LA SDÈDB ET LA RUSSIE
quïe contre le cabinet Je Pétersbourg , c'était l'annuler.
Ce n'est pas que la France fût en Iiostilité déclarée avec la Russie, on cherchait à l'éviter en se rendant la czarine favorable ; on envoyait à Saint-Pélersbourg le marquis de la Chetardie, personnellement connu d'Élîsabelb, pour lui offrir un traité d'alliance; M. de la Chetardie, heureux d'abord dans sa négociation auprès de l'impératrice , se flt avec elle une querelle d'amour ; il fut rappelé. Tous les mouvements des Russes sont dès lors l'objet de la plus vive inquiétude en France , parce qu'ils peuvent appuyer la reine de Hongrie. Des agents nombreux sont répandus en Pologne pour tenir au courant les affaires étrangères de tout ce qui se prépare. A Varsovie, le chargé d'affaires, M. Duperron de Casterat, entretient une correspondance diplomatique avec le ministre sur tous les mouvements des Moscovites ; cette correspondance chiffrée ' ne laisse plus aucun doute : le roi tente une dernière démarche; il offre de se placer comme médiateur entre la Suède et la Russie ; il propose de concilier leurs différends et de préparer ainsi une grande et commune alliance. Cette môme média-
' Les MSS. de la Bibliotlièque du Roi possèdent trois volumes des dépêches originales chiffrées , avec la traduction des cbiffres ; il y a aussi un grand nombre de lettres de M. d'Argenson et de M. Amelot; loulet se rattaclienl à l'histoire des négociations avec la Russie. Les
tioD, la cour de Versailles l'offre pour la Turquie. Si le roi fait écrire à M. de Villeneuve de faire activer les armements de la Porte contre In Russie, afin de la presser pur le nord et le midi, il offre eu même temps une médiation conciliatrice entre la Porte et la Russie, comme il l'a préparée pour la Suède.
Ainsi, par un seul coup de diplomatie, la France prend simultanément la position de guerre et de médialion. Il lui faut avant tout diminuer le nombre de ses ennemis, briser la coalîliou ou au moins en détendre les liens; il faut lutter conlreles efforts de l'Angleterre qui multiplie partout les offres d'argent ; c'est depuis l'avènement de la maison de Hanovre qu'elle répand à pleines mains les subsides sur le continent; elle en fournit à la reine de Hongrie, elle en offre 5 la Prusse, à ia Russie; elle en propose à la maison de Savoie. Ses ambassadeurs suivent aussi bien des négociations d'argent que des rapports réguliers de diplomatie. En présence d'une action si formidable la France fut admirable de dexlcrité. La Suède avait perdu soq influence depuis Charles XII, Louis XV la lui rendit. La Porte avait été brisée par le prince Eugène, la France la releva par un habile concours. Maintenant , que lui faut-il à Saint-Pétersbourg? Empécber que
correspondances de M. de Castcralsont r l"avi;cM, Amelol ; S'a M. li'Ac^cnson ; 3° avec le marquis de Puisicui.
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les Russes ne viennent en ligne sur le Danube et le Rhin , comme alliés de Marie-Théicse. Ce résultat fut obtenu; on retarda la marche des Russes en créant des difficuttés autour d'eux jusqu'au moment où l'Autriche et l'Angleterre éprouvèrent de véritables échecs dans la campagne. La coalition n'eut dès lors aucun des effets qu'en attendait la Grande-Bretagne; elle n'agit que séparément , de manière à ce que la France put résister et battre chaque ennemi tour à tour.
