‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 36 sur 114 · LA GRANDE GUERRE CONTRE LES ALLIES · texte numérisé non relu

LA GRANDE GUERRE CONTRE LES ALLIES

Situation des armées. — Retraite du maréchal de Belle-Isle sur Francfort.— Marche du duc de Noailles pour le soutenir. — Évacuation de l'Allemagne. — Le prince de Conti dans les Alpes. — Passage des montagnes. — Déclaration de guerre de la France contre l'An- S^etenreet la reine de Hongrie. — Combat naval devant Toulon. *^ Composition des armées. — Capacité organisatrice de M. d'Ar- ^enson.-^^Le roi se décide à partir pour l'armée. — Refus qu'il fait an dauphin. — Les deux factions de cour. — Campagne de ^*I^dre. — Épouvante des États-Généraux. — Députation vers ^nis Xy . — ■ Situation des affaires en Allemagne. — Incertitude des Bavarois. — Progrès de Farmée anglo - autrichienne. — Babille d'Ettingen.— Le prince Charles sur le Rhin. -— Invasion de l'Alsace et de la Lorraine. — Le roi quitte la Flandre pour "Alsace. — Organisation à Metz. — Les grands régiments d'artill^e et de génie. -— Diversion de Frédéric. — Invasion de la ^hème.

l^oute négociation diplomatique n'a dMmportance ^t d'efficacité que par le développement des armées ; a côté des actes et des notes d'ambassadeurs il faut un

état mililairc considérable qu'on paisse présenter ï Tennemi comme une force, aux alliés comme an appui, aux neutres comme une menace ; conditions es* ' sentielles sans lesquelles il n'y a pas de rapprochement ou de traité possible. Le cabinet de Versailles s^était mis eu mesure de grandir le cadre de ses armées dans de larges proportions. La situation difficile des Français en Allemagne était connue aussi bien à La Haye qu'à Vienne et à Berlin et on la savait très compro- ] mise. Celte belle masse de troupes ne pouvait être laissée en si grands périls au milieu des populations hostiles ; autour d'elle s'agitaient des nuées de troupes îrrégulières, des Croates, des Pandours, qui, conduits parles partisans Trenck et Menlzel, effrayaient par leur caractère sauvage les paisibles habitants. Enquêtant Prague par sa merveilleuse retraite, le maréchal de Belle-Isle s'était porté sur Egra où il devait trouver les renforts bavarois ; mais déjà la défection se faisait sentir dans ces rangs étrangers, comme cela s'était vu pour les Saxons et les Prussiens \ Le maréchal de Seckendorff, qui conduisait les Bavarois, se montrait indécis , mécontent. A mesure que ceux-ci voyaient se rapprocher de leur territoire les fatalités de la guerre, ils paraissaient moins dévoués à la cause française ; s'ils avaient vu avec orgueil un moment

^ Il est fort important de remarquer la parfaite similitude qui existe entre cette campagne de Flandre sous Louis XY et la cam-

DÉFECTION DES BAVAROIS tl743-lT44)- ll3

ïeur éleefeur CliarIcs-AIbert élevc^ à l'empire, ils ne croyaient pas devoir sacriGer la sécurité de leur lerriloire à ce vain honneur de la pourpre et de la couroane. Les alliés leuroiTrsienlsimuUanément la pals avecune port dans les conquêtes du Rhin, et le maréchal de Seckendorff venait de signer une convenlion Eecrète avec les Autrichiens en trahissant la cause française.

Dans celte situation périlleuse le maréchal de Belle- Isle dut se résoudre à une nouvelle retraite d'Egra sur Francfort pour reformer les éléments de l'armée d'Allemagne; on n'était pas vaincu, mais on se voyait ahandonné par les Bavarois comme un Tavait «té par les Prussiens et les Saxons ; on suivit le même plan de campagne que pour la retraite de Prague; 40,000 hommes sous le maréchal de Noailles durent s'avancer par le Mein ou devant du maréchal de Bello- Isle dans le dessein de favoriser et de couvrir son mouvement rétrograde. Cette retraite s'effectua avec beaucoup d'ordre, et tandis que le maréchal de Belle- Isle venait à Francfort pour agir sur les délibérations de la diète, ses régiments se fondaient dans l'armée des maréchaux de Noallles et de Broglïe , ainsi réorganisée sous le drapeau. A travers les difficultés ne grande guerre et les défections allemandes qui

pagne de 1 B 1 3 soua Napoléon ; les revers vinrenl par la même < 4e détection et de Inliison dans l'armée allemande-

lï4 LOCIS XV.

