‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 60 sur 114 · X9Ù LOUIS XV · texte numérisé non relu

X9Ù LOUIS XV

mes. Ainsi, le champ de bataille choisi par le maréchal de Saxe u^était point heureux; il lui fallait infailliblement la victoife, car toute retraite eût été désastreuse. Le soir du 40 mai, on put s'apercevoir que rarmée ennemie avait fait des mouvements qui supposaient une attaque ; les Anglais, les Hanovriens, les HoUaa- \ dais prirent position en échangeant quelques volées de leurs batteries avec les avant-postes.

La veille des armes fut gaie , comme il arrive toujours sous les tentes de la France ; le roi et le dauphîa contèrent à merveille d'antiques prouesses, et on dît même queLouisXV, pour entretenir la gaieté dusoldat, chanta une chanson fort leste à la manière des camps ^; c'était plaisir à voir que ce caractère français insuuciant, des officiers galants, un dauphin de seize ans, un roi de trente-cinq ans à peine, et tout cela narrant les grandes aventures. On raconta que depuis saint Louis nul roi de France n'avait gagné en personne de bataille contre les Anglais; Louis XV reprit e» riant : a qu'il élail glorieux pour son règne de reprendra la filiation de saint Louis, et cela montrait qu'il était de bonne race. » .Et ces propos se disaient sans haine de l'ennemi, point de ces visages menaçants et terribles qui annoncèrent plus tard la démocratie des armes; on ne croyait pas qu'il fût nécessaire de dévorer l'étranger pour le combattre. A quatre heures, le roi

^ Le roi chanta la gaudriole de Manon la ravaudeuse.

IS-fSl^itOY (Il MAI IT-iS). 191

Élaii debout; il \>v\a qu'on laissilt dormir encore le dauphin nûn qu'il fût plus gai et plus dispos |>our la bataille. Toute la nuit avait été passée à élever des redoutes, des relranebements, à fortifier la position de Fontenoy. Le vieux maréchal de Noailles obéissait au maréchal de Saxe , son cadet, sans inurmurerj il avait fait élever des redoutes entre Fontenoy et Antoin, pour couvrir le centre de la bataille et le point ^ivideniment le plus faible. Le comte de Sase visita tous les ouvrages dans unfi carriole d'osier, car il était bien faible et bien souffrant. Le soleil donnait en plein', lorsqu'à un signal les batteries retentirent; on s'essayait par le canon avant de se saluer par Tépée ; un des piemiers boulets emporta le comte de Gramont, neveu du maréchal de Noailles, qui commandait les mousquetaires de la ^arde. Au milieu de cet échange d'artillerie, on vit, vers les huit heures, se déployer d'épaisses colonnes d'Anglais et d Hanovriens, se dirigeant par masses aCn d'enlever les clefs du champ de bataille, le village d'Antoin; à travers le bruit d'une artillerie formidable, on entendait des Cris sauvages s'élever de ces épais bataillons : non guarterl point de quartier! Trois fois les Anglais se précipitèrent au pied des redoutes de Fontenoy, trois lois ils furent repoussés; des escadrons hanovriens caracolaient autour des redoutes pour soutenir l'iu-

Jiltaliiille de Fonleauj' eut lieu le )

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fanterie, ils furent brisés par le canon et la supériorité de Tarlillerie française^.

L'altaque de face ayant si mal réussi , le duc de Cumberland ordonna de tourner ces redoutes par le i)etit bois de Barri ; opération décisive qui demandait une grande activité et une silencieuse persévérance. Le maréchal de Saxe avait fait la faute de ne pas suffisamment garnir le bois de Barri^ et le duc de Cumberland en était informé ; en jetant là les grenadiers banovriens et les chasseurs hessois, on pouvait prendre à revers le village de Fontenoy et détruira ainsi les redoutes. Les Banovriens et les Hessoi marchent avec sang-froid et sans bruit; ils trouvent là, couché à plat ventre, un régiment de partisans in — trépides, ceux qu'on appelait les chasseurs deGrassif^ ^ soldats sans discipline, mais braves; ils sont à pein^ mille, et se dispersant dans les broussailles, ils coift " mencent une vive fusillade de tirailleurs; les Ha^

* Voici une lettre du marquis d'Argenson, ministre des affaire^ étrangères, à Voltaire, sur la bataille de Fontenoy :

