‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 73 sur 114 · VOLTAIRE A LA COUR · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A LA COUR

^n vers une pièce pauvrement louangeuse pour le roi^ soas le titre du Temple de la gloire. M. de Voltaire fut élevé au titre de gentilhomme de la chambre par le <Jrédît de madame de Pompadour; cette place, qui valait 60,000 livres de finance, il l'obtint gratuite- "^^nt, puis il fut autorisé à la vendre eh conservant '^ titre; il en toucha le prix, ce qui fut un acte ^^ munificence à la façon toujours noble du roi ï^tiîs XV.

Désormais aux pieds de madame de Pompadour % ^^inme un poëte d'antichambre, Voltaire flattait tour à ^^^p le duc de Richelieu et la favorite^. Le roi Taduret- ^it dans sa loge d'Opéra, aux menus plaisirs ; il ne «aimait pas personnellement, mais madame de Pompadour était si puissante, et Voltaire si ingénieux à

^ Voltaire encensait toujours madame d'Étiolés quand elle fut créée marquise de Pompadour ; voici ce qu'il lui écrivait :

A Etioles, juillet 1745.

Il fait aimer, il sait combattre ; , Doonent à Gand le même jour

Il envoie en ce beau séjour Uo brevet de ville de France.

on brerel digne d'Henri quatre, ^^ ^^^ ^^^^^ ,. y^„ ^^^^

Signé Louis, Mars et TAmour. „. . . ^ ^ , . .

" Vivront tous deux dans la mémoire ;

Mais les ennemis ont leur tour ; Chez lui les autels de Vénus

Et sa valeur et sa prudence Sont dans le temple de la Gloire.

* « M. de Voltaire a, dit-on, une secrète démangeaison d*être ministre ; nous l'avons envoyé espion chez le roi de Prusse, et parce qu'il lui a arraché une seule phrase, il estime assez son savoir pour se croire un homme d'état. A présent, il cherche à plaire à madame de Pompadour. »

plaire. On raconta parmi les (jenlilslionime» une anecdi>le qui fait voir dans quel abaissement un beau génie peut tomber. On représentait le temple de la gloire, Voltaire était debout dans la loge du roi, derrière son fauteuil; quand la pièce fut Oiiie, le poète transporté se jeta aux genoux de Louis XV et s'écria, presqu'en pleurant de Joie : « Ab I Trajau I Trajan ! vous reconuaissez-vous? « Cela fit une sorte de scandale dans )a loge, mais Ton pardonne si vite ce qui vous flatte, et le roi sourît à Voltaire.

Cet bi ver fut uu temps d'ivresse eide bals aussi bien à Paris que sous la tente : partout la politesse des gentilsbommes se nioulra ; si à Versailles, à Parts, les fèLesde nuit se multipliaient à la manière vénitienne, à Touriiay, à Gaiid, partout où le drapeau français b6 déployait, on vit également cette brillante noblesse t;alante pour les femmes vivre d'amour et de gloire. Le niarécbal de Saxe, un peu guéri de ses souffrances, voulut que, dans toutes les cités conquises, les officiers. soigneuxdel'bonneur français, se réunissent dans des fêles, des bals et des spectacles '; n'élalt-il pas lui un noblecbevalier ? Les aventures de sa vie étaient si poétiques ; il avait éprouvé tant de bonnes et de mauvaises fortunes, et mai ntenont encore une artiste spirituelle le suivait sous latente; madame Favarl s'était attacbi^e de l'amour le plus tendre au marécbal de Saxe, déjà par-

ti J'iiluis obligé, dit IVl. Favarl, de s

; l'armée et d'éld

lUrMEE en FLANDRE (1745). SÎS

venu à 55ans; elle faisait les honneurs de son salon et de ses bals; jeune et admirableactrice, les poètes la comparaientà Vénus couronnantledieu Mars. Après les périls, les plaisirs^etc'estainsi que se maintenaiteetesprit chevaleresque, type du vieux régime ; pour être courageux il n'était pas besoin alors de prendre Tair farouche des Francs incultes, des compagnons de Clovis à la crinière flottante ; on s'exposait à la mort aussi bien floquêté de rubans que dégoûtant de crasse et de haillons ; cela tenait à des habitudes de coquetterie, de propreté et de bon goût qui ne gâtent rien dans les vies glorieuses.

