PRISE DES PLACES DE BELGIQUE
on ne distingua pas les Français de ces ennemis qui avaient pourtant crié : non quarter! Ceux qui avaient combattu sur le cbamp de bataille se tendaient la main sur le lit de douleur , comme ils étaient étendus roides en face Tun de Tautre au champ de mort.
Cependant on dut profiter de la victoire; le siège deTournay, abandonné un instant pour courir à Fontenoy, fut repris avec vigueur ; au bout de dix jours de Irancbée la ville se rendit, et la garnison dut se retirer avec promesse de ne plus servir. Les conquêtes des villes de Flandre furent poussées avec activité : après Tournay , le siège de Gand est décidé ; cette ville si renommée dans les fastes populaires des métiers flamands se rend aux généraux de Louis XV. Toutes les places de Belgique sont enlevées successivement au pas de course; Ostende, qui avait soutenu tant de sièges, se soumet aux armes françaises ; Oudenarde et Nieuporg subissent la même destinée. Tous ces sièges furent conduits par un général d^artillerie et de génie de la plus haute capacité, et dont la vie avait été aussi poétique que celle de Maurice de Saxe ; c'était Ulricb Woldéniar de Lowendall, issu, comme le maréchal de Saxe, d'une tige d'amour; son grand-père était bâtard de Frédéric, roi de Danemarck * ; enfant il avait servi
^ Ulrich-Frédéric Woldemar de Lowendall, né à Hambourg en 1700, était petit- fils de Frédéric III, roi de Danemarck, par son gprand-père, fils naturel de ce prince.
dans les cadets ; mais Tarme de Fartillerie avait spé* cialement occupé ses études. Tout jeune homme , il écrivit un traité sur les manœuvres de Fartillerie, od, pour parier plus exactement, il le traduisit du portugais et le commenta d'une façon remarquable. Comme toute la noblesseaiiemande, il alla combattre les Tures; à la bataille de Beilegrade , il menait le corps saxon près du prince Eugène, sous le feu du canon ennemi. Il prit ensuite du service en Russie pour sa spécialité du génie et de Tartillerie , et il s'y plaça dès Torigine au premier rang ; dégoûté de la discipline moscovite, son ami, le comte Maurice, Pappela dans les rangs de Tarmée française, et il y reçut le grade de lieutenantgénéral, avec mission de conduire les sièges. Louis XV lui dut la reddition des places de toute la Flandre, avec une promptitude et une régularité bien remarquables* Fontenoy fut ainsi dignement couronné par une saii^ de capitulations de Tennemi ; Tarmée française, ap' puyée sur une ligne de forteresses, put se déployer ©n Belgique jusque sur les frontières de la Hollande, d^ manière à menacer les paisibles marcbands d'Ain ** sterdam et de La Haye.
L'biver approchait, on préparait ses quartiers, et comme il y avait fatigue dans les esprits, le roi, laissant le commandement de Tarmée au maréchal de Saxe et la conduite des sièges à Lowendall , résolut de venir avec le dauphin saluer sa capitale, avide de k voir. Car, dans deux circonstances difficiles pour k
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pays, le roi de France s'élait mis à la tête de ses armées; l'année précédente, il avait cumbaitu en Flandre «i en Lorraine. Ceite année , le triomphe de Fontenoy fayonnail sur son front. En ce siècle, il y avait quelque chose de noïf , de toucliant dans l'amonr t|ue la "ourgeoisie portait au roi; rien n'avait détruit ce (Toslige d'un pouvoir souverain émané de Dieu; le r»i c'était la patrie personniliée , le père commun; ^** lie discutait pas encore, comme l'école anlî^a ise et genevoise, l'origine de la souveraineté cachée *'**vis un impénétrable sancluaire. Qu'on s'imajjine **^nc l'ivresse du peuple lorsque le mi revint de Fon- ^Vloy; l'année dernière, il l'avait pleuré sur son lit '* «gonie; puis était venu le mariage du dauphin, et "^Ite longue traînée de (êtes et de plaisirs qui avait ^«compagne l'amour et Thymen d'un noble fils de *?rance. Paris fut jjenHant l'hiver comme un pays enchanté dans ses rues fleuries et embaumées; çâ el là %itis salles do bal , des spectacles en plein air; à Versailles surtout, l'élégance des fêtes s'associait aux beaux-arts. Madame d'Élioles, h la tête de cette noble impulsion, se montrait comme la divinité des poëtes, (Les peintres, des musiciens ' ; rien n'est comparable à la grScede ces médaillons, deees groupes d'amour,
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Madane de Pumpadour ^it prendre tous les caroclëres pour
1 elle u un grand inconvénieHl pour la cour qui la
le, c'est qu'elle a un fort puiuvais ton, cdui d'uae bDiugeoif|
le, et qui veut déplacer t«ul le inonde, si ou ne parvient |
i90 LOUIS XV.
dont elle donnait les dessins pour décorer les petits appartements de Clioisy et même de Versailles. Madame d'Étiolés, en plus grande faveur auprès du roi y venait d^étre créée marquise de Pompadour, titre gracieux et sonore d^une famille éteinte. Dès ce moment, la marquise de Pompadour fut la divinité fa?orable de cette cour si noble, si choisie ; accessible i la flatterie, elle aimait qu^on parlât d^elie comme de Vénus, la déesse de la beauté ; comme de Minerve, la protectrice des beaux-arts. Ces tableaux, que vous voyez encore dans les galeries de Versailles, sur les campagnes du roi en Flandre, ces toiles qui r^ produisent si bien les élégants gentilshommes, ces. belles figures de la noblesse de France, furent commandées par la marquise de Pompadour comiue un monument qu'elle élevait à la gloire de son royal amant. Dès ce moment , il n'y eut plus un poète qui ne vint payer le tribut de ses vers à la marquise ; elle attira auprès d'elle surtout M. de Voltaire, qui se fit bien petit aux genoux de la maîtresse du roi. Dans ces fêtes qui célébrèrent le retour et les victoires de Flandre, Voltaire, qui avait écrit le bulletin versifié deFontenoy, voulut payer encore sa dette enécrivaut
la déplacer elle-même. Au lieu de se soumettre aux convenances, elle veut que les convenances se soumettent aux siennes. Elle s'environne d'artistes et de poëtes. Elle aime d'être prônée. Elle jouit des hommages des grands et fait beaucoup pour les obtenir ; elle veut s'enrichir. »