‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 79 sur 114 · LES COLONIES DE FRANCE · texte numérisé non relu

LES COLONIES DE FRANCE

si féconde, si ricliement cultivée. Ces possessions rendaient le commerce français le plus llorissant de l'Eu rope; la pèche de la morue, Texportation du sucre et du café , les épices , alors tont en usoge, occupaient un grand nombre de navires qui chaque année fréquentaient ces mers ; le commerce groupé par compagnies était soutenu par de fortes escadres; des navires du roi escortaient en temps de guerre ces hillinienls marchands de l'Inde ou de rAincri(|ue, qui ressemblaient à des myriades d'oiseaux que Taigle et le faucon protégeaient dans leur vol hardi.

Les colonies faisaient partie de la France : c'était comme son diadème éclatant de pierreries. Quant aux possessions espagnoles, elles étaient à elles seulesdes mondes; le Pérou , le Mexique , Coba , les Philippines formaient autant d'empires venant, chaque année, jeter sur le continent d'immenses galions, des masses d'or, qui s'élevaient, année commune, à un

de quarante lieues de l'Acndîe. On envoya quelques semaines aprèsle clievalier de ConQans pour protéger la marine marchande ; il ramena quatre-vingts vaiMcaux tnarchands; il chassa les Anglais qui voulaient s'emparer du convoi, et rentra h Brest après avoir assailli leur marine marchande, attaqua el pris un vaisseau de guerre qui l'eacorlail, qu'il amena sans avoir perdu un seul homme. Quant à d'Anville, chargé de l'expédition, il arriva le IT septembre à l'Acadie, «l le 39 la flotte était rassemblée à l'eiception des vaisseaux malheurcui dont an vient de parler; mais ce jour-là d'Anville fut [rappé de mort subite. D'Eslourmcllc, le plus ancien de service, prit le commandement. »

million d'onces frappées au coin de Mexico ou de Lima.

C'était donc sur les crjlonies françaises et espagnoles que la marine anglaise devait porter ses coups; la prise était riche et bonne; si les efforts de l'Angteterre sur le continent étaient un peu contre sa nature et l'entretenaient en dehors de ses moyens, elle agissait sur son élément, lorsque ses flottes parcouraient l'Océan des deux mondes, et il était rare qu'elle n'obtint pas aloi'S de notables succès. Sa première condition était le commerce , et quand un étal est constitué sur certaines bases esclusîves, tout lui réussit quand il agit dans ces conditions. Cependant telle était la puissance du pavillon de France , qu'à cette époque il s'éleva bien haut dans l'Inde et dans les colonies d'Amérique; sur les côtes de l'indouslan et de Coromandel, il y eut un homme d'énergie, Dupleix, qui lit une admirable défense, et un capitaine breton, gouverneur de l'ile de France, M. delà Bourdonnaye, qui mena vigoureusementin Anglais'. Dupleix et la Bnurdonnaye, ces deux noms s'unissent toutes les fois qu'on écrit l'histoire de l'Inde: ils cherchèrent à lutter contre ces établisse-

n M. de la Bourdonniye, gouverneur de l'ile de Bourbon, après ir battu et disperse, avec une escadre de neuf vaisseaux, la flotte anglaise de l'amiral Barnet, avait fait une descente près de la ville de Madras (31 septembre IT4TJ, s'en était emparé et l'avait nn-

ETPÉDITtOIT DES ANGLAIS (17^6). 2S3

ments monstrueux de la Grande-Bretagne sur le Gange, alors à leur origine. Oublieux que nous sommes des ancêtres, qui songe encore dans nos passions politiques aux beaux noms de la vieille marine? Les expéditions des Anglais dans l'Amérique ne lurent pas plus heureuses, partout elles furent repoussées ; s'îla prirent quelques villes isolées, ils Éprouvèrent de rudes écbecs à Cartbagèue, dans le Pérou et le Mexique.