Au milieu de toute cette chevalerie brillante , un paladin plus noble qu'eux tous encore se présentait sur la scène politique. Dès que la France s'était prononcée pour une guerre contre la Grande-Bretagne, des émissaires étaient partis pour se rendre à Rome près du prince Charles-Edouard , l'héritier légitime des Stuarts , ce beau jeune homme dont la vie aventureuse va maintenant commencer. Charles- Edouard s'était embarqué sur une mer orageuse , comme l'oiseau de l'Océan dans la tempête; il avait passé à travers

mon spectacle au quartier général. Le comte de Saxe, qui connaissait le caractère de notre nation, savait qu'un couplet de chanson, une plaisanterie faisaient plus d'effet sur l'âme ardente du Français que les plus belles harangues. Il m'avait institué chansonnier de l'armée , et j'étais chargé d'en célébrer les événements k^ plus intéressants, »

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^H PROJET Dl) PRINcn EDOUARD (IT-fâ).

(iestinée lui donna tous les cœurs; il reçut des baisers d'amour, comme de nobles exhortations à la guerre, et il partit pour l'armée de Normandie.

On ne peut dire quelle vive inquiétude sa présence sur les côtes de l'Océan inspira au gouvernement |iolilique en Angleterre; le ministère de lonl (.larteret en fut vivement préoccupé ; nul n'ignorait que les jacohites étaient puissants dans les trois royaumes ,• malgré la surveillance et la répression imposées par les whigs. L'es|)rit public se manifestait là pour les Stuarts; Vhabeas corpus fut suspendu, les Anglais demandèrent des troupes à la Hollande en vertu des Iraîtés de mutuelle garantie ; et c'est par l'élrangcr que les wbigs décidèrent de se défendre contre le triomphe possible de Cliarles-Édouard dans les trois royaumes. Tout ce qui avait un peu de poésie dans la tôte , d'enthousiasme au cœur, était prononcé, en Angleterre et en Ecosse, pour le prince Charles-Edouard; les cliunts jacobites étaient récités partout et les Écossais entonnaient en chœur ces strophes qui, par un étrange changement de destinée, sontdeveuues le God save the King de la maison de Hanovre : « Que Dieu bénisse notre seigneur le roi I que Dieu conserve noire

Rome, M. de Caaillac, ne fut pas même mis dans la conridcnce. Le cardinal de Tcncîn voulut que tout fût conduit par son neveu, le builli de Teocin, ambassadeur de l'ordre de Malle. Le cardinal (l'Acquaviva l'tatliitissi du coinplol. Cliurles-Édnuard prëlexUi une 11. Ij

seigneur le roi! que Dieu conserve le roi! Qu'il I rende victorieux, heureux et glorieux pour régne?" longtemps sur nous! Dieu conserve le roi 1 Que Dieu lui envoie un béritier royal! Que Dieu bénisse le roi et la reine, afin que nous puissions voir sortir d'eux une race royale pour régner sur notre postérité , pour régner à jamais I Que Dieu bénisse le prince, que Dieu bénisse le prince ! C'est Charles que je veux dire , afin que nous puissions voir la Grande-Bretagne délivrée des wbigs , de Georges et de son Frédéric. Ainsi soitil. Que Dieu bâte l'beureux moment, que le Dieu tout-puissant nous soit en aide , aûn que toute la ianiille, qui est en Italie, revienne bientôt et tout à coup à Wittball ! Que Dieu bénisse TEglise et la préserve pure de toute wliiguerie et de l'hypocrisie des wliigs qui cbercbent méchamment à la souiller! Bon courage à tous les sujets iidèles, grands et petits, qui rappelleront le roi , le seul roi qui ait le droit de régner; son retour peut seul sauver la Grande-lîrelagne,» Ce chant des jacobiles s'adressait aux Stuarts et au noble Charles-Edouard, leur héritier. La cause des whigs avait quelque chose de froid et de prosaïque. Cette maison de Hanovre , étrangère aux mœurs de

piirlie de chasse au sanglier, qa'il faiïail tous les ans au château de la Cislerna, pour s'absenter de Kome le janvier IT44. En chemin il Ceignit une entorse au pied pour faire une halte sans exciter le soupçon des personnes de la partie. Prenant l'habit, la médûlle et le

ARMÉE DB l'océan (1745).

