‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 76 sur 114 · DÉSIRER LA PAIX · texte numérisé non relu

DÉSIRER LA PAIX

État des esprits en France. — Épuisement des finances. — Accroissement de rimpôt. — Système d'emprunt. — Effort extraordinaire des provinces. — Mécontentement. — Questions religieuses. — Les parlementaires. — Criailleries. — Les écrivains. — Projet du parti protestant. — Ses rapports avec TAngleterre et la Prusse.— Complot pour favoriser un débarquement des Anglais en Bretagne et à La Rochelle. — Situation extérieure. — Conséquences de la traliison du roi de Prusse. — Déploiement des forces autrichiennes en Italie. — Mort de Philippe Y. — Alliance des Russes et des Autrichiens. —Marche des Moscovites vers l'Allemagne.»- Courses maritimes des Anglais. — Situation du commerce. —Les marines espagnole et française.»- Les colonies. — Plaintes. — Situation de la guerre continentale. — La Provence et la Bretagne entamées. — Offre de paix par la voie de la Hollande.

11 y a deux aspects sous lesquels on peut envisager la situation d^un gouvernement et d'un peuple, la force matérielle et la force morale qu'il faut incessam-

nieiil bolancer et comparer; la superficie peut être brillante, lo gloire venir au drapeau, la conquête s'associer à la gloire, et tout cela peut ne couvrir au fond qu'une immense détresse, une impuissance d'aller plus longtemps, un besoin d'en finir avec une position éclalanle, et néanmoins vide et fatale. Ainsi se trouvait la Franceaprès la victoiresi glorieuse que le roi venait de remporter dans les plaines de Fonlenoy : les conquêtes des villes flamandes; les fiâtes et les réjouissances de Paris cachaient un état social fortement ébranlé, une misère d'autant plus grande que les sacrifices imposés étaient partis d'un principe national et d'un sentiment d'honneur public. Jamais, depuis les grandes coalitions contre Louis XIV, on n'avait vu en France une armée permanente aussi considérable; les états de la guerre portent sur pied ^08,000 hommes pour l'armée de Flandre, 52,000 pour les corps d'observation de la Lorraine et de l'Alsace, et enfin 75,000 dans le Piémont et l'Italie. Et si l'on comprend ensuite l'armée d'expédition de Normandie, les garnisons des villes, les troupes de dépôts, les milices soldées , on peut dire que près de ■iOO,000 hommes étaient sur pied lors de la guerre que venait de couronner Fontenoy.

La France est un pays à grandes ressources; le recrutement s'opérait par enrôlements volontaires; les régiments étrangers formaient bien un tiers de ces troupes, mais 500,000 hommes étaient levés en

SITUATION DK LA FRANCK (1746). MJ

France parmi les populations actives, sans compter les grenadiers royaux, Télite de la milice, qui s'étaient si bravement conduits dans la Flandre. De là un grand vide dans les cam|)agnes; la partie mâle de la nation était sous la tente, les bras manquaient à l'agricultui'e , et dans la Champagne seulement, les rôles portent que 800 paysans étaient absents des bailliages et sénéchaussées. Cette même dépopulation se faisait sentir dans la classe noble qui s'était conduite avec un dévouement et une abnégation inimaginables; elle avait sacriQé sa fortune et sa vie pour la défense de la patrie menacée ; quelque chose de chevaleresque, de grandiose, de religions, se nianifeslait dans le dévouement d'mi gentilhomme qui se donnait à son roi et à sa patrie; il mourait sans plaintes; pour lui , quitter la vie était chose simple, tirer l'épée était un devoir. Il y avait donc épuisement dans ces deux classes qui formaient l'armée , le gentilhomme et le paysan, l'un ojGcîer, l'autre soldat, comme cela s'était vu depuis le moyen âge dans celle liaison intime qu'on retrouve plus turd dans la Vendée. Ce vide des campagnes , ce dénûnient d'hommes, n'était pas la seule couse qui pouvait faire désirer la . cessation de la guerre; il y avait de plus, l'étal des finances, obérées par d'incessants efforts, et qui justifiait les doléances de la bourgeoisie. Le cardinal de Fleury en mourant avait laissé peu de dettes, les états balançaient les recettes et les dépenses, et quelques

emprunts n'avaient que faiblemeot altéré la fortune publique; mais lorsqu'il fallut lever de si nombreuses armées, agir diplomaliquemenl sur de si vastes bases, il devenait nécessaire de recourir aux deux seuls movens qui pussent grandir momentanément les finances de l'état, l'impôt et l'emprunt. Des édits successifs créèrent le dixième de guerre, le vingtième sur les marchandises; les gabelles du sel furent augmentées , et les impôts qui pesaient spécialement sur le bourgeois et le paysan de la campagne suscitèrent de* justes plaintes'; le patriotisme n'arrive jamais en France à ce point de s'imposer silencieusement toutes les privations pour défendre le sol et le territoire. On sentait vivement le poids de l'impôt, et les doléances arrivaient de toutes paris ; quant à l'emprunt , il fut augmenté ; on créa de nouvelles rentes sur les fermes, sur rbùlel-de-ville, au denier 20 ou 2o; ces rentes furent achetées par la finance et la bourgeoisie; mais il fallait payer les intérêts, et c'était une nouvelle charge régulière et annuelle ; le contrôleur des finances Orry, esprit actif, ingénieux, seconda le conseil du roi, et le zèle des fermiers-généraux vint en aide dans la crise que subissait le pays.

Ces plaies profondes de notre situation sociale, l'Europe les savait, et c'est pourquoi au milieu même des

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