on le servît dans ses projets pour l'agrandissement de la Prusse. Une fois ce but atteint, ou ne pouvait plus compter sur lui; il abandonnerait la cause commune, ainsi qu'il Tavait fait lors du traité de Breslaw. Cette altitude de la Prusse une fois parfaitement comprise, ou pouvait également juger celle de Hollande, trop mêlée à la révolution de^688
C ouvrajje que j'ai dédié au simple citoyen , au négociant bh- ]eui qui savent combien le commerce est honoré dniis voire
l'awcleterre et l\ HOLLA^DE (1742 17^4;. 97
{jour ne pas rester dans les inlcréls anglais. L'ambassadeur du cabinet de Londres avait exposé aux Etats- Oénéraux i « Que dans la campagne qui allait s'ou" Trir Louis XV réveillait les prétentions de Louis XIV. Après avoir rétabli les Stuarts, il marcberait droit aux Pays-Bas pour les replacer sous un statbouder de son cboix ; l'Espagne n'avait pas renoncé à ses prétentions sur la Flandre; les Étals-Généraux ne pouvaient conclure alliance avec la France en tenant jjarnison dans les villes limitrophes qui leur étaient assignées par le traité des Barrières; Louis XV ne voulait plus les souffrir; le temps était donc venu de se prononcer dans une guerre générale. » L'Angleterre se résumait en demandant que les États-Généraux s'unissent à elle pour mettre un frein à la puissance envahissante de la maison de Bourbon>
Les dépêches de M. de Fénelon , ambassadeur de France à La Haye , tiennent an courant le cabinet de Versailles de ces moindres négociations, auxquelles il est si vivement intéressé. D'après l'ambassadeur, le but que doit se proposer la France , c'est d'effrayer les États-Généraux par quelques grands coups de hardiesse ; il faut marcher droit aux places de la Flandre ; si l'on agit vigoureusement et si la victoire os drapeaux , les Hollandais seront trop heureux
Me n'ignorent pas aussi qu'un négociant j est quelquefois u dateur, un bon officiel', un ministre publie, »
de solliciter leur pardon et d'offrir même des emprunts au roi. Avec les puissances iucertaiues il faut agir fortemeiit; il n'y a pas d'autre moyen, et c^est à quoi s'arrête le parti de la guerre à Versailles; son plan militaire est celui-ci : « il faut avant toute chose enlever les garnisons hollandaises qui bordent les places frontières de la France ; après cet acte de vigueur on traitera si les États-Généraux veulent s'engager à la neutralité *.»
A ce moment la diplomatie française venait d'obtenir un beau triomphe à Stockholm ; la Suède lançait une déclaration de guerre contre la Russie , et ce traité allait empêcher les Russes de joindre leurs forces aux Autrichiens contre la France : 50,000 Suédois se déployant dans la Finlande pénétraient déjà sur le territoire moscovite , et une flotte de 40 voiles bloquait Saint-Pétersbourg. Par ce seul fait, l'armée russe se trouvait annulée pour une campagne sur le Danube et le Rhin. Le cabinet de Versailles avait fait de grands sacriûces d'argent à Stockholm ; mais le but était si considérable, qu'on ne fut point arrêté par de si faibles causes. La Suède vit ses subsides s'élever jusqu'à 9,000,000 de livres par an; mais on obtenait une diversion si heureuse, un résultat si utile pour la campagne , qu'on ne devait rien négliger pour en obtenir la réalisation. Faire déclarer la Suède et laTur-
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