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l'Angleterre el appelée à la gouverner, excitait peu de sympathies, excepté parmi quelques familles trop mêlées à la révolution de -1 688 pour subir une restauralion des Stuarts; les hautes classes compromises dans un changement politique renoncent difûciiement à leurs croyances ; elles y tiennent par intérêt et plus encore par amour-propre. Il fallait donc à tout prix éviter une restauration, et l'Angleterre tout entière fut soumise à un régime exceptionnel sous l'influence des idées hollandaises et orangisles.

Pendant ce temps, le prince Edouard s'est rendu à l'armée d'invasion réunie à Lille, a Saint-Omer, à Vire ; les ports sont remplis de bateaux plats destinés au transport des troupes ; cinq vaisseaux et cinq frégates sont disposés pour conduire le prince sur la côte écossaise; mais les vents violents contrarient le départ; ils servirent si souvent l'Angleterre! Et vingtneuf vaisseaux de ligne au pavillon britannique se déploient bientôt devant les côlcs de Normandie; la tempête souille dans toutes ses fureurs, car la fatalité n^a point abandonne les Stuarts 1 l'armée et la flotte françaises sont dispersées; le prince s'en inquiète peu, son caroctère aventureux ne demande pas tant de

T d'Espagne, il courut ia poste jusqu'à GËoes, où il s'embarqua sur une Telouque cipagDDle. Les venis Furent (jiielque temps contraires, et C bar) es-Edouard traversa une escadre anglaise. Enfin, il débarqua le 23 janvier à Antibes. "

troupes et tant d'efforts ; il écrit à lordSempill, qui le représentait à Paris : « Je ne puis envisager Tétat actuel de l'Angleterre sans en être vivement touché et sans avoir un désir ardent de délivrer la nation du joug sous lequel elle gémit'. S'il y avait le moindre lieu de croire que ma présence, sans un corps de troupes, pourrait avoir cet effet, je m'y rendrais dans un canot sans balancer un moment.» C'est là du beau,du noble courage! Cliarles-Édouard s'impatiente de n'être pas libre et reconnu. (1 Quoique le public ignore le lieu de mon séjour actuel, on saura que j'ai été là où se faisait l'embarquement; si je me retire sans rien faire après de si belles espérances, toute la terre dira que les malheurs de ma famille restent attachés à toutes les générations et n'auront jamais de Un. Ces propos , quoique mal fondés, ne laisseront pas de faire une certaine impression; nos amis en seront affligés, et ils serviront à relever le courage de nos ennemisque j'apprends avoir été presque abattus par la nouvelle de l'embarquement. Dans cette situation, je dois mettre tout en usage pour soutenir les espérances de nos fidèles amis, et s'il est absolument impossible, dans les circonstances présentes, de transporter en Angleterre le corps de troupes qui y serait nécessaire, je crois qu'où ne peut

' Cette cocrespondance a été publiée dana le coni lie M. A. Picliot sur l'Iiistnire de Clinrlcs-Ëdoiiard .

^B CHARLKS-BDOUARD EN FRANCE (1745).

mieux faire que de tourner ses pensées du câté de l'Ecosse. » Quelle poétique existence que la vie de Chai'Ies-Édouard ! Il a foi dans le peuple anglais, dans les montagnards d'Ecosse, il répugne même de combattre avec les Français, tant il craint que sa cause ne reste pas purement anglaise : « Dans d'autres circonstances, je serais charmé de pouvoir faire la campagne dans une grande armée commandée par des généraux de réputation , et surtout dans quelqu'une des armées françaises, où les rois mon père, mon grand-père et plusieurs princes de notre maison ontautrefoisacquis de la gloire ; mais l'étal de la Grande-Bretagne et l'attente des peuples auxquels Je me dois m'obligent de tourner toutes mes pensées de ce côté-là. Je le fais avec un zèle qui me porterait à entreprendre le rétablissement du roi mon père et la délivrance de ses sujets opprimés avec le petit nombre de fidèles Écossais qui ont pu conserver leurs armes. Je sais que la plupart de nos montagnards se joindraient à moi , quand môme Ils me verraient arriver chez eux tout seul et sans appui. Ne me convient-il pas mieux d'aller périr, s'il le fallait, à la tèle de ces braves gens, que Je traîner une vie languissante dans Texil et la dépendance? »

