DÉCLARATION DE LA HOLLANDE
pas servir une même cause et suivre une même ligne ; les Élals-Généraux n'auraient pu rester neutres quand la Grande-Bretagne invoquait les anciennes lois de l'alliance, etqu'ellecboisissait le Bas-Rhin etia Meuse pourthéiUre de la guerre. La Prusse, la Hollande, l'Angleterre ne pouvaient être longtemps séparées dans une campagne qui touchait les Pays-Bas et la Flandre; elles devaient venir combatti'e de concert dans toutes les grandes crises de l'Europe. Sur l'invitation du ducdeCumberland, les Étals-Généraux donnèrent l'ordre à leurs troupes de marcher dans les opérations communes. Ainsi les Anglais, lesHollai>dais, les Autrichiens allaient agir contre la France dans la campagne qui venait de s'ouvrir. C'était encore une fois cette terrible coalition contre laquelle Louis XIV avait lutté dans sa longue et glorieuse vie.
Les cabinets alliés avaient fait les plus grands efforts pour réunir d'immenses moyens dans une campagne de Flandre; les Anglais avaient débarqué des forces considérables aux Pays-Bas; le duc de Cum- Leriand menait vingt bataillons et vingt-six escadrons, Anglais cl Écossais; cinq régiments lianovriens, for-
trc de S. M. brilannir[ue éluda ces ioslanccs pressiinles pnr un nouvel oiilrage. 11 (li'clara qu'il l'i'ipinlail messieurs de Belle-lsie comme prisonniers il'^lal, terme sous lequel il voulail bien déguiser leur vérilable qualité d'espiuiis. Ils reslèreiil donc eu Anglclerre jtisqu'uu s il'aoilt 174,'.. «
mant \ 5,000 hommes et seize forls escodrons, s'étaieittl réunis aux Anginis, leurs alliés iialureU*; les Ëlatt- Généraux avaient envoyé sous le prince de Waldeek vin(rl-six bataillons et (Quarante escadrons, mélange d^Âllemands et de Flamands; enfin les Autrichiens, plutôt pour montrer leur jjarticipation à la guerre que pour offrir une coopération active, avaient donné comme auxiliaire liuil escadrons de cavalerie K-gère , et de hussards hongrois. Le duc de Cuniberland com- .^ mandait en chef Parmée coalisée de Flandre; habitué .^^ aux batailles depuis le commencement de la jTuprrR.
il avoit déjà vu les Français en face. Cette vaste réu
nîoii de troupes était indépendante de la formidabl^^. armée que com mandait le prince Charles sur le Rliin j^. le noble prince de Lorraine devait apparaître avec k Autrichiens, les Bavarois, les Bohémiens. Le cabinef^ devienne promettait ^20,000 hommes sur le Rhin pour soutenir les opérations de l'armée de Flandre. Enfin, une troisième expédition de l'ennemi devait, à l'aide des Savoyards et des Piémonlais, franchir les! Alpes, refouler les débris de Tarmée française jusquej sur le Var, et s'emparer de la Provence et du DauphiiiéJ promis à la maison de Savoie
* K Lm principales forces de l'armée ennemie coniistent en vingl -^ bataillons et vingt-sii escudroDS anglaig sous te duc de Cumberland; f
cinq luttailloiin et seize escadrons hanovrlcns sont joints aux Angtais. -^
l.c priuce de Waldcck eal à la If Le de ([uarantc cscudrons hollandaiu^:^
PLAN Dlt'CàBri'AGKB (AVRIL 1745).
I présence de ces forces immenses de l'AIlemajrne , de l'Angleterre , des Pays-Bas , de la Savoie, se levant comme un seul homme contre la Fronce, «jue l-ouis XV et le dauphin résolurent de quitter Versailles pour accourir sous la tente et défendre In nationalité françatae. Le plan de compagne conçu sur des bases très simples se résumatt en quelques principes : guerre offensive en Flandre, mouvement en avant sur toute la ligne des Pays-Bas; d'abord pour ré|tondre à r^rdeur et à l'impalienee des Français qui aiment la guerre de conquêtes, puis pour irapper un grand coup de manière à décider le parti de la paix en Hollande à se séparer de la coalition, [.e roi conduirait l'armée de Flandre en personne, parce qu'il fallait sur ce point des suecés prompts et décisifs, conmic les Français savaient les obtenir ' ; guerre défensive en Allemagne, en gardant surtout les limites du Rbïn ; car ta défection des Davarois ne permettait pas une marche en avant sur l'inn ou le Danube', ËriHn en Italie on défendrait pied à pied le terrrain, en faisant cause commune avec les Espagnols sur les Alpes et le Var. Toutes les opérations restaient ainsi dans un
el lie vingt-sil balaiUons. Les Anlrichieiis n'ont dans celte armée que huit escadroDs {Mercure hollandait).
