NAPLES. — LA. DIETE GERMANIQUE
I)ereur, et la diète l'avait proclamé sous le nom de Ctiartes VII; indépendummeDt des actes de la diplomatie , ce résultat tenait aussi au déploiement des forces considérables de la France; 80,000 hommes se trouvaient au moment de l'élection répartis en Bavière et eu Westphalie , et ces belles troupes semblaient appelées à briser pour toujours le sceptre et la domination de la reine de Hongrie. Mais plus tard les aiïaires avaient changé de face; la paix conclue entre la reine de Hongrie et le roi de Prusse , le siège de Prague, la retraite des Français avaient produit une vive impression en Allemagne. La diète ne soutint plus avec autant d'ardeur et la même unanimité l'élection de Charles VII ; il y eut des disputes , des divisions. Au maréchal de Belle-lsIe avait succédé comme envoyé extraordinaire M. de la Noue, de cette grande lignée de gentilshommes sous les Valois. L'esprit de la diète lui avait révélé la conduite qu'il devait tenir; l'élection de l'électeur de Bavière étant le résultat d'une volonté libre , on devoit engager les électeurs à maintenir la couronne et le sceptre dans les mains de celui qu'ils avaient choisi. Mais M. de la Noue ne devait plus en faire une condition absolue de son mandat : » Ce qui était allemand devait rester allemand; si donc la France voyait la diète reconnaître la reine de Hongrie pour impératrice , elle ne pouvait et ne devait pas s'y opposer; car le cabinet de Versailles n'était que l'auxiliaire de la diète, saas do-
miner jamais ses résolulious, et à ses premiers ordi-es les troupes françaises reviendraient sur le Rtiin '. » Ce que voulait la cour de Versailles , M. de la Noue devait Tanuoncer : « Suivre la résolution de la diète, évacuer TAllemague si elle ne voulait plus soutenir Charles-Albert , et obtenir enfln la pleine et entière neutralité. « Celte négociation, engagée dans ces termes, avait plusieurs buts : préparer une retraite sûre à l'armée française , un peu trop engagée dans le centre aième de rAllemagoe ; ensuite si la guerre devait se continuer contre la reine de Hongrie, la France voulait s'assurer sinon ralliance de la diète, au moins une parfaite neutralité. Ce dernier point était bien essentiel; on savait les négociations du roi d'Angleterre sur le continent, n'élait-il pas Allemand d'origine? Il pouvait donc remuer la confédération en sa faveur ; que si la France au contraire obtenait la neutralité, la reine de Hongrie isolée ne serait point à craindre, elle n'aurait que les Anglais et les Hanovriens pour auxiliaires. Les dépêches de M. de la Noue annoncent qu'il est arrivé au résultat d'une neutralité germanique avec une peine infinie : u La diète ne se prononce ni pour ni contre Charles Vil , mais toute l'Allemagne arme , et il serait prudent de rappeler les troupes sur le Rhin ; si l'on ne se bâte d'accomplir ce mouvement rétrograde, il
' IN'i'jocklions de M. de k JN'ouc h Francfort {mî-nH}.
nÉGOGIATlONS UXEMANDES (1742-1744).
esta redouter que les troupes françaises, trop engagées dans le centre de la Weslphalie, ne soient bientôt entourées par les armées autrichienne , hongroise , hanovrienne et anglaise.