Charles-Edouard ne lient plus d^impatience I Au milieu des préparatifs de rembarquement il revient à Paris, avide de voir Louis XV ; il écrit à son bon oncle alin qu'il lui donne les moyensde se rendre seul s'il le

faut en Ecosse : « L'Angleterre est en pleine séeurilé; les Hollandais ont été oppelés en Flandre; des sujets ûdèles lui tendent les bras ; il veiitavoir l'honneur de rétablir le roi son père; les Écossais ne s'effraient point de la guerre civile; qu'on lui procure seulement des armes, et la restauration se fera. • C'est qu'en effet Gliarles-Édouard recevait des lettres secrètes des lords noblement dévoués aus Sluarls : « Qu'il lève sa royale bannière, lui disait-on , et les klans se prononceront pour lui, 1) Le cabinet de Versailles hésite encore: •I 11 ne voulait pas, dit-il , compromettre la destinée du prince et de ses amis. » Alors Charles-Edouard n'y lient plus, il frète un vaisseau, propriété d'un armateur de Nantes, du nom de Walsh , noble Irlandais dévoué à la famille des Sluarts; lui-même M. de Walsh prend le commandement d'une frégate de trente-cinq canons ; quelque argent réuni sert à payer les équipages. Puis avec celte seule force, rempli de son merveilleux dessein, Charles-Edouard se livre au hasard de la tempête, cette tempête qui fait assaut avec lui pour empêcher son débarquement sur les câtes d'Ecosse. Le prince étouffait dans sa soltlude de Navarre que lui offrait l'amitié du duc de Bouillon, il préfère les grandes aventures, et il va les courir.

C'était le moment où Louis XV venait de remporter la victoire de Fontenoy, circonstance bien favorable, car l'Angleterre était frappée de terreur, Avnnl

Bquilter le château de Navarre, le prince avait encore "écrit de sa inain au roi Louis XV pour lui aoiioncer sa résulution déflnitive de débarquer en Ecosse ' : « Il devait entreprendre seul ce qu'un secours médiocre aurait infailliblemenl fait réussir. Ne pouvait-il pas tirer quelque avantage de la noble victoire que le roi venait de remporter en Flandre. Quant à lui , il voulait essayer sa destinée. « Après avoir adressé ces paroles au roi de France, Charles-Edouard s'embarque à Tembouchure de la Loire avec sept de ses partisans sur un bateau pécheur qui rejoint les deux navires commandés par M. de Walsh, assisté de deux beaux noms de la marine de France, le marquis d'O et M. de part, pelil-fils de .lean Bart, Pendant la traversée, Bharles-Eduuard fut obligé de se cacher sous l'habit p!un prêtre irlandais. En mer, la petite ilotille engage

' Lettre de Charles -Edouard à Louii XV.

n Monsieur mon oncle , I Après avoir lenlé inutilement toutes les vuics de parvenir juEip'k Voire Majesté, dans l'cspëraiice d'oblenir de voire (iénéroailé • secours nécessaires pour me faire jouer un râle digne de ma naisi résolu de me taire connailre par mes actions el d'entreendre seul un desaein qu'un secours médiocre reodrait iofailUbte. J'ose me tlalter ijue Votre Majesté ne me le refusera pas. Je ne serais poiiil venu en France, si l'cipédition projetée il y a plus d'uu n'eût fail connaître les bonnes inlcntions de Votre Majesté i I égard, et j'espère que les accidents imprévus qui Tendirent r lors celle aipédilion impraticable n'y nuronl rien clianjjé. Ne

un combat avec des navires de guerre anglais; alors bouillonnant de courage au premier éclal du feu, Cbarles-Ëdouard demande une épée et s'élance sur le pont; et le capitaine est obligé de lui dire: « Monsieur l'abbé, votre place n'est pas ici. a Charles- Edouard obéit avec douleur, il se résigne! Que d'abnégations les circonstances commandent aux races tombées 1