' L'dlccleur de Itavière, Maiimilien-Joseph, avait signé le ISavrîl le Irail^ de FoeuCn hvcc la rdne dé Hongrie, par Icijael il renonrait
I f rëteniJoni de lu maison de Bavière sur In succession à l'em-
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LE ROI A li'ARMÉE (MAI 1745). 185
constitués sous de vieux officiers , et les grenadiers royaux formèrent quatorze bataillons de >l,000 hommes chaque, qui devaient prendre part aux opérations de la campagne.
Le roi partit de Paris le 2 mai , accompagné de M. le dauphin ; arrivé à Douai le 6, il reçut le comte Maurice de Saxe, le maréchal de Noailles et les officiers supérieurs qui devaient commander sous ses ordres. Le comte Maurice de Saxe, alors élevé au titre de maréclial de France, était un des hommes de guerre le plus remarquable; on le savait fils d'amour d'Auguste II, électeur de Saxe, roi de Pologne, et de la comtesse Aurore de Kœnigsmerth, jeune Suédoise des prenaières familles. A <2 ans, il avait servi comme cadet contre la France, et il eut son cheval tué sous lui et son chapeau percé d'une balle au milieu des feux de 'a bataille de Malplaquet ; à 45 ans, il commanda un '^égrirnent de cavalerie. On ne peut dire la tendresse ^Ue cet enfant inspirait à son père , et il le méritait ■^ien; enthousiaste pour ce qui était hardi et fort, Maurice s'était épris des exploits de Charles XII. Dans 1* guerre contre les Turcs, le comte de Saxe se lia d Une vive amitié avec les princes français, les comtes ^^ Charolais et de Dombes , et le duc d'Orléans , ré- S^nl, le fît entrer avec le grade de maréchal de camp
"^es ; lien a formé sept régiments, sous le titre de grenadiers royaux^ imposés d'hommes choisis entre eUes. » (Mercure de France.)
dans les armées de France ; il y commanda le régj
ment allemond de Breder. Follard, le taeltcien, qui /« juge haulemenl, veulqu'on exerce les Iroupes selon f.^ méthode du conile de Saxe. A Paris, le comle Mauritr^ fut un des hommes les pins galants et les plus aimés ï sa noble et tendre maîtresse fut mademoiselle Lecou - — vreur, tant pleurée par Voltaire, et qui vendit si^- 'S bijoux pour en envoyer le prix à son amitnt renferm -^â dans Mîttau; là, il fut héroïque, il se défendit à I Ck Charles XII, comme il le dit lui-même, assiégé dat^M^ son palais. Élu duc de Courlande, sa tète fut mise à prix par les Russes, et c'est alors qu'il écrivit ces bell^^-.^ phrases : « J'occupe un rang distingué dans les a x» — mées de sa majesté très chrétienne où la lilcheté et 1^^ trahison ne souffrent aucun déguisement. » Toujour^^ léger, galant avec les femmes, on racontait de lui sou^^^ la tente française un trait digne de Itichelieu. Le^^^ comte Maurice était aimé de la duchesse de Courlande, ^ •> de cette Anne qui monta sur le trône de Russie, mais -^^ volage, il ne s'en tenait pas à une unique maUresse; ^ > Is nuit, il venait recueillir une des dames de to prin- — '" cesse par la croisée, et ta portait à travers les neiges; î ' un soir, le pied lui glissa ; il fut culbuté , découvert J"^^ et obligé de fuir le courroux de la grande duchesse. — "^^ De retour à Paris, Maurice de Saxe , esprit inventif^ conçut avec Follard Tidéc d'une machine artisleinenr construite pour faire remonter les bateaux dans I Seine sans rames ni voiles. Quand la guerre de -4 75^^^
LB NÀRÈcnAL DE SAXE (1745).
