PARIS APRÈS FOWTENOY (1745). SM
iiQ durent pas être échangés entre les bourgeois assis W Palais-Royal 1 Les méchantes langues purent donner un libre cours à leurs médisances.
Quelle ne fut donc pas la joie publique lorsqu^on . apprit qu'à Fontenoy une grande bataille venait d^étre f gagnée par le roi et le dauphin ' ; les alliés , écrasés y dans leur fuite , laissaient tout , bagages , canons ; les liollandais allaient être punis de leur tentative audacieuse, et la Flandre serait conquise dans pne cam^ pagne comme sous Louis XIV. A cette nouvelle, Paris fyt dans F ivresse; on s^embrassaitdans les rues, sur les places publiques ; il y a cela de noble en France, que nous éprouvons chaque douleur et chaque joie de la patrie comme une douleur ou une joie de faipille. L^enthousiasme fut si grand, que le soir même il y eut des bals improvisés à THotel-de- Ville ; on y lut le récit écrit à la hâte par le roi, et une lettre toui^ante de M. le dauphin à sa femme indiquait toutes les circonstances de la bataille ; le danger personnel qu'avait couru le roi , et cette dignité de sa personne qu'il avait partout apportée au milieu des périls; il
* Lettre de Voltaire à M. le marquis d'Argenson, à la première nouvelle de la victoire de Fontenoy,
a Jeudi, 13 mai 1745, à onze heures du soir, ce Ah ! le bel exemple pour votre historien ! Il y a trois cents ans qae les rois de France n'ont rien fait de si glorieux. Je suis fpu de loiel
<c Bonsoir, monseigneur, )»
n'avait pas un seul instant désespéré de la France'. •I Dimanclie , à une heure après midi , le roi apprit que les ennemis n'étaient qu'à une lieue de nous. Aussitôt il fit passer l'Kscaut à son armée. Après qu'il eut dîné , il la joignit sur les cinq beurcs du soir. 11 y trouva une ai-deur incroyable. II s'avança à la Itle du camp dans un endroit d'où l'on découvrait une partie des ennemis; il y eut le soir quelques coups de fusil tirés entre les hussards ennemis et nos grassim , qui ont ces jours-ci fait des merveilles. Sur les neuf heures, le roi repassa l'Escaut sur un pont qu'on avait fait à une demi-lieue de Tournay, du côlé de la citadelle, et s'en vint coucher dans une méchante maison du village appelé Calonne , où tout le monde dormit sur la paille, excepté lui et moi. Le lendemain lundi, le roi se leva à trois heures et demie et dîna à huit. Il ne monta à cheval qu'à midi pour examiner la siluution des ennemis. 11 trouva que le camp paraissait ila-
" Le dauphin écrivait en niÊon? temps ii sa mère.
Lettre de M. le dauphin à la reine iur la balailte de Fontiniif. communiguée ow miniilre.
a Ma chère maman, je ne puis vous exprimer mu joie de lu vic' ■e de Foutenoj que le roi vient de remporter; il s'y cal moiilré vérita] lie ment roi dans tous les moments, mais surtout daDSceluiniIi victoire ne semblait pas devoir pencUer de soncÛté; car alors sans s'ébranler du trouble où il voyait tout le monde, il donnait lui-iaènie les ordres les plus sages, avec une présence d'esprit et une iermité que tout le monde n'a pu s'empâcher d'admirer, et il s'y est fait coa-
tnev. I