Toutefois, ces apparitions de grandes flottes sous pavillon britannique dans toutes les mers, ces corsaires qui s'agitaient dans des courses hardies, affectèrent profondément les intérêts du commerce en France. On armait alors avec plus de timidité ; les ports de Marseille, dans la Méditerranée; de l'Orient et de Bordeaux, dans l'Océan ; de Saint-Malo, comme du Havre de Grâce, gémirent sur la continuation et le développement démesuré de la guerre ; ils n'osaient plusse livreraux expéditions , et le commerce, source delà richesse publique, était presque anéanti. Cetle circonstance était encore une des causes qui faisaient souhaiter ardemment l'ouverture des négociations pour la paix. Ainsi l'épuisement des finances et des hommes pour l'agriculture en France, les liens de la

çonnée pour 1,100,000 par;ode3 d'or, et pour JiOO,O0C

el en marcliandiavs ; le Lout faisail 1 3 à I i oùllioDS de uolre moa~

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coalition qui se resserraient plus intimement y les cris du commerce et le déplacement des forces navales de l'Angleterre étaient les causes principales qui entraînaient Louis XV, malgré ses victoires de Flandre , à proposer la poix sur des bsses faciles pour en Gtiir avec une guerre générale.

Rien n'affecte plus un pays que l'invasion de son propre territoire ; c'est sa douleur, son cri de désespoir. La France subissait cette fatalité pour la Provence et le Dauphinéj les armées autrichiennes, délivrées de la crainte des Prussiens par ta défection de Frédéric II, descendirent en masse dans l'Italie pour seconder les Piémonlais'. Les Espagnols, incertains, démoralisés depuis la mort de Philippe V, n'avaient pas secondé avec la même ardeur les troupes de France. Une bataille fut livrée contre les Autrichiens ; elle ne fut pas heureuse et une retraite précipitée put seule sauver l'armée du maréchal de Maillebois. Bientôt les Alpes sont francliies par les coalisés qui péaètrent dans le Var; une flotte an-

' n L'armée autrichieniie et piémontaise, favorisée par une flolte de S. AI. britannique, avait passa le Yar et était entrëc en Provence (aO novembre 1T4C]. Les ennemis en occupaient déjà le tiers; iUs'étaieut avancés jusqu'à la rivière d'Argcns, dans le dessein de tomber sur Toulon et Marseille k la faveur de la marine anglaise, Ils prirent d'abord les iles de Sainic-Murguerite et de Saint-Honoré. Le marquis de Mircptii, ijui commandait dans cette partie, n'avait pu, avec quelques brigiades qu'il avait, qne harceler l'ennemi et re* tiirdcr sa marche, u

LBS AUTRICHIENS BN PROVENCE (1746). 355

glaise jette incessamment sur les côtes des armes et des vivres, elle convoite le grand arsenal de Toulon; Gènes, l'alliée de la France, est en leur pouvoir et paie par d'immenses contributions de guerre sa fidélité au roi très chrétien '. L'armée austro-sarde est à Antibes, divisée en quatre corps : l'un s'appuie sur les côtes, l'autre prend la roule de Toulon, le troisième et le quatrième s'emparent de Grasse pour marcher de là sur Aix ; la belle Provence est ravagée, ses oliviers coupés. Les hommes du Rhin et du Danube, les Hongrois, les Croates n'épargnent rien, ni la grappe jaunie qui pend ù la vigne ni l'oranger à la fleur odorante, le vin chaud du cellier, la vache du paysan, la chaumière du travailleur. Une insurrection du peuple éclate en Provence contre l'invasion ; on saisit les armes, mais confusément ; il n'y a plus d'armée régulière qui puisse résister àl'ennemi;

' ■ L'armée impériale se présente devant Gênes le 7 septembre 1Î4G. Le léoat n'espérant plus de secours, el craignant un vainqueur irrité, bit ouvrir les portes au général Nadastï; il consent par la capitulation que la garnison soit prisonnière, s'oblige d'envoyer le doge avec six sénateurs faire des excuses à la reine de Hongrie de s'être lié avec ses ennemis, implorer sa clémence, et s'engage à payer sur-lc' chunp 50,000 gcnoucbes, faisant environ 400,000 livres de notre monnaie, pour être distribuées aux troupes allemandes. Le marquis Botta d'Âdorno est établi conimandant de la ville. Trois jours après, les commissaires aulricbicns demandent une contribution de 3 millions de geooucLes; l'état ne peut suiGre à ce paiement, toutes les terres soiil ravagées et les belles maisons de plaisance pillées. «

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