Dans ce mouvement général de négociations le cabinet de Versailles voyait avec inquiétude la maison de Savoie changer entièrement sa direction politique ; Louis XV la savait mécontente depuis le dernier traité que le roi de Sardaigne considérait comme une Iraliîsondeses intérêts; jamais pourlanton ne sefûtima- |[iné à Versailles qu'un prince de Piémont, un duc de Savoie, oserait se liguer avec la maison d'Autriche et braver ainsi le pouvoir de la France qui, dans deux naarches, pouvait s'avancer jusqu'à Chambéry Et cependant les dépêches de Turin laissaient peu de doute sur la résolution définitive de la maison de Savoie; l'Autriche avait pris un ascendant considérable à Turin, et l'Angleterre lui offrait des subsides, tandis que lu flotte anglaise, sous l'amiral Matthews , se préparait à occuper Gènes pour la placer sous sa domination, ixs propositions brillantes ne manquaient pas au roi de Sardaigne de la part des coalisés : a le Var n'était pas une frontière inviolable ; le Daupbînc était une an-
cieiinc dépendance de la Savoie, le cabinet de ' rin y trouverait des indemnités considérables i une meilleure frontière dans le Milanais et sur le Pô ; comme gage d'une longue amitié, on pourrait préparer à Vienne une alliance de famille qui lierait les destinées de la Savoie à celle de la maison d'Âutriclie. » Cette importance que les alliés mettaient à s'assurer le concours du roi de Sardaigne venait de ce que ce prince était considéré comme le gardien des Alpes, la clef de toutes les positions en Italie ; on en avait fait récemment l'expérience; chaque fois que la France s'était appuyée sur le cabinet de Turin pourcommen' cer une campagne en Italie, elle avait réussi; mais dès que cette maison lui devenait hostile, les succès d'une invasion devenaient incertains. Il fallait traverser les détilés des Alpes, s'emparer des forteresses inexpugnables, descendre du haut du grand mont dans les plaines du Milanais, et au premier revers on était sans retraite. Il y avait bien sans doute la voie de la mer, les côtes d'Italie étaient vastes, mais il fallait pour cela déployer des forces navales immenses. Nul n'ignorait que l'Angleterre entretenait cinquantesept vaisseaux dans la Méditerranée prêts à livrer bataille, et l'on conçoit toute l'imporlance que le cabinet de Versailles aurait mise à ramener la maison de Savoie dans son alliance ^ Louis XV écrivit personnellement à Cbarles-Emmauuel, tout fut inutile; les engagements étaient arrêtés avec la cour de Vienne.
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Dès lors le roi prit la résolution, comme pour la Hullaade , de frapper un grand coup en envabissant la Savoie et le Piémont ; si l'on obtenait des succès le cabinet de Turin serait le premier à revenir vers son alliance naturelle ; il fallait l'étonner, l'effrayer au besoin pour lui faire un pont d'or ensuite.
Les intérâls des deux cours de Madrid et de Versailles étaient trop naturellement unis, trop communs pour qu'il n'y eût pas un renouvellemeut de toutes les alliances à l'occasion de la guerre. Pbilippe V, vieillard , avait dans les veines trop de sang de Louis XIV pour ne pas déployer une grande vigueur t'ontre l'Angleterre ; la guerre d'Italie paraissait alors l'absorber, car don Philippe, son fils, l'époux d'une elle de France , y cherchait un grand ûef d'hérilage , et don Carlos ne venait-il pas d'obtenir Naples? Don Philippe avait jeté les yeux sur le Milanais et la Savoie, qui pouvaient, réunis, former un beau duché. Dans ce but il était débarqué en Provence , tandis que la ûotte espagnole était venue s'abriter à Toulon. 30,000 honiraes de ces vieilles bandes avaient filé par le Var pour se porter dans la Savoie; elles attendaient une déclaration de guerre pour agir simullanément et fermement. Jamais donc h aucune époque l'intimité ne fut plus grande entre les diverses branches de la maison de Bourbon ; les intérêts communs les unissaient dans une même politique. LouisXIV avait fait de l'Espagne une dépendance de la maison de lîourbon , Louis XV
voulait faire de l'Italie un autre fief de la France; l^s Espagnols étaient presque partout; et le roi de Naple^ ^ entraîné un moment dans un système de neutrali&o par violence de FAngleterre, était revenu à la polS. — tique naturelle de Talliance. Dès que le commodovre Martyn eut quitté la baie de Naples avec sa petite escadre et ses bombardières , le roi don Carlos omr— donna de travailler avec ardeur aux fortifications qui pourraient empêcher désormais Tentrée de la rade ; on éleva des forts , des redoutes ; des ingé— nieurs français construisirent des batteries à fleur d^eau , des fours pour chauffer des boulets rouges , de manière qu^en quelques mois Naples fut mis à l'abri d'un coup de main ; et quand ces travaux furent achevés, le roi, sans tenir compte de la neutralité forcée, fît marcher son armée pour rejoindre troupes de son frère don Philippe. Ainsi , les Alp< franchies , les Espagnols , les Français et les Napol î^ tains pouvaient se prêter secours et accomplir simiM ^^ tanément une sorte de fédération italique.
La situation générale des affaires en AUemagr^^ avait considérablement affaibli Tinfluencede la à la diète de Francfort; il n'y avait pas bien lonj temps que le comte de Belle-Isle avait dominé h électeurs par son esprit, son activité, sa magnificence^ on avait vu la diète pour ainsi dire obéir à toutes volontés du négociateur français; la France avait d< signé rélecteur de Bavière Charles-Albert pour ei