A la suite de ces communications , la Franco ût quelques ouvertures à Marie-Thérèse , non point pour la reconnaître encore comme impératrice ; pouvait-on Be séparer de la cause de Charles VU? mais pour traiter avec elle de l'évacuation de TAIIemagne, et voicî dans quels termes : u La France ne s'était engagée que comme auxiliaire de la diète; la cause cessant , l'effet cessait de même ; la diète ne demandait plus secours , oa proposait à Marie-Thérèse d'évacuer les places et les territoires germaniques pour se retirer sur les lioiites du Rhin; une fois cela accompli, la reine de Hongrie aurait à se débattre avec la diète de Francfort sur la reconnaissance de son titre impérial, u Ces propositions u'étaient qu'un acheminement à la paix, si elles avaient été acceptées. On devait proposer à Marie-Thérèse les mêmes conditions qu'à Charles VU; on la reconnaîtrait impératrice , pouiTU qu'elle cédât la rive gauche du Rhin comme tudenmité. Repoussées par Marie - Thérèse , ces propositions ne furent pas même débattues ; à Vienne on crut qu'elles étaient motivées par la crainte qu'avaient les Français d'élre entourés au milieu de rAllema{;ne ;
t fut répondu par la c
npériale : « Que le point
de départ était la reconnaissance, sauf ensuite à traiter dans un congrès qui serait réuni. »
Dès ce moment la France dut ?oir que Marie-Thérèse serait soutenue par des sympathies et des alliances actives; FAngleterre, sa protectrice la plus ardente , paraîtrait donc invariablement dans Farène, et Tarmée de lord Stair menaçait déjà les délibérations de la diète de Francfort. Â Vienne , on mettait une pleine confiance dans les Anglais ; le roi Georges II allait prendre lui-même le commandement de Tarmécavec le duc de Cumberland ^ et lord Stair ^, le nord de FÂU lemagne serait entraîné; on levait des régiments hanovriens avec les subsides de T Angleterre, on dépeuplait le royaume. Pour arrêter le mouvement formidable au nord par une diversion , le cabinet de Versailles prit à sa solde une armée suédoise de 20,000 hommes qui devait se réunir dans la Poméranie et marcher au besoin sur les flancs des Hanovriens. Mais l'Angleterre, plus redoutable par mer que dans les armements d'auxiliaires, portait sa flotte à cent vingt-cinq vaisseaux de ligne. La diplomatie française avait fait tout ce qu'elle avait p^ pour détourner l'orage; elle annulait la Russie, eUe entraînait activement la Suède, la Porte-Ottoman©
* Guillaume-Auguste, duc de Cumberland, troisième fils de G^^^' ges II, né le 26 avril 1721, venait d*être nommé, en 1740, colo**^ des gardes à pied.
' Jean Dalrymple, comte de Stair, était né à Edimbourg en i^^ ^
IMMINENCE DE LA CUEURE (IVi-'i). 109
elle-même; à Francfort on cliercbail à diviser les élecleurs et à dominer la diète, et en tous les cas 5 la faire prononcer pour une simple neutralité.
Jeneaachepasd'époqueoù se soïl déployée une plus grande somme d'oclivilé, de souplesse dans les néffocialions. Le corps diplomatique s'était montré bien habile sous M. Dutbeil si fortement expérimenté; Louis XV avait pris «fOÛt à lire les dépécbes; s'il aimait à plaisanter avec M. de Maurepas, avec M. Du- Iheilil travaillait réellemeut. Le soin, TapplicaLion de la maison de Bourbon fut toujours la diplomatie; c'était une coutume qui venait de Henri IV et puis de Louis XIV, Tesprit le plus fier du nom de Fronce. Bien des dépêcbes furent dictées par Louis XV à M. Dutbeil ; M. Amolot n'assistait que rarement à ces conseils intimes ; le roi se réservait la négociation personnelle avec les Stuarts, et pour cela il employa le cardinal de Tencin en qui il avait une grande confiance. Quand il se résolut à prendre le commandement de ses armées en personne , voici quel fut son plan : •C Restauration delà maison des Stuarts sous le prince Charles-Edouard, roi d'Angleterre; 2" agrandissemont de la Prusse de manière ti la contenter comme puissance politique et militaire , 5" prise de possession des places frontières gardées par les troupes hollandaises et une campagne si vigoureusement conduite contre cette puissance, qu'on la contraignit moralement às'bumilier; ■î''étol>lissement permanent des Bourbons
dans le Milanais et à Parme ; influence considérable, par conséquent, sur toute Tltalie; 5° les limites du Rhin pour la France ; 6^ Falliance intime des deux marines française et espagnole, de manière à pouvoir lutter contre les forces de la Grande-Bretagne. Et c^étâit pour arriver à ces résultats considérables que Louis XY tirait Tépée et se mettait à la tête des armées de France.