éclata, il sollicita un commandement sous le maréchal de Bel-wick ; créé lieutenant général et cordon rouge, ii se consacra à l'étude profonde de la laclique et il écrivit quelques belles pages sous le titre de M'es iiêv>cries. dans Ie6qu'*lles il propose le remaniement <le l'Europe sur un uouveau plan. Aidé du modeste cl brave Ciievert, il contribua au siège et à la reddition de Prague, fut chargé ensuite de la défense '■e l'Alsace et créé uinréclial de France. Or c'était cet ''*>mme extraordinaire, couvert de blessures, plein de ^"^Uvenirs d'amour et de guerre, que le foi recevait ^**lis In tente et auquel il confiait le conimandenient *^V: 88 belle année.
^^- Voici quelle élaitla situation militaire du maréchal ^^B^ Saxe s l'arrivée du roi en Flandre ; les places de ^^Brenin, Ypres et Fumes étaient an pouvoir des Français- Quand la présence du prince Cbarles sur le Hhin ft voit forcé Louis XV à mener une partie de ses troupes ^ Metz, Maurice de Saxe avait bien vu qu'avec des forces inférieures il devait se borner à nn grand système défensif ; il avait tenu constamment les alliés «;n échec dans les retranchements deCourtray '. Malade d'une violente hydropisie qui minait ses forces , ^^^n moment il était venu à Versailles, et comme on lui ^^■hîsajt remarquer sa faiblesse , il répondit ces mots
^^^H * Voyez la galerie de Vcrsuilles; le tableau du sidge de Courtray ^^^HU de IVrrocel.
béroiques : « Il ne s^agit pas de vivre , mais de par^ tir. » A mesure que les éléments d'une grande année s'étaient recomposés, le maréchal Maurice de Saxe avait pris Pinitiative et enlevé Courtray ; c'était le pivot de ses opérations où il pouvait désormais attendre la grande campagne. Louis XV l'accueillit avec le sourire le plus flatteur et la grâce la plus parfaite; il lui dit devant tous les généraux de l'armée : « M. le maréchal , en vous conGant le commandement de mes troupes, j'ai entendu que tout le monde vous obéit; je serai le premier à en donner l'exemple. » Ces paroles étaient dites sans doute pour apaiser les jalousies que le maréchal faisait naître; on le disait très affaibli comme capacité militaire ; sa tète n'avait plus l'intelligence qu'il avait déployée dans d'autres commande* ments. Quand il dicta Tordre de campagne, il venait de subir la ponction douloureuse , et sa figure annonçait les plus affreuses souffrances.
Dans les opérations stratégiques qui s'ouvraient au printemps, le but des Français était de prendre Tou^ nay ; les alliés au contraire espéraient en faire lever le siège ; là fut le pivot de toutes les marches et conlremarches. Le duc de Cumberland et le prince de Waldeck voulaient attirer l'armée française sur un champ de bataille choisi, pour la briser et la refouler au delà des frontières; les alliés réussirent dans ce premier dessein, car la position de Fontenoy, sur laquelle ils appelèrent le maréchal de Saxe, était très mauvaise
SIÈGE DK TouhNAY aVril 174'i). 189
pour rarnifje de Frain'o. Celle armée avait sur ses derrières une place ennemie, Tournay ; sa retraite était à peine assurée pai" le pont de l'Escaut dans le cas d'un êcliec; toute l'armée pouvait donc ùtre compromise, mais avec les Français il n'est pas permis d'ôtre prudent et de calculer une bonne retraite dans les prévoyances d'une défaite; ils supposent toujours la victoire j ou dirait qu'ils ont enchaîné ses ailes.
Tous les nobles cœurs qui ont passé par la Flandre t>nl visité le cliamp de halaille de Fontenoy, aussi glorieux mais moins funèbre que celui de Waterloo el ^ quelques lieues l'un de Taulre; ta paisible rivière de l'Escaut passe à travers ; sur une hauteur, le petit village d'Antoin', Fontenoy au delà, puis le fameus bois de Barri dans Tintervalle, position retranchée. Le maréchal de Saie dut y établir des redoutes, car il Comptait sur les forces de l'artillerie et Thabileté des ^nonniers. Le champ de bataille élait très resserré ''Otig un espace d'une demi-lieue en largeur et deux 'loues en profondeur. Le pont de l'Escaut, considéré •^**ïnme le seul moyen de retraite , avait été forlifié par ''«s batteries que le maréchal de ^'oailles confiait à des '*i»laillon8 d'élite; les outres ponts sur l'Escaut étaient ^3t posés aux canons de Tournay, toujours au pouvoir **^B alliés, qui avaient là une garnison de 6,000 liom-
' Plusieurs plans de la butaillcde Fonleiioy exislcnl a ^sUmpes {Bibliollifci|uu Roviilc).