de toutes paris éclslaient , l'armée du maréchal d^^

Belle-lsie ramenée sur le Mein el le Rhin n'aToit perdi ;

que de faibles délachemenls el quelques garnisons îso— lées ; elle fournit plus de i 8,000 hommes encore au^ j ^ maréchaui de Noailles et de Broglie qui commen çaient leurs manœuvres sur te Mein. En face étaiei^^i deux armées ennemies formidables par le nombre ; les Autrichiens qui voulaient déborder en Alsace, I f ■ ■ Anglais, les Hessois, les Hanovriens et bientôt mên:^»e

les nollaudais qui s'avançaient vers la Sambre. I ^

guerre avait changé de nature el d'aspect ; naguè^in? tout offensive comme le cri français de marcS^e en avant/ elle devenait exclusivement défensive po«iir protéger le territoire. Le prince Charles de Lorrai»ne allait menacer l'Alsace; lo duc de Cumbcrland, lo^d Stair s'avançaient vers la Flandre; ils étaient d'txn tiers supérieurs en forces aus armées dos marécha-mji do Noailles et de Broglie ; néanmoins il fallait sau^^ *f la France des dangers d'une imminente invasion.

Pendant ce temps une troisième armée sous les ciTdrea dn prince de Conti se portait vers les Alpes a r^n de prêter la main, à travers les montagnes, aux Esp^^^ gnols qui allaient envahir le Milanais. Depuis que '^ roi de Sardaigne s'était déclaré contre la France^ '' était indispensable d'opérer un mouvement séris-wj dans la Savoie et le Piémont; le succès de l'arn» *■* d'Italie en dépendait. Et à cet effet, la fonnalion d'u/^^ armée du Var el des Alpes fut ordonnée ; ses opératiaU'

CAMPAGNE DE SAVOIE (l743-a7«). 115

se liaient Eimultanémeat à la marcbe des Espagnols, qui de Gènes el Parme s'avançaient vers Milan , puis aux manœuvres des grandes escadres française et espagnole j la flotte devait prendre la nier on môme temps que le prince de Conti franchirait les Alpes.

Rien d^intrépide comme celte marche des régiments de France à travers les montagnes ; on Ct des prodiges ; le prince de Conli avait auprès de lui l'infant don Philippe, noble et courageux prince : bientôt ils altaqocnl le comté de Nice et le soumeltent ; ni les rochers Inaccessibles de Monlalban, ni les fortifications de Villefranche n'arrêtent l'inlrépidité dos régiments de Provence et de Languedoc; on gravit les pics et les précipices, on franchit les torrents à la face des Piémontais et des Anglais que l'amiral Maltbews vient de débarquer; 6,000 matelots de la marine britannique ont pris terre pour seconder les opérations des Piémontais. )1 se fait partoutdes merveilles; ici le bailli de Givry escalade un roc sur lequel sont retranchés 2,000 liommes anglais ou savoyards ' ; à la rude imlaillc de Coni ce fui Chevertqui conduisit l'attaque,

imme il avait conduit l'assaut de Prague. Ce fut un

e 1 9 juillel, le bailli de Givrj force, en plein jour, une gorge 'ffrojablc bordëc de canons et défendue par 2,000 hommes; cinq bataillons ennemis y sont mis en pièces à la vue du roi de Sardaigne, et un sixième envoyé à leur secours esl précipité du Laut des rochers; ^ais le bailli de Givry reçoit dans cette cipédiiion une blessure dont 'I meurt (|uclque temps après. »

magnifique exploit, on y perdit la fleur delà noblesse '; le château du Monl-DauptÙD fui emporté ; ta clef des Âtpes était ainsi dans la main des Français qui purent se mettre en communication avec les Espagnols et concerter désormais une véritable campagne d'Italie. Tandis que la victoire couronnait te drapeau fleurdelisé aux Alpes, ordre était donné par le roi à la flotte de Toulon do prendre la mer et d'offrir bataille aux escadres anglaises de l'amiral Mattliews. La plus grande activité présidait dans la rade ; des l'ouverture de la campagne on put compter les vaisseaux qui prendraient part à une bataille navale dans la Méditerranée , si elle était engagée : il se trouvait dixsept vaisseaux de ligne espagnols parfaitement armés, sous l'amiral Joseph Navarro; les équipages avaient éprouvé quelques perles, le nombre des canonniers u'était pas suffisant; et c'est pourquoi l'amiral jugea nécessaire de réduire ta flotte h quatorze vaisseaux fins voiliers, avec des équipages considérables ; vingt -deux vaisseaux français étaient réunis à Toulon; le vieil amiral de Court, qui les commandait, réduisit l'escadre à douze vaisseaux d'élite, avec des équipages intrépides et d'excellents canonniers. On savait que

' Le prince de Conli, faisant dans sa correspondaiiGe au roi mention de celle jouraëe (la bataille de Coni, 30 septembre Hil), »'eiprime ainsi ; a C'est une des plus brillantes el des |ilus vives actions soient jamais passées; les troupes y ont montré une valeur de l'humanité : la brifjadc de Poitou, aj^nul M. d'Agcaois k

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