DÉFECTION DE LA PRUSSE. — LES RUSSES
pouvait-on encore compter sur les Espagnols avec la même assurance? En Italie, on aurait donc les Piémontais, les Sardes et les Autrichiens; le midi de la France était donc exposé à une invasion ; et le Var ne serait plus une suffisante barrière contre une armée coalisée.
Le cabinet de Versailles venait également d'apprendre que les Russes avaient signé un traité d'alliance offensive et défensive avec l'Autriche; les affaires de la Pologne avaient déjà rapproché les deux cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg; maintenant l'alliance grandissait d'objet; les Russes voulaient se montrer au midi de l'Europe, et ils saisissaient avec empressement l'occasion que leur fournissait un nouveau traité d'alliance. M. deCaslera, chargé d'affaires à Varsovie, donne le premier connaissance de ce traité ' ; l'Autriche ne croyait pas encore les Russes assez à craindre sur son flanc pour qu'elle s'abstînt de les prendre comme auxiliaires dans ses desseins de conquête ; n'auraienl-ils présenté que 50,000 hommes, c'était un poids dans la balance pour la coalition contre la France. Ainsi les Prussiens abandonnaient le cabinel de Versailles, les Russes entraient en ligne , les Espagnols mollissaient en Italie
^^H^Ji correspondance des aïeuls Èi Varsovie avec lec;il>iiiel parli e3îer de Louis XV offre dès ce moment le plus vif inlérÉi sur la marclie des Russes.
par la mort de Philippe V ' ; et tout cela demandll des eiïorts nouveaux dans une campagne européeDfl que la Fi"ance pouvait à peine supporter.
Puis on venait d'iipprendre les désastres du pria Edouard qui, parvenu au faîle de ses espérances, était précipité par des ralalilésindicibles; si Louis] n'avait jamais secondé avec fermeté la cause ds Stuarts , la campagne d'Edouard en Ecosse avait fait une lieureosediversion en Flandre; le succès chevaleresque du jeune prince ^, sa marcbe rapide vers Londres, la joie des montagnards, le choc des armées avaient donné à la France une meilleure attitude dans la guerre et dans les négociations. Tout ce qui affaiblissait TAngleterre était pour elle une force, et la guerre civile, presque aux portes de Londres, préoccupait le parlement des whigs, à ce point de le détourner de la coalition, en appelant les Hollandais h son aide. Aujourd'hui tout était fini pour Charles-Edouard! les plaines de Culloden avaient vu sa chute; les régiments hol-
' Philippe V mounil le 9 juillet 174G, dani ann^e; son lils, né le 33 septemlire ITI3, [ut proclame roi à Madrid le 10 août, aoiis le nom de Ferdiuaad VI.
' Charles-Edouard écrivait k Louis XY en touchant la urre d'bcosse :
n Monsieur mon oncle,
■ J'eus t'honneur, il j ■ quelque temps, de donner avis à V. Al> de mon vof a^; j'ai aujourd'hui celui de lui faire part de mon wrivée en ce pays, où je trouve beaucoup de bonne volonté, et j'»-
LE PRINCE EDOUArS Éli ECOSSE (1746). S49
landais et allemands avaient dispersé les klans des tnontagnes; ce prince si noble avait élé obligé de fuir de rocberen roclier, de se cacher dans des lies presque désertes, et une jeune (ille, Flora Macdonald, avaitdù préserver de la proscription la tête blonde d'Edouard en Ecosse, N'était-ce pas la destinée des Stuarts d'être protégés et sauvés parles femmes ! La Grande- Bretagne eut désormais des vengeances h tirer et des ressenlimenls à satisfaire; elle devint implacable pour Louis XV; et c'est alors qu'elle résolut de déployer toutes ses ressources pour abimer le commerce et les colonies de la France et de l'Espagne.
A cette époque, les colonies françaises ne consistaient pas seulement en quelques établissements coûteux jetés au milieu des mers ; la France était la première puissance coloniale après TEspagne; indépendamment de ses propres côtes et de l'Italie , elle avait dans la Méditerranée les Echelles du Levant et l'Egypte, qui formaient comme une enceinte de comp-
père de me voir en peu de jours en ^tat d'agir. Il dépend uniquement de V. M. de faire réussir mon entreprise, ce qui ne lui sera pas difficile, pour peu qu'elle veuille faire aUenlion k nos besoins el couronner par là la campagne glorieuse qu'elle vient de faire- Un secours qui ne coûterait que peu à V. M. me mettrait bientôt en état d'entrer en Angleterre, et m'obligerait a une reconnaissance égale à rBltachcment respectueux avec lequel je serai toujours, IVIon- ■ieur mon oncle, de V. M., le très affectionné neveu.
■ Cbailis. u
toirs français ; les capitulations de François I" avecf Porte, agrandies encore par Louis XIV, assuraient 1 nos consuls une iiiduence absolue. Aucune autre puissance que la France n'arborait son pavillon à Tbessalonique, à Smyrne, et môme à Gonstantiuople; les autres drapeaux se plaçaient sous sa prolecliou; Malle même, toute remplie de nobles chevaliers, n'était-elle pas moralement sous l'influence de la France? Dans rinde, nos comptoirs riches et puissants exer- ^ient aussi par la compagnie une imposante souveraineté ; Madras, Pondichéry, la côte de Coromandel, les bords du Gange voyaient les troupes du roi , sous un gouverneur choisi parmi les braves et vieux marins. En descendant les mers , la compagnie possédait la double station des lies de Bourbon et de France, volcans fertiles jetés au milieu des eaux. En Amérique, indépendamment des Antilles, la France portait sa domination sur le Canada, la Louisiane ', la vaste colonie de Saint-Domingue,
' Les escadres de France lenaîent la mer en Âtoérique et s'efForçaient surlout de ravitailler les colonies. On lit dans le Mercure de France k récit d'une de ces mallieureuses eipéditions : a Deni frëgatcs commandées par Marquessac et Dcsrochcs arrivèrent le 10 dans le port de Brest'; tout l'ci^uipage de ces deux frégates était mort ou mourant de faim, n'ayant pas vu terre de cent quatorze jours, et réduit à trois onces de pain pourri el un quart d'eau par jour. Elles transporta ienl pour l'expédition (mit compagnies du régiment de Ponthicu, et nous rapportèrent que l'escadre du duc d'Ânvillc après quatre-vingt-six jours de mer avait essuyéun ouragan quil'avait dispersée