« Monsieur l'historien, ce fut un beau spectacle que de \oir l^ roi et le dauphin écrire sur une caisse, entourés de vainqueurs ei^ de vaincus, morts, mourants et prisonniers. Voici des anecdotes quP j'ai remarquées :

« J'eus l'honneur de rencontrer le roi dimanche, tout prè du champ de bataille; j'arrivais de Paris au quartier de Ghin; j'appris que le roi était à la promenade. Je demandai un cheval, je joignis S. M. près d'un lieu où l'on voyait le camp des ennemis ; jamais je n'ai vu d'homme si gai. Nous discutâmes justement ce point historique que vous traitez en quatre lignes, quels de nos rois avaient

BATAILLE DE FONTENOY (tl MAI 1745).

novrlens sont arrêtés îi bout portaat, ilshùsUont;ils ne croient possible d'aborder ce bois qu'avec du canon ; ils n'en ont pas ; le temps se perd , et les batteries de Fonteuoy redoublent le feu sur les colonnes nnglaises.

Cependant, à tout prix , il faut s'emparer des redoutes, sans cela la bataille est perdue pour les Anglais et la retraite compromise. Le duc de Cuniberland mande les ofGciers des gardes, il les harangue et leur montre un espace vide entre les batteries et Fonlenoy : le maréclml de Sase a dégarni son centre ; c'est par là qu'il faut pénétrer aûn de prendre les batteries à revers; les Anglais poussant des cris d'enlbousiasme , forment trois colonnes d'attaque pressées les unes sur les autres ; ce sont les gardes anglaises et trois régiments de grenadiers banovriens qui s'avancent en colonnes profondes sous le feu meurtrier des batteries; les rangs tombent, ils

pgné les ileraières bnlaillcs royales? Je vous assure que le courage e (aisail point tort au jugemciil, ai Je jugemeot fi lu lui^maire. De n alln coucher sur la paille -, il n'y a point di: uuil de liai plus ; jamais laot de lions iiiols. On dormit tout le temps qui ne Ciit Il coupé par des courriers, des grassina et dea aîdes-de-camp. Le n clinnta uae chanson qui a beaucoup de couplets et qui est fort Mie. Pour le dauphin, il était k la bataille comme à une chasse de wre, et disait presque : » Quoi ! n'esl-ce que cela ? u

i, le sûr, c'est que c'est le roi qui a gagné lui-même hi aillp par sa volonté, par sa fertiielé ! Vous verrez des relations et ■ détails, vous saurez qu'il y a eu une beurc terrible, où nous via le kcmkI tome d'Ë1tinj>ea ; nos Français Qécbissant devint cette

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sont remplacés; doqie pièces tirant iaceasammentà la tèle et la qu^ue de la coloane formidable, balayent le champ de bataille.

Cette attaque redoutable vers le centre dégarni de Tarmée du roi allait devenir fatale : Tennemi, eo s^emparant des redoutes de Fontenoy, pouvait séparer les Français en d^ux parts, refoulées dans TEscaut. Le maréchal de Saxe voit le danger: il faut couvrir le centre; aussitôt quatre régiments de gardes-françaises, deux de gardes-suisses ont ordre de se former euxmêmes en colonnes pour arrêter la marche de Tennemi. Le régiment du roi , le plus brave de toute Far mée , se place en revers dans un ravin pour soqteni cette formidable infanterie et accueillir rennemi bout portant. L^s Anglais s'avancent toujours vers I centre, faisant de tous cotés des feux admirables pa divisions comme dans une revue. A c^t aspect, \^ ofûciers ne peuvent arrêter Timpatience des gardes elles s'ébranlent, et c'était une faute; il fallait laisse

fermeté anglaise ; leur feu roulant , qui ressemble à Tenfer, ren^ stupide, je Tavouc, les spectateurs les plus oisifs. Quelques uns de nos généraux qui ont moins de courage , de cœur que d*esprit, donnèrent des conseils fort prudents. On envoya des ordres jusqu'à Lille, on doubla la garde du roi, on ât emballer, etc. A cela, le roi se moqua de tout et se porta de la gauche au centre, demanda le corps de réserve et le brave Lowendall ; mais on n'en eut pas besoin. Un faux corps de réserve donna; c'était la même cavalerie qui avait d'abord donné inutilement; la maison du roi, les carabiniers, ce qui restât tn^iquille des gardes-f nmçaises, des Irlandais,

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