La voici enfin celte terre d'Ecosse, le prince la touche, il la baise religieusement! L'i!e d'Eriska est son premier rel'uge. Hélas I l'Ecosse n'était point préparée ; que de peines, que de nobles efforts ! Enfin, les nioalagnards répondent au nom de Charles Sluart, ils saisissent leurs ciaymores au bruit de leurs chants nationaux, et leurs chefs déclarent hautement que si le prince Charles-Edouard est réellement débarquéeu . tout loyal Écossais doit prendre les arnie^

puis-je psB me tiatier en ménie temps que la victoire signalée qa^ Votre Majesté vient de remporter sur ses ennemis et les miens (c«r ne sont-ils pas les mêmes) aura apporté quelque cbangenieDt aux affaires, et que je pourrai tirer quelque avantage de ce nouvel éclal (le (floice qui vous environne. Je prie Votre Majesté de considérer qu'en soutenant la justice de mes droits, elle se mettra elle-même en état de parvenir à une paix solide et durable, unique but de la guerre dans laquelle elle se trouve présentement engagée. Enfin, je veux tenter ma destinée qui, après les mains de Dieu, est entre celles de Votre Majesté; si elle me fait réussir, elle trouvera un allié lîdtle dans un parent qui a déjà l'honneur d'être, avec l'attache plus respectueux, monsieur mon oocle, de Votre Majesté, i

CHARLES-EDOUARD F.N ÊCOSSR (1745). S8S

SOUS sfl banoiore. Le duc de Perlli, le premier, salue l'arrivée de Charles-Edouard; bienlôl il voit courir vers lui les klans des montagnes, Charles les harangue dans sa langue nationale : k Je viens débarquer sur vos côtes, ma bannière est déployée; je suis votre prince, votre compatriote, votre ami. » Silencieux, ils, hésitent un moment, lorsqu'un simple montagnard s'écrie de sa voix forte : n Prince , tant que je serai en Ecosse , je tirerai Tépée, prêt à mourir pour vous. » Charles-Edouard lui presse la main ; et c'est alors que mille voix retentissent dans la montagne; les Macdouald, les Cameron , les Stuart, origine de la roce, viennent se ranger sous la bannière; Charles- Edouard vide joyeusement la coupe avec les higblanders ; il se dit le prince national , il échange quelques mots en langue galliqne pour réveiller l'énergie de ses fidèles. Tout se prépare à une expédition contre l'Angleterre, la vieille ennemie ; les fidèles tirent l'épée et l'on apprend de bonnes nouvelles : « L'armée anglaise et le parlement même n'appuient que faiblement ces chiens de whigs; au premier succès, les tories les plus indécis se réuniront aux jacobites; mais il faut aller vite pour s'opposer au secouiï et à l'irruption des Hollandais. »

Jamais l'enthousiasme ne fut plus vif, les chefs

< C'est alors qu'on rédigea a\a affuïrea ëtraDgëres le manifeste du roi de France en faveur du prince Charles-Edouard; on le dit l'œuvre de Voltaire.

viennent offrir leur appui, et le klan de Lochiel fsil sa soumission comme les autres montagnarde. On dit que dans une bruyère Lochiel rencontra un de ces vieillards à la seconde vue des îles de Skey, qui lui révéla le triste avenir de la j;uerre. Ces prédiclions n'arrêtèrent rien cependant , et des succès décisifs couronnèrent l'insurrection des montagnards; les forts élevés par les Anglais en Ecosse furent détruits; dans les plaines et sur tes montagnes , les klans agitèrent leurs claymores et leur plaid écossais. Les troupes anglaises ne purent s'opposer à cette première invasion. L'étendard des Sluarls fut levé; quand ses plis volèrent au gré des vents d'Ecosse, on vit s'agiter ^ ,200 toques bleues de montagnards, et l'on entendit les vieux pibrochs nationaux sur la cornemuse. Ainsi l'insurrection semblait devoir s'étendre déjà jusque sur la frontière de l'Angleterre, et ce fut alors que le

« Le fiérénissiitie prince Cliarleg-EJlouBrd ayant débarqué dans la Grande-Bretagne sans autre secours que sou courage, et toutes sta actions ayant acquis l'admiration de l'Europe et les cœurs de tous les vdrilables Anglais, le roi de France a pensé comme eui. Il a cru de son devoir de seconrir à la fais un prince digne du trône de ses «ocètres et une natiou gi^néreusc, dont la plus saine partie rappelle enlin le prince Charles Stuart dans sa patrie. B n'envoie le duc de Richelieu à la tête de ses troupes, que parce que les Anglais la mieui intentionnés ont demandé cet appui, et il ne donne prédit ment que le nombre de troupes qu'on lui demande, prêt k les retirer dfes que la nation exigera leur éloignement. Sa Majesté en donnut uu secours si juste k son parent, au fils de tant de rois, k un prinet

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