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LA FRANCE ET LA PRUSSE

fugié en Prusse ; il devait tout à la fois faire offre de ses services , exposer la véritable situation des intérêts allemands et étudier avec une intelligence parfaite Fesprit de la cour de Versailles, ce qu^on pouvait espérer d'elle dans Thypothèsed^un conflit européen. Les dépèches de M. de Beauveau indiquent toute la tendance de Frédéric pour le système français : « A Paris comme à Berlin on a de communes répugnances pour la maison d'Autriche; Fagrandissement de la Prusse ne peut qu'être avantageux aux Bourbons, c'est un obstacle nouveau contre l'empereur Charles VI; la Silésie est le lot convoité par la maison de Brandebourg; Frédéric jouera ses cartes seul , si on ne veut pas les hasarder avec lui; il faut qu'on lui fasse un meilleur lit pour se coucher, car il n'est pas à l'aise, il étouffe dans son royaume. » Mais un point de vue qui n'échappe point au marquis de Beauveau, c'est qu'on ne doit pas trop se fier à la parole de Frédéric ;

* Voici encore un résumé spirituel des intérêts de TEurope : Application du mot TOUT^^eih 1740, a toutes les puissances de

L BUfiOPE.

L'Allemagne craint tout.

l/Aatriche risque toat.

L'Angleterre veut faire tout.

La Bavière espère tout.

Le Danemarck se soumet à tout.

L'Espagne embrouille touL

La France souffre tout.

Gènes perd tout.

La Hollande obéit à tout.

La Moscovie se mêle de tout.

Naples joue tout.

La Prusse entreprend tout.

La Savoie se méfie de tout.

La Saxe attend tout.

Le Turc se rit de tout.

Les Jésuites se fourrent partout.

Rome bénit tout.

sa politique est de s'agraoctir coùIe que coûte; au moyen de la France ou de l'Allemagne , qu'importe 1 Fa à son tour le marquis de Camas put voir à Versailles tout l'inlérôt qu'où prenait aux affaires allemandes et aux progrès de Frédéric. La pensée d'une alliance défensive et offensive naît, se développe et se grandit : si la guerre éclate contre l'Autriche, Frédéric marchera comme auxiliaire de la Frauce; il ne demande pas de subsides comme les vieux électeurs de Brandebourg, il est riche, économe; ce qu'il )i faut, c'est la Silésie.

Cette guerre pouvait éclater d'un moment à l'autre, et la mort subite de Charles Vl ' devait faire prendre immédiatement les armes à toute l'Europe, Cette mort de l'empereur n'était pas une de ces éventualités imprévues qui déjouent toutes les combinaisons ; elle était calculée déjà et ses conséquences stipulées par les cabinets dans le traité de Vienne; les puissances avaient adhéré en majorité à la pragmatique qui assurait ta couronne impériale à la fille de l'empereur. Depuis, mille intérêts avaient surgi pour bouleverser les combinaisons ;'co qui alors avait été promis ne suffisait pas à l'Europe pour garantir un engagement qui dépendait au reste de la dicte tout allemande; la mort de l'empereur soulevait un con- Uit général, des intérêts multipliés, et les puissances

1 Cliuvlcs IV .

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QUESTION DE L*RMPlRE (l740). J7

se croyaient entièremenl dégagées des stipulations secrètes du traité de Vienne. L^empire était le sujet de mille ambitions en jeu ; Frédéric réclamait la Silésie ; comme il était avide d'un champ de bataille et sûr de Tappui de la France, il Tenvahissait sans déclaration préalable de guerre comme un lot acquis et sa véritable propriété * ; Télecteur de Bavière , Charles- Albert ^ , réclamait la couronne impériale comme le plus proche parent mâle de Charles VI; Télecteur de Cologne soulevait aussi des prétentions d'héritage ; de sorte que la fille de Tempereur, la grande Marie-Thérèse, complètement délaissée, pouvait se souvenir des paroles du prince Eugène : « Ce n'est pas l'adhésion des puissances qu'il faut à la pragmatique , mais l'appui de deux cent mille baïonnettes. » Ainsi, le roi de Prusse revendiquait la Silésie en maître; Charles-Albert et Télecteur de Cologne réclamaient l'empire, sa pourpre, sa dignité.

Dans ce conflit d'intérêts purement allemands, il

* <T Le roi de Prusse, sans s*amuser à faire des protestations et un procès par écrit pour le soutien des droits qu'il prétendait sur la Silésie, y fait entrer une armée de 30,000 hommes, qui s'en empare. En même temps , il fait assurer rarchiduchesse de son zèle pour ses intérêts en toute autre affaire, lui offre ses services pour le maintien de la pragmatique sanction et pour faire le grand-duc, son mari, empereur, si elle veut lui céder la Silésie, ou au moins une partie de ce duché. Ma rie -Thérèse refuse.»

> Charles- Albert était né, le 6 août 1697, de Maximilien-£mma«

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