‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 51 sur 114 · MADAME DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

MADAME DE POMPADOUR

qu'elle tenait à la main , le roi le ramassa; tout fut mené avec une gnlce parfaite et une habileté peu commune ; elle vit plusieurs fois le roi en privé ; tin jour, elle vint éperdue se réfugier à Versailles, craignant, disait-elle, le courroux d'un mari offensé; elle provoqua peu à peu Tabandon du roi ; tout vint à soubait; madame dTtiolcs, bientôt maîtresse eu titre, prit le rôle qu'avait rendu vacant la mort de madame de Châteauroux. Dès lors elle ne voulut pas <jue le roi s'éteignît dans une existence de boudoir; «lie l'appela sous la tente comme avait fait madame de Châteauroux; elle comprit qu'il fallait de bruyantes distractions à cette âme, et que la gloire était le premier devoir d'un roi. Admiratrice des arts, des sciences , elle appela autour d'elle les artistes les plus éminents, qu'elle aimait, qu'elle protégeait. Quand Une injustice était commise, c'est à elle qu'on s'adressait; elle portait sa plainte au roi , et bientôt des pensions étaient données avec grâce, avec profusion; c'est elle qui mît à la mode ces petits riens qui font la ricLesse d'un salon , parce qu'ils coûtent beaucoup «t passent de goût comme un caprice. Sous son règne, on vit se multiplier les belles peintures, les porcelaines , les trumeaux , les toilettes , et tout cela lut poussé à cette perfection de l'école qui prit ensuite son nom de madame de Pompadour '.

On chansonnait dép madame de Pompadour comme une pelile

166 LOt'IS XV.

Ce fut une Téritable révolution h la cour que Tavénement d'une nouvelle favorite en titre; le parti de la reine et du dauphin avait espéré que le roi ne prendrait plus de maîtresse publique et affichée depuis la mort de madame la duchesse de Chftteauronx; il pourrait avoir des caprices , s'arrêter passagèrement à quelques dames de la cour ou de la ville ; mais la reine ne pouvait croire qu'elle aurait encore la douleur de subir une favorite impérieuse parmi les dames de son palais. Quoique bien résignée , Marie Leczinska ne put réchauffer pour elle Tamour da roi ; elle n'avait plus que le titre de mère et ce respect résigné qui ne laisse échapper aucun murmure même aux ordres les plus tristes, les plus sévères du roi qui élevait tant ses favorites ; on voit la reine Marie dans les tableaux de cette époque, vieille déjà et entourée de ses enfants qu'elle caresse et soigne pour oublier sans doute les froideurs de son royal époux; sa famille venait de s'accroître d'une infante unie à M. le dauphin , princesse gracieuse et vive , à Tœil noir et ardent ; loin de donner plus de gaieté à la cour, Tinfante y apporta quelques coutumes

bourgeoise; le grand seigneur ne lui pardonnait pas cette origine:

Cette petite bourgeoise. Et son amour ridicule

Ëlevée é la grivoise, A fait rire tout Paris ... ris, etc.

Mesurant tout é la toise.

Fait delaooorson taudis ... dis, etc. On dit même que d'Estrade,

Si vilaine et si maussade,

Louis, malgré son scrupule. Aura bientôt la passade.

Froidement pour eQe brûle. Dont elle a Tair tout boolfi ! . .. eie.

DISGRACE DU DAUPHIPi (1745).

espognoles, si graves dans les palais de l'Escurial ou du Buen-Retiro ; elle clioisit ses femmes avec un soiu particulier, et comme elle ne voulut pas accepter madame de Pompadour, il s'ensuivit un refroidissemeot entre le roi et la jeune infante. Et ce refus, Louis XV le prenait moins pour un cri et une protestation de moralité que pour une tentative d'insubordination de M. le dauphin. Louis XV s'était pris de grande froideur pour son ûls; il se souvenait de son empressement a régner, lors de sa maladie à Metz ; il traitait glacialement son successeur, il le voyait comme la tombe de Saint-Denis, comme la main qui s'élèverait vivante quand ta sienne se flétrirait par la mort. La disgrâce s'était étendue à tous ses amis ; quand ils demandaient une faveur , le roi répondait : « Mon fila vous en tiendra compte, encore quelques années ®t tout sera dit; n'espérez rien de moi. » Le duc de ^'''âtiilbn fut même exilé dans une terre éloignée ', *^T il avait prématurément salué le daupbin comme ® légitime suzerain de France.

ïiC roi ne pardonna pas davantage à sa famille les jjfilj^aes de Metzj le duc de Chartres fut en pleine

158^ te comte de la Luzerne, cliet de brigade des gardes du roi, tut •*^'Sé de notifier au duc de ChâtilloD à Versailles l'ordre de se re- *^^r jur-le-cbamp. Châtillon demanda à parler au dauphin cl à la '^^ne ; mab le comte répondit qu'il fallait partir sur-le-champ, ajou- ^***1 qu'on lui accordait par grâce de reslcr vingt-quatre heures à ■**■■« pour BCs affaires. Il fut exil^ dans ses terres da Poitou; la leltre

disgrâce; Louis XV n^aimait pas non plos le dnc d'Orléans, devenu génoTéfain, et pourtant le duc de Chartres s*était bravement conduit dans la campagne; le roi lui gardait rancune pour la violence quMl avait faite au duc de Richelieu y premier gentilhomme de la chambre , en brusquant sa consigne à Metz. Biais il est des époques où on doit beaucoup oublier; Louis XV allait se mettre de nouveau à la tête de ses armées ; le printemps arrivait ; le maréchal de Belle-Isie venait alors d'envoyer un second plan d'opérations discuté et admis au conseil pour suivre simultanément la guerre de Flandre, de la Meuse et du Rhin. L'enthousiasme fut si grand en France, qne toutes les provinces offrirent des régiments levés i leurs frais; le Languedoc fournit 5,500 hommes, (pi prirent le nom de légion de Septimanie ; le jeune duc de Fronsac en fut fait colonel ; Provence 4,500 hommes, Champagne deux bataillons, ^Bretagne une légion , indépendamment des brigades spéciales d'artillerie et de génie qui avaient rendu tant de services dans la campagne de Flandre ; puis on créa de nouveaux régiments. Pendant Texpédition d'Allemagne, on avait remarqué que les enneoiis tiraient un grand avantage des troupes légères, des partisans pour éclairer les routes, franchir les rivières,

de cachet qui en contenait l'ordre avait été remise au comte de ^^ repas par le duc de Pecquigny.

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