PROJET DU COMTE DE BELLE-ISLE
dre uue attitude forte et considérable par le déploie-* ment de forces imposantes qui agiraient, selon le besoin , de concert avec les Prussiens et les Bavarois. Ces forces, le comte de Belle -Isie les portait à <00,000 hommes; 60,000 formeraient une armée active marchant avec l'électeur, et 40,000 demeureraient sur le Rhin pour assurer ces frontières h la France et soutenir l'armée d'expédition. Il restait encore uneéchancrure entre la Lorraine et l'Alsace, et la guerre devait donner à la France la configuration naturelle que Richelieu lui-même avait tracée dans la force de ses succès, et que la mort seule Tavait empêché de réaliser.
Rien peut-être n'est rédigé avec plus d'art , avec plus d'intelligence que le mémoire du comte de Belle-Isie', improvisé dans quelques nuits par cet esprit de premier ordre; puis hardiment il s'ofifrit d'en diriger l'exécution, aussi bien pour la partie diplomatique que pour la partie militaire; car it était également capable de réaliser la pensée par l'action. On consacra plus de dix séances à l'examiner en conseil; dans un temps ordinaire , ce plan était trop vaste pour ne pas faire peur au cardinal de Fleury, et cependant il ne le combattit pas; avec une sagacité extrême il vit bien qu'il ne pourrait empêcher la guerre , et s'il voulait conserver les rênes du gouvernement il fallait faire une concession au parti militaire; il jeta donc ses béquilles, comme Sixte-
Quint, et se montrn ferme et roide sur ses pieds. Il ne désapprouva pas le plan du comte de Belle-isie , seulement le nombre des troupes lui parut exnyéré; 60,000 hommes en Allemaffue, c'était ti'op; il laudrait sacrifier les économies de dis années. Comme les vieillards parcimonieux, le cardinal craignait de voir dissiper les trésors qu'il avait amassés. Une guerre aussi vaste nécessitait degrandes dépenses, et l'on n'en savait pas le terme; les idées de gloire ne pnrlaient pas assez vivement à l'esprit du cardinal fatigué '.
Le comte de Belle-lsle soutint son plan en la présence du roi avec les couleurs vives, brilhintes de sa prodigieuse imagination : « -100,000 hommes seraient facilement rassemblés, et ce n'était rien auprès de l'état militaire de Louis XIV, qui avait 480,000 hommes en permanence; Il fallait distraire les esprits des petites querelles religieuses ; la noblesse était Impatiente de combattre. Dans la statistique qu'il présenta au roi, on compta plus de -1,300 gentilshommes, de -17 à 50 ans, qui ne demandaient qu'à prendre du service et sacriQer leur patrimoine à la gloire de la France. Sans grands efforts on auialt ^50,000 hommes actifs à jeter sur le Kliln ; pour les dépenses on continuerait le dixième do guerre, et quelques emprunts, facilement obtenus, donneraient an roi la glorieuse liberté d'accomplir l'œuvre de
* Ces mémoires du comte , depuis maréchnl de Belle-lsle, et les délibérations du couseil eiisteot encore.
PLAN MILITAIRE DE M. DE BELLE-ISLE (17<il}. 23
uis XIV en donnant le Rliin à la France. Quelles ibjections pouvait-on faire? On était tranquille au midi par les alliances intimes avec l'Espagne et Nazies , il restait à se couvrir par l'Allemagne. Le jeune roi appuya constamment les idées du comte de Bclle- Isle; comme chef de la noblesse, il n^ écouta que le sentiment d'honneur et de gloire, et repoussa les objections par celle seule parole ; « J'ai des en;;agements pris envers te roi de Prusse et l'électeur de Bavière, je dois les tenir invariablement. » Il fut donc décidé à runanimitc dans le conseil que le projet du comte de Belle- Isie serait exécuté complètement; le roi , luimême, en devait hûler l'exécution en se conûant entièrement à l'auteur même du plan diplomatique et niililaire, au petit-fils de ce sur-intendant Fouquet dont la destinée fut si fatale, carlesBelle-lsIe sortaient de ce seigneur de Vaux , le plus somptueux des iinan ciei-s, et qui dans sa disgrâce n'avaitpu trouver qu'un ami, le bon Jean La Fontaine, vieux frondeur, sous le règne même de Louis XIV,
Tout fut conduit avec activité et bonbeur; M. de Belle - Isie prit ses dernières instructions à Versailles , et son premier soin fut de se rendre à Berlin auprès de Frédéric, Le marquis deBeauveau, l'ambassadeur de France, était sans doute un homme remarquable et ses dépêches en font foi , mais le comte de Belle-lsle voulait lui même sonder Fiédiric et s'entendre sur le plan d'une campagne commune
:ohéme et en Autriche. A Beilir
, il coiinaîlrait 1 bien lu silualion de l'Allemagne, les divers inlérâls qui se heurlaienl dans la succession impériale ; il voulait aussi pénétrer le cnraclère du nouveau roi de Prusse et ses desseins d'ambilion. Il fut pnri'aitement accueilli h Berlin; un esprit comme Frédéric devait comprendre et deviner M. de Oelle-lsie, d'une si baule capacité et d'une ^i ingénieuse parole. Le plan de guerre fut exposé avec une netteté parfaite , et rectifié dans les longues soirées de Potsdam; lÉta campagne était en pleine voie, "Frédéric n'avait pft's 1 attendu la France pour se déclarer contre Marie-Thérèse; la Silosie était envahie. Le comte de Belle- Isle approuva cette activité militaire qui forçait et entratnait la question. Le roi de Prusse proclama le négociateur un homme du premier ordre, destiné à grandir la politique de la France , et ne demanda pas mieux que de s'entendre avec lui de manière à pousser la guerre avec activité.
De Berlin, le comte de Belle-lsie se fendit à Munich , près de l'électeur de Bavière, lui promellant les plus prompts secours de la France s'il voulait agir vite ; le cabinet de Versailles avait une si graiide confiance dans la capacité de l'électeui', qu'il lui assurait par lettres patentesdu roi le commandement suj)réme de l'armée franco-bavaroise ' ; les Prussiens tenaient
' L'ilecieiir de BaviÈrt, Clidrlra-Alberl, (ul cr^é fidn^wlisiiimc